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EAN : 9782757892688
144 pages
Points (01/09/2023)
3.52/5   50 notes
Résumé :
Milan Kundera est l'un des écrivains les plus lus au monde ; il est aussi un disparu volontaire. À force de refuser toute apparition depuis trente-sept ans, il s'est effacé du réel. Le geste de la main d'Agnès au bord de la piscine, le sourire du chien Karénine, ses personnages restent gravés dans les mémoires ; lui est devenu un écrivain fantôme. Il a posé des scellés sur sa propre existence et ce siècle d'histoires qui s'enroule autour de la sienne.

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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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J'ai lu cette courte biographie d'un auteur que j'ai aimé en première lecture mais depuis les années 1990, je l'ai oublié car je suis restée sur une mauvaise impression avec une dernière lecture d'un de ses romans que j'ai trouvé bâclé. Depuis le temps, j'ignore lequel et ne le citerai pas – même si je pouvais aisément le retrouver. J'ai beaucoup aimé L'insoutenable légèreté de l'être et La valse aux adieux. Je les ai conservés en version Poche et pourrai les relire…
J'attendais plus de cette recherche. Finalement comme Ariane Chemin nous le ressasse, l'auteur est resté très secret sur sa vie. Bien sûr il y a des faits qu'on ne peut altérer : il est né le 1er avril 1929 à Brno, la capitale de la Moravie, qui fut un foyer intellectuel vivace. En 1975, il s'installe en France mais maintenant à son âge avancé, il a la nostalgie de sa patrie et a la double nationalité. Il rédigea ses premiers écrits dans sa langue natale et puis, à un moment, il a basculé dans l'écriture française tout en pensant qu'il réduisait ainsi la portée de sa pensée, étant plus malhabile en français qu'en tchèque. Quand il enseignait à la faculté de cinéma de Prague, il parlait sans notes. En 1975, depuis qu'il a commencé à assurer des cours à l'université de Rennes, il passe ses nuits à les préparer. « Il s'épuisait à écrire ses cours phrase par phrase, car dans une langue étrangère, c'est difficile d'improviser, raconte Vera », sa femme. Il a beaucoup enseigné à l'EHESS – dix ans semble-t-il. Son assistant, Proguidis, se souvient : « En ce début des années 1980, Kundera était à la mode. » A partir de 1984, il faut refuser du monde dans les amphis tellement il a du succès. Sa femme rapporte : « Quand les photographes ont commencé à l'embêter, quand des inconnus se sont mis à l'arrêter dans la rue, pour la première fois depuis notre arrivée en France il est entré dans un état d'oppression chronique ». Et sa réaction est bien compréhensible ; il finit par s'éloigner et se cacher de la presse et du grand public. Ce qui fait qu'écrire une biographie complète sur un auteur qui fuit, qui se cache, est presque mission impossible. L'attirance d'Ariane Chemin pour ses écrits l'a conduite à essayer de combler ces lacunes mais y-est-elle vraiment parvenue ? J'en doute.
J'ai étudié à l'Université autour des années 1970 et déjà dans certaines facs (j'en ai essayé trois), comme elle l'écrit : « Un interdit pèse sur le bon vieux roman… On étudie Sarraute et Robbe-Grillet, on décrypte les textes via la critique structuraliste… » C'était pour moi inintéressant et cela m'a détournée de ce cursus.
« Kundera, lui, incarne une autre avant-garde. Les livres autobiographiques – on ne dit pas encore « autofiction » -, qui puisent dans l'intimité des vies, très peu pour lui : « Imposer son moi aux autres, c'est la version la plus grotesque de la volonté de puissance », écrit-il. Il préfère explorer de nouveaux territoires : dans ses romans, il même méditations et récit. » C'est ce qui m'a plu chez lui quand j'ai lu ses ouvrages vers 1990.
« Kundera pourrait être le nouveau Sartre. Un Sartre anti-idéologique… » disait Jean-Pierre Salgas. Je trouve qu'il est mieux que Sartre, en tout cas bien moins ennuyeux !
Le petit récit d'Ariane Chemin m'aura en fait donné envie de relire cet auteur si particulier et en cela, je lui en suis très reconnaissante !
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Joli livre qui offre un portrait de Kundera vieillissant et la quête d'une admiratrice qui se trouve être une journaliste célèbre. le libre est touchant. On apprend de jolies choses sur cet auteur mythique et par ailleurs le livre est un bel objet agréable à feuilleter et à lire. le parcours de Kundera de Brno à Paris en passant par Rennes est passionnant et il est frappant de constater le décalage entre Kundera et notre époque si nombriliste. Disons pour simplifier que l'on est pas prêt de suivre le "compte insta" du génie tchèque.
le tout est un peu superficiel, mais on sent une vraie ferveur pour Kundera. Toutefois, tout en le lisant, on sent que l'on participe à quelque chose qu'il aurait détesté, comme il détestait tou ce qui pouvait faire écran entre le livre et le lecteur. IL aurait détesté cette biographie que j'ai appréciée.
Je dois dire qu'une large part du plaisir pris à la lecture du livre tient à la beauté de l'objet lui-même et en particulier le charme émanant des photos de cet écrivain mystérieux et au sens propre insaisissable.
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Publié en son temps sous la forme d'un feuilleton dans le journal « le Monde », ce recueil sonne comme un double exercice : d'admiration pour l'homme et son oeuvre puis comme une enquête sur un écrivain qui a toujours préféré l'ombre à la lumière.
Evidement, il faut être familier et amateur de Kundera pour apprécier la démarche à sa juste valeur. Ceci étant posé, en sous-texte de ce portrait en pointillé, se dessinent aussi bien des époques : celle grise de l'Europe de l'Est, l'espoir si vite déçu de la chute du mur de Berlin, celle de l'appétence pour la littérature, la poésie et la culture au sens large ou encore celle des espions et sa cohorte de dissidents ou de collaborateurs.
Sans mettre de côté les aspects troubles de l'homme, Ariane Chemin dresse la trajectoire complexe d'un auteur qui a dû composer avec ses aspirations artistiques, la réalité politique, une célébrité internationale avant de retomber dans un oubli relatif.
La qualité de la plume est comme souvent au rendez-vous. Elle est ici doublée d'un très beau et esthétique travail d'édition.
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“L'artiste doit s'arranger de façon à faire croire à la postérité qu'il n'a pas vécu.”
Gustave Flaubert

La citation de Flaubert qui ouvre le « récit », citée également par Kundera dans l'Art du Roman (je crois) pose les termes du paradoxe. Kundera s'est toujours posé en adversaire de l'approche biographique d'un écrivain (comme Proust l'affirme dans son « Contre Sainte Beuve). Évidemment, pour une journaliste, c'est alors un défi qu'il faudra relever car à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Avec finesse, Ariane Chemin joue de la complicité « féminine » et « journalistique » pour nouer des liens avec Véra, la femme de Kundera, dans une espèce de jeu qui la légitimera en quelque sorte dans son entreprise. L'ouvrage est bref et reprend un feuilleton paru dans le Monde, et à ce titre, ne prétend donc pas être une « biographie » au plein sens du terme. Une façon également de s'affranchir de l'interdit éthique posé par Kundera concernant les biographies. Maintenant, était-ce bien utile ? Ariane Chemin procède avec légèreté et talent mais il n'en demeure pas moins : « D'après une métaphore célèbre, le romancier démolit la maison de sa vie pour, avec les briques, construire une autre maison : celle de son roman. D'où il résulte que les biographes d'un romancier défont ce que le romancier a fait, refont ce qu'il a défait. Leur travail, purement négatif du point de vue de l'art, ne peut éclairer ni la valeur ni le sens d'un roman. Au moment où Kafka attire plus l'attention que Joseph K., le processus de la mort posthume de Kafka est amorcé » (L'art du roman).
Et donc en refermant le bouquin on ne peut s'empêcher de ressentir de l'amertume face à cette fatalité du dévoilement à laquelle semble nous condamner notre époque et à laquelle nous participons de notre plein gré sur les réseaux sociaux, sans l'aide des services secrets comme ceux qui ont policé la vie du couple en Tchécoslovaquie.
Ariane Chemin a certes rempli son rôle de journaliste sans tomber dans le voyeurisme obscène, mais cette tristesse demeure – « …peut-on comprendre la démission de la culture comme une sorte de délivrance à laquelle il faut s'abandonner avec euphorie ? Je n'en sais rien. Je crois seulement savoir que la culture a déjà cédé la place. Ainsi, l'image de l'identité européenne s'éloigne dans le passé. Européen : celui qui a la nostalgie de l'Europe. » (L'art du roman).
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Milan Kundera.
Trente-sept ans de disparition volontaire.

Alors que dire ?
Ressasser les soupçons de délation ? L'exil ? le contrôle sur son image, ses traductions ? Ses amitiés fidèles ou évincées ?
Inévitablement, l'auteure Ariane Chemin revient sur tout ça. Sans juger. Sans démêler. Simplement tenter d'approcher la vérité de Milan, non de sa vie.

En bonne journaliste, elle met ses pas dans les gigantesques empreintes de Milan Kundera. Géographiquement d'abord. de Brno en Tchecoslovaquie à Paris, de Prague à Rennes en passant par Belle-ile-en-mer... C'est son ombre qu'elle traque. Qu'elle esquisse. Insaisissable.

Pour ma part, j'y découvre surtout l'épouse de Kundera, que je connaissais si mal. Son humour, son goût de la dérision, cette forme d'absurde qu'elle manie si bien. A se demander si elle n'a pas été "ecrite" pour Milan, cette femme. Elle raconte, parfois. Se dément. Éclate de rire. Elle, toujours, qui protège Milan, garde du corps, de la mémoire et du silence.

Une enquête menée au préalable pour le journal le Monde. Ce qui n'est pas préjudiciable au livre. Au contraire. le rythme convient parfaitement au mystère Kundera.

Alors que dire ?

Monsieur Kundera, merci pour vos livres. Merci pour la beauté, la justesse, l'intelligence, l'humour, la finesse de vos livres.
Avant vous, avant Kafka, Camus, j'ignorais que nous étions libres d'écrire ainsi. Merci pour cette liberté.
Merci aussi pour l'insoutenable légèreté de votre absence, malgré tout...
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critiques presse (1)
LeDevoir
31 mai 2021
Ariane Chemin, reporter au Monde, a tenté d’explorer ce « destin tragique » dans À la recherche de Milan Kundera,...
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
Kundera ouvre toutes grandes les portes de sa bibliothèque idéale. Il lit des extraits de L’Homme sans qualités, de l’écrivain autrichien Robert Musil ; explore Les Somnanbules, de son cher Hermann Broch ; fait découvrir Le Brave Soldat Chvéïk, du Pragois Jaroslav Hasek, le grand maître de l’ironie. Il invite à s’asseoir à ses côtés l’écrivain yougoslave Danilo Kis ou le Polonais Kazimierz Brandys, qui le raconte dans ses mémoires, ou encore son amie Agnieszka Holland. Elle réalise aujourd’hui des épisodes entiers de The Wire ou de House of Cards ; à l’époque elle décryptait le film Danton de Wajda.
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Milan et Vera Kundera découvrent une institution française : les déjeuners qui s’éternisent autour d’une conversation. « Le nation tchèque ne connaît pas ce rite social vieux en France de plusieurs siècles, s’amusait Vera il y a un an dans Host. Les fêtes, les repas, les salons : voilà ce qui tient la France et l’empêcherait de s’atomiser même si le pays était occupé par des Lapons.
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"On sort de l'enfance sans savoir ce qu'est la jeunesse, on se marie sans savoir ce que c'est que d'être marié, quand on entre dans la vieillesse, on ne sait pas où on va. En ce sens, la terre de l'homme est la planète de l'inexpérience", a écrit Kundera.
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Dans leur esprit, aujourd’hui, les Kundera sont à Brno, en Moravie. La nuit, Vera rêve qu’elle est allongée sur les rochers de la Vydra, dans la forêt de la Sumava, au sud de la Bohême, glisse sur la glace avec ses patins, ou se baigne dans la Vltava. Un vers de Viktor Dyk,, poète tchèque du début du XXe siècle, la hante et la laisse sans sommeil. La « patrie » lui parle. « Si tu me quittes, je ne mourrai pas. Si tu me quittes, tu périras. »
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Pour son entrée dans la « Bibliothèque de la Pléiade », en 2011, il a posé ses conditions. N’y figurent que ses onze romans, une pièce de théâtre et quatre essais : les seuls qu’il « valide ». Aucun poème, une seule de ses trois pièces de théâtre ; son retentissant article « Un Occident kidnappé » est absent.
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Videos de Ariane Chemin (36) Voir plusAjouter une vidéo
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