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EAN : 9782864326663
1262 pages
Verdier (05/01/2012)
4.28/5   16 notes
Résumé :
« Pour des raisons qui touchent à mes origines, à ma destinée, j’ai ressenti le besoin d’y voir clair dans cette vie. La littérature m’est apparue comme le mode d’investigation et d’expression le moins inapproprié. Elle est porteuse, comme l’histoire, comme la philosophie, comme les sciences humaines, d’une visée explicative, donc libératrice. Elle peut descendre à des détails que les discours rigoureux ne sauraient prendre en compte parce qu’il n’est de science que... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
lebelier
  14 août 2021
On ne commence pas à lire impunément les carnets de notes de Bergounioux sans se prendre à son propre piège. Quand j'ai vu le volume de plus de 1200 pages, je me suis dit que j'allais y picorer, glanant une phrase ici et là, un jour particulier dans une année particulière. Histoire de lire un peu cet auteur tant vanté par un ami, ici présent sur L/E et qui a chroniqué le volume précédent. Et voilà ! Chemin faisant, au fil du temps, on lit une page puis deux, puis dix ; et l'on se prend à s'isoler quand on a un moment à soi – et Dieu sait si les vacances sont faites pour ça – et l'on lit sagement dans son fauteuil, son canapé pour se retrouver un mois et demi après au bout du volume.
Car l'ouvrage se lit comme un roman très autobiographique. Bien sûr, l'auteur choisit les moments qu'il raconte, les personnes dont il parle car il se veut concis. Il y a des semaines pleines, des semaines plus « ordinaires » si tant est que la vie de quiconque le soit. Sa compagne Cathy, ses enfants Jean et Paul – noms apostoliques s'il en est – son ami Mitch, François Bon ou Christian Signol (le camarade de pêche) en deviennent de vrais personnages de roman. Hormis le filtre toujours évident de l'auteur, il illustre parfaitement le miroir De Stendhal puisque l'auteur se renvoie sa propre image et sa subjectivité. La nôtre de ce fait.
D'ailleurs Pierre Bergounioux est un personnage polymorphe. C'est le père inquiet et attendri par ces grands garçons qui s'occupent de lui lorsqu'il se trouve mal – l'un est médecin, ça aide…-, c'est le professeur de collège qui peste contre « l'inculture triomphante » de notre (son) époque,
- "Deux heures de cours, devant les élèves distraits des lundis. Ils sont encore sous le coup de la vie prosaïque, digestive, sportive, imbécile du week-end.
- C'est à ce niveau, à hauteur d'homme, d'enfant que se mesure le désastre où nous ont conduits, depuis trente ans, les politiques –inculture triomphante, cynisme tranquille, mépris du civisme et dégradation vertigineuse du facteur subjectif."
c'est l'amoureux qui contemple encore et toujours « la fée de [s]on adolescence » dans ses actions simples et qui ne cesse de s'émerveiller – ce qui vaut de très belles pages -, c'est l'écrivain sollicité de toutes parts et qui remplit sa mission, écrivant un article ici, se rendant à une conférence là ; c'est aussi le sociologue qui, lorsqu'il voyage en train ou s'attable dans un bar porte un regard sévère sur ses contemporains ; ainsi, sur une jeune femme qui l'agace :
"Quand elle n'est pas accrochée à son portable à débiter d'affreuses platitudes, d'une voix contente et veule, c'est son MP3 qui crachouille et ça dure tout le voyage."
C'est le lecteur infatigable, toujours curieux de tout, littérature, philosophie, économie politique… ; c'est l'artiste qui se coltine avec le vieux fer, pour se délasser de son travail intellectuel mais c'est aussi un homme ordinaire qui va faire ses courses, étend des lessives, achète du pain et des cigarettes, conduit sa voiture en révision et aussi l'usager des services de la poste ou de l'hôpital restant encore lui-même un fils soucieux de sa vieille maman.
Or donc « l'ermite de Gif-sur Yvette » nous livre ses tranches de vie, comme ça, avec çà et là quelques pensées bien senties avec pour obsession le temps qui passe :
- "Quelle triste fantaisie ! Je passe mon temps à noter que mon temps se passait à noter le passage du temps."
"Le temps nous rend étranger à celui qu'on était au début. Et c'est lui, pourtant, qui a décidé de nos buts, de nos travaux, de nos amours, du restant de nos jours."
La mort qui plane omniprésente avec le souvenir de ceux qui ne sont plus et la réalité de sa propre condition :
"Je songe à ce qui fut, ici, à ce qui est, à notre précarité, au néant qui nous attend et dont il me semble déjà percevoir l'haleine dans les ténèbres muettes."
On dirait du Lamartine.
Dire de Bergounioux qu'il est nostalgique et romantique est un doux euphémisme. Rien ne lui plaît tant que ces paysages de campagne inchangés, ses vieilles automobiles (il admire un jour une 403 qui avait transporté sa belle au temps jadis) et comme il le dit lui-même :
"Je n'habite plus ce temps, ce monde. Tout du passé."
Ce qui fut passionnant dans cette lecture c'est le rapport que, nous, lecteurs –en tout cas moi – ayons pu avoir avec le personnage-auteur. Combien de fois m'est-il arrivé de l'invectiver tout haut au risque de passer pour un autiste : « Quoi ! Il se plaint encore ! Il enseigne aux Beaux-arts à des gens intéressants, entouré de collègues qui le sont tout autant, il a une compagne qu'il aime et qui s'avère être une vraie fée du logis et embellit sa vie, des fils aimant et qui ont réussi chacun à leur manière, il a du temps pour lui, faire ce qu'il lui plaît et il geint encore… » Car le bonhomme a un côté « grognon », « ronchon » qui peut agacer mais qui m'a plutôt amusé, un jugement assez tranchant, se demandant par exemple ce que font ces gens au bar à une heure pareille au lieu de travailler alors que lui-même s'y trouve. Mais on s'y attache au et cela m'a permis (il est d'un peu plus de 10 ans mon aîné) de me projeter dans l'avenir précaire de la soixantaine (mais je pense fumer moins !), de diagnostiquer les vertiges d'hypertension qui peuvent empoisonner l'existence, où le jour qui point devient un mystère, le voyage en RER, un suspense. On a parfois envie de lui dire : « Allons tout ne va pas si mal ! Vous êtes un incorrigible romantique ! » Mais pourquoi, après tout, serait-ce un défaut ?
Et puis il y a ces complexes qu'il nous donne de rester au lit, de paresser dans la journée – j'ai commencé la lecture du carnet de notes fin juillet – avec ces « Levé à six heures… ». Sa vie est réglée comme du papier à musique avec quelques variantes ici et là. Il y a des thèmes récurrents : « Cathy me dépose à Courcelle …» ; « courses au supermarché des Ulis… »
Donc une lecture très prenante. Attention l'accoutumance vient très vite ! Mais on n'est pas déçu et l'on se retrouve beaucoup dans tout ce que l'auteur a d'humain.
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e8o4fedx
  12 septembre 2016
L'auteur n'hésite pas à se montrer sous un jour désagréable, même méchant vis-à-vis des jeunes, aigri sans doute, et d'esprit très rigide de plus en plus au fil des volumes de son journal et très centré sur lui-même. de moins en moins intéressant !
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critiques presse (4)
LeMonde   20 février 2012
Devant le réel, comme une plaque sensible, Bergounioux se contente de mentionner ce qui le traverse, sans jamais se laisser gagner par la tentation de l'analyse et du jugement.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   20 février 2012
Son journal fait partie de ces livres qu'il faudrait toujours rendre accessibles dans sa bibliothèque.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Liberation   17 janvier 2012
Le troisième tome du journal de Pierre Bergounioux est assombri par la maladie et le deuil.
Lire la critique sur le site : Liberation
Lhumanite   10 janvier 2012
La monumentale entreprise d’écriture au présent des travaux et des heures, commencée en 1980, se poursuit au long de ces presque 1 300 pages, qui en même temps éclairent, bouleversent et sidèrent. Parce que l’amertume gagne, parce que la maladie frappe et le temps se rétrécit. Parce que l’existence qui ainsi s’expose balance entre l’humain, trop humain, et le surhumain.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean   27 mai 2016
Le TGV, ponctuel, se présente à sept heures et le soir descend lorsqu’il retrouve l’air libre. Je suis assis à l’étage d’une rame en duplex. Tout me dit qu’on a changé d’ère, que je suis du passé. Autour de moi, des gens jeunes. Devant, un couple, trente-cinq ans, a allumé un ordinateur portable. À gauche, une jeune femme a fait de même. Comme j’associe ces machines à l’exploitation mécanique de l’information, à l’élucidation des vieux mystères, mon premier sentiment est qu’un peuple de savants a supplanté les esprits vétustes, sous-équipés, comme le mien. Mais il s’avère que les deux, devant, jouent au billard électronique, dont l’écran reproduit, très fidèlement, la boule, les plots, les chicanes, les leviers de renvoi. À gauche, on regarde des dessins animés et, un peu plus loin, un voyageur feuillette Paris Match, comme en 1959, par exemple. Le sentiment que tout a changé le cède à son contraire. C’est la même humanité sans espoir, sans but qui traverse la nuit à 250 km/h. Fatigué. Je ferme les yeux et suis tiré du sommeil où je ne m’étais pas vu passer, par la voix préenregistrée annonçant l’arrivée en gare de Rennes.
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DanieljeanDanieljean   27 mai 2016
Repris le lent travail de dactylographie. J’ai atteint septembre 1991. Que de choses j’avais oubliées ! Elles seraient comme si elles n’avaient jamais eu lieu, sans les notes que j’ai prises au jour le jour. La vie se perd à mesure. C’est l’artifice de l’écriture qui permet, seul, de tenir l’oubli qui nous talonne en respect, de sauver quelque chose de ce qui s’est passé. Ça effraie.
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DanieljeanDanieljean   27 mai 2016
Le mot jazz, en néon bleu, brille discrètement à la terrasse. Je songe que je n’aurai à peu près rien su de Paris, rien vu que les établissements universitaires et les librairies, occupé que j’étais à réparer les dommages et les pertes inhérents au fait de naître à Brive, au milieu du siècle dernier. Nous nous attablons rue des Lombards, dans un restaurant nommé Le Chant des Voyelles. Près de nous, un homme, seul, s’est fait servir des huîtres qu’il gobe posément. Que de gestes, de libertés m’ont été d’entrée de jeu et me demeureront jusqu’au bout étrangers !
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lebelierlebelier   14 août 2021
C’est à ce niveau, à hauteur d’homme, d’enfant que se mesure le désastre où nous ont conduits, depuis trente ans, les politiques –inculture triomphante, cynisme tranquille, mépris du civisme et dégradation vertigineuse du facteur subjectif.
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lebelierlebelier   14 août 2021
Je songe à ce qui fut, ici, à ce qui est, à notre précarité, au néant qui nous attend et dont il me semble déjà percevoir l’haleine dans les ténèbres muettes.
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Videos de Pierre Bergounioux (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Bergounioux
Lecture de Arlette Farge : une création originale inspirée d'un livre sur les châtiments donnés aux enfants dans les collèges de Jésuites*.
Une série de créations littéraires originales inspirées par les collections de la BIS. Ce cycle est proposé par la Maison des écrivains et de la littérature (Mel) en partenariat avec la BIS. Un mois avant la restitution, l'écrivain est invité à choisir un élément dans les fonds de la BIS. Lors de la rencontre publique, « le livre en question » est dévoilé.
Saison 1 : Pierre Bergounioux (21 février 2017), Marianne Alphant (14 mars 2017), Arlette Farge (25 avril 2017), Eugène Durif (9 mai 2017).
Chaque saison donne lieu à la publication d'un livre aux éditions de la Sorbonne "Des écrivains à la bibliothèque de la Sorbonne": * saison 1 : Pierre Bergounioux, Marianne Alphant, Arlette Farge et Eugène Durif paru en septembre 2018. * saison 2 : Jacques Rebotier, Marie Cosnay, Claudine Galea et Fanny Taillandier, paru en septembre 2019. * saison 3 : Hubert Haddad, Line Amselem, Christian Prigent, Mona Ozouf, Laure Murat, publication prévue en septembre 2020
* Mémoires historiques sur l'orbilianisme et les correcteurs des Jésuites, avec la relation d'un meurtre tout à fait singulier, commis depuis peu dans un des collèges de Paris et quelques autres anecdotes etc.
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