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Michel Mohrt (Préfacier, etc.)Gilles Vannier (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253047650
217 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (30/08/1997)
3.74/5   45 notes
Résumé :
Recueil comprenant trois nouvelles :
-Laurette ou le Cachet rouge
-La Veillée de Vincennes
- La Vie et la mort du Capitaine Renaud ou la Canne de jonc

Vigny décrit la condition militaire avec une humanité profonde et une pitié fraternelle. Il s'élève avec fermeté contre la doctrine formulée par Joseph de Maistre, qui exaltait le guerrier comme l'instrument aveugle et prestigieux d'une mission divine. Il regarde la guerre comme un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
panurge
  15 mars 2019
QUE RESTE T-IL DE L'HONNEUR ?
On ressort de ce livre fort d'impressions très mélangées....Une question d'apparence périmée (Jean-René van der Plaetse soulève la même interrogation dans le livre dédié à son grand-père "La nostalgie de l'honneur"), des considérations très "image d'Epinal" sur la vie de famille, un conservatisme qui fleure bon le hobereau de province, un goût avéré pour le privilège aristocratique....
Bref un passé décomposé qui se regarde de loin comme on jetterait un oeil distrait sur un tableau d'ingres, du baron Gros ou d'Isabey.
L'affaire ne s'arrête cependant pas là.
Tout d'abord Alfred de Vigny écrit merveilleusement :
"Ce jour-là, il y avait en mer une seule frégate anglaise. Elle courait des bordées avec une majestueuse lenteur ; elle allait, elle venait, elle virait, elle se penchait,elle se relevait, elle se mirait, elle glissait, elle s'arrêtait, elle jouait au soleil comme un cygne qui se baigne".
Les nouvelles tirent vers le gothique ou l'effroyable ("Laurette", "La veillée de Vincennes"), détaille la dure lenteur désoeuvrée de la vie militaire en tant de Paix, montre une Communauté d'Esprits disciplinés prêts à tout endurer pour étancher la soif permanente du Danger (Sysiphe, Tantale, les Danaïdes).
"La canne de jonc", vie d'un capitaine de vieilles troupes, rassis d'abnégation, traite de la férocité de la Guerre, des horreurs absolues, des sacrifices et des combats toujours mortels , fait le portrait de Napoléon qu'il n'aime pas et qui le fascine (on pense aux officiers anglais durant la guerre du Désert de 1942 quasi-hypnotisés par Rommel) et témoigne de la vaillance silencieuse qui supporte la captivité, l'éloignement et l'oubli.
Au centre de ces récits, Bonaparte, le Dieu de la Guerre selon Clausewitz, l'Aigle foudroyant, le Capitaine égal d'Alexandre et de César, dominateur, fanatisant, vampirisant...
Le voilà insultant le Pape :
"Comédien ! Ah ! messieurs, vous prenez vite pied chez nous ! Vous êtes de mauvaise humeur parce que je n'ai pas été assez sot pour signer, comme Louis XIV, la désapprobation des libertés gallicanes ! Mais on ne me pipe pas ainsi. -C'est moi qui vous tiens dans mes doigts ; c'est moi qui vous porte du Midi au Nord comme des marionnettes ; c'est moi qui fais semblant de vous compter pour quelque chose parce que vous représentez une vieille idée que je veux ressusciter ; et vous n'avez pas l'esprit de voir cela et de faire comme si vous ne vous en aperceviez pas.
Mais non ! il faut tout vous dire ! il faut vous mettre le nez sur les choses pour que vous les compreniez. Et vous croyez bonnement que l'on a besoin de vous, et vous relevez la tête, et vous vous drapez dans vos robes de femme ! - Mais sachez bien qu'elles ne m'en imposentnullement, et que, si vous continuez, vous ! je traiterai la vôtre comme Charles XII celle du grand vizir : je la déchirerai d'un coup d'éperon. »...
Et en fond de décor, cette litanie sourde, insistante, distillant un leitmotive évocateur de la tapisserie de Pénélope : "Ce qui nous tient debout, c'est l'Honneur"...L'Honneur, l'amour de la Patrie, le don de soi, l'individu fondu, consciemment dans le collectif...L'Honneur, cette scie du Roman National, cette "valeur" à déconstruire, l'Honneur auquel on croit quand quand on a été instruit, comme moi, dans l'Ecole finissante des Hussards Noirs qui tenaient autant de Péguy que du petit père Combes...
Je ne sais pas ce qui nous tient debout en ce début de XXIème siècle.
Alfred de Vgny, en parlant de l'Armée et du pays, avec une acuité très actuelle, en faisant oeuvre d'écrivain-romancier rémémorant ce que ce mot peut sous tendre, en affirmant la primauté de cette vision "médiévale" (on pense ici à la mort très récente d'un colonel de Gendarmerie) nous rappelle à cette Notion aussi vieille que l'Histoire de France.
"Madame, pour vous avertir comment se porte le ressort de mon infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve. » (François Ier, après la défaite de Pavie-1525)..."Tout est perd fors l'honneur"...
Quand on perd l'Honneur...que reste t-il ?
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Laureneb
  11 juin 2021
Un titre construit sur un contraste, une opposition, qui organise la vie et la fonction des soldats. La servitude d'abord, c'est la privation de liberté, la dépendance à une autorité supérieure. le soldat est donc un être privé de raison propre, qui obéit sans discuter, qu'il s'agisse de tuer ou d'être tué. Les personnages des différents récits sont donc de simples soldats ou de petits officiers, ils exécutent ce qu'on leur commande. Vigny emploie plusieurs fois l'expression : "obéissance passive" - titre d'ailleurs d'un très beau poème des Châtiments où Hugo oppose "les soldats de l'An deux" et ceux de la "Grande Armée", ceux De Vigny, à leurs fils, ceux qui n'ont pas protesté voire ont participé au coup d'état de "Napoléon le Petit".
Et cette autorité supérieure à laquelle ces soldats sont dévoués en ce début du XIXème siècle n'est autre que le génie de la guerre lui-même, le général ultime, Napoléon Ier. Il figure en arrière-plan, personnage secondaire des différentes histoires, une ombre qui passe qui transforme la destinée des uns et dévore les autres.
Mais c'est aussi la "grandeur" des militaires qui est annoncée par ce titre. Et la grandeur, c'est l'honneur et l'esprit d'abnégation, c'est-à-dire de sacrifice. Nul héroïsme chevaleresque, pas d'exploit individuel ; non, les personnages décrits ici plaisent et émeuvent d'abord par leur sens du devoir qui leur fait accomplir de grandes actions sans qu'ils s'en vantent ou cherchent à en tirer gloire, et même, surtout, sans qu'ils s'en rendent compte eux-mêmes. Ceux sont des martyrs non reconnus, qui ont leurs épreuves et leur Passion, des soldats blanchis sous le harnais par rapport aux jeunes officiers plus savants de théorie, plus soucieux du soin de leur uniforme, que des réalités du champ de bataille. C'est un hommage aux soldats inconnus, mais surtout aux grands coeurs et aux belles âmes.
Quelques mots sur la conclusion que j'ai beaucoup appréciée : en historien et en visionnaire, Vigny prévoit que la déshumanisation et la dépersonnalisation des soldats va se poursuivre, lorsque "la mécanique" détruira les formes de la guerre idéalisée par les jeunes gens n'ayant jamais connu le front.
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Chasto
  06 novembre 2019
Regards de l'intérieur et introspection d'un homme sur son siècle et une existence traversant cette époque de brandebourgs et de salons.
A découvrir dans toute sa splendeur de réflexions et d'analyses.
Le talent littéraire mis au service du ravissement du lecteur.
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bfauriaux
  22 avril 2020
Encore un superbe roman sur les épopées Napoléoniennes et surtout une verve,un souffle qui tient pendant tout le roman: un tres bon livre a découvrir !
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Limoncella
  27 mars 2015
L'armée est une nation dans la nation: c'est un vice de nos temps.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   23 février 2013
Les mots de notre langage familier ont quelquefois une parfaite justesse de sens. C’est bien servir , en effet, qu'obéir et commander dans une Armée. Il faut gémir de cette Servitude, mais il est juste d’admirer ces esclaves. Tous acceptent leur destinée avec toutes ses conséquences, et, en France surtout, on prend avec une extrême promptitude les qualités exigées par l’état militaire. Toute cette activité que nous avons se fond tout à coup pour faire place à je ne sais quoi de morne et de consterné.
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LaurenebLaureneb   10 juin 2021
[Napoléon, tout juste sacré, s'exprime devant le pape]
La vie est trop courte pour s'arrêter. Sitôt que j'ai pensé, j'exécute. On trouvera assez d'explications de mes actions après moi pour m'agrandir si je réussis et me rapetisse si je tombe. Les paradoxes sont là tout prêts, ils abondent en France ; je les fais taire de mon vivant, mais après il faudra voir. - N'importe, mon affaire est de réussir, et je m'entends à cela. Je fais mon Iliade en action, moi, et tous les jours.
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LaurenebLaureneb   11 juin 2021
Car, encore une fois, les armées et la guerre n'auront qu'un temps ; car, malgré les paroles d'un sophistes que j'ai combattu ailleurs, il n'est point vrai que, même contre l'étranger, la guerre soit divine ; il n'est point vrai que la terre soit avide de sang. La guerre est maudite de Dieu et des hommes mêmes qui la font et qui ont d'elle une secrète horreur, et la terre ne crie au ciel que pour lui demander l'eau fraîche de ses fleuves et la rosée pure de ses nuées.
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OlivOliv   07 mai 2014
Il est convenu que ceux qui meurent sous l'uniforme n'ont ni père, ni mère, ni femme, ni amie à faire mourir dans les larmes. C'est un sang anonyme.
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ChastoChasto   06 novembre 2019
Je dois même à la vie de l'Armée des vues de la nature humaine que jamais je n'eusse pas chercher autrement que sous l'habit militaire.
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Videos de Alfred de Vigny (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alfred de Vigny
Alfred de VIGNY – Rester pur, ne pas être froid (France Culture, 2011) Émission « Questions d’Éthique » diffusée le 21 février 2011 sur France Culture. Monique Canto-Sperber s'entretient avec André Jarry, chercheur au CNRS, et Jean-Pierre Lassalle, professeur de Linguistique et Littérature françaises, pour évoquer la figure et l'œuvre du poète Alfred de Vigny, et notamment l'inspiration philosophique et morale qui guide l’œuvre de ce romantique.
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