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Nicolas Richard (Traducteur)
ISBN : 2264019204
Éditeur : 10-18 (08/10/1993)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 40 notes)
Résumé :

« Que veux-tu que je te dise ? Rien ne m'a plus touché que ton travail, si peu maniéré et si exact dans son insistante nudité. Tout le contraire d'une juxtaposition de paroles : bel et bien un LIVRE. Un long poème qui offre sa générosité par fragments, sous la forme légendaire, peut-être inconsciente, du périple. Il y est question du courage et de la solitude majestueuse nécessaires pour s'e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
le_Bison
  22 septembre 2017
Les néons s'illuminent de toute part. Où mon regard se porte, il voit clignoter des lumières de toutes les couleurs, je lève la tête, à gauche, à droite, elles sont partout, rouges, vertes, violettes, toutes aguicheuses pour me faire rentrer dans tous ces bars de solitaires. Seul au comptoir, je m'installe, commande un premier Nikka, sort mon petit « Journal Japonais », grand livre du maître incontesté du haïku version américaine. Je ne résiste pas à lire celui-ci, à voix haute, le verre haut, les glaçons qui tintent comme la cloche du temple d'à-côté, ce haïku parfumé au single malt :
« Tout seul dans un bar à Tokyo
Je prends un verre avant le
déjeuner,
Et j'aimerais bien avoir quelqu'un à qui
parler. »
La claque que je prends à chaque fois que je le lis. le génie qu'il était cet homme du Montana venu se perdre – ou se trouver – au Japon. Il boit un verre, lui aussi, seul dans ce bar. Je l'accompagne. Fidèlement. Sur ses traces. Il griffonne sur son carnet, le verre toujours à la main. Je n'ose le déranger, seul sur son tabouret, le teint jauni par cette lumière artificielle. de toute façon, l'on s'enferme dans ces bars pour leur solitude, et la solitude d'un poète cela se respecte. Comme la solitude d'un ivrogne.
Il est temps de changer de trottoir. de comptoir devrais-je dire. D'autres lumières m'appellent ou m'interpellent. Une musique de fond, ambiance jazzy. le whisky se marie bien avec le jazz. Question de velours et d'espace feutré. Cela touche à l'intimité. le jazz, cela se respecte. Comme l'ivrogne qui écoute du jazz. Des rires fusent, des japonaises dans leur jupe plissée. A moins que cela soit des bécasses. Voir le cri des grenouilles en rut. Mais existe-t-il des grenouilles au Japon ?
J'aurais envie de griffonner sur mon carnet quelques pensées, qui ne valent pas grand-chose. C'est le pouvoir de Richard Brautigan. Il donne envie. D'écrire. D'oser. de partager. de boire aussi. Et si j'osais. Boire un verre.
Partager, écrire.
Dans le genre...
Deux cuisses parallèles,
à cette figure mathématique
l'envie de provoquer la dissymétrie
en les écartant de ma main
prête à glisser jusqu'à son coeur.
J'aurais envie de tout citer ce roman, tant chaque page apporte sa surprise, son intérêt, son envie, sa soif. Haïkus, proses, pensées, tout est disparate mais tout devient un tout. Chaque chapitre s'inscrit dans un chapitre plus grand, celui d'un roman, d'un voyage, d'une vie. Vie de poète, vie de buveur, vie de solitaire. Et là, je me prends à rêver, parce que j'ai déjà deux de ces qualificatifs sur trois. C'est déjà pas si mal…
Un jour, je composerai moi aussi des haïkus de la soif… Un dernier verre, avant que je sombre, avant que ma vie sombre. Tristesse d'un verre vide. Tristesse d'un verre vide la nuit. Tristesse d'un verre vide la nuit seul. Il me rend triste ce Brautigan. Mais en le lisant, je me sens moins seul, ses pensées m'accompagnent, de toute façon, je suis toujours triste. Boire un verre seul est d'une profonde tristesse mais c'est là que mes rêves entraient en jeu, gommer un peu de cette tristesse. Pourquoi ne sais-je pas mettre de la folie dans ma vie, comme par exemple, mettre des glaçons dans mon whisky. le disque s'achève, dernières notes d'un sax nocturne. Je vais me coucher, pour rêver d'une vie de poésie.
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blandine5674
  13 novembre 2017
Décidemment Jim Harrison me poursuit. Encore un livre où il a écrit la quatrième de couverture. Etrange livre vite lu pour un étrange bonhomme. Des petits textes de ci de là durant son séjour au Japon. L'écrivain, né en 1935 dans le Montana, a passé son enfance à en vouloir aux nippons pour avoir tué son oncle, son héros. Et puis les choses évoluent… C'est dans ce pays qu'il écrira des poèmes sur la solitude, des réflexions sur l'humain, parfois tendre, parfois cynique, qui m'ont fait penser à Desproges pour la profondeur de ce qui paraît absurde.
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El_Gabier
  14 novembre 2017
« Entrer s'arrêter/
Ecrire un poème morose/
s'en aller/ si seulement
la vie était aussi simple » ( Amour non réciproque)
Si la vie était cristal, emportée par la tendresse de vos vers, si la vie était semence ballotée par le flot de vos verres, on se griserait au comptoir de vos pensées, ivre de rêves, éperdu de poésie. « C'est très dur de trouver la moindre poésie ici », à l'ombre de nos mélancolies, dans les murmures de nos tristesses esseulées, écouter nos blessures, nos séparations dans les sanglots versifiant d'un vieux whisky. Vomir ce monde éphémère, s'ancrer au bureau des amitiés sincères.
Foncer dans les rues sombres de l'existence, s'arrêter aux feux de l'espoir, traverser sans se retourner les nuits souffreteuses au rythme des poèmes insomniaques. Écrire pour se prouver qu'on existe, vivre dans ses mots un passé transformé, un futur plus que parfait. Poétiser l'indifférence, le rejet, nos angoisses, rêvasser la banalité de nos existences pour dériver dans les vagues de l'amer, l'écueil de l'amour. Se souvenir, oublier, se perdre, vivre, un instant, une nuit, le temps d'un poème, peu importe.
Carnet japonais, notes de souvenirs, gribouillis de vie, souffle fiévreux, humeur éthérée, ode à la vie, à un pays. Tant pis « si la vie n'avait aucun sens », effleurons là, effeuillons là, courtisans là comme la poésie de Richard Brautigan.
" le taxi me ramène chez moi
traverse l'aube de Tokyo.
Je suis resté éveillé toute la nuit.
Je dormirai avant que le soleil
se lève.
Je dormirai toute la journée.
Le taxi est oreiller,
les rues sont couvertures,
l'aube est mon lit.
Le taxi me berce la tête ?
Je suis en route vers les rêves." ( Jour jour nuit)
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MarianneL
  29 octobre 2013
Depuis des semaines traînent sur mon bureau, parmi un Everest de papiers à classer, mes notes sur le Japon, observations de mon décalage lors de ce premier voyage, en 1989. Lorsque je suis prise d'une volonté rare et fugace de ranger, ce papier invariablement refait surface. Je ne sais pas quoi en faire et il protège donc mon Everest contre toute érosion.
Ce soir, fin annoncée de la montagne, je leur ai trouvé une place dans le «Journal japonais» («June 30th, June 30th» pour le titre original) de Richard Brautigan, grâce à l'excellente lecture et postface de son traducteur, Nicolas Richard, qui incite chaque lecteur à composer son propre journal japonais.
L'année précédant la parution de «Un privé à Babylone» en 1977, Richard Brautigan visite le Japon pour la première fois et rédige ce journal japonais, poèmes-fragments nés de ses pérégrinations dans Tokyo, dans un pays qu'il a haï, enfant, à cause de la mort de son oncle Edward pendant la guerre, puis qu'il a appris à aimer à la lecture de Bashô et Issa.
Il raconte ce parcours vers l'amour du Japon en introduction, et cette entrée en matière justifie à elle seule l'achat et la lecture du livre.
«L'Américain à Tokyo avec sa pendule cassée
Pour Shiina Takado
Les gens me regardent –
ils sont des millions
Pourquoi cet étrange Américain
arpente-t-il les rues du début de soirée
tenant une pendule cassée
à la main ?
Est-il réel ou n'est-il qu'illusion ?
Comme la pendule s'est cassée, peu importe.
Les pendules se cassent.
Tout se casse.
Les gens nous regardent moi et la pendule cassée
que je tiens comme un rêve
dans mes mains.
Tokyo
Le 10 juin 1976»
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   14 octobre 2016
Mon réveil devait sonner à 9 heures
Mais il n’en a pas eu le temps.
Car c’est le tremblement de terre de 7h30
Qui s’en est chargé.

Des tréfonds de mon rêve
Je suis revenu soudain dans mon lit
A cause des secousses de l’hôtel,
A me demander si la chambre 3003
N’allait pas bientôt être transformée
En carrefour de Shinjuku
30 étages plus bas.

C’est quand même vachement mieux
Qu’un vulgaire réveil-matin.
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le_Bisonle_Bison   22 septembre 2017
Me voici dans un bar plein d’
Américains
Jeunes snobs et conservateurs,
Ils boivent et essaient de lever des
Japonaises
Prêtes à coucher avec des types
Dans leur genre.
Tâche ardue que de trouver la moindre poésie
Ici
Ainsi que ce poème en témoigne.
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le_Bisonle_Bison   27 mai 2017
Je feuillette au hasard
mon dictionnaire anglais-japonais
impossible de trouver le mot grenouille.
Il n’y est pas.
Dois-je en conclure qu’il n’y a pas de grenouilles au Japon ?
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le_Bisonle_Bison   20 février 2017
Seul au milieu d’une foule d’inconnus,
Je chante comme le soliste
D’un chœur céleste

- ma langue un nuage de miel –

Y’a des fois, j’me dis que j’suis bizarre.
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le_Bisonle_Bison   25 avril 2017
Lorsque s’éveillent les rêves
La vie s’achève.
Alors s’envolent les rêves.
S’envole la vie.
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Videos de Richard Brautigan (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Richard Brautigan
Richard Brautigan : Un bar américain à Tokyo
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