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EAN : 9782070328017
197 pages
Gallimard (02/02/1995)
3.98/5   496 notes
Résumé :
« Dois-je souligner que je n'ai pas la moindre ambition théorique et que ce livre n'est que la confession d'un praticien ? L'œuvre de chaque romancier contient une vision implicite de l'histoire du roman, une idée de ce qu'est le roman ; c'est cette idée du roman, inhérente à mes romans, que j'ai essayé de faire parler. » Milan Kundera.

Dans sept textes relativement indépendants mais liés en un seul essai, Kundera expose sa conception personnelle du... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
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Je fais rarement les choses dans le bon ordre (et ceci m'est parfois assez préjudiciable, notamment dans le domaine de la cuisine, mais bon, passons...) : en effet, j'ai commencé à lire les essais de Milan Kundera concernant la littérature en commençant par son troisième recueil, le Rideau, puis j'ai enchaîné sur son second, Les Testaments trahis, et me voilà désormais aux prises avec son premier, L'Art du roman. (Je me rassure en me disant que j'ai encore une chance de toucher le quarté dans le désordre avec Une Rencontre...)

Ce premier recueil regroupe donc sept écrits, soit sept parties, de nature et de taille différentes, s'étalant de l'interview au dictionnaire, en passant par le discours, l'essai ou l'analyse d'ouvrages. le livre s'organise ainsi en un ensemble de points et de contre-points (notion qui est d'ailleurs largement présentée dans l'ouvrage) ayant pour dénominateur commun la définition, l'exégèse presque, qu'a Milan Kundera de l'art romanesque. En soi, on ne peut pas dire que le titre est mal choisi, bien au contraire.

Personnellement, du fait que l'ouvrage n'était pas conçu, dès le départ, comme un tout homogène, mais qu'il s'est constitué pièce à pièce, brique à brique au cours du temps, je le trouve moins abouti, moins percutant, plus confus, plus disparate que ses essais ultérieurs sur le même sujet, si je le compare aux Testaments trahis et au Rideau qui m'ont laissé l'un et l'autre une impression d'ensemble plus pregnante.

Néanmoins, Kundera reste Kundera, et quand il s'empare d'un sujet, ça n'est jamais pour le survoler ni pour en dire quoi que ce soit d'intéressant ni de valable. La première et la dernière partie, notamment, m'ont véritablement ravie.

L'auteur s'y interroge et s'y positionne sur ce qu'est, par nature, le roman, et sur ce qui, par nature, ne peut être exploré QUE par le roman. Les invariants sont :

1) un regard distancié et ironique, qui est tout sauf de l'histoire, de la politique, de la psychologie ou de la science, qui n'est pas un discours de vérité au sens où on l'entend habituellement, mais une fiction révélatrice (ce que Proust a baptisé une " paire de lunettes " destinée à voir le monde d'une certaine façon).

2) une forme en prose, c'est-à-dire radicalement différente de la poésie, radicalement différente en ce sens que c'est une forme qui repose et qui fait intervenir des personnages, c'est-à-dire des " moi fantasmés ", des " moi fictifs " de l'auteur, ayant pour fonction d'explorer un thème, une potentialité de l'existence.

3) l'auteur ne doit pas avoir une vision trop précise ni trop arrêtée de ce que sera cette exploration exercée par ses personnages, il doit laisser la porte ouverte à ce qui est présent en lui mais dont il n'est pas conscient lui-même, il doit sans cesse être sensible et écouter la " sagesse du roman " qui en sait toujours beaucoup plus que lui ne peut l'envisager sur le thème en question.

Ce que j'ai moins aimé dans cet ensemble qu'est L'Art du roman, par rapport à ses autres essais du même type, c'est qu'il s'y appesantit davantage sur ses propres écrits. Ça, en soi, ça ne me dérangerait pas en tant que tel, mais ce qui me dérange, c'est qu'il m'a semblé qu'il essayait de se justifier, ou de nous expliquer comment il fallait comprendre tel ou tel passage de ses livres. Là, moi, ça me dérange, car j'aime bien voir ou comprendre ce que j'ai envie dans les livres. Pour moi, un écrit doit se défendre tout seul, sans aide ni intervention de l'auteur (ni de personne d'ailleurs, c'est une relation intime entre une émanation d'un auteur et un lecteur donné).

La partie qui m'a la moins intéressée a été la cinquième, dédiée à Kafka. Je n'y ai pas appris grand chose et, surtout lorsque je la compare avec ce qu'il en dira plus tard dans Les Testaments trahis, je la trouve assez légère, voire faible. Toutefois, ma vision aurait peut-être été différente si j'avais lu d'abord ce livre avant celui qui vient, chronologiquement, après, n'est-ce pas ?

(Vous voyez, quand je vous dis que ça me porte parfois préjudice... Néanmoins, comme je l'ai explicité au paragraphe précédent, pour moi, un écrit doit savoir se défendre tout seul, s'il perd tout ou partie de son intérêt en en ayant découvert un autre préalablement, c'est qu'il n'était pas si intéressant que cela, en soi.)

En somme, bonne impression d'ensemble, des choses très pertinentes et intéressantes de soulevées ici ou là sur différentes questions, mais un petit quelque chose qui me manque pour être totalement séduite. Je vous abandonne en vous révélant que selon mes conceptions de L'Art de la critique, celle-ci ne représente que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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"Tout roman est une devinette du monde"
(G. G. Marquez)

Mes sentiments envers Milan Kundera étaient toujours quelque peu ambigus. Il n'y a que la langue allemande qui possède un mot très pratique, "hassliebe", pour les décrire avec exactitude : d'un côté j'apprécie énormément ses romans, et de l'autre il y a une sorte d'inexplicable antipathie envers Kundera-homme.
En ce qui concerne la littérature, peu m'importe. le grand critique littéraire tchèque F. X. Šalda disait déjà au début du siècle dernier :" Si tu es un mauvais homme, arrange toi avec le gendarme ou le curé, mais si tu es un mauvais écrivain, je me donne le droit de t'anéantir." Et Kundera est un écrivain excellent.
Loin de moi aussi l'idée qu'il soit un "mauvais homme", c'est seulement que l'attitude de ce natif de Brno envers ses ex-compatriotes déçoit et attriste plus d'un Tchèque. Kundera n'est pas le seul auteur qui tient à préserver sa vie privée (on peut penser par exemple à Volodine ou à Ferrante) et qui préfère s'adresser au lecteur uniquement à travers ses romans, en le laissant à sa propre interprétation. "La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'auteur", a écrit Roland Barthes dans son mémorable essai. On peut aussi comprendre que Kundera préfère voyager incognito, qu'il refuse les prix littéraires et les interviews, mais son refus de faire traduire ses romans en sa langue maternelle frôle, excusez l'expression, l'obstination d'un pédant.
Kundera vit en France depuis 1975. Ses premiers romans sont passés plutôt inaperçus, jusqu'à ce qu'il change de tactique en écrivant "L'insoutenable légèreté de l'être", une sorte de "socialisme, mode d'emploi", destiné au lecteur occidental, qui l'a tout de suite propulsé aux sommets littéraires. En 1995 il écrit son premier roman directement en français, "La lenteur", jamais traduit en tchèque. Un lecteur tchèque doit donc maîtriser le français, l'anglais, l'allemand, le suédois, le russe ou n'importe quelle autre langue étrangère pour continuer à lire Kundera. Seul Kundera peut bien traduire Kundera en tchèque, mais hélas, le temps lui manque. Il ne faut pas s'étonner que les Tchèques fidèles à son oeuvre font circuler les traductions "au noir", comme au bon vieux temps du samizdat. Désapprouvées par les uns, acceptées avec joie par les autres... ont-ils le choix ? C'est presque une ironie du sort qu'au moment où les Tchèques étaient à nouveau autorisés à lire Kundera, ils ont encore perdu cette possibilité....

Par une certaine solidarité, je n'ai donc jamais ouvert "La lenteur" ni un autre livre de Milan écrit depuis 1995. Puis j'ai fait exception avec son essai "L'art du roman" (jamais traduit en tchèque sous la forme proposée au lecteur français), et j'ai bien fait.
Kundera est un auteur intellectuel, dont l'oeuvre romanesque est complétée et accompagnée par le travail de philosophe et de théoricien littéraire. Dans "L'art du roman", il quitte la théorie pour nous expliquer sa vision personnelle du roman, que ce soit le sien ou le roman européen en général. On voit à quel point il est influencé par la phénoménologie de Husserl et de Heidegger, quand il parle, justement, des déceptions et des difficultés de la traduction, et des diverses interprétations des mots et des concepts qui varient et changent d'une langue à l'autre, d'un traducteur à l'autre, et aussi d'un lecteur à l'autre. Une explication édifiante qui m'a presque réconciliée avec Milan, en me disant que sa langue maternelle doit toujours garder une grande importance pour lui.
Il parle aussi de journalistes habitués à mener les interviews de façon qui arrange leurs propres desseins, et qui déforment systématiquement les propos de l'écrivain.
Avec le chapitre "Soixante-neuf mots", il nous propose, dans le genre typiquement kunderien, un petit dictionnaire des mots-clés de son univers fictif ; on trouve déjà quelque chose de similaire dans "L'insoutenable légèreté", mais cette fois c'est par nécessité d'éclaircir sa vision de ces termes, générée par sa désagréable expérience avec l'inexactitude des traductions.
Il nous parle aussi de l'art de la composition, en comparant le roman aux compositions musicales.

La plus intéressante des sept parties de "L'art du roman" (l'amateur de Kundera notera le chiffre magique récurrent !) est probablement le premier essai, "L'héritage décrié de Cervantes", qui commence par rappeler la série de conférences d'Edmund Husserl sur la crise de l'humanité européenne. Avec l'essor des sciences exactes, la vie humaine serait devenue quelque chose de parfaitement analysable, pesable, mesurable et explicable par la rationalité mathématique, en oubliant le monde vécu individuellement dans des milliers de réalités différentes (lebenswelt). Selon Kundera, c'est justement le roman dans sa continuité qui nous permet de visiter tous les recoins de l'âme d'un individu ancré dans son époque : historiographie, sociologie, philosophie ou économie nous en donnent une certaine image, mais les personnages comme Don Quichotte, Tristram Shandy ou Emma Bovary vont nous tirer par la manche en chuchotant : "Et si tout était autrement ?". Il n'y a que le roman qui nous dévoile les aspects divers de l'existence et ses multiples vérités. On s'interroge sur le sens de l'aventure avec Cervantes, on se demande ce qui se passe dans notre for intérieur avec Richardson, avec Balzac on monte dans le grand train de l'Histoire et avec Flaubert on retourne dans le quotidien en rêvant à nouveau de Cervantes et de l'aventure. Avec Tolstoï on vit des moments irrationnels au moment de prendre une décision, et avec Proust on exploite le Temps. le roman est un Paradis imaginaire de l'individuel, qui nous apprend tant les doutes nécessaires que la tolérance envers la vérité d'un autre. Et de ce point de vue, il serait donc un ennemi juré de toute idéologie dogmatique. le destin incalculable et imprévisible des personnages romanesques serait toujours accompagné d'un grand rire de Dieu (si ce n'est pas celui du lecteur), comme l'auteur se plaît à imaginer.
Et la place de l'auteur, dans tout ça ? Selon Kundera, l'auteur doit s'effacer au profit de ses personnages. Il y a peut-être une partie de l'auteur là-dedans, peut-être pas, à vous de voir... un roman contient autant de vérités que de lecteurs. Comme aux temps des conteurs et troubadours anonymes, il vit sa propre vie, et a toujours quelque chose à proposer pour enrichir les générations suivantes.
Voilà la vision de Milan Kundera, cet auteur qui s'efface délibérément au profit des mots et de la littérature.

Comme cette critique est déjà d'une longueur indécente, je vais garder pour moi ce que je pense de la biographie de la journaliste Ariane Chemin, au titre proustien "À la recherche de Milan Kundera". En hommage à un autre écrivain aimé de Kundera, cela aurait pu très bien s'intituler "Le procès II, ou Les testaments trahis de Milan K." Si vous voulez apprendre quelque chose de vraiment intéressant sur Kundera, prenez plutôt un livre de Kundera, un auteur à 5 étoiles.
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Voilà déjà quelque temps que Kundera rentre dans les instables piles de ma bibliothèque...
Et c'est L'art du roman , un essai, que j'ai choisi pour entamer l'oeuvre de cet auteur qui m'intriguait tant.
L'art du roman, c'est la vision éclairée et acérée de Kundera sur une prose de tous les possibles: Une sorte d'auberge espagnole (Kundera évoque celle de Cervantès) dans laquelle se rencontrent poésie, essai et philosophie. Un plat complet derrière lequel l'auteur doit s'effacer, et laisser la parole aux mots et aux fulgurances... Et Kundera de me donner une clef pour retourner lire Kafka au Château!.. Et de me rappeler le bonheur ressenti à la lecture du Brave soldat Chveik... Et l'envie (encore cette envie dans un temps compté, mesuré) d' attaquer le monument Cervantes et de découvrir Broch.
Milan Kundera (encore lui, c'est son bouquin après tout, non?) offre au lecteur d'intéressantes analogies avec la musique et sa composition: polyphonie, transitions, pas de transitions.
L'art du roman: Sept parties (tiens donc...) dont la dernière offre un aperçu saisissant de la bêtise dans l'oeuvre de Flaubert. Rappel salvateur.
Sept parties dans les quelles on trouve, entre autre, une sorte d'éloge à la diversion. Hop, on prend le chemin, le diverticule...
Pour moi, ce livre sur lequel je viens de passer quelques beaux jours, serait presque indispensable. À lire, en tout cas.
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Contrairement à ce que pourrait laisser entendre son titre, ce livre n'a pas l'ambition de présenter une conception objective de l'art romanesque, mais plutôt de rassembler quelques textes (sept) où Kundera présente son sentiment bien personnel sur la littérature et sur sa propre personne en tant qu'écrivain : « le monde des théories n'est pas le mien. Ces réflexions sont celles d'un praticien. » (7)).
Concrètement, on y retrouve des réflexions sur certains écrivains, Kafka et Broch particulièrement, ainsi que sur sa démarche d'écrivain proprement dite, de même que l'expositions d'un lexique de concepts qui lui sont chers et d'un discours fait à l'occasion de la réception du prix Jérusalem en 1985.
Pour Kundera, un écrivain digne de ce nom doit s'inscrire quelque part parmi ceux qui le précèdent. Une simple répétition d'une forme déjà existante serait une superfluité complètement inepte. Pour compter, ou pour mériter de compter, il faut ouvrir une possibilité originale qui soit construite à partir d'une connaissance intime des grands maîtres. C'est pourquoi, tout au long de l'ouvrage, les références aux grands noms de la littérature occidentale qui l'ont influencé sont constantes. Si sa réflexion ne se veut pas objective, elle n'est donc pas non plus une pure affirmation subjective, mais plutôt une position existentielle assumant sa différence personnelle.
L'ensemble se lit très facilement et constitue une stimulation à l'écriture et à la lecture qui est toutefois empoisonnée par l'argumentation élégamment éloquente que fait l'auteur à propos de la mort de l'Europe ainsi que du sens de la littérature européenne.
Pour prendre le passage le plus directement explicite à ce sujet, Kundera écrit dans son lexique à propos de l'Europe:
"Au Moyen Âge, l'unité européenne reposait sur la religion commune. À l'époque des Temps modernes, elle céda la place à la culture (art, littérature, philosophie) qui devint la réalisation des valeurs suprêmes par lesquelles les Européens se reconnaissaient, se définissaient, s'identifiaient. Or, aujourd'hui, la culture cède à son tour la place. Mais à quoi et à qui? Quel est le domaine où se réaliseront des valeurs suprêmes susceptibles d'unir l'Europe? Les exploits techniques? le marché? La politique avec l'idéal de démocratie, avec le principe de tolérance? Mais cette tolérance, si elle ne protège plus aucune création riche ni aucune pensée forte, ne devient-elle pas vide et inutile? Ou bien peut-on comprendre la démission de la culture comme une sorte de délivrance à laquelle il faut s'abandonner avec euphorie? Je n'en sais rien. Je crois seulement savoir que la culture a déjà cédé la place. Ainsi l'image de l'industrie européenne s'éloigne dans le passé. Européen: celui qui a la nostalgie de l'Europe."(150-151)
Ha! C'est si vrai! Elle est si triste notre actualité! Si médiocre! Ce grouillement continuel où s'étale l'inculture et la mécréance sans queue ni tête, sans cause ni fin, par simple frénésie désespérée d'une vitalité bestiale. Je suis tellement européen, tellement nostalgique de l'Europe!
Et c'est aussi tellement formidable de trouver parfois quelques autres âmes qui soient aussi (mélancoliquement ou non) éprises des splendeurs passéistes! La douleur c'est quelque chose de bien réel, avec son poids bien à elle, sa quantité propre, sa mesure exacte et lorsqu'on la partage, elle se réparti sur plusieurs supports jusqu'à devenir supportable, maîtrisable et enfin, guérissable. La présence d'un autre qui soit différent de l'actualité, n'est-ce pas déjà l'ouverture d'un futur à l'horizon de l'Europe? Qu'en pensez-vous?
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Dans ce livre très intéressant pour tout amoureux de la lecture, Milan Kundera, en praticien talentueux, nous livre son art de romancier avec une fluidité suave, nous menant dans les arrière-fonds de la composition romanesque. Pour ce faire, il illustre ses idées par son propre parcours et par les oeuvres de ses modèles littéraires (Kafka, Broch, Musil et Gombrowicz…) issus de ce qu'il appelle la littérature de l'Europe centrale. Ainsi, ce livre est l'occasion pour le lecteur de découvrir ou redécouvrir l'oeuvre de plusieurs romanciers importants mais aussi de comprendre l'art de Milan Kundera et sa conception du roman.

Selon Milan Kundera le roman trouve son existence dans le fait d'exprimer ce que lui seul peut exprimer. Car si, par exemple, le bovarysme était expliqué sous forme d'essai, il n'aurait aucun attrait, de même que la bureaucratie selon Kafka. Bref, le romancier précède le psychologue et le sociologue. de plus, le roman qui est le genre le plus européen, a une relation étroite avec l'Histoire de l'Europe et la conscience européenne.

Autre idée que Kundera illustre dans son livre est celle qu'un romancier doit suivre la sagesse de son roman. C'est-à-dire qu'un romancier en élaborant sa trame romanesque, il doit suivre cette intelligence du roman, un cheminement logique que l'oeuvre exige (« Quand Tolstoï a esquissé la première variante d'Anna Karénine, Anna était une femme très antipathique et sa fin tragique n'était que justifiée et méritée. La version définitive du roman est bien différente, mais je ne crois pas que Tolstoï ait changé entre-temps ses idées morales, je dirais plutôt que, pendant l'écriture, il écoutait une autre voix que celle de sa conviction morale personnelle. Il écoutait ce que j'aimerais appeler la sagesse du roman. »). Par conséquent, un auteur est celui qui se cache derrière son oeuvre et n'apparait que par elle (une idée assez blanchotienne).

L'art du roman est un livre où l'on trouve aussi l'Histoire du roman et comment chaque auteur contribuent au développement du genre, mais aussi les différentes inspirations romanesques.
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Citations et extraits (85) Voir plus Ajouter une citation
On demande à Karel Capek pourquoi il n'écrit pas de poésie. Sa réponse : "Parce que je déteste parler de moi-même." Le trait distinctif du vrai romancier : il n'aime pas parler de lui-même. "Je déteste mettre le nez dans la précieuse vie des grands écrivains et jamais aucun biographe ne soulèvera le voile de ma vie privée", dit Nabokov. Italo Calvino avertit : à personne il ne dira un seul mot sur sa propre vie. Et Faulkner désire "être en tant qu'homme annulé, supprimé de l'histoire, ne laissant sur elle aucune trace, rien d'autre que les livres imprimés". (Soulignons : LIVRES et IMPRIMES, donc pas de manuscrits inachevés, pas de lettres, pas de journaux.)
D'après une métaphore célèbre, le romancier démolit la maison de sa vie pour, avec les briques, construire une autre maison : celle de son roman. D'où il résulte que les biographes d'un romancier défont ce que le romancier a fait, refont ce qu'il a défait. Leur travail, purement négatif de point de vue de l'art, ne peut éclairer ni la valeur ni le sens d'un roman. Au moment où Kafka attire plus l'attention que Joseph K., le processus de la mort posthume de Kafka est amorcé.
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Il y a un proverbe juif admirable : "L'homme pense, Dieu rit". Inspiré par cette sentence, j'aime imaginer que François Rabelais a entendu un jour le rire de Dieu et ce que c'est ainsi que l'idée du premier grand roman européen est née. Il me plaît de penser que l'art du roman est venu au monde comme l'écho du rire de Dieu.
Mais pourquoi Dieu rit-il en regardant l'homme qui pense ? Parce que l'homme pense et la vérité lui échappe. Parce que plus les hommes pensent, plus la pensée de l'un s'éloigne de la pensée de l'autre. C'est à l'aube des Temps modernes que cette situation fondamentale de l'homme, sorti du Moyen Âge, se révèle : don Quichotte pense, Sancho pense, et non seulement la vérité du monde mais la vérité de leur propre moi se dérobent à eux. Les premiers romanciers européens ont vu et saisi cette nouvelle situation de l'homme et ont fondé sur elle l'art nouveau, l'art du roman.
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L'esprit du roman est l'esprit de complexité.
Chaque roman dit au lecteur : "Les choses sont plus compliquées que tu ne le penses." C'est la vérité éternelle du roman mais qui se fait de moins en moins entendre dans le vacarme des réponses simples et rapides qui précédent la question et l'excluent. Pour l'esprit de notre temps, c'est ou bien Anna ou bien Karénine qui a raison, et la vielle sagesse de Cervantes qui nous parle de la difficulté de savoir et de l'insaisissable vérité paraît encombrante et inutile.
L'esprit du roman est l'esprit de continuité : chaque oeuvre est la réponse aux oeuvres précédentes, chaque oeuvre contient toute l'expérience antérieure du roman. Mais l'esprit de notre temps est fixé sur l'actualité qui est si expansive, si ample qu'elle repousse le passé de notre horizon et réduit le temps à la seule seconde présente. Inclus dans ce système, le roman n'est plus OEUVRE (chose destinée à durer, à joindre le passé et l'avenir) mais événement d'actualité comme d'autres événements, un geste sans lendemain.
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Je n'utilise jamais le mot Tchécoslovaquie dans mes romans, bien que l'action y soit généralement située. Ce mot composé est trop jeune (né en 1918), sans racines dans le temps, sans beauté, et il trahit le caractère composé et trop jeune (inéprouvé par le temps) de la chose dénommée. Si on peut, à la rigueur, fonder un Etat sur un mot si peu solide, on ne peut pas fonder sur lui un roman. C'est pourquoi, pour désigner le pays de mes personnages, j'emploie toujours le vieux mot de Bohême. Du point de vue de la géographie politique, ce n'est pas exact (mes traducteurs se rebiffent souvent), mais du point de vue de la poésie, c'est la seule dénomination possible.
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Situer un roman dans ce monde de l'obéissance, du mécanique et de l'abstrait, où la seule aventure humaine est d'aller d'un bureau à l'autre, voilà qui paraît contraire à l'essence même de la poésie épique. D'où la question : Comment Kafka a-t-il réussi à transformer cette grisatre matière antipoétique en des romans fascinants ?
On peut trouver la réponse dans une lettre qu'il a écrite à Milena : "Le bureau n'est pas une institution stupide ; il relèverait plutôt du fantastique que du stupide." La phrase recèle un des plus grands secrets de Kafka. Il a su voir ce que personne n'a vu : non seulement l'importance capitale du phénomène bureaucratique pour l'homme, pour sa condition et pour son avenir, mais aussi (ce qui est encore plus surprenant) la virtualité poétique contenue dans le caractère fantomatique des bureaux.
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Vidéo de Milan Kundera
Vidéo du 12 juillet 2023, date à laquelle le romancier tchèque naturalisé français, Milan Kundera, s’est éteint à l’âge de 94 ans. La parution en 1984 de son livre "L’Insoutenable légèreté de l’être", considéré comme un chef-d'œuvre, l'a fait connaître dans le monde entier. Milan Kundera s’était réfugié en France en 1975 avec son épouse, Vera, fuyant la Tchécoslovaquie communiste (vidéo RFI)
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