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EAN : 9782130731320
112 pages
Presses Universitaires de France (17/02/2016)
4/5   2 notes
Résumé :
La valeur de l’art contemporain, Puf-Vie des idées, 2016, 108 p., 9 €.
- Ce livre est présenté par Annie Cohen-Solal, docteure ès lettres, professeur des universités. Elle est entre autres l’auteur de Sartre 1905-1980 (Gallimard, 1985), Leo Castelli & les siens (Gallimard, 2010), Mark Rothko (Actes Sud, 2013).
- Ce volume est coordonné par Cristelle Terroni, agrégée d’anglais, docteure en civilisation américaine et ATER à l’université Paris-Est Crétei... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Alzie
  30 mars 2016
« A croire que l'art, comme la psychanalyse, est sans prix...» (p. 66).
En apprenant la vente des « Danseuses » pour 435000 francs en 1912, Degas s'exclame : « C'est curieux, des tableaux que j'ai vendu 500 francs ! (Daniel Halévy, Degas parle..., 1960, cité p. 64). Surprise ironique de Degas. Et la nôtre alors, un siècle plus tard, devant cette enchère de 58,4 millions de dollars atteinte chez Christie's (nov. 2013, citée p. 37) par Balloon Dog Magenta de Jeff Koons. De quoi jeter sinon le trouble sinon le doute sur l'art contemporain, capable de brouiller toutes les pistes jusqu'à l'absurde. Faut-il regretter le système d'étalonnage des temps glorieux de l'Académie qui servait de référence en terme de valeur artistique depuis le XVIIIe siècle ? Il a laissé la place depuis longtemps à d'autres processus de légitimation de la valeur qui sont parfaitement analysés dans cet opuscule construit autour de cinq articles de spécialistes. Et l'on comprend bien mieux après leur lecture comment des logiques financières et spéculatives ont pu s'immiscer à grande échelle dans le monde de l'art depuis quelques années et provoquer ces décrochages d'une ampleur jamais égalée auparavant entre valeur artistique et valeur marchande, signant la confusion entre les deux. Voir à ce sujet l'article de Nathalie Moureau, "Tout ce qui brille n'est pas or", très explicite sur le décryptage de cette maladie d'envolée délirante des prix qui affecte en particulier l'art contemporain depuis les années 1990.
Quand l'argent s'impose autant, parler d'art devient périlleux. L'augmentation du nombre des milliardaires, dix fois supérieur en 2014 à ce qu'il était en 1987, selon Forbes (p.42), laisse songeur en la matière. Qu'est-ce que l'art contemporain, d'où vient-il, que peut-il dire d'authentique quand les débordements spéculatifs entachent sa réputation ? Telles sont les questions abordées par Cristelle Terroni sans préjugé dans un texte très utile ("Comment définir l'art contemporain"). Coordinatrice de cet opuscule, elle donne aussi une lecture éclairante d'un autre livre de Nathalie Heinich « Le paradigme de l'art contemporain » (2014), qui permet d'en mieux cerner les contours et d'analyser plus sereinement ses relations avec l'argent à la lumière de critères extrêmement précis.
C'est au tour d'Annie Cohen-Solal d'examiner ensuite l'ambiguïté même de certains positionnements « orientés marchés », revendiqués par des créateurs directement reliés à la corbeille (en Amérique Jeff Koons ou, au pays du Soleil levant, Murakami Takashi), comme élément du processus artistique. On s'étonne au passage du sentimentalisme pittoresque de quelques artistes français aux prises avec les règles d'un marché régi dans le cadre d'une scène mondialisée ! Le texte est une très bonne synthèse de la situation française sur la scène artistique contemporaine où la France, "belle endormie" des années soixante, a fini par entrer dans le jeu du marché de l'art. En desserrant son corset institutionnel elle attire maintenant aussi des « Méga collectionneurs » et « méga-dealers » capables d'influer par leurs stratégies diverses sur le cours de la valeur de l'art (Annie Cohen-Solal, « Heurs et malheurs de la France face au marché de l'art contemporain »).
Ce recueil très lisible, très bien pensé, très bien pesé, aborde de manière ouverte et pluridisciplinaire les questions gênantes, sonnantes et trébuchantes, liées aux relations entre l'art contemporain et son marché dont les voies ne sont finalement pas si impénétrables que cela. Les informations, économique et statistique, avec l'appui de l'histoire et les lumières de la sociologie, croisent la parole donnée aux principaux acteurs de terrain qui ne sont pas oubliés non plus : artistes, galeristes ou collectionneurs (Anne Martin-Fugier, « L'art contemporain à la française »).
Edition couplée au site de Pierre Rosanvallon, laviedesidees.fr



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pleasantf
  13 novembre 2016
Pour rester dans la terminologie propre au marché de l'art, on peut dire que ce livre relève du marché secondaire. Y sont exposées des idées qui ont déjà fait l'objet de publications par ailleurs et qui sont largement diffusées dans le milieu de l'art. Ce livre convient donc bien à un lectorat non initié mais laisse un peu sur sa faim le lecteur spécialiste.
L'ouvrage est intéressant lorsqu'il traite de son sujet principal à savoir le découplage entre valeur artistique et valeur marchande des oeuvres d'art. le chapitre écrit par Nathalie Moureau est à cet égard le plus intéressant. L'entretien avec l'historienne Anne Martin-Fugier donne également un bon éclairage du fonctionnement du marché français entre ses différentes composantes (artistes, galeristes, collectionneurs, institutionnels).
Je reproche néanmoins à ce livre de donner une image biaisée du monde de l'art contemporain parce que, comme bien souvent, le sujet de l'art contemporain est abordé uniquement sous l'angle économique. Mon reproche est peut-être injustifié parce que les auteurs ont délibérément circonscrit le sujet à cette thématique et ne prennent donc pas le lecteur par surprise. Et je reconnais que les enjeux commerciaux et économiques ont une grande importance dans le monde de l'art aujourd'hui.
Le chapitre consacré au livre de Nathalie Heinich (Le paradigme de l'art contemporain) est le moins séduisant. Cette tentative de définir l'art contemporain m'a laissé sur ma faim et ne correspond pas à ma propre expérience du monde de l'art que je fréquente assidument. La transgression permanente des frontières entre art et non-art est présentée comme étant la spécificité de l'art contemporain. Cette approche me semble peu solide car non spécifique à la période contemporaine. Elle sous-estime la continuité entre les différentes périodes artistiques. Les avant-gardes modernistes du début du XXème siècle se sont déjà largement avancées sur le terrain de la transgression.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
AlzieAlzie   31 mars 2016
S'il convient d'éviter toute généralisation hâtive et de considérer que l'effet Veblen n'est pas nécessairement le premier motif d'achat de l'ensemble de ces nouveaux venus, il n'en demeure pas moins que dans certains cas la motivation est patente. Harry Bellet le soulignait lors de l'achat par le milliardaire chinois Wang Jianlin de Claude et Paloma, un Picasso de 1950, pour 28,1 millions de dollars au cours d'une vente considérée comme de qualité toute relative selon les experts, et alors même que l'estimation initiale jugée comme déraisonnablement élevée était de 12 millions de dollars : "Ce n'est plus un Picasso, c'est un Wang Jianlin... Et c'est une première explication à ces prix délirants : la maison de vente a révélé le nom de l'acheteur, c'est donc qu'il voulait que cela se sache. Certains s'offrent ainsi de la notoriété.

Nathalie Moureau, Tout ce qui brille n'est pas or, p. 43
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AlzieAlzie   31 mars 2016
La règle de cherté affecte notre goût de telle sorte que dans notre estime les signes de cherté s'amalgament inextricablement aux traits admirables de l'objet, et que le résultat de cette combinaison se range sous une idée générale qui porte le seul nom de beauté.
Thorstein Veblen, Théorie de la classe de loisir (1899), Paris, Gallimard, 1970, p. 87

Nathalie Moureau, "Tout ce qui brille n'est pas or", p. 29
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AlzieAlzie   31 mars 2016
Cependant, l'oeuvre contemporaine a tendance à transformer notre perception esthétique en fonctionnant comme un "flash", ou "conformément à "l'économie de l'attention" propre à la publicité".
Nathalie Heinich, Le paradigme de l'art contemporain, p. 321

Cristelle Terroni, Comment définir l'art contemporain, p. 57
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Videos de Annie Cohen-Solal (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Annie Cohen-Solal
Colloque de rentrée 2016 : Migrations, réfugiés, exil Conférence du jeudi 13 octobre 2016 : Artistes et déracinement : le cas de Mark Rothko
Intervenant(s) : Annie Cohen-Solal, Université de Caen
Retrouvez la présentation et les vidéos du colloque : https://www.college-de-france.fr/site/colloque-2016
Le Collège de France est une institution de recherche fondamentale dans tous les domaines de la connaissance et un lieu de diffusion du « savoir en train de se faire » ouvert à tous. Les cours, séminaires, colloques sont enregistrés puis mis à disposition du public sur le site internet du Collège de France.
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