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EAN : 9782246200222
296 pages
Éditeur : Grasset (07/10/1987)
  Existe en édition audio
3.91/5   16 notes
Résumé :
Résumé:
En 1920, dix ans après le triomphe de Marie-Claire, Marguerite Audoux donnait une suite à son roman.
L'Atelier de Marie-Claire dépeint la vie quotidienne de la bergère solognote, devenue adolescente et montée à Paris pour apprendre le métier de couturière. La solitude, la misère, le mal y sont évoqués avec la même bouleversante économie de moyens que dans Marie-Claire. Marguerite Audoux prend, ici, la parole au nom du prolétariat des villes, a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
SZRAMOWO
  24 avril 2015
Marguerite Audoux nous rapporte les souvenirs et la misère d'une forme d'aliénation par le travail qui a toujours existé.
Les filles de province s'exilant à Paris pour devenir couturières d'ateliers ressemblant comme deux gouttes d'eau aux ateliers clandestins chinois, pakistanais ou turcs qui sont à l'ouvrage dans Paris et dans les mêmes quartiers.
Ce passage du roman pourrait encore s'appliquer de nos jours :
« La maison Quibu était une des plus importantes du Sentier. Aussi sa deuxième commande fut si grosse qu'il fallut rappeler les anciennes ouvrières et en demander de nouvelles.
Boudelogue ne fut pas contente de ce changement. Elle craignait pour la finesse de ses mains, mais quand elle eut compris que le travail aux pièces lui permettrait de gagner davantage lorsqu'elle peinerait davantage, elle cessa de grogner et ne parla plus d'aller chez une autre couturière Bergeounette, qui connaissait tous les genres de couture, donna des conseils. Selon elle les ouvrières du dehors causaient souvent des ennuis tandis que le travail de l'atelier était régulier et facile à surveiller. »
Pièces insalubres, mais à l'abri des regards extérieurs, ouvrières dans le besoin ; prêtes à accepter les conditions les plus viles, rabatteuses des souteneurs qui guettent les proies faciles brisées par la faim, la misère et l'incertitude du lendemain :
« Aux affiches de la porte Saint-Denis, je retrouvai la jolie femme de chambre avec son bonnet et son tablier blanc. Elle guettait les ouvrières et leur parlait comme si elle avait des places à leur offrir. Quelques-unes la regardaient avec méfiance et s'éloignaient sans vouloir l'entendre, tandis que d'autres paraissaient enchantées de ce qu'elle leur proposait.
Je la vis venir à moi avec un peu de crainte. »
Humour graveleux des passants qui « taguent » les portes des ateliers :
« ON DEMANDE
Une bonne ouvrière pour le costume d'Adam. »
Le mariage est souvent la solution, mais lorsque l'arrivée de l'enfant le précède il peut devenir un cauchemar et un drame :
« Sa mère n'avait jamais pu lui pardonner d'être venue au monde alors qu'elle se croyait de par son âge à l'abri de toute maternité. « Tu me fais honte », lui disait-elle. »
La parole de ces femmes, lorsqu'elles échangent leurs souvenirs d'enfance, lorsqu'elles décrivent le malheur pour mieux le circonscrire, lorsqu'elles font preuve de courage pour ne pas se détester, est le chemin de leur indépendance, de leur libération :
« – C'était ma faute aussi... Je portais mon chagrin comme une infirmité. »
Texte admirable que l'Atelier de Marie-Claire, par la justesse du ton, la richesse des sentiments, la précision des descriptions, l'analyse sans complaisance et sans pathos des situations vécues par ces filles sans destin qui décident de s'en donner un.
La force de caractère de Marguerite Audoux dans un siècle peu propice à l'autonomie des femmes, force l'admiration, car l'histoire de Marie-Claire c'est son histoire à elle, celle de sa nièce Yvonne passée par la case prostitution et sauvée par sa tante, celles des dizaines de grisettes qu'elle a côtoyées, connues et défendues contre elles-mêmes souvent.
« La belle Vitaline, Julia, Fernande, Mimi l'orpheline, la mendiante, aussi terne que Vitaline était brillante, Bergeounette, Gabrielle, Roberte, Félicité Damoure, Bouledogue, Duretour… », et toutes les autres.
A lire sans modération.


Lien : http://desecrits.blog.lemond..
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Marti94
  26 octobre 2020
Même si Marguerite Audoux a écrit "L'atelier de Marie-Claire" dix ans après, il est bien dans la continuité de "Marie-Claire" roman autobiographique qui a reçu le prix Femina en 1910.
Après la campagne, la jeune fille se retrouve en ville. Marie-Claire a quitté sa Sologne pour monter à Paris et trouver en emploi. Elle est embauchée comme couturière dans un atelier à façon qui se trouve dans le quartier de Montparnasse.
Marguerite Audoux décrit parfaitement le monde du travail, en particulier celui des femmes dans le Paris des années 20.
Alors que les patrons, M. et Mme Dalignac sont plutôt bienveillants, les ouvrières et la patronne sont parfois dans l'obligation de travailler la nuit pour satisfaire des clientes capricieuses, la tuberculose ne les épargne pas, et le travail n'empêche pas le chômage et la misère durant les périodes sans commande de travaux de couture.
Beaucoup de couturières emmènent du travail à la maison même si elles sont très âgées comme la voisine de Marie-Claire.
On voit aussi comment l'atelier va être transformé pour faire du prêt-à-porter car c'est la période des grands magasins parisiens avec le printemps et la Samaritaine.
Mais ces ouvrières sont aussi des femmes qui connaissent la violence, femme battue, enceinte et abandonnée, malade et dans l'obligation de travailler.
Si Marie-Claire va certains dimanches à la campagne, elle aime Paris et les balades boulevard Saint-Michel et surtout au jardin du Luxembourg.
Marguerite Audoux décrit donc avec justesse un milieu social sans avoir à rougir face au réalisme d'Emile Zola.
Lu en octobre 2020
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badpx
  14 septembre 2016
Après avoir Ecouté Marie Claire. Je suis retourné sur le site Audiocité pour téléchargé "L'atelier de Marie-Claire".
J'aime beaucoup la voix de sabine qui est la personne ayant prêté sa voix à ce récit. Je trouve que cela correspond parfaitement au personnage et à ce récit portant sur les souvenirs de la rude vie de couturière à la fin du XIème siècle.
Par moment, j'avais l'impression que ce récit était un extrait de l'Assommoir de Zola (Que j'ai lu il y a fort longtemps aussi mes souvenirs sont peut être un peu émoussés) ou le bonheur des dames.
On y trouve là toutes les régions de France représentée au travers de ces ouvrières venues à Paris en espérant une vie meilleure, et surtout rêvant toute de retourner dans leur "pays".
En même temps je suis étonnée de la joie de vivre qui transpire malgré les difficulté.
J'ai passé un bon moment à cette écoute.
Ce texte très simple, me fait l'effet d'un formidable témoignage d'une époque.... mais est elle révolue ?
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PiertyM
  28 février 2019
On retrouve la même verve dans l'écriture de Audoux que dans Marie-Marie! Ici tout tourne autour de la couture, des ouvrières qui travaillent d'arrache pied pour subvenir à leur survie, elles doivent subir la pression du patron, les caprices des clientes et aussi l'autorité leur mari...
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HORUSFONCK
  19 septembre 2016
Voilà un beau livre, qui touche l'âme du lecteur.
Un très beau tableau de la vie des "petites mains" dans un Paris maintenant disparu et oublié.
Ces ouvrières de l'aiguille sont touchantes, dans leur pauvreté et leur travail minutieux.
A noter l'humanité de ces petits patrons (!) grugés par leurs clientes de la "haute".
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critiques presse (1)
LeMonde   13 décembre 2019
Dès la lecture des premières phrases couchées par Marguerite Audoux (1863-1937), on arriverait presque à se pencher par-dessus l’épaule de ses personnages, tant elle écrit tout en relief les images, les ambiances et les tempéraments. Une plume simple qui donne corps à des destins modestes : ceux d’orphelines, de besogneuses et d’indigentes que les protagonistes masculins aiment généralement mal.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   24 avril 2015
J’expliquai ces choses à Mme Dalignac. Je lui appris comment certaines patronnes gagnaient gros en faisant faire hors de chez elles des centaines et des centaines de vêtements. Je lui indiquai les maisons de la rue du Sentier où l’on portait des modèles, et d’où l’on rapportait les étoffes à pleines voitures lorsque le modèle avait du succès.
Elle m’écouta attentivement et ce nouveau travail lui apparut bientôt comme un métier où son mari pourrait s’employer sans grande fatigue. Elle réfléchissait après chaque détail qu’elle me faisait préciser, et quand elle sut que les maisons de gros payaient à date fixe et qu’elle ne serait plus obligée de présenter indéfiniment ses factures, elle décida de faire quelques jolis modèles qu’elle porta aussitôt rue du Sentier.
Elle revint un peu attristée des prix qu’on lui avait offerts. Cependant, elle rapportait douze commandes de la maison Quibu, qu’elle coupa immédiatement. Et, au bout de la journée, nous savions que notre gain allait s’augmenter du double.
Il nous vint un grand courage et une grande gaieté. Mme Dalignac riait de son rire frais et il me semblait entendre le patron quand il disait : « Elle rit joli, ma femme. »
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SZRAMOWOSZRAMOWO   24 avril 2015
Il ne fit qu’une toute petite pause et sa voix recommença de se faire entendre. Il parlait comme les gens qui ont hâte d’être approuvés. Il réunissait en un seul nos deux avenirs comme pour mieux les tenir dans sa main et les diriger à sa guise. Mais tandis qu’il m’exposait ce que serait notre vie à tous deux lorsque je serais devenue sa femme, j’oubliai sa présence, et je n’entendis même plus le son de sa voix.
Les maisons et les rues s’effacèrent aussi, des bruyères et des sapins s’élevèrent à leur place. Et là, devant moi, au milieu d’un buisson de houx et de noisetiers sauvages, un homme se tenait immobile et me regardait.
Je reconnaissais ses yeux larges et doux dont la prunelle ne se séparait pas des paupières, et qui semblaient deux oiseaux peureux venant se poser sur moi avec confiance. Puis les yeux et les bruyères se changèrent en pierres précieuses et s’éparpillèrent sur les toits revenus, pendant que Clément disait en haussant le ton :
– Je vois bien que vous ne m’aimez pas. Mais qu’est-ce que cela fait ? Vous m’aimerez quand nous serons mariés.
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AustralAustral   16 janvier 2017
Quelques-unes ne se gênaient pas pour se moquer de l’accent du
patron. Comme il prononçait crante au lieu de quarante, on confondait souvent avec trente, et cela causait des erreurs dans les mesures. Aussi,
on entendait tout à coup une voie hardie :
– Patron, combien faut-il de centimètres à l’encolure du vêtement bleu ?
– Crante... répondait le patron.
Et la voie hardie reprenait :
– Ça prend-il un 3 ou un 4, votre chiffre ?
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SZRAMOWOSZRAMOWO   24 avril 2015
Pourtant, lorsque Roberte se mit à chanter, il y eut des instants de bruyante gaieté. Sa voix n’aurait pas été désagréable si elle eût chanté simplement, mais elle l’enlaidissait de tout son pouvoir en essayant de la rendre plus précieuse. De plus elle déformait les mots sans souci de leur sens véritable, et cela accouplait parfois des phrases si disparates que nos rires partaient sans retenue.
Le jour où elle chanta une romance que tout le monde connaissait :

Selon moi, vois-tu, c’est l’indifférence
Qui blesse le cœur et le fait souffrir.

Elle lança en toute tranquillité :

Seule dans ma voiture, c’est la différence
Qui blesse le cœur et le fait s’ouvrir.

Duretour alors fut prise d’un rire si fou qu’elle glissa de son tabouret sous la table. Et tandis que Bergeounette s’étranglait contre la vitre, Bouledogue renversée en arrière riait à en demander grâce.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   24 avril 2015
Ce jour-là, comme chaque matin à l’heure du travail, l’avenue du Maine s’encombrait de gens qui marchaient à pas précipités et de tramways surchargés qui roulaient à grande vitesse vers le centre de Paris.
Malgré la foule, j’aperçus tout de suite Sandrine. Elle aussi allongeait le pas et je dus courir pour la rattraper.
C’était un lundi. Notre chômage d’été prenait fin, et nous revenions à l’atelier pour commencer la saison d’hiver.
Bouledogue et la petite Duretour nous attendaient sur le trottoir, et la grande Bergeounette, que l’on voyait arriver d’en face, traversa l’avenue sans s’inquiéter des voitures afin de nous rejoindre plus vite.
Pendant quelques minutes il y eut dans notre groupe un joyeux bavardage. Puis les quatre étages furent montés rapidement. Et tandis que les autres reprenaient leurs places autour de la table, j’allai m’asseoir devant la machine à coudre, tout auprès de la fenêtre. Bouledogue fut la dernière assise. Elle souffla par le nez selon son habitude, et aussitôt l’ouvrage en main, elle dit :
– Maintenant il va falloir travailler dur pour contenter tout le monde.
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