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EAN : 9782021088397
244 pages
Seuil (23/08/2012)
3.36/5   38 notes
Résumé :
Aux deux extrémités du marais poitevin, deux mondes : l’un qui serait celui de la terre et des livres, l’autre celui de la mer et de la mécanique. Ma vie s’est construite autour des objets qui peuplaient ces mondes.
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Est-il rédhibitoire de ne pas faire partie de ceux que l'on nomme les seniors et que François Bon aurait sans doute qualifiés d'anciens, pour pouvoir apprécier ce qui fait la.moelle de ce récit? Certes la fréquentation des brocantes permet de rencontrer ces objets (sauf pour ceux qui sont de l'ordre du virtuel, et pourtant font partie de ce patrimoine des souvenirs personnels et générationnel) mais qui n'a pas eu l'occasion de les manipuler, de les démonter jusqu'à percer le secret de leur fonctionnement ou tout simplement parce qu'ils avaient cessé de plaire, aura plus de difficulté à créer la connivence avec l'auteur, que ne peut manquer de susciter cette plongée dans les abîmes du temps.
Surgis de la mémoire de l'écrivain, ils retrouvent le chemin de la nôtre, ces objets anecdotiques : la carte de France en plastique (n'y avait -il pas des trous pour pouvoir marquer l'emplacement des principales villes, une fois tracé le contour grossier des frontières?), le taille-crayon "animé" en forme de télévision, les planches de lettres à décalquer....
Ces objets constituent à n'en pas douter, un témoignage du fonctionnement social d'une époque, et il suffit d'infimes infléchissements d'un mode de fonctionnement pour que l'on bascule dans une autre histoire :

" J'avais acheté à Poitiers mon premier pantalon à pattes d'eph. Tous les copains avaient déjà le même. Je ne crois pas que le scandale, vis-à-vis de ma mère, ait concerné les pattes d'eph elles-mêmes : plutôt l'intuition qu'en trahissant la couturière du village, puis dans la ville le magasin qui avait l'exclusivité du magasin du tissu en commerce, une rupture bien plus violente et essentielle du monde s'amorcait, qui tuerait la petite ville, ferait des centre-villes (les plus grosses) une infinie boutique à fringues jetables, et des périphéries un entassement de sous-langues (Kiabi et les autres)"

L'écriture est surprenante, quelquefois à la limite du compréhensible :

"La relation aux fournisseurs et commerçants donc non pas soluble en passant du village à la ville."

Pas dramatique : on n'a pas d'intrigue à rebondissement, et le seul fil à suivre est celui des réminiscences de l'auteur.

Tout nostalgique des deudeuches, des machines à écrire à rubans, de Thierry la fronde ou des Teppaz, fera un plaisant voyage au pays des souvenirs enfouis et qui ne demandent qu'à ressurgir
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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dans cette Autobiographie des objets, François Bon, romancier journaliste essayiste dont j'avais lu la passionnante biographie des Rolling Stones s' attache à définir à travers différents objets de sa jeunesse, dans les années 50 aux années 80, bref tous les objets de sa période avant qu'il ne vive de sa plume. Soit trente ans, durant lesquels le gros des Trente Glorieuses déferle sur la France : autoroutes, machines à laver, machines à écrire , téléviseurs, transistors, disques vinyles de rock'n'roll, livres de Joseph Kessel, cafetière…

A l'heure où la dématérialisation se fait de plus en plus présente, où les livres sont remplacés par les liseuses, les disques par des téléchargements, ect, François Bon interroge le rapport de l'homme aux objets qui l'accompagnaient dans sa vie d'avant, même si en même temps, c'est sa propre biographie à laquelle l'auteur se livre nà travers l'évocation de divers et hétéroclites objets qui ont peuplé sa vie “avant l'écrit”,

L'écriture de Bon est très belle, et tous ces objets, dont certains sont a priori anodins, prennent avec lui une force et une présence manifeste. le début est très joli, et force indibutablement le lecteur à s'interroger aussi sur les objets qui restent associés à sa jeunesse et à les voir défiler devant ses yeux pendant la lecture du livre. Ainsi, pour moi dans le désordre, un arbre magique, une boite de PEZ, le minitel, une citroen, un prisunic, un photomaton, un projecteur de diapo....)
bon

Malheureusement, assez vite, malgré la fluidité du récit, on commence à se lasser de ce catalogue d'objets qui se succède les uns aux autres, et surtout on y voit une critique un peu éculée de notre société de consommation .

Les objets dont parle Bon avec tant d'amour dans la plume sont forcément vieux, rouillés, sans grande utilité fonctionnelle,et en parrallèle on ne peut que penser à nos objets technologiques si utiles et si design, mais en même temps dépourvu de la moindre âme. Peut-être ne suis je pas forcément de la bonne génération, et que les lecteurs de celle de l'auteur seront plus touchés que je nel'ai pu l'être, étant même un peu agacé par des relents un peu réactionnaires que j'ai pu déceler ici et là...

Par exemple, pour l'auteur, les biens de consommation actuels remplacent peu favorablement les objets recyclables à l'échelle de générations, comme il le dit lui même dans un de ces chapitres : de deux ans en deux ans, il faut se débarrasser de l'ancien et remplacer par ce qui est tellement mieux.»

Bref, un livre nostalgique, ce qui est bien, mais aussi un peu moralisateur, ce qui est plus facheux.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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De quelle acuité du souvenir dispose François Bon pour se remémorer le temps de l'ID 19, de la deux-chevaux, lorsqu'on jouait à trouver les départements des plaques d'immatriculation.
J'ai les mêmes souvenirs, mais ils sont un peu plus nébuleux.
Je devais avoir le même âge que l'auteur, celui de l'époque télévisuelle de Thierry la Fronde, de Cinq colonnes à la une, d'Intervilles.
Nous ne partageons pourtant pas les mêmes objets. Différence de milieu social peut-être ? Rien ne me rappelle le mellotron (instrument de musique équivalent à un orchestre symphonique).

Il faut être un farfouilleur de vide-greniers invétéré pour retrouver, à défaut de mémoire, les objets dont l'auteur nous parle.

L'écriture ne facilite pas la lecture car nous sommes plus près d'une analyse sociologique que d'une approche poétique à la Christian Signol dans “Les vrais bonheurs”, que j'ai lu en parallèle.
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Une fois n'est pas coutume, commençons par dévoiler les toutes dernières phrases: "Le monde des objets s'est clos. le livre qui va vers eux ne cherche pas à les faire revivre. Il est la marche vers ce qui, en leur temps, permettait de les traverser. C'est la question de cette traversée qui est à nous aujourd'hui posée."

La traversée des objets: ils conduisent en effet vers la vie de celui qui les énumère et les décrit avec minutie et fraternité. Que disent-ils de lui, pourquoi ceux-ci n'ont-ils rien à dire alors que ceux-là peuvent tant signifier ? Beaucoup de proches, disparus pour la plupart, réapparaissent avec le sens des choses inanimées: "Les morts sont auprès: mains et voix. On entre dans les maisons, on les revoit tout au bout."

L'époque de François Bon, né en 1953, était encore celle de l'accumulation, on jetait peu par rapport à aujourd'hui, qui est l'ère de l'obsolescence programmée et du déchet. Tout se conservait, dans la boîte à jouets, mine d'or, les vieux roulements à bille, les toupies ou les photos de classe. Et surtout les livres, si importants pour cet homme qui préfère les mots aux images, qui choisit de voir un film de cinéma les yeux fermés: "Dans les vieux livres, on cherche notre aventure." On s'aperçoit que tout le récit — si on peut employer ce terme pour ce qui ressemble à une énumération pas chronologique — converge vers l'armoire à livres du grand-père aveugle, celui qui tenait un carnet de poésie dans les tranchées de 14-18, vaguemestre avec un âne.

Ceux qui ont vécu la même époque, les garçons d'abord peut-être, vibreront avec les souvenances de l'auteur: les mêmes passions d'adolescent, les mêmes premières lectures de la collection Rouge et Or, les voitures de ce temps, ces choses complètement oubliées, si significatives alors: première calculette HP, almanach et cartes Michelin, vinyles 45 tours, lettreuse Dymo,... "Est-ce que nous avons été la première génération pour laquelle l'accès à la voiture n'était plus un seuil ?" Et la traversée des objets de François Bon devient la nôtre, enfants qui avons vécu le même temps et pas loin de France. À la différence que nous n'avons pas connu les outils et ustensiles de la mer, les litrons pour les moules par exemple, dont nous découvrons le suranné rassurant des vieux usages: n'était-ce pas bon enfant de mesurer la marchandise au volume ?

Dans ce genre de livre, il n'y a pas un moteur d'intrigue qui pousse à découvrir la suite, si bien que composé d'une soixantaine de sections, il ne se lira pas d'une traite. Et il peut tout aussi bien se parcourir aléatoirement sans qu'on y perde rien, l'ordre séquentiel assurant toutefois une lecture complète. Chaque passage évoque un objet ou une série de même nature, et parfois bien plus, car l'auteur donne libre cours à ses souvenirs, l'un entraînant l'autre. Il tire parfois des conclusions ou prend position: "J'étais contre la photo, par principe. Qui s'occupe du langage doit voir avec les mots, et se contenter de son carnet de notes." le ton est sobre, très méticuleux pour les descriptions techniques et si le nom de l'objet n'évoque d'abord aucune image, il s'assemble par magie devant vous. Sobre et sans lyrisme, sans ces emportements qui donnent des variations de rythme auxquels l'oeuvre ne gagnerait pas vraiment: le livre terminé, je garde une impression esthétique de plénitude.

Je voue une passion aux vieux objets(1), aux vieilles images de ma ville(2), toutes choses qui font revenir le passé lointain à la surface. Quand cela se produit, même s'il s'agit de l'émergence de moments heureux, il y a toujours des regrets, car derrière chaque objet se dresse une ou plusieurs personnes qu'on a connues, ou soi-même — On ne peut pas plus s'aimer à distance qu'on ne s'aime au présent —, dont on sait le destin qui n'a pas été conforme aux espérances de ces heures-là, voire qui ont tout simplement accompli leur ultime destin. Voilà sans doute pourquoi, autour du plaisir troublant de revoir les images du passé, un nimbe de mélancolie flotte inexorablement, comme il imprègne subtilement les pages de ce livre attachant.

Une autre manière pertinente de présenter ce livre est certainement de la confier à l'auteur en personne dans la video du Seuil.

Sur le thème des objets du souvenir, voir deux billets Un roman musée et Moment en or de Textes & Prétextes à propos du Musée de l'innocence de Orhan Pamuk.

(1) Moins pour leur possession que pour le potentiel de leur simple évocation. Ils justifient parfois à mes yeux, à eux seuls, la lecture d'un vieux Maigret.
(2) Voir mon billet sur "Le pendu de Saint-Pholien."

Lien : http://www.christianwery.be/..
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À sa sortie, j'avais noté ce titre de François Bon, qui attendait depuis dans ma PAL. J'hésitais à en commencer la lecture, craignant l'ennui (titre hermétique, contexte trop relié à la France et peut-être un petit côté passéiste agaçant). J'avais tort car très vite, je suis entrée avec plaisir dans ces chroniques intitulées d'un objet ou d'un souvenir. Je me suis sentie interpellée par les propos de l'auteur, même si époque et pays diffèrent, et ses réflexions sur les objets qui nous entourent dans notre vie quotidienne touchent au plus près de tout lecteur qui veut bien se laisser prendre dans les filets de la réminiscence. Un bel exercice de mémoire et du souvenir, dont le mot-clé est celui de rémanence.
Je crois maintenant être prête à plonger dans le roman de Georges Pérec, La vie mode d'emploi.
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critiques presse (5)
Telerama
27 novembre 2012
La promenade aléatoire, d'un fragment de mémoire à l'autre, compose un paysage complexe et passionnant : autobiographie émouvante, géographie familiale et portrait au charme doux-amer d'une époque - les années 1960 - à la fois proche et lointaine.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeFigaro
18 octobre 2012
[François Bon] nous offre là, entre la Vendée et la Vienne, un sucre d'orge de fête foraine: long et torsadé, acidulé et coloré, interminable entre les lèvres, et qu'il mâchouille à loisir, pour notre plaisir.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lhumanite
03 septembre 2012
François Bon, au fil d’un travail parfois proche de celui de Francis Ponge, fait revenir avec une rare précision ces choses qui l’ont accompagné, en bornage de son existence. [...] Un fourmillement d’intelligence et de sensibilité. 
Un événement, à coup sûr.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
LePoint
31 juillet 2012
Autobiographie certainement, plus sûrement peut-être que celles qui s'appliquent à respecter les codes du genre, le livre est aussi le très beau portrait d'une société rurale mélancolique et peu à peu bouleversée, dans la Vendée des années soixante.
Lire la critique sur le site : LePoint
Bibliobs
23 juillet 2012
Sans nostalgie, mais avec une verve jubilatoire, [François Bon] fait l'inventaire de tout ce qui raconte sa propre vie, du fer à souder au transistor, de la dépanneuse Dodge à la DS 19, sans oublier l'essentiel: les machines à écrire mécaniques et électriques qu'il a usées […].
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
’avais acheté à Poitiers mon premier pantalon à pattes d’eph. Tous les copains avaient déjà le même. Je ne crois pas que le scandale, vis-à-vis de ma mère, ait concerné les pattes d’eph elles-mêmes : plutôt l'intuition qu'en trahissant la couturière du village, puis dans la ville le magasin qui avait l'exclusivité du magasin du tissu en commerce, une rupture bien plus violente et essentielle du monde s'amorcait, qui tuerait la petite ville, ferait des centre-villes (les plus grosses) une infinie boutique à fringues jetables, et des périphéries un entassement de sous-langues (Kiabi et les autres)
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Je découvrirai seulement bien plus tard que la passion à lire un dictionnaire ne m'a pas été réservée-C'est juste que je n'en connaissais pas d'autres que moi.Le Littré comme lecture d'enfance de Francis Ponge.(p.96)
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On m'avait offert pour Noël un microscope. Je le revois avec une extrême précision dans sa boite rectangulaire de carton bleu rigide : j'ai passé assez d'heures avec lui.
Volume complexe soulevé des deux mains, incluant des mondes, je l'associe à mon petit globe terrestre de métal peint, avec son cadran gradué pour les latitudes, et chaque pays un nom une couleur, les océans et les villes leurs noms, la grandeur des mers - les couleurs et les frontières, les noms depuis ont changé, mais pas les mers (on montre maintenant leur relief).
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On arpente les maisons qu'on n'habite plus, on retrouve les visages qu'on ne voit plus. Des objets sont là dans la pénombre qu'on ne se souvenait plus y être.
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À cette époque là, une guitare électrique rouge (il y eut sans doute plusieurs guitares électriques, mais je les revois toujours rouges) avait rejoint l'accordéon dans le fond de la vitrine, devant le rideau vert sur tringle inox au-delà duquel, sous les publicités brillantine Forvil, le coiffeur Barré (qui était un brave homme, et portait, lui, les cheveux arrondis en légère boucle sur la nuque, sa façon artiste) continuait d'aiguiser ses rasoirs. La guitare non électrique avait donc cessé d'être si dangereuse.
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Videos de François Bon (31) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Bon
A l'occasion du salon "Rendez-vous de l'histoire" à Blois, rencontre avec François Bon autour de son ouvrage "Sapiens à l'oeil nu" aux éditions CNRS.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2323506/francois-bon-sapiens-a-l-oeil-nu
Note de musique : © Scott Holmes
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