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Svetlana Alexievitch (Éditeur scientifique)Wladimir Berelowitch (Traducteur)Bernadette Du Crest (Traducteur)
EAN : 9782267016307
269 pages
Christian Bourgois Editeur (12/06/2002)
4.28/5   180 notes
Résumé :
Svetlana Alexievitch est l'écrivaine qui a osé violer en 1990 un des derniers tabous de l'ex-URSS : elle a démoli le mythe de la guerre d'Afghanistan, des guerriers libérateurs et, avant tout, celui du soldat soviétique que la télévision montrait en train de planter des pommiers dans les villages alors qu'en réalité, il lançait des grenades dans les maisons d'argile où les femmes et les enfants étaient venus chercher refuge. Comme Svetlana le soulignait elle-même, l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
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«On dit que la prière des mères fait des miracles. Dans mon livre elle tire ces garçons du néant. Il sont des victimes sur l'autel de notre douloureuse prise de conscience. Ce ne sont pas des héros mais des martyrs. Personne n'osera leur jeter la pierre. Nous sommes tous fautifs, nous avons tous eu part au mensonge : voilà le sujet de mon livre. En quoi le totalitarisme est-il dangereux ? Il nous rend tous complices de ses crimes. Les bons comme les méchants, les naïfs et les réalistes... »

Ils y sont allés, pensant faire leur "devoir international" en libérant le peuple afghan et en leur apportant le progrès. de jeunes femmes, de jeunes hommes, tout juste majeurs, à peine sortis de l'adolescence, partis pour construire des écoles, des routes, planter des arbres, porter assistance aux "frères afghans"..., ont pris la réalité de ce conflit en pleine face. Ils découvrent :
- l'hostilité des populations civiles
- les mensonges des dirigeants
- les mines qui laissent les corps en charpie
- les balles des snipers tirées des montagnes
- les hommes-troncs laissés sur le sable agonisants, soignés, exfiltrés, et toujours en vie quelque part au pays
- les températures extrêmes (glacés la nuit, brûlés le jour)
- la faim et la déshydratation
- la solde dérisoire pour affronter l'enfer
- les viols
- les humiliations, tortures, coups et harcèlements infligés par les leurs
- la drogue achetée en vendant le peu qu'ils ont : armes, équipement, munitions... ceux-là même qui les tueront !
- les larmes des mères (russes et afghanes)
- les corps des femmes et des enfants laissés derrière eux en représailles, sans aucun état d'âme.
- les agonies qu'on abrège ou qu'on ignore
- le matériel médical volé, vendu pour de l'alcool, de la drogue, des manteaux dernier cri et des parfums de Paris et toutes ces vies qu'il n'a pu sauver
- les articles des journaux vantant leurs actions humanitaires et sociales, les spots d'actualité relayant la bonne parole : nulle part les armes, la terreur et le sang
- la mode « afghane » qui fait fureur au pays
- la Nation qui les abandonne, celle-là même qui les a exaltés avec les récits héroïques de la grande guerre patriotique
- l'art de tuer, qui rend fort
- le plaisir de tuer, qui rend fou
- la mascarade du discours du héros dans les écoles, médailles accrochées à l'uniforme neuf
- le mépris de ceux qui sont restés pour ceux qui sont partis
- les cercueils de zinc qui reviennent scellés au pays, là où la tradition veut qu'ils restent ouverts jusqu'à la mise en terre
-...
Et encore et encore, jusqu'à l'écoeurement...

Nous le lisons. Ils l'ont vécu. Et nous n'en pouvons déjà plus de toutes ces horreurs, toutes ces vérités qui nous ramènent à d'autres, toujours d'actualités, et encore bien vivantes aujourd'hui, relayées par des discours politiques, si peu différents que cela en est presque effrayants...

Ce qu'il faut aimer la vérité ; ce qu'il faut aimer la part d'humanité en chaque Homme, pour aller au devant de tout cela : souffrances, récits, haine, procès, mépris, violences et menaces !
Ce qu'il faut d'humilité et de courage, pour continuer, s'accrocher, et continuer encore... les louanges aux oreilles et le prix Nobel en poche.

«J'écris, je note l'histoire contemporaine au quotidien. Des paroles vivantes, des vies. Avant de devenir de l'histoire, elles sont encore la douleur, le cri de quelqu'un, un sacrifice ou un crime. Mille fois je me suis posée la question : comment traverser le mal sans ajouter au mal dans le monde, surtout aujourd'hui quand il prend des dimensions cosmiques ?  A chaque nouveau livre je m'interroge. C'est mon fardeau. C'est mon destin. » Svetlana Alexievitch.
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Que ce livre est dur.... Et pourtant j'avais lu la Supplication de la même auteure....
Clairement impossible à lire d'une traite. Constitué de témoignages, ce livre nous parle de la guerre d'Afghanistan menée par les Soviétiques entre 1979 et 1989.
*
Tout d'abord le titre "les cercueils de zinc". Bon j'ai un côté fleur bleue et je n'ai pas compris donc j'ai demandé à mon scientifique de mari.
"Parce que le plomb c'est trop lourd", certes mais pourquoi pas en bois ? Regard ahuri de mon mari "bin parce que ça va couler !" Evidemment voilà, je suis dans l'ambiance.
C'est exactement l'ambiance du livre. Chaque témoignage est dur, très dur.
Une mère qui pleure son fils d'à peine 20 ans. Un conscrit amputé qui préfère dire qu'il a eu un accident de la route plutôt que de dire qu'il revient de là-bas. Un soldat qui s'interroge sur son humanité....
Et au milieu de tout ça, ces soldats "internationalistes" qui pensaient aider une nation soeur découvrent qu'ils étaient les envahisseurs, les assassins. Quelle violence ! Evidemment on pense aux jeunes Français envoyés en Algérie ou aux Américains envoyés au Viet-Nam.
*
J'avoue cette lecture a été étalée sur plusieurs jours, intercalant d'autres livres entre deux.
L'édition que j'avais était complétée par les minutes du procès opposé à l'auteure. Cette partie ne manque pas d'intérêt puisqu'elle remet le livre dans sa perspective historique.
Utile mais désespérant.
*
Une pensée pour le peuple Afghan en guerre non stop depuis cette invasion, en 1979.......
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Après la lecture de” La Supplication : Tchernobyl” puis celle de “La fin de l'homme rouge” j'ai entrepris de lire “Les cercueils de zinc” dont la rédaction est à l'identique des précédentes : des retranscriptions de témoignages.

La guerre en Afghanistan pour laquelle des jeunes ont été enrôlés a duré 10 ans, de 1979 à 1989. Les premiers militaires sont partis avec l'idée de défendre l'Afghanistan communiste, pour reconstruire le pays et aider la population. Dans une URSS encore stable, ils étaient les héros qui allaient défendre la liberté, bien souvent poussés à s'engager par leur famille.

Les derniers revenus ont été considérés comme des envahisseurs et des criminels alors que leurs actes n'avaient pas changé sur place : tuer ou mourir, mais l'état politique du pays s'était délité ; la pérestroïka ne légitimait plus cette guerre, le communisme était près de tomber et reniait ses jeunes gens qui étaient partis sur ordre pourtant !

Svetlana Alexievitch a permis à ses jeunes hommes et femmes ainsi qu'à leur famille de retrouver une dignité, perdue pour des raisons politiques, pour des décisions et des justifications iniques. Des rescapés lui ont exprimé leur mal être, leur honte d'être des “afghanis”, leur incompréhension de cette trahison. Elle a écouté aussi leur famille et la douleur ressenti par le deuil ou par la chape d'oubli que l'ex-URSS voudrait sceller sur ceux qui n'avaient même pas droit au statut d'anciens combattants !

Elle a démonté le mythe que l'histoire soviétique voulait retenir, celle des guerriers libérateurs d'un pays, tout en refusant à ces mêmes guerriers le statut de héros !

Les témoignages sont toujours très difficiles à lire, la douleur, la violence, la haine et l'amour se partagent les sensations ressenties à travers les paroles et il m'a fallu pas mal de jours pour lire ce livre, d'autant plus en me rappelant les rares reportages qui nous parvenaient ! L'Afghanistan n'était qu'un terrain de jeu politique et qu'importe le prix humain qu'il a couté !!

Toujours décriée et condamnée, Svetlana Alexievitch est celle qui lève le voile du silence sur des faits dramatiques de son pays en allant auprès des premiers touchés !

Challenge Jeux en Folittérature XI
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Ce livre est la somme d'interviews données par l'autrice après la fin de la guerre entreprise par les dirigeants de l'ex-URSS en Afghanistan. Il est paru après la fin de l'empire soviétique. Elle a interrogé de nombreuses personnes, de situations et d'âge variés, femmes et hommes : veuves de guerre, mères de soldats, militaires de différents grades, infirmières, etc... Cela représente un travail considérable pour lequel elle sera à la fois vilipendée dans son ex-pays (cf. les procès que les nationalistes lui ont fait, en particulier en Biélorussie et par lesquels elle conclue ce livre) et félicitée (en Occident et ailleurs aussi).
Le documentaire littéraire est poignant de bout en bout, à commencer par le récit d'une mère dont le fils est devenu un assassin à son retour.
Les hommes, les femmes et les animaux souffrent autant.
Ce livre nous montre la guerre dans toute son horreur, avec son lot de mutilations, de massacres par entraînement, de drogue, de retour difficile et incompris à une vie qui ne peut plus être normale même si le soldat ou l'infirmière est revenu.e intacte physiquement, de problèmes psychiatriques, de harcèlement des bleus, de corruption, de maladies, de mort et de sang. Les récits se ressemblent et l'autrice ne nous épargne rien, comme d'habitude lorsqu'elle écrit sur ce sujet, qu'il lui semble être de prédilection (mais nécessaire).
Quel dommage que Svetlana Alexievitch n'ait pas conservé les cassettes de ses enregistrements, qui lui auraient permis d'encore mieux se défendre ; et, en dehors du dégoût que m'inspire cette guerre - et toutes les autres aussi - j'ai été surprise par un passage où une mère avoue sa préférence pour son fils décédé par rapport à son frère (et que celle-ci a réfuté lors d'un procès).
Ce livre est un reflet de l'embrigadement d'une classe de la population soviétique par leur éducation nationaliste, c'est certainement à quelques nuances près due à notre époque de sur-information ce qui se passe là-bas encore à l'heure actuelle : j'ai été hantée durant ma lecture par l'actualité en Ukraine. Mais hélas tous les pays (excepté quelques rares et petites exceptions) comportent leur lot de nationalisme exacerbé qui risque de conduire à des guerres fratricides (refusons l'enrôlement de notre jeunesse, c'est une opinion personnelle).
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C'est dans son édition de poche 10/18 du début des années 90, que j'ai lu le livre bouleversant de Svetlana Alexievitch.
Il y était raconté l'indicible horreur de la guerre, pour la énième désespérante foi. Un de ces conflit où, en définitive, il n' y aura ni vainqueurs ni vaincus.
Pire: Une guerre atroce qui porte en germe les infamies futures des Talibans d' Afghanistan.
Des soldats qui reviennent perdus à jamais.
... Et ces Cercueils de zinc qui rapatriaient les corps de soldats envoyés dans l'intenable royaume de la peur et de la souffrance. Symboles d'une farce aussi vaine que tragique.
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Citations et extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
De ne pas apprendre à tuer n'est inscrit dans aucune constitution.
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Une fois de plus, je passe d’un homme à un autre, d’un document à une image. Chaque confession est comme un portrait peint : c’est plus qu’un document, une « image ». On évoque le côté fantastique de la réalité. Nous devons créer le monde non pas selon les lois de la vraisemblance quotidienne, mais « à notre image et à notre ressemblance ». L’objet de ma recherche reste toujours l’histoire des sentiments et non de la guerre proprement dite. Que pensaient ces gens ? Que voulaient-ils ? Qu’est-ce qui leur causait de la joie ? Que craignaient-ils ? Qu’ont-ils retenu ?
Hélas, de cette guerre deux fois plus longue que la Grande Guerre patriotique, nous ne savons que ce qui ne risque pas de nous troubler, car si nous pouvions nous voir tels que nous sommes vraiment, nous nous ferions certainement peur à nous-mêmes.
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Je suis sûr que vous ne voudrez pas que ça figure dans votre livre, vous allez rayer tout ça. Personne ne dira plus la vérité sur ceux qui reposent en terre. Les vivants ont droit aux décorations, les morts aux légendes, et tout le monde est content.
Cette guerre, c'est comme notre vie en URSS : elle n'a rien à voir avec ce qui est écrit dans les livres. Heureusement que j'ai mon univers à moi, celui des livres et de a musique, qui m'a sauvé parce qu'il a caché l'autre.
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La mort n'a pas de mystère pour les gens qui sont à la guerre. Tuer, c'est simplement appuyé sur la détente. On nous apprenait que pour rester en vie il fallait être le premier à tirer avec précision. C'est la loi de la guerre. Le commandant disait : "ici vous devez savoir faire deux choses : vous déplacer rapidement et tirer avec précision. Mais penser, c'est mon affaire." Nous tirions où on nous disait de tirer. J'avais appris à obéir aux ordres. Je n'épargnais personne. Je pouvais facilement tuer un enfant. Car tout le monde nous faisait la guerre, les hommes, les femmes, les vieux, les enfants. [...] Car chacun essayait de survivre. Pas le temps de réfléchir. Il ne faut pas oublier que nous avions de dix-huit à vingt ans. Je m'étais habitué à la mort des autres, mais j'avais peur de mourir. J'ai vu qu'en une seconde, il pouvait ne plus rien rester d'un homme, comme s'il n'avait jamais existé.
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Je suis rentré chez moi, je voulais être gentil. Mais parfois l’envie me prend d’égorger quelqu’un. Je suis rentré aveugle. Une balle m’a décollé la rétine. Elle est entrée par ma tempe gauche et est ressortie par ma tempe droite. Je ne distingue que la lumière et les ombres. Mais je les connais, ceux que je voudrais égorger… Ceux qui trouvent trop cher de poser une pierre sur la tombe de nos copains… Ceux qui ne veulent pas nous donner d’appartements : « Ce n’est pas moi qui vous ai envoyés en Afghanistan… Ceux qui se fichent de nous comme de leur dernière chemise… Tout ce que j’ai vécu continue à bouillir en moi. Si on voulait me prendre mon passé ? Mais non, je ne me laisserais pas faire. Je ne vis que de ça.
J’ai appris à marcher sans voir. Je vais en ville tout seul, dans le métro, sur les passages piétonniers. Je prépare à manger, même que ma femme s’étonne, parce que je le fais mieux qu’elle. Je n’ai jamais vu ma femme, je ne sais pas comment elle est. Je ne connais pas la couleur de ses cheveux, comment est fait son nez ou sa bouche… Je perçois avec mes mains, avec mon corps… C’est mon corps qui voit. Je sais comment est fait mon fils… Quand il était bébé, je le langeais, je le lavais… Maintenant je le porte sur mes épaules… J’ai parfois l’impression qu’on peut se passer des yeux. Après tout, vous fermez bien les yeux, vous autres, quand il se passe quelque chose d’essentiel. Quand vous êtes très, très bien. Les yeux sont utiles au peintre, parce que c’est son métier. Moi, j’ai appris à vivre sans. Je perçois le monde… Je l’entends… Un mot est plus important pour moi que pour vous qui avez des yeux.
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Ce mois-ci Bienvenue au club s'est rendu à Manosque, au club de lecture de la médiathèque d'Herbès, en lien avec le festival des Correspondances de Manosque. Un club un peu particulier puisqu'il accueille un auteur en résidence. Cette fois, c'est Salomé Kiner qui s'est prêtée à l'exercice en soumettant une liste de lecture aux membres.
Ce mois-ci les membres nous parlent de: Je suis une fille sans histoire - de Alice Zeniter aux éditions L Arche Beauté fatale - de Mona Chollet aux éditions de la Découverte Les Vilaines- Camila Sosa Villada aux éditions Métailié La guerre n'a pas un visage de femme - de Svetlana Alexievitch aux éditions J'ai Lu Lait Noir – d'Elif Shafak aux éditions Phébus
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