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François Ricard (Auteur de la postface, du colophon, etc.)François Kérel (Traducteur)
EAN : 9782070381654
476 pages
Éditeur : Gallimard (12/01/1990)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 4410 notes)
Résumé :
"Qu'est-il resté des agonisants du Cambodge ? Une grande photo de la star américaine tenant dans ses bras un enfant jaune. Qu'est-il resté de Tomas ? Une inscription : Il voulait le Royaume de Dieu sur la terre. Qu'est-il resté de Beethoven ? Un homme morose à l'invraisemblable crinière, qui prononce d'une voix sombre : "Es muss sein ! " Qu'est-il resté de Franz ? Une inscription : Après un long égarement, le retour. Et ainsi de suite, et ainsi de suite. Avant d'êtr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (258) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  17 juillet 2012
Milan Kundera a le talent de dépeindre nos sensations intimes et la plupart du temps inexprimables par le verbe. Tout le roman est bâti sur les différents ressentis des personnages, principalement deux couples.
Le personnage central, pivot de l'histoire où gravitent les autres est Tomas, chirurgien tchèque brillant, sceptique, désillusionné à propos du communisme et franchement hostile à partir de l'invasion russe de 1968, coureur de jupons invétéré. Tereza, sa femme photographe, qui elle est fidèle, et s'accroche à lui après avoir fuit sa mère et tout un pan de sa vie passée. Sabina, maîtresse en chef de Tomas, artiste peintre, hostile à toute forme d'ingérence dans la pensée et, a fortiori dans les actes comme le furent les chars russes et enfin, Franz, amant de Sabina, archétype de l'homme droit et fiable dont la relation adultère le torture, rappelant un peu le personnage de la modification de Butor.
Tous voient leur vie basculer au moment de l'invasion russe en Tchécoslovaquie en 1968 et dans les années de délation qui suivirent. Cet ouvrage rappelle la facture de la Plaisanterie, mais avec une tournure à la fois plus politique, un peu moins déprimante et probablement une dimension psychologique un peu plus prononcée.
Dans la première partie, l'auteur dresse avec une économie de mots mais un luxe de justesse et d'efficacité cet indescriptible état de "qui perd, perd" où l'on se sent mal seul et mal à deux, oscillant toujours d'une attente vers l'autre sans jamais réellement éprouver de mieux dans l'une ou l'autre situation. Cette première partie est aussi l'endroit d'une médaille à double face constituée par le couple Tomas-Tereza. Ainsi nous représente-t-il une certaine vision, une certaine perception d'événements au travers du prisme que constitue Tomas. Vous avez compris que la seconde partie sera l'envers de cette médaille, au travers du prisme de Tereza, toujours avec subtilité, toujours dans le ressenti difficilement exprimable. C'est un procédé que Kundera utilise tout au long du roman, si bien que certains lecteurs sont un peu désappointés par cette non avancée de l'action, puisque les événements nous sont déjà connus, seulement ils nous sont racontés aux travers d'autres yeux et c'est à mon sens le grand intérêt du roman.
Avec Tomas, l'auteur nous interroge sur la dualité entre la légèreté et la pesanteur, en nous faisant percevoir qu'il est bien difficile de se prononcer sur la valeur positive ou négative de cette opposition. Avec Tereza, qui passe des heures devant le miroir à essayer de voir son âme derrière son apparence corporelle, il examine la dualité entre le corps et l'âme. Les nécessités du corps et les hasards de l'âme, pourtant forcés de cohabiter au sein de l'être, non sans entraîner quelques discordes.
À partir de la troisième partie, Milan Kundera évoque plus précisément la politique, à savoir l'oppression communiste en Tchécoslovaquie. le thème pourrait en être l'incommunicabilité : celle des réfugiés politiques avec les étrangers, celle des opposants déclarés et des opposants intimes, celle des réfugiés avec les personnes restées au pays. Kundera ne dénonce pas nécessairement un régime, mais met le doigt sur le fait qu'un régime n'est rien d'autre qu'une somme de complaisances et de connivences qui font que des milliers, millions peut-être, d'hommes et de femmes contribuent à faire fonctionner un système liberticide.
Enfin, je m'autorise une petite spéculation car vous savez que Milan Kundera est un grand connaisseur de la littérature classique et qu'il a même abondamment écrit dessus. Je pense que le clin d'oeil qu'il nous fait dans son livre avec le nom du chien (Karénine) est en fait une reconnaissance de filiation entre lui et Tolstoï. En effet, le projet littéraire de "La Guerre et la Paix" pourrait très succinctement se résumer en "l'insoutenable légèreté des destinées individuelles prises dans le flot de l'histoire". Tolstoï aborde cette réflexion sous l'angle de l'événement historique de la campagne de Russie sous Napoléon, Kundera, sous celui de la révolution avortée en Tchécoslovaquie en 1968, mais dans les deux cas, les conclusions semblent les mêmes. le rouleau compresseur de l'histoire avance mais ne se soucie pas des individus, qui ont l'illusion de croire qu'ils font des choix alors que leurs choix ne sont rien, ne changent rien, auraient pu être tout autre sans modification sensible des résultats observés. le projet littéraire de Kundera est sûrement quelque peu différent, mais je pense qu'il peut être intéressant de le comparer au monument de Tolstoï.
Quoi qu'il en soit, L'insoutenable Légèreté de L'Être est, à n'en pas douter, l'un des plus grands romans mondiaux du XXème siècle finissant. Il est encore un peu tôt pour en juger, mais je gage que ce livre restera marquant pour des siècles. du moins c'est mon avis, insoutenablement léger.
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Erveine
  24 juin 2014
Qu'est-ce à dire ? Un être en souffrance dont l'agir est léger. Je prends un risque si je signe la pétition car je me dévoile et m'expose à des représailles, alors, je démissionne. J'ordonne moi-même la sentence, passant d'un statut de médecin renommé à celui de laveur de vitres.
Soit ! Je décide ainsi de préserver mon intégrité. Puis, tout à coup et contre toute attente, je suis heureux ! Heureux de vivre sans responsabilités. Je découvre qu'il m'est offert un temps précieux. Une liberté où mon esprit se repose. Je dors mieux, je respire. Je ne suis plus inquiet du sort de mes patients dont le devenir ne m'incombe plus, en tout cas, pas directement. Mais que faire de ce temps donné si ce n'est ‘accentuer' encore mon allant vers l'autre. Les autres, toutes ces femmes qui m'attirent. N'est-ce pas ce moment précis du « séduire » qui m'emplit sans cesse d'un pouvoir dont j'abuse. Quand j'ordonne d'un ton présomptueux : « déshabille-toi !». Et, si toutefois, c'est un autre qui l'intime, cet ordre qui me déstabilise, un rôle inversé qui me destitue, je me reprends alors et me virilise un peu plus. J'accentue ma force et d'un mouvement brusque, je retourne mon adversaire pour le mettre à terre, à ma merci, femme offerte, elle capitule sur la moquette où à mon tour je me tapis. Une légèreté qui m'insupporte et me transporte à la fois, qui fait partie de mon être et qui me vole à toi.
Aucune femme n'épouse ma couche sauf toi, toi que j'aime, la seule à me coexister comme cette force intérieure qui pourtant m'expatrie vers une autre, vers les autres. Ces corps nus, ces blancs dévoilés et nacrés où je recherche le détail qui diffère, mais dont aucun ne se rappelle à toi.
La légèreté est celle qui me culpabilise en m'éloignant de mon amour et la profondeur celle qui m'y relie, vers ce quotidien que pourtant j'exècre, toute cette gestuelle édictée de nos habitudes. Cette intimité prévisible qui dessert le mystère du geste amoureux.
.
Il y a aussi ces signes qui conduisent l'instinct à condition de les percevoir, en dehors de toute prémonition, comme autant de liens explicites et avertisseurs.
.
Quand l'antre de Térésa s'imprègne de mon infidélité, elle se fait violence et me quitte, mais je reviens vers elle puisqu'elle fait partie de mon être. Elle souffre de se sentir coupable, de ne pas réussir à m'attacher auprès d'elle et pour me combattre, elle aussi se fait infidèle. Cédant à l'ingénieur qui la presse, Térésa s'arrache à la prédiction de sa mère qui lui dénie tout avenir de femme et l'avilit pour la garder auprès d'elle. Térésa découvre alors son pouvoir de séduction et cette part d'elle, qui en dehors de l'amour, se défend puis se donne et s'adonne au plaisir ; un plaisir insoupçonné qui la révèle à elle-même et quand le ‘séduire' lui suffirait peut-être, elle découvre la jouissance que lui apporte, le ‘défendu', l'acte d'infidélité tandis que je me réjouis, moi, de l'après séduction d'une autre qu'elle et de tous les états de reddition qui l'accompagne.
Pourtant, loin d'elle, je n'ai pas de pulsion, je n'existe plus. Il me faut sa reconnaissance à elle pour exister tandis que nous nous rejoignons tous les deux en cet antre, tels des oisillons recouvrant leur nid douillet.
Il y a aussi ce poids de signer où pas le document que me tendent, cette fois-ci, le journaliste contestataire et mon fils, proches ils me sont, mais aussi de par mes idées politiques. Cependant, si j'ai déjà perdu mon poste de chirurgien à l'hôpital, je choisis de préserver ce qui pèse encore à mon coeur, c'est-à-dire Térésa, par crainte des conséquences que cette signature implique et ne manquera pas de suggérer aux leaders communistes qui sévissent envers mes semblables, des intellectuels qualifiés d'indésirables.
S'élève alors sous un ciel brumeux un langage à double sens entre des êtres qui se meuvent en quête de vérité. Il y a là un enjeu historique, celui de faire des choix à travers les aléas de la vie, dont émane l'insoutenable légèreté de l'être.
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colimasson
  18 avril 2013
Tout commence avec Parménide. Au 6e siècle avant Jésus-Christ, le philosophe établit une classification d'éléments contraires dont chaque membre est lié soit au positif, soit au négatif. Dans cette vision manichéenne qui se reconnaît ouvertement simplificatrice, le chaud est considéré comme positif et le froid comme négatif ; la lumière est positive lorsque l'obscurité est négative ; l'être est positif tandis que le non-être est négatif. Milan Kundera intervient quelques siècles plus tard et pose une colle à Parménide : dans le couple légèreté-pesanteur, quel est le membre positif ? quel est le membre négatif ? C'est la définition de la légèreté qu'il faut revoir : frivolité ou grâce ? et quid de la pesanteur : profondeur ou balourdise ? Rien de tel, pour le savoir, que de vivre l'expérience de ces deux états. Milan Kundera met en place des intrigues et des personnages dont les existences s'entrecroisent et se répondent, de l'Europe de l'est jusqu'à la Suisse des années communistes, à cette époque où la politique prend encore une place prégnante dans la vie privée. Il se permet des intrusions et des digressions fréquentes dans lesquelles il exprime, à la première personne du singulier, son point de vue d'homme et de romancier. Ses personnages semblent exister comme prototypes d'une expérience qui lui permettrait de résoudre la question de la dualité du couple légèreté-pesanteur.

L'art du romancier lui donne également la possibilité de concrétiser le concept de l'éternel retour pour mieux le dépasser. Toujours lié à cette question de la légèreté et de la pesanteur, cette fois appliquée aux actes, Milan Kundera se pose la question de la responsabilité de chacun devant la trajectoire donnée à son existence. Peut-on condamner quiconque lorsqu'il n'est donné à personne la possibilité de connaître les univers parallèles liés à la diversité des choix qui se sont offerts à lui à un moment donné de son existence ? Et qui peut s'arroger le droit de juger d'un regard neutre, lorsque même l'époque dominée par Hitler se teinte de la douce mélancolie des années qui ne reviendront plus ?

« Cette réconciliation avec Hitler trahit la profonde perversion morale inhérente à un monde fondé essentiellement sur l'inexistence du retour, car dans ce monde-là tout est d'avance pardonné et tout y est donc cyniquement permis. »

L'idéal serait de disposer de plusieurs mondes sur lesquels on renaîtrait, riche à chaque fois de l'expérience et des connaissances accumulées au cours de l'existence sur les mondes précédents. L'homme s'améliorerait-il à mesure qu'il renaîtrait ? ou resterait-il aussi insouciant et inconscient de ses actes, faisant preuve d'une faillibilité sans failles ? le roman permet à Milan Kundera d'expérimenter virtuellement des trajectoires différentes. Comme il l'avoue, chacun de ses personnages représente une part de ses potentialités. La représentation morcelée, fragmentaire, évoluant en monades séparées qui se rejoignent parfois dans des confrontations plus ou moins heureuses, offre une réflexion étayée qui se montre bien plus pertinente que la construction d'un système basé sur la seule écriture philosophique. Mais elle présente également un danger… Ce danger se nomme « kitsch » :

« […] le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré ; le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'existence humaine a d'essentiellement inacceptable. »

Le kitsch comme négatif n'apparaît qu'une fois qu'a été surmontée la vision du kitsch comme positif, comme élément fédérateur des hommes entre eux, s'unissant et se laissant aller au plaisir des émotions simples dans une illusion de cohésion sociale durable. le kitsch est un danger qui, derrière des abords sympathiques, joue au service d'un totalitarisme des opinions intransigeant. En réduisant l'Être à l'être (comme le fait remarquer François Ricard dans son essai sur l'Idylle), il réduit l'individu au néant et nie tous les aspects dérangeants de son existence.

« A l'instant où le kitsch est reconnu comme mensonge, il se situe dans le contexte du non-kitsch. Ayant perdu son pouvoir autoritaire, il est émouvant comme n'importe quelle faiblesse humaine. »

Et c'est fort de cette reconnaissance que Milan Kundera fait vivre ses personnages en-dehors de tout carcan. Cherchant à échapper aux normes pour mieux laisser s'épanouir ce qu'ils croient être leurs désirs véritables, ils évitent les stéréotypes ; et lorsqu'ils commencent à ressentir la réduction de leur être au type, ils se demandent quelle est la valeur véritable de leur existence passée, et quelle quantité d'honnêteté a pu être la leur jusqu'alors. Dans le contexte de la domination communiste des pays de l'Est, ces questions prennent une ampleur considérable. Personne ne peut rester indifférent : il faut se révolter, il faut coopérer, il faut consentir ou il faut se résigner. Quelle part de soi peut-on accepter de mettre de côté dans ces conditions ? Au bout de cette voie se trouve peut-être la réponse à cette question de la légèreté de l'être comme membre positif ou négatif du couple légèreté-pesanteur. La politique n'est toutefois pas le seul domaine dans lequel il est exigé de se positionner de manière durable (ceci inclut également toute capacité de trahison et donc de versatilité) : le rapport amoureux, le rapport familial, le rapport à l'animal et le domaine professionnel sont tout aussi éloquents.

L'insoutenable légèreté de l'être suit un mouvement en tous points semblables à celui de ses personnages. Commençant avec un aplomb et une gravité qui font reculer le moment où entrent en scène les personnages du roman, l'intrigue se poursuit en amenant sans cesse au premier plan des réflexions qui guident leur parcours et transforment la lecture en expérimentation d'un univers où plusieurs mondes et différents niveaux de connaissances se superposent. Ceci faisant, les personnages finissent bientôt par être livrés uniquement à eux-mêmes dans le final du livre, au moment même où le renoncement à une partie de leurs idéaux (légèreté = lâcheté ?) leur permet de vivre dans une apparence d'harmonie (conformité = kitsch ?) qui n'est, en réalité, que l'échec de l'être à se confronter au néant sur lequel aboutit toute existence. C'est peut-être à ce point ultime que se rejoignent légèreté et pesanteur, le premier étant l'angoisse profonde tandis que le deuxième ne serait que le comportement névrotique de surface. Mais ceci n'est qu'une hypothèse parmi tant d'autres, à laquelle nous soumet majestueusement Milan Kundera.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Hugo
  24 juillet 2017
Pour être sincère j'ai eu du mal à me plonger dans ce roman, qui me semblait trop terre à terre, d'une vérité dérangeante de cynisme, l'espoir corrompue par cette légèreté de l'être qui devrait être tout bêtement, mais trop chargée d'une histoire sans espoir, ou la recherche du bonheur est la négation de la merde qui nous entoure, bernée par notre individualité, manipulée par notre inconscience, nous vivons chacun notre vie avec un bandeau devant les yeux…
Je n'ai pas cette capacité intellectuelle de disséquer de manière quantique les idées de l'auteur, pourtant j'ai compris bien des choses, sans pour autant être capable de les expliquer, emprisonné malgré moi dans mes propres limites qui se nourrissent d'une vulgarisation assumée …Je n'ai pas cette prétention de… je suis là avec mes réflexions, auxquelles j'essaie d'apporter des réponses, en quête permanente de sens alors qu'il serait plus judicieux de se leurrer, de suivre le troupeau, le poing levé, persuadé de détenir la vérité de ce qui est bandant ou ne l'est pas…
Non j'ai toujours été un lâche, spectateur du monde qui m'entoure, à toujours me poser un tas de questions à la con dont personne ne m'apportera vraiment la réponse…

Alors moi je moi je moi je…
Il y a un deux ans et ce n'est plus un secret, d'ailleurs cela n'a jamais été un tabou pour moi, je me suis réveillé un matin en me disant :
« Tiens je vais être cocu »
Je ne me suis pas réveillé cocu, non j'avais juste deviné que je le serai très prochainement, il suffit d'une maladresse, d'un petit mensonge, j'aurais pu l'arrêter, mais de quel droit, elle ne m'appartient pas, elle devait faire ses propres choix, alors je ne me suis transformé en pleureuse dont le pathétique comportement fut à la mesure de ma brève déchéance, ou tout espoir d'un bonheur éphémère se mesurait à cet acte, et à lui seul, que toute ma vie ne reposait que sur mes rêves de princesse, acquis et non immuable, alors que mon moi était juste manipulé par l'illusion d'un amour égoïste, qui attendait une réciprocité sans individualité…
Mais nous ne sommes pas seuls, nous cohabitons selon une morale érigée par la bienpensante, doué d'une empathie qui se heurte à notre égoïsme, de cette légèreté insouciante ou nous serions le héros de notre histoire, mais il y a les autres qui gravitent autour de nous en vous chiant sur la gueule leur propre existence, essayant de vous convaincre que votre vérité n'est qu'une fiction dont ils peuvent vous libérer, il vous suffit de vous agenouiller devant la majorité sans vous soucier de votre minorité, esseulé, vous ne survivrez pas, soyez sage de penser selon le plus grand nombre, soyez Kitsch…
Quand j'ai su que ma nana se faisait amoureusement tripoté par un autre, mon égo et ma fierté ont crié à la salope, à l'infamie, à la trahison, faites chauffer les buches, ma souffrance se lovait d'une morale assénée depuis mon plus jeune âge, je souffrais d'une éducation, et d'une culture à la majorité absolue, me tripotant le nombril sur ma triste vie qui n'était devenue qu'un mensonge à la con…
Mais je n'étais pas satisfait de toutes ces larmes, de cette amertume, de cette haine viscérale qui vous fait honte, j'avais honte de moi, de ma fragilité, de mon égocentrisme, de m'être rangé si facilement du côté des poings levés, alors j'ai pris le recul nécessaire en quête d'un sens plus profond de l'acte en lui-même et de ma propre réaction, je voulais cheminer vers mes propres réponses…
Il m'a fallu un an pour me comprendre, pour comprendre que mon couple était dans une impasse, mais que notre complicité et notre attachement nous aveuglaient d'un bonheur sincère et bienveillant, mais il ne suffisait plus en tant qu'individu, le « nous » était heureux, mais le « moi » était endormi , anesthésié…Puis un jour ce « moi » en ras le cul de se cacher, il veut un peu d'autonomie, de candeur, de naïveté, le « moi » est égoïste par nature, il veut survivre, s'émanciper, alors il fait ce qu'il a faire avec toute son innocence, il n'a jamais eu pour vocation le « nous », il ne pense pas aux conséquences, à la morale, au bien ou au mal, il veut survivre dans sa vérité à lui et non dans le mensonges des autres, il n'a pas pour vocation de faire du mal, juste de se faire du bien, les conséquences sur le nous sont souvent incomprises et douloureuses, pourtant il s'en branle…
Nos réactions sont définies par nos sentiments, définies par notre vie, sans cesse à la recherche d'un bonheur infini qui n'existera pas, puisque défini en tant que bonheur, c'est qu'il ne sera jamais atteint, il est juste un but qui oriente notre vie de telle ou telle manière…
Je n'ai jamais condamné ma nana, je l'ai laissé cheminé seule, je n'ai jamais élevé la voix, insulté, je ne me suis jamais énervé non j'ai compris :
Ma nana n'a jamais remis en question notre « nous », elle est tombée amoureuse en tant que « moi », c'était sincère, beau, passionnelle, je lui ai laissé le choix de partir, à plusieurs reprises, moi je savais qu'elle me manquerait, que malgré cet acte égoïste et cruelle pour mon égo, je ne serai pas heureux sans elle, ce n'était pas une faiblesse ou un manque de courage, juste un acte d'amour sincère sans rien attendre en retour, elle avait été sincère sur ce qu'elle avait vécue de différent, parfois maladroite, je l'ai imaginé méprisante et indifférente, alors qu'elle était paumée, je restais le bonheur dont elle était pleinement satisfaite en tant que « nous » mais dont elle doutait en tant que « moi »… J'ai mis du temps à comprendre mais j'ai compris aussi douloureux que cela puisse être pour mon « moi » à moi…
Il n'y a pas de brouillon dans la vie, chacun de nos actes ont une conséquence, pas de retour en arrière, il faut être en capacité d'assumer, sans regret, il y toujours une bonne raison d'agir, avec des « si » qui nous feraient tourner en rond, nous pourrions corriger, manipuler notre individualité à l'infini, alors que notre instinct nous a donné son avis sincère la première fois pour trouver les réponses à notre propre bonheur, sans la corruption du « nous.
L'humain est complexe et son instinct de survie n'est pas compatible avec son individualité, notre « moi » est notre démon intérieur, nous faisant souffrir des tourments de la vie, car nous ne sommes pas seuls…
C'est ça pour moi l'insoutenable légèreté de l'être, ce terrible combat intérieur que nous menons chaque jour, entre deux entités incompatibles le « nous » et le « moi », à chacun d'essayer de comprendre l'incompréhensible, de donner un sens à ce qui n'en a pas, nous cheminons selon le « nous » alors que nous ne sommes que « moi… »
Et je ne suis que moi, plein de paradoxes et de négations, mais je veux aimer plus que détester, combattre ce démon qui me ronge en restant ce que je suis, cet homme ordinaire qui un jour ou l'autre finira dans l'oubli d'un passage éphémère sur le chemin de sa vie…
L'insoutenable légèreté de l'être sonne comme une souffrance dont nous ne pouvons échapper.
A plus les copains…
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ODP31
  21 mai 2020
La sagesse de l'incertitude.
Cette définition du roman selon Kundera se retrouve dans toute son oeuvre et dès l'ouverture de ce monument de la littérature du 20 ème siècle. L'homme n'a qu'une vie et la pesanteur de ses choix n'a d'égale que la légèreté de son existence. Impossible de rembobiner sa vie et de savoir quel aurait été le cours de son histoire si d'autres chemins avaient été empruntés. Pour supporter cette impasse et ne pas se fouetter d'éternels regrets, autant prendre la vie comme elle vient.
L'histoire est connue mais autant la radoter, car elle est belle. Tomas est un brillant chirurgien qui vit à Prague en 1968. Il est plus intéressé par ses conquêtes féminines que par l'agitation politique. Il épouse Teresa, jeune femme tourmentée, jalouse et ivre d'idéaux politiques et amoureux. Etouffé, Tomas multiplie les infidélités, notamment avec une amie, Sabina, photographe, individualiste et éprise de liberté.
Lors du printemps de Prague, Tomas et Teresa s'enfuient en Suisse mais la jeune femme ne peut se résoudre à vivre loin de chez elle et elle rentre seule. Tomas doit alors choisir entre une vie helvète légère où il peut s'épanouir dans son métier et étancher sa soif amoureuse ou rejoindre Teresa, perdre son travail et s'exposer à la répression communiste. Il rentre à Prague, devient laveur de carreaux et le couple part vivre à la campagne avec leur chien, Karenine.
Comme tous les palais romanesques, l'accès à ce livre impressionne. Rien que le titre nécessite la prise de Paracétamol. J'ai mis les patins pour glisser à pas feutrés sur cette prose cirée. Dès la première phrase, Nietzsche est cité. Il faut s'accrocher ODP. J'ai parfois été obligé de relire certains paragraphes car j'avais eu la maladresse de cligner de l'oeil entre deux phrases. Il faut dire que chaque décision d'un personnage est suivie d'un commentaire philosophique. Penser à ne jamais inviter Milan Kundera à un diner. du coup, il est difficile de s'attacher au récit car les digressions laissent le lecteur spectateur de l'histoire. En fait, j'ai eu l'impression que l'auteur ne cherchait pas à retenir mon attention et d'assister à une conférence. Il m'a fallu un bon moment (je ne suis qu'un homme) pour comprendre que cette prise de recul avait pour ambition d'inviter à la réflexion sur le sens unique de la vie. Je suis content d'avoir attendu d'être à maturité pour m'engager dans cette lecture. Plus vert, la pesanteur aurait eu raison de ma légèreté.
Il ne s'agit donc pas seulement d'une belle histoire d'amour au milieu des chars russes. Ce n'est pas davantage le roman d'un intellectuel exilé contre le régime communiste et ses mythologies. Ses personnages sont autant victimes de l'histoire que de leurs choix personnels. Il s'agit plutôt selon moi d'une méditation sur la liberté individuelle et sur les forces contraires qui secouent nos existences.
Chaque lecteur de ce roman garde un souvenir de ce voyage littéraire. Pour moi, ce sera la fin de vie du chien Karénine. L'attachement de Tomas et Teresa à cette bête témoigne de plus d'humanité que tous les états d'âmes qui tourmentèrent leur passion amoureuse.
Pas étonnant qu'un auteur mythique entre dans la Pléiade de son vivant.

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critiques presse (1)
Telerama   01 avril 2019
Du haut de ses palais Art nouveau, la capitale tchèque n’a pas fini de miroiter dans les eaux de la Vltava. Milan Kundera, parti en exil, en avait fait le décor de son roman L’Insoutenable Légèreté de l’être.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (805) Voir plus Ajouter une citation
PaquitoPaquito   17 septembre 2020
Le vertige, c'est autre chose que la peur de tomber.C'est la voix du vide au dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons avec effroi.
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PaquitoPaquito   17 septembre 2020
L'invasion russe, répétons le , n'a pas été seulement une tragédie; ce fut aussi une fête de la haine dont personne ne comprendra l'étrange euphorie.
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PaquitoPaquito   14 septembre 2020
L'amour ne se manifeste pas par le désir de faire l'amour (ce désir s'applique à une innombrable multitude de femmes) mais par le désir du sommeil partagé (ce désir-là ne concerne qu'une seule femme).
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FarrahLeeFarrahLee   11 septembre 2020
On ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir
Car on n'a qu'une vie
Pas de vie antérieure pour comparer
Ni de vie ultérieure pour rectifier
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chartelchartel   18 août 2008
Il n'existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n'existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est la vie même? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même "esquisse" n'est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l'ébauche de quelque chose, la préparation d'un tableau, tandis que l'esquisse qu'est notre vie est une esquisse de rien, une ébauche sans tableau.
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