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ISBN : 2070328015
Éditeur : Gallimard (02/02/1995)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 277 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture:
" Le monde des théories n'est pas le mien. Ces réflexions sont celles d'un praticien. L'œuvre de chaque romancier contient une vision implicite de l'histoire du roman, une idée de ce qu'est le roman. C'est cette idée du roman, inhérente à mes romans, que j'ai fait parler. " M. K.


« Dois-je souligner que je n'ai pas la moindre ambition théorique et que ce livre n'est que la confession d'un praticien ? L'œuvre de... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
21 janvier 2013
Contrairement à ce que pourrait laisser entendre son titre, ce livre n'a pas l'ambition de présenter une conception objective de l'art romanesque, mais plutôt de rassembler quelques textes (sept) où Kundera présente son sentiment bien personnel sur la littérature et sur sa propre personne en tant qu'écrivain : « le monde des théories n'est pas le mien. Ces réflexions sont celles d'un praticien. » (7)).
Concrètement, on y retrouve des réflexions sur certains écrivains, Kafka et Broch particulièrement, ainsi que sur sa démarche d'écrivain proprement dite, de même que l'expositions d'un lexique de concepts qui lui sont chers et d'un discours fait à l'occasion de la réception du prix Jérusalem en 1985.
Pour Kundera, un écrivain digne de ce nom doit s'inscrire quelque part parmi ceux qui le précèdent. Une simple répétition d'une forme déjà existante serait une superfluité complètement inepte. Pour compter, ou pour mériter de compter, il faut ouvrir une possibilité originale qui soit construite à partir d'une connaissance intime des grands maîtres. C'est pourquoi, tout au long de l'ouvrage, les références aux grands noms de la littérature occidentale qui l'ont influencé sont constantes. Si sa réflexion ne se veut pas objective, elle n'est donc pas non plus une pure affirmation subjective, mais plutôt une position existentielle assumant sa différence personnelle.
L'ensemble se lit très facilement et constitue une stimulation à l'écriture et à la lecture qui est toutefois empoisonnée par l'argumentation élégamment éloquente que fait l'auteur à propos de la mort de l'Europe ainsi que du sens de la littérature européenne.
Pour prendre le passage le plus directement explicite à ce sujet, Kundera écrit dans son lexique à propos de l'Europe:
"Au Moyen Âge, l'unité européenne reposait sur la religion commune. À l'époque des Temps modernes, elle céda la place à la culture (art, littérature, philosophie) qui devint la réalisation des valeurs suprêmes par lesquelles les Européens se reconnaissaient, se définissaient, s'identifiaient. Or, aujourd'hui, la culture cède à son tour la place. Mais à quoi et à qui? Quel est le domaine où se réaliseront des valeurs suprêmes susceptibles d'unir l'Europe? Les exploits techniques? le marché? La politique avec l'idéal de démocratie, avec le principe de tolérance? Mais cette tolérance, si elle ne protège plus aucune création riche ni aucune pensée forte, ne devient-elle pas vide et inutile? Ou bien peut-on comprendre la démission de la culture comme une sorte de délivrance à laquelle il faut s'abandonner avec euphorie? Je n'en sais rien. Je crois seulement savoir que la culture a déjà cédé la place. Ainsi l'image de l'industrie européenne s'éloigne dans le passé. Européen: celui qui a la nostalgie de l'Europe."(150-151)
Ha! C'est si vrai! Elle est si triste notre actualité! Si médiocre! Ce grouillement continuel où s'étale l'inculture et la mécréance sans queue ni tête, sans cause ni fin, par simple frénésie désespérée d'une vitalité bestiale. Je suis tellement européen, tellement nostalgique de l'Europe!
Et c'est aussi tellement formidable de trouver parfois quelques autres âmes qui soient aussi (mélancoliquement ou non) éprises des splendeurs passéistes! La douleur c'est quelque chose de bien réel, avec son poids bien à elle, sa quantité propre, sa mesure exacte et lorsqu'on la partage, elle se réparti sur plusieurs supports jusqu'à devenir supportable, maîtrisable et enfin, guérissable. La présence d'un autre qui soit différent de l'actualité, n'est-ce pas déjà l'ouverture d'un futur à l'horizon de l'Europe? Qu'en pensez-vous?
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JeanLouisBOIS
11 mai 2012
Avec l'Art du roman, Milan Kundera entamait en 1986 son exploration d'une question qui l'a préoccupé tout au long de son oeuvre de romancier: Qu'est-ce que le roman? Que nous apporte le roman? En quoi est-il indispensable?
On pourrait craindre que le livre répondant à ces questions s'avère théorique, indigeste et ne s'adresse qu'aux seuls spécialistes. Tel n'est pas le cas! La grande force de Milan Kundera, c'est de parler à ses lecteurs avec une certaine simplicité, une certaine proximité. Il ne prétend pas faire le tour de la question. Il cherche par petites touches à atteindre le coeur du sujet en tant qu'auteur particulier ayant ses goûts et sa vision de la littérature. A partir de sept textes indépendants et apparemment disparates (essai, critique, discours officiel, dictionnaire personnel, entretiens, notes), il aborde différentes facettes du caractère indispensable du roman en tant que genre.
Pour Kundera, " le chemin du roman se dessine comme une histoire parallèle des Temps modernes" (p.20) et de la culture européenne. En illustration, il nous dit avoir été particulièrement sensible à quatre "appels" créateurs(p.26 à 28):
- Appel du jeu: Dans Tristram Shandy de Sterne et Jacques le fataliste de Diderot.
- Appel du rêve: Dans l'oeuvre de Kafka.
- Appel de la pensée: Dans L'Homme sans qualité de Musil et dans Les Somnambules de Broch.
- Appel du temps Chez Broch, Aragon et Fuentes.
En résumé, pour l'auteur d'origine tchèque, est un roman toue narration qui permet d'appréhender l'existence humaine dans toute sa globalité en apportant un éclairage original, c'est-à-dire inexistant avant lui. le roman est le fruit d'une histoire qui le travaille, qu'il dépasse et dont il révèle, mieux que par tout autre approche, un aspect ou une "réalité enrichie"; ce surcroit de compréhension passe essentiellement par une forme particulière, un "style". C'est l'adéquation du sujet et de la façon de le rendre qui constitue le roman dans son unicité, dans sa valeur et dans sa nécessité. A ces conditions, le roman se hisse à la hauteur des plus grandes oeuvres d'art.
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Horizon_du_plomb
03 janvier 2017
Un dernier petit livre avant le multi-défis 2017.
Le livre rassemble sept textes-essais de Kundera. On y trouve deux interviews, une étude de Kafka, un dictionnaire subjectif, un essai sur les Somnambules, un sur le roman européen, un sur la culture moderne de l'Europe et sa spécificité. Les deux clés de lecture de ces sept essais sont l'histoire du roman européen et la tentative du roman moderne d'appréhender le «  monde de la vie », le flou qui a besoin de la gamme de la complexité, l'âme humaine qui s'épanche sur les choses, la découverte de l'être par le sens qu'il génère du monde.  
« Dans le territoire du roman, on n'affirme pas : c'est le territoire du jeu et des hypothèses. La méditation romanesque est donc, par essence, interrogative, hypothétique. »
« Le caractère paradoxal de l'action, c'est une des grandes découvertes du roman. »
« La seule raison d'être du roman est de dire ce que seul le roman peut dire »
« Dans les yeux du poète, l'Histoire se trouve, chose étrange, dans une position parallèle à la sienne propre : elle n'invente pas, elle découvre. Par les situations inédites, elle dévoile ce qu'est l'homme, ce qui est en lui « depuis très très longtemps », ce que sont ses possibilités. »
Les textes partent dans des directions différentes mais ils se recoupent parfois. Si les idées thématiques qui reviennent au cours des essais sont claires (ex: les mots thèmes ou les livres symphonies), j'ai souvent eu l'impression de voir en l'auteur un chat qui retombait toujours sur ses pattes, qui jonglait dans une relativisme de nuances, presque comme une justification après coup (D'ailleurs Kundera lui même explique que souvent son cheminement intellectuel a été fait après l'écriture ou que l'interprétation du livre doit être incomplète, ouverte).
« Unir l'extrême gravité de la question et l'extrême légèreté de la forme, c'est mon ambition depuis toujours. »
« Mystification : la façon active de ne pas prendre au sérieux le monde. »
Contrairement à d'autres essais que j'ai lu récemment (Leguin, Ecco, Lodge), j'ai plus ressenti la nécessité de connaître les oeuvres que cite Kundera ( Les Somnanbules de Broch, Don Quichotte de Cervantès, Jacques le fataliste de Diderot, …) , sans que cela soit obligatoire toutefois. Ainsi, par exemple, ma lecture récente du Château m'a permis de comprendre toutes les nuances du propos de Kundera sur Kafka.
Un petit paragraphe sur la SF et Kundera car je n'ai pas du tout apprécié sa piètre opinion d'Orwell.
«  Ce qu'Orwell nous dit aurait pu être dit aussi bien (ou plutôt beaucoup mieux) dans un essai ou dans un pamphlet. »
«  sur l'année 1984 ; tout cela ce sont des romans de vulgarisation qui traduisent une connaissance non-romanesque dans le langage du roman. » Son avis sur l'oeuvre d'Orwell est d'autant plus paradoxal que, par après dans l'essai « Quelque part là derrière. », Kundera va beaucoup analyser le lien entre littérature et régime totalitaire via Kafka et même accorder un pis aller à Orwell: « Le « déjà connu » de ce roman est le fameux thème d'Orwell : l'oubli imposé par un pouvoir totalitaire. » 
Je ne suis simplement pas d'accord, les paradoxes de l'âme humaine peuvent mieux se trouver dans un roman d'anticipation qui peut d'ailleurs en amener de nouveaux comme par exemple l'homme créé de la Nature face à sa création consciente (Shelley). De même, s'il appesantit sur l'Histoire et son influence, Kundera passe à coté du steampunk, de l'uchronie qui ne date pourtant pas de Dick. Il nuance toutefois par après: « oui, on peut imaginer aussi une autre histoire du roman européen… » J'ai bien aimé les quatre appels du roman: celui du jeu, du rêve, de la pensée et du temps. Or pour moi, la science-fiction est la quintessence de ces 4 appels, quasiment dans un rapport ontologique.
« s'il veut encore « progresser » en tant que roman, il (le roman) ne peut le faire que contre le progrès du monde. »
Or quel genre littéraire n'est-il pas le mieux désigné pour questionner la notion de progrès ?
A noter que l'explication du kafkaïen peut prendre une autre ampleur si on la développe sur l'ambivalence entre deux modes de fonctionnement du cerveau: celui automatique du limbique et celui ouvert et créatif du préfontal (voir le livre l'intelligence du stress). L'histoire de l'ingénieur praguien a d'ailleurs plein de liens avec l'oeuvre de Phillip K. Dick.

Lire l'essai des 73 mots de Kundera, au-delà de ses entrées personnelles, c'est se rappeler que notre culture s'éloigne trop des mots.
« graphomanie … , version la plus grotesque de la volonté de puissance. 
Inexpérience:  les vieux sont des enfants innocents de leur vieillesse. »
Tout essai est une lecture personnelle du monde. Le recueil sonne un peu crépusculaire (ce Crepusculum si cher à Ovide comme dit l'auteur), on a parfois l'impression que l'auteur sonne le glas d'une certaine Europe créative sans en voir un renouveau mais l'auteur, même s'il goûte l'ironie de l'art et son ambiguïté, n'est peut-être pas juste à même de supporter son absurde. On pourrait presque penser qu'il a intégré la peur des « barbares » qui menacent l'édifice européen.
« L'assommant primitivisme rythmique du rock : le battement du coeur est amplifié pour que l'homme n'oublie pas une seconde sa marche vers la mort. »
« Si on met le signe d'égalité entre toutes les cultures et toutes les activités culturelles,  Bach et le rock, les bandes dessinées et Proust …  l'« évolution historique de l'art » embrumera son sens, s'écroulera, deviendra le dépôt immense et absurde des oeuvres. »
 « On voit à l'horizon des armées d'agélastes qui nous guettent. » (Qui est le plus « non rieurs » (agélastes), celui qui l'est ou celui qui les guette étant incapable d'en rire ?)
«  Il y a quelque temps déjà que la rivière, le rossignol, les chemins traversant les prés ont disparu de la tête de l'homme. »
« l'homme appartenant à une plus petite association de valeurs anéantit l'homme appartenant à une association de valeurs plus vaste mais en voie de dissolution, le plus grand misérable assume toujours le rôle du bourreau dans le processus de dégradation des valeurs et, le jour où les trompettes du Jugement retentissent, c'est l'homme affranchi de valeurs qui devient le bourreau d'un monde qui s'est condamné lui-même » ( la littérature en mode Mad Max)
Par contre, j'ai bien aimé comme Kundera a déjà un regard acéré sur l'influence des médias dans la production littéraire ainsi que sur l'avant garde qui est pour lui un art devenu trop précieux à son époque:
« Car l'avenir est toujours plus fort que le présent. C'est bien lui, en effet, qui nous jugera. Et certainement sans aucune compétence. »
Au final, on se dit qu'on a eu raison de vouloir lire le recueil d'essais, qu'on le relira sans doute dans des années, sans que paradoxalement celui-ci apporte un contenu réellement significatif comparé à cet art total qui nous entoure et qui grouille.
« L'art inspiré par le rire de Dieu est, par son essence, non pas tributaire mais contradicteur des certitudes idéologiques. À l'instar de Pénélope, il défait pendant la nuit la tapisserie que des théologiens, des philosophes, des savants ont ourdie la veille. »
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JeanLouisBOIS
12 mai 2012
Critique du site lecture/écriture:
Dans un essai en sept parties (comme la plupart de ses romans), Kundera se propose d'expliquer sa propre vision de l'univers romanesque.
Dans une première partie, Kundera revisite les sources - ses sources - du roman européen et montre que tout commence avec le Don Quichotte de Cervantès puis l'évolution continue, passant par Richardson ou Sterne, et bien sûr ses maîtres ès ambiguïtés, Kafka ou Broch. Après l'aventure exploitée et interrogée par Cervantès, l'étude les sentiments intérieurs initiée par Richardson, viennent les questions sur l'homme dans L Histoire avec Balzac, l'exploration du quotidien avec Flaubert, le sondage de "l'insaisissable du temps passé "avec Proust puis du temps présent avec Joyce...

Pour Kundera, "le roman est l'oeuvre de l'Europe". Il a survécu à tous les mouvements avec son esprit de complexité - "les choses sont plus compliquées que tu ne le penses" dit-il au lecteur - et de continuité car "chaque roman est une réponse aux oeuvres précédentes."

La deuxième partie reprend un entretien avec Christian Salmon dans lequel Kundera développe son approche de l'univers kafkaïen, explique comment le roman peut s'insérer dans L Histoire humaine avec quelques principes, citant au passage ses propres oeuvres.

Suit une analyse issue des notes que Kundera avait prises lors de sa lecture éclairée des Somnambules de Broch et qui exploite plusieurs "possibilités" dans la composition d'un roman.

Un second entretien sur "l'art de la composition" montre comment le roman peut aussi avoir des analogies avec la musique.

la cinquième partie est consacrée à Kafka et notamment au fameux K. Dans le Procès où "le châtiment cherche sa faute" à l'opposé du Raskolnikov de Dostoievski dans Crime et Châtiment, où "la faute cherche le châtiment." K. ne se révolte pas contre une autorité mais cherche plutôt son existence. C'est là toute l'ambiguité de Kafka, son univers particulier, c'est "l'horrible du comique".

La sixième partie moins évidente à lire provient de l'interrogation de l'auteur sur les diverses traductions de ses oeuvres et propose 71 mots-clés.

Enfin l'ouvrage finit sur le discours prononcé par l'auteur lors de sa remise du Prix Jérusalem, qui, de façon plus succincte encore, explicite ses choix romanesques, qu' il conclut par cette phrase superbe :
"J'étais entrain d'oublier que Dieu rit quand il me voit penser."

Voilà donc un ouvrage aux multiples facettes dans lequel Kundera fait à la fois preuve de culture et de pédagogie. A la lecture, on n'a qu'une envie : relire Kafka et lire les romans de l'auteur et notamment ceux du début.
Et, pour les plus hardis, pourquoi pas, composer un roman!
critique par Mouton Noir
Lien : http://www.lecture-ecriture...
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sebbys
07 décembre 2012
Ce livre de Kundera, je l'ai trop adoré. Tout ce qu'il dit dedans, c'est trop bien écrit et sérieux, j'ai beaucoup appris avec cette lecture. Bon bien sûr, faut se concentrer parce que sinon on peut pas tout comprendre mais je veux dire, les images qu'il donne dans son bouquin elles sont trop bien trouvées. En lisant ce bouquin, j'ai beaucoup appris sur ses autres livres, genre la vie est ailleurs ou d'autres encore que j'ai bien kiffés.
Franchement, ce philosophe, c'est vraiment un artiste des lettres et de l'écriture et rien que pour ça je le félicite. Bravo monsieur Kundera, je continuerai toujours à vous lire.

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Citations & extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine4301 août 2011
[ Incipit ]

Première partie : L'héritage décrié de Cervantes.

1.
En 1935, trois ans avant sa mort, Edmund Husserl tint, à Vienne et à Prague, de célèbres conférences sur la crise de l'humanité européenne. L'adjectif « européen » désignait pour lui l'identité spirituelle qui s'étend au-delà de l'Europe géographique (en Amérique, par exemple) et qui est née avec l'ancienne philosophie grecque. Celle-ci, selon lui, pour la première fois dans l'Histoire, saisit le monde (le monde dans son ensemble) comme une question à résoudre. Elle l'interrogeait non pas pour satisfaire tel ou tel besoin pratique mais parce que la « passion de connaître s'est emparée de l'homme ».
La crise dont Husserl parlait lui paraissait si profonde qu'il se demandait si l'Europe était encore à même de lui survivre. Les racines de la crise, il croyait les voir au début des Temps modernes, chez Galilée et chez Descartes, dans le caractère unilatéral des sciences européennes qui avaient réduit le monde à un simple objet d'exploration technique et mathématique, et avaient exclu de leur horizon le monde concret de la vie, die Lebenswelt, comme il disait.
L'essor des sciences propulsa l'homme dans les tunnels des disciplines spécialisées. Plus il avançait dans son savoir, plus il perdait des yeux et l'ensemble du monde et soi-même, sombrant ainsi dans ce que Heidegger, disciple de Husserl, appelait, d'une formule belle et presque magique, « l'oubli de l'être ».
Élevé jadis par Descartes en « maître et possesseur de la nature », l'homme devient une simple chose pour les forces (celles de la technique, de la politique, de l'Histoire) qui le dépassent, le surpassent, le possèdent. Pour ces forces-là, son être concret, son « monde de la vie » (die Lebenswelt) n'a plus aucun prix ni aucun intérêt : il est éclipsé, oublié d'avance.
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ahasverusahasverus14 juillet 2011
La société totalitaire, surtout dans ses versions extrêmes, tend à abolir la frontière entre le public et le privé ; le pouvoir, qui devient de plus en plus opaque, exige que la vie des citoyens soit on ne peut plus transparente. Cet idéal de vie sans secret correspond à celui d'une famille exemplaire : un citoyen n'a pas le droit de dissimuler quoi que ce soit devant le Parti ou l'Etat, de même qu'un enfant n'a pas le droit au secret face à son père ou à sa mère. Les sociétés totalitaires, dans leur propagande, affichent un sourire iddylique : elles veulent paraître comme une seule grande famille.
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fugitifsfugitifs20 septembre 2011
A propos de Tolstoï : "... il écoutait une autre voix que celle de sa conviction morale personnelle. Il écoutait ce que j'aimerais appeler la sagesse du roman. Tous les vrais romanciers sont à l'écoute de cette sagesse supra-personnelle, ce qui explique que les grands romans sont toujours un peu plus intelligents que leurs auteurs. Les romanciers qui sont plus intelligents que leurs oeuvres devraient changer de métier."
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peloignonpeloignon24 octobre 2012
Le monde des théories n'est pas le mien. Ces réflexions sont celles d'un praticien. L'oeuvre de chaque romancier contient une vision implicite de l'histoire du roman, une idée de ce qu'est le roman. C'est cette idée du roman, inhérente à mes romans, que j'ai fait parler. (7)
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aleatoirealeatoire09 novembre 2013
Quand Dieu quittait lentement la place d'où il avait dirigé l'univers et son ordre de valeurs, séparé le bien du mal et donné un sens à chaque chose, don Quichotte sortit de sa maison et il ne fut plus en mesure de reconnaître le monde. Celui-ci, en l'absence du Juge suprême, apparut subitement dans une redoutable ambiguïté ; l'unique Vérité divine se décomposa en centaines de vérités relatives que les hommes se partagèrent. Ainsi, le monde des Temps modernes naquit et le roman, son image et modèle, avec lui.
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>Littérature : généralités>Biographie littéraire>Oeuvres de fiction, romans (119)
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