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ISBN : 2080812211
Éditeur : Flammarion (04/01/1999)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 65 notes)
Résumé :
L'Identité de la France. Espace et Histoire n'est pas une histoire de France parmi beaucoup d'autres... C'est l'oeuvre finale de l'un des plus importants historiens français du XXe siècle. Braudel, qui avait surtout promené sa plume autour de la Méditerranée, ressentit le besoin ultime d'appliquer à sa terre natale les méthodes qui avaient fait le succès de la "nouvelle histoire".

Tout y est, même si le projet demeure inachevé : la recherche des perm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
klakmuf
  14 juin 2014
On ne présente plus Fernand Braudel, Académicien, né en 1902 dans la Meuse et chef de file d'un courant de pensée, l'Ecole des Annales, qui a cherché à unifier les sciences sociales. Par son approche pluridisciplinaire, recourant à la géographie, l'économie, l'ethnologie, la sociologie ou l'anthropologie, il a renouvelé le travail de l'historien. L'Histoire prend de la consistance, s'étoffe et s'appuie sur le temps long. Les individus et les événements passent au second plan, la primauté revenant aux forces sous-jacentes qui structurent et déstructurent les ensembles humains : le milieu, les climats, les langues, les systèmes familiaux, les modes de production, les progrès techniques, etc. L'Histoire n'est plus individuelle et événementielle mais naturelle et sociale, pour reprendre les qualificatifs que Zola attribuait à son histoire des Rougon-Macquart.
Cette approche globalisante ne fait pas l'unanimité chez les historiens mais a eu de prestigieux adeptes, comme Emmanuel Leroy-Ladurie ou Marc Ferro, pour n'en citer que deux. En fait, Fernand Braudel procède un peu comme un peintre : il part du constat d'une France qui se nomme diversité (qu'il avoue aimer par-dessus tout) et brosse, peu à peu, par petites touches impressionnistes, un tableau d'ensemble de l'identité de la France. On aboutit à un résultat qui se veut similaire aux reproductions de van Gogh qui illustrent les couvertures des trois tomes de l'édition Arthaud – Flammarion.
L'auteur part des grands historiens ou démographes (Michelet, Emmanuel Todd et Hervé le Bras, Alfred Sauvy, Jean Bouvier, etc.) mais aussi de ses propres observations sur le terrain.
L'Histoire étant fille de la Géographie (et la Politique sa petite-fille…), le 1er tome traite de l'aire géographique du pays (« Espace et Histoire »). Il illustre l'importance de la géographie dans la formation de la nation française : diversité des paysages, des climats, importance de l'organisation du peuplement en systèmes villages – bourgs – villes. Il aborde la question des frontières naturelles de la France (idée qu'il ne fait pas sienne) et l'infortune de Lyon supplantée par Paris (qui aurait très bien pu être ailleurs qu'à Paris…). Les grandes divisions du pays (oil vs oc, pays de champs ouverts vs bocages), le rôle des fleuves, du couloir rhodanien, les atouts du Bassin parisien ou le relatif désintérêt pour la maîtrise des mers constituent quelques angles majeurs d'approche pour comprendre la formation de la France.
Les deux volumes suivants abordent « Les hommes et les choses », d'abord sous l'angle de la démographie, suivi par une approche économique. L'étude démographique, structurée en deux parties (avant et après 950), fait ressortir des cycles longs de progression lente ou rapide suivis de rechute de la population. Dans la seconde période figure la profonde cassure de 1350 à 1450 marquée par la Peste Noire et la Guerre de 100 ans, qui vit la population française fondre de moitié ! (passant vraisemblablement de 20 à 10 millions environ). Une « saignée » comme la France n'en aurait jamais connue dans son histoire. A partir de la fin du Moyen Age, la progression sera ininterrompue avec des périodes de nette accélération. Mais la France verra aussi son poids démographique se restreindre en Europe après 1800. le dernier volume traite de l'économie, paysanne jusqu'au début du XXe siècle (les types et méthodes de culture, l'importance de l'élevage, de la vigne, du blé) avant de s'ouvrir tardivement par rapport à nos voisins à l'industrie. le monde rural constitue ce que Braudel appelle les infrastructures, tandis que les superstructures englobent les villes, les voies de communication et les activités industrielles, financières et commerciales.
Son étude s'arrête au début des années 1980 et représentait au départ la première partie d'une oeuvre plus vaste. Une seconde partie devait être consacrée à l'Etat, la culture, la société, la France mêlée au monde…, etc. Mais elle n'a pas vu le jour, l'auteur étant décédé entre temps.
Fernand Braudel aime la France, n'hésite pas à le faire savoir et il convoque volontiers ses propres expériences et souvenirs pour étayer ses propos. Mais il n'est pas toujours aisé de le suivre dans ses démonstrations, de comprendre l'idée d'ensemble et la conclusion à laquelle il aboutit. L'ouvrage est foisonnant de références et de citations et cela nuit à mon sens à la cohérence d'ensemble. Je me suis souvent senti « noyé » dans l'enchaînement des innombrables exemples fournis par l'auteur, me demandant où était la « substantifique moelle » ! Il faut saluer, néanmoins, l'immense travail de Braudel, la somme d'archives, de correspondances et de livres qu'il a analysés pour nous offrir une autre Histoire, une Histoire sur la longue durée et par l'approche des sciences humaines. C'est pourquoi je ne saurais me résoudre à lui attribuer moins de trois étoiles Babelio, mais j'ai dû m'acharner pour terminer cet ensemble et la lecture, en diagonale vers la fin, ne fut pas des plus plaisantes. Je vais donc laisser le temps s'écouler et faire son oeuvre d'ensevelissement avant d'essayer de retourner vers les autres études magistrales de Braudel, sur l'époque XVe-XVIIIe, d'une part et sur la Méditerranée et le monde méditerranéen, d'autre part.
En définitive, cette technique impressionniste, séduisante chez Van Gogh, ne m'a guère souri dans le domaine de l'Histoire. Heureusement que l'approche de Braudel ne m'a pas évoqué certaines techniques picturales plus radicales encore, le « dripping » à la Jackson Pollock, par exemple : mon acharnement à terminer l'oeuvre n'aurait sûrement pas suffi…
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Enroute
  08 octobre 2018
L'Identité de la France ressemble à une oeuvre poétique ou bien aux souvenirs d'une personne âgée : des anecdotes, des récits, des descriptions si besoin, un esprit, une manière de raconter, une manière d'être, un peu de nostalgie, un départ que l'on voudrait retarder...
De fait il faut écouter Braudel comme un conteur qui aurait préparé son témoignage par de nombreuses années de vie davantage qu'un rigoureux travail de composition. C'est, à travers lui, la France qui fait son autobiographie ; et comme ses souvenirs sont innombrables et datent un peu, ils s'agencent par petites touches, par morceaux, s'enchaînent sous l'effet de la passion, de l'émotion et du plaisir davantage que celui d'une méthode déductive nécessaire et exhaustive.
L'écriture est jolie, mais il faut avoir du temps pour se laisser aller à appréhender cette "idée" de la France, cette émotion que Braudel nous exprime à travers ses propres témoignages, qui, quand ils ne sont pas directs, sont ceux de ses travaux. Une autre chose est que cette histoire qui n'est pas si ancienne paraît extrêmement datée, peut-être révolue : est-ce l'émotion de Braudel qui s'est elle-même ancrée dans une période antérieure et qu'il a voulu maintenir "comme dans ses souvenirs" (de lecture de Michelet ?) ? Est-ce que déjà l'esprit avait changé mais qu'il était trop tard pour l'historien pour le saisir - ou malheureux de le rapporter ? Est-ce que l'identité de la personnalité dont il est présentée l'identité aurait tellement changée en une quarantaine d'années ? Quoi qu'il en soit, on ne s'y retrouve pas dans ce panorama idyllique qui ressemble à celui que se remémore un ancien de son enfance perdue - et l'on en reste à cette idée d'une évocation esthétique inspirée par l'émotion et l'attachement - ce que révèle la première phrase : "Je le dis une fois entre toutes : j'aime la France et avec la même passion, exigeante et compliquée, que Jules Michelet"... Ah souvenirs, souvenirs...
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JCLDLGR
  06 octobre 2018
Axée sur l'économie paysanne, dont le modèle à persisté jusqu'au milieu du 20è siècle, cet opus décrit comment l'économie rurale à structuré les mentalités, les territoires, filigranes de ce qu'on peut encore percevoir, dans les régions les plus excentrées en France.
Le propos est complet, argumenté, clair et précis. J'ai revu avec ces livres mon approche de l'histoire, du côté des petits, du peuple, de mes ancêtres (aussi loin qu'on remonte on retrouve des paysans des artisans ruraux).
Passionnant !
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Pixis
  21 mai 2017
Fernand Braudel observe la diversité française, analyse des mouvements profonds qui traversent la France.
Il présente les enjeux du milieu géographique et sa position européenne, relève ses origines lointaines, les techniques et les traditions qui ont modulé son paysage pour saisir les forces et méandres de la France du XXe siècle.
Trois volumes :
1. cadres chronologiques majeurs : Espace et Histoire
2 et 3 ; les hommes et les choses.
Voir son interview sur
http://www.lemonde.fr/societe/article/2007/03/16/l-identite-francaise-selon-fernand-braudel_883988_3224.html
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
klakmufklakmuf   14 juin 2014
J’ai montré à satiété qu’une France paysanne ancienne, celle des bourgs, des villages, des hameaux, des habitats dispersés, a duré, assez semblable à elle-même, jusqu’en 1914 sûrement, jusqu’en 1945 probablement. Au-delà de 1945, elle a été victime des « Trente Glorieuses », de cet essor sans pareil qui devait durer jusqu’aux années soixante-dix et qui, sans nul doute, quand il reprendra, sera plus constructeur et destructeur encore qu’il n’a été.
Il s’en faut qu’avant 1945, et même avant 1914, les campagnes françaises n’aient pas connu de sérieux progrès. Il y a eu progrès de l’espace cultivé, progrès de la production, progrès des méthodes de culture avec l’utilisation des engrais dont j’ai indiqué les interventions successives ; il y a eu, à partir de 1822 au moins, progrès dans la construction des charrues et, plus tard, une série de mécanisations efficaces : les batteuses à pétrole, les faucheuses, les moissonneuses-lieuses.
Il y a eu, détail plus significatif encore, résorption d’une population démunie, vagabonde à l’occasion, dangereuse aussi – cela avec les premières années du XXe siècle. C’est alors l’appel des villes qui a, peu à peu, débarrassé les campagnes de la plaie jusque-là inguérissable des populations flottantes.
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klakmufklakmuf   14 juin 2014
En fait le pouvoir, toutes les formes de pouvoir appartiennent à des minorités à ce point victorieuses que, partout, elles naviguent à leur aise – et pour leur avantage – sur la mer immense des non-privilégiés. N'est-ce pas l’occasion de reprendre le titre du livre de Pierre Goubert « Louis XIV et vingt millions de Français » ? Ces vingt millions, mal liés, mal soudés entre eux et qui laissent la France, c’est-à-dire leurs propres personnes et leurs biens et leur travail, à la disposition d’une aristocratie étroite.
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klakmufklakmuf   14 juin 2014
N’est-ce pas tout à la fois le charme et le malheur de la France de ne pas avoir été gagnée, ce qui s’appelle gagnée, par le capitalisme ? Son charme : elle aura vécu autrement que beaucoup d’autres peuples. Son malheur : elle n’aura pas été consciente de ses possibilités et de ses richesses, elle n’a pas su jouer à plein dans la lutte entre les puissances du monde.

Pas assez capitaliste la France ? Oui, sans doute. Mais exploitée par le capitalisme, oui, sans hésitation.
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klakmufklakmuf   14 juin 2014
Jadis, tu travaillais pour le seigneur. Avant-hier, tu travaillais pour le propriétaire. Hier et aujourd’hui, tu travailles pour l’Etat et pour les banques. (…)
Tout n’est peut-être pas nouveau dans la France nouvelle d’aujourd’hui.
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klakmufklakmuf   14 juin 2014
(…) la vie paysanne a longtemps offert, à une population sûrement en excès, un certain équilibre de vie (…).On ne vivait pas misérablement dans les mas de l’Aspre – pauvrement, durement, oui, mais ce n’est pas la même chose. Comme me le disait plaisamment mais finement un de mes amis, fils de paysans, né en 1899 : « Nous ne manquions de rien, sauf d’argent… ».
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Videos de Fernand Braudel (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Fernand Braudel
Leçon inaugurale de Fernand Braudel Les hommes font-ils l’histoire ? "Non" répond Fernand Braudel dans sa leçon inaugurale, "l’histoire fait aussi les hommes et façonne leur destin – l’histoire anonyme profonde et souvent silencieuse, dont il faut maintenant aborder l’incertain mais immense domaine"...
A côté du "temps rapide des événements, du temps allongé des épisodes", Fernand Braudel marque son intérêt pour le "temps ralenti, paresseux des civilisations".
Depuis le collège de France, dans sa leçon inaugurale, il explique ainsi :
« Certes, les civilisations sont mortelles, dans leurs floraisons les plus précieuses ; certes, elles brillent, puis elles s'éteignent, pour refleurirent sous d'autres formes. Mais ces rupture sont plus rares, plus espacées qu'on ne le pense. Et surtout, elles ne détruisent pas tout également. Je veux dire que, dans telle ou telle aire de civilisation, le contenu social peut se renouveler deux ou trois fois presque entièrement sans atteindre certains traits profonds de structure qui continueront à la distinguer fortement des civilisations voisines. Il y a, si l'on veut, plus lente encore que l'histoire des civilisations, presque immobile, une histoire des hommes dans leurs rapports serrés avec la terre qui les porte et les nourrit ; c'est un dialogue qui ne cesse de se répéter, qui se répète pour durer, qui peut changer et change en surface, mais se poursuit, tenace, comme s'il était hors de l'atteinte et de la morsure du temps. Si je ne me trompe, les historiens commencent à prendre conscience, aujourd'hui, d'une histoire nouvelle, une histoire lourde dont le temps ne s'accorde plus à nos anciennes mesures. »
Historien, novateur, du " temps quasi immobile", de "l’histoire qui bouge lentement", selon sa propre formule, "et de l’aventure capitaliste" (entretien avec Pierre Desgraupes), il peut souligner, dans sa leçon inaugurale, le 1er décembre 1950, l’apport immense des "sciences de l’homme" de cette "révolution intellectuelle et scientifique prodigieuse" dont l’histoire bénéficie à la croisée de la géographie, de l’économie et de la climatologie, pour ne citer que les disciplines emblématiques liées à son œuvre. Gérard Courtois proposant en 2008 pour le journal Le monde une rétro-lecture de la célèbre thèse de Fernand Braudel, publiée en 1949, « La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philipe II », loue cet "Ulysse moderne, qui a fondé un empire en quelques années".
Quand il interroge son héritage, l’historien Jacques Le Goff, met en avant les recherches de Fernand Braudel autour de la notion de « temps monde », forgée sur un concept allemand, la notion d’économie monde.
A la disparition du grand historien, le médiéviste, Georges Duby lui rend hommage depuis le Collège de France. Il rappelle que Fernand Braudel a été aussi "un lutteur, redoutable" et "un constructeur". Il "consolida les institutions qu'il reprit des mains de Lucien Febvre" et "il en fonda de nouvelles".
Ainsi "En 1949, il fut appelé à prendre au Collège de France la succession de Lucien Febvre". "En 1956, Braudel prit la direction de la VIe Section de l'École des Hautes Études que Lucien Febvre avait fondée une dizaine d'années auparavant, un outil qu'il s'appliqua à rendre toujours plus efficace et plus prestigieux". "Il créa, dans le même esprit, la Maison des sciences de l'homme en 1963".
C’est Clémence Azincourt qui prête aujourd’hui sa voix à Fernand Braudel, titulaire de la chaire de la civilisation moderne, le 1er décembre 1950.
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