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Galia Ackerman (Traducteur)Pierre Lorrain (Traducteur)
EAN : 9782709619141
267 pages
Éditeur : J.-C. Lattès (28/10/1998)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 418 notes)
Résumé :
"Des bribes de conversations me reviennent en mémoire... Quelqu'un m'exhorte : - Vous ne devez pas oublier que ce n'est plus votre mari, l'homme aimé qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n'êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main ! " Tchernobyl. Ce mot évoque dorénavant une catastrophe écologique majeure. Mais que savons-nous du drame humain, quotidien, qui a suivi l'explosion de la centrale ? Svetlana... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (109) Voir plus Ajouter une critique
Fandol
  31 mai 2020
Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de Littérature en 2015, a donné la parole à une quantité de personnes de tous bords pour cette supplication, La supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse.
Elle aurait pu écrire une fiction, romancer ce drame survenu le 26 avril 1986, en Ukraine, tout près de la Biélorussie, au temps ancien de l'Union Soviétique, l'Urss. Elle qui est originaire de cette région, aurait pu aussi effectuer un reportage sur les lieux mais elle a choisi de laisser parler les gens, de recueillir une quantité impressionnante de témoignages dont se dégage une immense douleur, une formidable incompréhension devant cette catastrophe nucléaire mettant à bas la foi de l'homme dans sa maîtrise de la technique, de la physique, de cette énergie que beaucoup ont considéré, considèrent encore comme miraculeuse, produisant tant d'énergie pour si peu de combustible.
Toutes les précautions étaient prises, les sécurités assurées, les ingénieurs préparés et tout a foiré en quelques minutes causant une catastrophe d'autant plus incompréhensible et dangereuse que ses conséquences sont invisibles et pourtant bien réelles, loin du réacteur en fusion, arrivant même jusqu'en France.
En lisant ce livre si poignant, si bouleversant, j'ai retrouvé beaucoup d'éléments mis en scène dans la série Chernobyl. Craig Manzin, le réalisateur, s'en est inspiré pour le personnage de Lyudmilla Ignatenko, l'épouse du pompier Vasily Ignatenko parti combattre l'incendie alors qu'il était de repos et qui périt, comme beaucoup d'autres, dans d'atroces souffrances, jamais abandonné par son épouse.
Beaucoup de livres ont été écrits à ce sujet, d'autres le seront et il le faut. Des films ont été consacrés à cela, une série évoquée déjà mais il fallait donner la parole à celles et à ceux qui ont subi, subissent encore des dégâts matériels et surtout physiques et psychologiques irréparables.
Le mot qui ressort de tous ces témoignages, c'est souffrance. Qu'ils soient travailleurs de la centrale, enfants, anciens fonctionnaires du parti, médecins, soldats, émigrants, croyants, athées, paysans ou intellectuels, la catastrophe nucléaire a détruit des vies, brisés de simples bonheurs familiaux, pollué une terre immense, réduit la ville de Pripiat, construite pour abriter les employés de la centrale, à une ville fantôme, pour une éternité.
Il fallait faire ce travail et Svetlana Alexievitch l'a accompli remarquablement pendant trois années entières. Cela donne une suite de monologues et un choeur d'enfants, chacun avec un titre et une signature précise. Si elle laisse la conclusion à Valentina Timofeïevna Panassevitch, épouse d'un liquidateur, c'est pour mieux montrer la douleur, la souffrance intolérable d'une femme qui a accompagné son mari jusqu'au bout alors que tout le monde la suppliait de l'abandonner puisqu'il n'y avait plus rien à faire. Quel amour, profond, sincère, admirable !
Alors, un court épilogue, une annonce d'agence de voyages de Kiev promet : « … pour de l'argent. Visitez La Mecque du nucléaire. » Ces visites ont été montrées à l'écran. Alexandra Koszelik a très bien raconté cela dans À crier dans les ruines mais rien ne remplacera jamais tous ces témoignages recueillis par Svetlana Alexievitch, témoignages débordant d'une douleur incroyable dans un pays immense où la centralisation bureaucratique permettait tant d'erreurs et de mauvaises décisions.
En terminant ces lignes, l'émotion me brise en pensant à toutes ces vies sacrifiées ou saccagées et à tous ces gens qui souffrent encore…
Merci à Élodie de m'avoir permis de lire ce livre.
Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Dixie39
  10 décembre 2015
La lecture de cette supplication est singulière. Il faut y être amené par des voi(x)es détournées. J'aurai beau vous expliquer pourquoi je pense que sa lecture est nécessaire, qu'il vous fau(t)drait le lire au risque de vous voir ravir la sérénité de vos prochaines nuits, s'il n'y a rien au fond de vous même qui vous y pousse, si vous n'avez pas envie de franchir ce pas, vous ne le ferez pas.
Ce livre est un concentré de douleur et d'amour, d'humanité et de monstruosité, de résignation et de colère, d'héroïsme et de lâcheté que l'on confond à chaque page avec l'abnégation et la préservation de soi (plus que l'égoïsme)... Quand on me dit que l'on n'a pas envie de lire « ça », actuellement, qu'on sait ce qui s'est passé « là-bas » et qu'on n'a pas besoin de penser à « ça », j'ai envie de répondre : La parole n'est pas donnée ici à « ce qui est arrivé » mais à « ceux à qui c'est arrivé ». On n'est pas dans un cours d'histoire, dans une tentative de rationalisation ou de compréhension, on est dans le vécu. Avec ses silences et ses non-dits, ses pleurs et ses cris. Et sa dignité, aussi :
«Je me tais. Personne ne trouve les mots qui me feraient répondre. Dans ma langue à moi... Personne ne comprend d'où je suis revenu... Et il m'est impossible de le raconter ! »
«Toute ma vie, je serai reconnaissante à Angelina Vassilievna Gouskova. Toute ma vie ! »
« (Silence.) Je peux en parler, maintenant... Avant, je ne le pouvais pas... Pendant dix ans, je me suis tue... Dix ans. (Silence.) »
  
« Si les autres se taisent, moi, je vais parler. »
« L'Afghanistan, où j'ai passé deux ans, et Tchernobyl ont été les deux moments de ma vie où j'ai vécu le plus intensément. »
« Lorsque je suis rentré d'Afghanistan, je savais que j'allais vivre. Mais Tchernobyl, c'était le contraire : cela ne tuerait qu'après notre départ... »
« Là-bas, mon âme était morte... Comment donner naissance avec une âme morte ? »
« Écrivez un livre honnête... »
Je pourrais continuer encore...
Une des questions que posent certains des témoins à qui Svetlana Alexievitch a donné la parole est : Pourquoi y a t-il si peu d'écrits sur Tchernobyl ? Pourquoi n'écrivons-nous pas sur Tchernobyl ? Il y a de la littérature sur les camps, la guerre à foison mais si peu sur cette tragédie (?), catastrophe (?) - quel devrait être le mot « juste » et est-ce qu'il y en a un ? - ?
Est-ce encore trop récent ? Tels, au sortir des camps de concentration, les déportés à qui la société n'a pas su laisser d'espace de paroles. Est-il trop tôt pour pouvoir le penser ? Mais quand « penser » Tchernobyl : dans des milliers d'années, à la date de ce qu'on évalue comme la fin de la « nocivité » des radiations ?
Est-ce la continuité d'un processus naturel de l'esprit humain : la nécessité de vivre qui l'emporte ? continuer à vivre « comme si » rien ne s'était passé, pour préserver un système politique, un mode d'exploitation et de profit ? Comme un refoulement à l'échelle planétaire, hors de la conscience de l'humanité... Tous les verrous bloqués à triple tour. En face : Fukushima affleure sans rien y changer. Ou si peu...
Il faut souligner que ce livre est toujours interdit en Biélorussie. Pourquoi est-ce que ces témoignages de simples gens devenus des victimes honteuses réduites au silence et les paroles de toutes celles qui suivront sont-elles jugées inaudibles, privées du droit de citer sur les terres biélorusses ? Pourquoi cette réalité ne peut-elle exister dans ce monde d'après ?
Est-ce compatible et cohérent ? Pourquoi n'arrivons-nous pas à Penser Tchernobyl autrement que comme une exception qui ne se renouvèlera pas dans l'univers de l'exploitation du nucléaire, civil et militaire ? Et quand la bête immonde se réveille que faire avec Fukushima ? Rien ! On laisse couler. Et qui vivra, verra !
Transparent, Incolore, Inodore, volatile et libre... : « Nous sommes l'air, pas la terre » (Merab Mamardachvili, en épigraphe). Et Tchernobyl poursuit sa course folle... plus de 200 m2 d'interstices et de fissures épars dans le bouclier qui tombe en ruines et toute cette radioactivité qui continue à s'échapper dans l'air. L'effondrement, c'est pour quand ?
Je me suis souvent demandée après avoir achevé la lecture de ce livre, quelle était la raison du choix de ce titre : La supplication.
Est-ce que toutes ces voix des témoins, livrées, confiées, déposées dans la peur, la douleur, l'incrédulité ou la colère, sont une sorte de supplique, de prière lancée à la face du monde ou à cette seule femme, Svetlana Alexievitch, qui aura su les entendre, faire silence pour laisser toutes ces paroles émerger et les diffuser ?
Est-ce pour nous, les ignorants, les auto-proclamés épargnés au sursis précaire, qui vivons nos vies dans l'inconscience de cette tragédie ?
Est-ce pour ceux qui savaient, qui auraient dû « écouter », en 1986 et qui ont bâillonner ces bouches et obstruer l'écoute ?
Est-ce une supplication contre l'oubli ? Ou plutôt, ce satané refoulement d'une conscience auto-protectrice : conscience collective, conscience individuelle... celle de la Société, de l'Histoire et de l'Humanité.
Ce livre est construit comme une tragédie grecque : un prologue, des choeurs et des acteurs, bien malgré eux, qui avancent pour certains masqués, et cette supplication qui tient lieu de lamentation. Il y est question de mythe (de la science et du nucléaire), de dépassement de soi (lisez les témoignages) et de destin (ce vers quoi on va, mais qu'on ne saurait voir). Et cette catharsis qui libère les paroles !
« Dans la tragédie, en effet, tout est là, sous les yeux, réel, proche, immédiat. On y croit. On a peur. […] Parce qu'elle montrait au lieu de raconter, et par les conditions mêmes dans lesquelles elle montrait » (c'est moi qui rajoute cette définition si juste de la tragédie, faîte par Jacqueline de Romilly).
C'est notre humanité que nous montre Svetlana Alexievitch et c'est de là, également, qu'elle nous écrit... en espérant un sursaut, avant la mise à mort.
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LydiaB
  25 mai 2013
Ce livre m'a touchée. Tous ces témoignages convergent vers cette idée d'impuissance mais aussi d'inexpérience, de vérité cachée. Lorsque le 26 avril 1986, un accident se produit à la centrale de Tchernobyl, on envoie les pompiers, comme s'il s'agissait d'un simple incendie. Les pauvres hommes vont ainsi se confronter à la radioactivité, marcher sur ces particules vectrices de mort, respirer à plein poumon la nocivité incarnée. La population, laissée volontairement dans l'ignorance va avoir deux réactions : les courageux vont êtres volontaires pour aller "nettoyer" le sol. Les autres ne voudront pas, pour la plupart, quitter leur maison lorsqu'on évacuera. Car la pollution ne se voit pas, et c'est bien là le problème. Les gens ne comprennent pas pourquoi, d'un seul coup, ils ne peuvent plus boire le lait de leurs vaches, manger les pommes de terre de leur jardin ou les volailles de leur poulailler. Tout a l'air si beau, si sain...
De même, beaucoup de témoignages comparent cela à la guerre. Mais ici, elle est invisible et c'est ce qui les dérange. Dans un conflit, on connaît l'ennemi et on choisit de le combattre. Là, les informations arrivent par bribes. On sait, on sent qu'on va mourir... Mais pourquoi ?
J'avais déjà lu l'excellent livre de Cécilia Colombo, Pripyat, vert comme l'enfer. Celui-ci complète les données. Un conseil : gardez une boîte de mouchoirs à portée de main !
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Nastie92
  28 juin 2020
Cela fait plusieurs semaines que j'ai refermé La supplication et que je n'arrive pas à écrire la moindre ligne.
Non pas que je n'aie rien ressenti, bien au contraire.
Ce livre m'a fait l'effet d'un coup gigantesque, un choc du genre de ceux qui vous coupent le souffle pour un moment.
Maintenant que je me suis un peu remise (pas complètement, on ne se rétablit pas entièrement d'une telle lecture), voici mon modeste avis.
Svetlana Alexievitch raconte la catastrophe de Tchernobyl ; plus précisément, l'après explosion et ses conséquences sur la population.
Elle a choisi de le faire d'une façon originale : avec les mots des autres.
Au lieu d'écrire elle-même, elle laisse parler ceux qui ont vécu l'événement. Des acteurs et des témoins. Ceux qui travaillaient dans la centrale, ceux qui sont intervenus pour arrêter l'incendie, ceux qui vivaient à proximité.
À l'aide de courts témoignages qu'elle nomme "monologues", elle dresse un tableau implacable des faits.
Ce portrait, composé à l'aide de multiples récits, est stupéfiant.
J'avoue ne pas avoir d'emblée compris l'intérêt de ce procédé, et m'être demandé ce qui valait à l'auteur son prix Nobel de littérature puisqu'elle n'écrivait pas elle-même. Mais petit à petit, tout s'est éclairci.
Tel un peintre qui applique ses couleurs, Svetlana Alexievitch a méticuleusement choisi et organisé le matériau dont elle a disposé ; avec la mosaïque qu'elle a ainsi construite, elle nous a tracé une route. Un chemin vers la compréhension de ce qui n'est, a priori, incompréhensible.
Elle ne prend jamais position, elle ne commente pas, elle ne juge pas. Elle n'a pas besoin de le faire pour convaincre le lecteur : le contenu est suffisamment explicite.
Un mot m'est venu très rapidement à l'esprit au cours de ma lecture, et ne m'a plus quittée : impuissance.
L'impuissance des hommes tout d'abord. Celle des apprentis sorciers face à la catastrophes qu'ils ont déclenchée, et celle des victimes, dépassées par ce qui se produit.
L'impuissance du lecteur ensuite, qui reçoit de plein fouet toutes ces tragédies, individuelles et collectives et ne peut rien en faire.
Personnellement, je suis longtemps restée sidérée, sans rien pouvoir penser de concret. Ce que j'ai lu allait au-delà de mes capacités de compréhension.
Que dire à cette femme dont le mari fortement irradié met deux semaines à mourir sous ses yeux dans des souffrances inhumaines ?
Que lui dire lorsque les médecins la découragent de rendre visite à cet homme qu'elle aime par-dessus tout, en la mettant en garde frontalement : "Vous ne devez pas oublier que ce n'est plus votre mari, l'homme aimé, qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination."
Que lui dire lorsqu'elle s'inquiète et reçoit en retour ces paroles lucides et froides : "Qu'imagines-tu ? Il a reçu mille six cents röntgens alors que la dose mortelle est de quatre cent. Tu côtoies un réacteur."
Rien.
On ne peut rien lui dire.
Que penser de ce témoignage ?
Je ne sais pas.
Tchernobyl a généré des situations que l'on ne peut pas concevoir, des horreurs qui vont au-delà de l'imagination la plus folle.
Tchernobyl a engendré de l'inhumain et le tour de force de Svetlana Alexievitch est de faire ressortir la part d'humain qu'il y a dans ce désastre qui nous dépasse.
Elle dit avoir voulu "reconstituer les sentiments et non les événements". Elle y est incroyablement bien parvenu, et c'est en cela qu'elle nous touche au plus profond.
Un soldat qui a combattu en Afghanistan témoigne : "Mieux aurait valu pour moi de mourir en Afghanistan ! Je vous le dis très sincèrement : ce sont là les pensées qui me viennent à l'esprit. Là-bas, la mort était une chose banale... Compréhensible..."
"Compréhensible", alors que Tchernobyl est incompréhensible.
La dangerosité médicale des conséquences de l'explosion est largement aggravée par le fait que la radiation est invisible. Quand on combat un ennemi lors d'une guerre, on le voit. Mais là ?
Comment expliquer aux paysans qu'ils ne doivent pas consommer le fruit de leurs récoltes ?
Comment expliquer à ceux qui en possèdent qu'ils ne doivent pas boire le lait de leurs vaches ?
Comment expliquer que la terre est dangereuse ? Que les maisons sont dangereuses ? Que l'air est dangereux ?
Alors que tout est si normal en apparence !
Comment alors convaincre une population entière d'abandonner tous ses biens, son logement, ses souvenirs, sa vie... pour la sauver ?
L'ennemi est invisible, et il a fait des dégâts terribles parce que beaucoup n'ont pas voulu croire à son existence.
Et ce n'est pas près de finir : "La désintégration de l'uranium, il y en a pour un milliard d'années. Et pour le thorium, quatorze milliards d'années." nous dit un scientifique. Un temps qui dépasse l'entendement humain.
Il y a décidément beaucoup de choses que l'homme ne peut comprendre dans cette tragédie !
L'histoire est-elle condamnées à se répéter ?
Ceux que l'on a appelés les "liquidateurs" sont intervenus dès les premières heures dans la centrale pour éteindre l'incendie. Vu la dose de rayons qu'ils recevaient, même en n'y restant que quelques secondes, ils ont été envoyés à une mort certaine.
De la même façon, tous ceux qui ont participé activement au "nettoyage" de la zone.
Quel terme ! Comme si l'on pouvait nettoyer les dégâts de Tchernobyl d'un simple coup d'éponge !
Ils l'ont tous payé de leur vie. Ils ont été sacrifiés par des gens qui savaient, tout comme ont été sacrifiés ceux qui en 2001 ont participé au déblaiement de Ground Zero après l'effondrement des tours.
Comme le dit l'auteur de l'un des monologues, totalement désabusé : "Même le jour de la fin du monde, l'homme restera tel qu'il est maintenant. Il ne changera pas."
J'ai versé des torrents de larmes sur ces pages parce qu'elles sont désespérées et désespérantes.
J'ai versé des torrents de larmes, et pourtant, je vous conseille de les lire à votre tour.
Lisez cette supplication qui vous est adressée, mais attendez le "bon" moment, celui où vous vous sentirez assez forts pour plonger dans cet océan de douleur, de souffrance, de mensonges et de folie humaine.
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gavarneur
  30 mai 2019
Je suis juste un amateur de littérature. Comment pourrais-je séparer ce qui est du journalisme, de la littérature, de la philosophie ? le jury du prix Nobel a décidé que Svetlana Alexievitch faisait de la bonne littérature, ou plus vraisemblablement de la littérature importante. Les media que je suis ont bien dû écouter les jurés Nobel et parler de ses livres, et à la fin moi aussi j'ai voulu en lire un, au hasard. Je ne sais toujours pas ce que j'ai lu, mais je dis aussi qu'il faut le lire.
Même pour du journalisme, la forme surprend : c'est une enquête, mais elle ne fait que rapporter des paroles entendues.* L'autrice ne prend pas position, ne fournit pas de « faits » et même le chapitre intitulé Conclusion est un témoignage. Son travail se bornerait à collecter, trier, mettre dans l'ordre et ajouter quelques titres ? Peut-être, mais alors ce livre est un tour de magie.
La mort, l'amour, le pouvoir, l'avenir de l'humanité. L'héroïsme, l'hypocrisie, la corruption, le vol pour survivre, la peur, le mépris, la souffrance. Ce putain de bouquin ne parle que de sujets tellement importants. Enfin presque : il traite aussi de la fin du communisme, tué par la guerre en Afghanistan et par Tchernobyl, de l'âme slave (poncif constitué de pessimisme auto-complaisant, de bravoure et de vodka) et même des amoureux des chats...
Après ce remarques superficielles sur la forme et le fond, j'aurais envie de vous raconter tout à ma manière. Tout sur la catastrophe de Tchenobyl, et ses conséquences humaines, surtout en Biélorussie. Mais qui suis-je pour prendre la parole, alors que même Svetlana Alexievitch se refuse à le faire ? Qui suis-je même pour tenter de vous convaincre ? Serez-vous comme moi stupéfait, ahuri, atteint d'une tristesse et d'une peur profonde, ému par l'amour, la foi, révolté par l'injustice et par l'usage atroce d'un pouvoir totalitaire... je pourrais continuer longtemps, mais votre réaction sera -t-elle la même ? Seule solution : lisez pour savoir.
* du moins en apparence, ce n'est pas dit dans le livre et je sais pas ce que l'autrice en a dit.
**J'avais pensé vous écrire quelques lignes pour expliquer les mesures dont parlent beaucoup d'acteurs : rem, röntgen, curie... mais c'est trop compliqué pour quelques lignes. Et comparer ce qu'ont subi les acteurs héroïques et les populations passives aux limites du dangereux est encore plus compliqué. A défaut, je me borne à remarquer qu'en URSS avant 1986, le régime croyait tellement à la possibilité d'une guerre nucléaire qu'il avait préparé la population à ses conséquences prévisibles... probablement avec son inefficacité habituelle. Pour le reste, voyez comme moi les discussions sur Wikipédia.
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Citations et extraits (207) Voir plus Ajouter une citation
Nastie92Nastie92   28 juin 2020
La chose la plus juste au monde, c'est la mort. Personne ne peut se cacher d'elle. La terre reçoit tout le monde, les bons et les mauvais, les pécheurs. Mais il n'y a aucune autre justice au monde.
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FandolFandol   20 juin 2020
- Nous avons vu de tout, m’ont-ils dit. Des victimes d’accident de la route, des personnes assassinées au couteau, des cadavres d’enfants calcinés dans des incendies… Mais une chose pareille, c’est bien la première fois ! Les Tchernobyliens meurent de la façon la plus horrible…
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FandolFandol   19 juin 2020
Les évacués de Tchernobyl ont été déplacés « en Europe », dans des bourgades de type européen. On peut y bâtir une maison meilleure, plus confortable, mais il est impossible de transporter dans un nouveau lieu le monde qui reliait tous ces gens. Ils étaient comme liés à leur terre par un cordon ombilical. L’obligation de partir a été comme un coup colossal porté à leur psychisme. La rupture des traditions, de toute la culture séculaire.
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FandolFandol   20 juin 2020
On nous emmenait dans la région de Leningrad. Là-bas, lorsque nous approchions des gares, les gens se signaient et nous regardaient de loin. Ils avaient peur de notre train. À chaque arrêt, on le lavait longtemps.
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FandolFandol   18 juin 2020
Il ne faut pas oublier dans quelle situation nous nous trouvions, il y a dix ans. Le K.G.B. fonctionnait, on brouillait les radios occidentales. Il y avait des milliers de tabous, de secrets militaires, de secrets du parti… De plus, nous avions été élevés dans l’idée que l’atome pacifique soviétique n’était pas plus dangereux que le charbon ou la tourbe.
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