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Henriette Bordenave (Autre)
ISBN : 2070374033
Éditeur : Gallimard (21/09/1982)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 267 notes)
Résumé :
Le caractère profondément romanesque de Lord Jim (sa deuxième partie surtout), qui met en scène amour et combats guerriers dans la jungle malaise, a su enflammer des générations de jeunes lecteurs.
La complexité de ce long roman avait pourtant de quoi dérouter : monologues et dialogues continuellement imbriqués enchevêtrent un récit à tiroirs, un labyrinthe dont le fil conducteur ne se dénoue que brutalement, avec une fin tragique.
Conrad patiemment ti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Alexein
  21 avril 2016
Jim, âme démesurément romantique, pour qui le devoir et l'honneur comptent plus que tout, se trouve hanté par l'humiliation et la honte suite au naufrage du Patna sur lequel il servait. Cette impuissance à surmonter cette épreuve est une tache qui souille ses idéaux de droiture et de pureté. Au cours de son procès, il rencontre Marlow, le narrateur de l'histoire et se confie progressivement à lui.
Jim est un être entouré d'une « épaisse brume » qui ne laisse paraître son âme que par trouées fugaces. Marlow se prend d'amitié pour lui et tente de lui trouver une situation. Il se sent le devoir de venir en aide à celui dont il rappelle régulièrement et d'une façon mystérieuse, dans un esprit de forte solidarité entre marins : « Car c'était l'un des nôtres. »
Dans ce roman où, somme toute, les faits sont très simples, tout est affaire de perception et de psychologie. Très vite, le style très dense crée une atmosphère épaisse et lourde. Les points de vue se multiplient ainsi que les transitions abruptes. Les récits s'imbriquent comme des poupées russes avec, d'une part, Jim racontant à Marlow et, d'autre part, Marlow relatant ce récit à des amis après un dîner, en l'entrecoupant des descriptions et interventions d'autres personnages. La narration n'est pas linéaire. Conrad est coutumier de ce type de mise en abyme : l'effet d'éloignement confère un caractère mythique au récit conté.
Il m'apparaissait au départ que Conrad décrivait les choses d'une manière trop exhaustive et semblait vouloir surcharger l'histoire de notes dissonantes. Il crée ainsi un effet d'étrangeté et ce qui semblait n'appeler qu'une seule conclusion ouvre d'autres possibilités. La description des états d'âme est poussée et pourtant elle me fait perdre pied. Dans cette narration éclatée où les scènes s'entrechoquent, je me suis senti comme dans un rêve sombre et engourdissant, dans lequel nombre de retours en arrière et changements de perspective brouillent les repères.
L'histoire de Jim est délayée dans des longueurs qui deviennent suffocantes, presque lassantes et cependant elle acquiert un pouvoir de fascination, malgré le peu d'actions de cette histoire. Jim apparaît à Marlow par moments inconsistant, résigné et très éloigné et à d'autres piqué au vif dans une attitude de rébellion et d'orgueil ; Marlow ne parvient pas à bien cerner sa personnalité et ses motivations. Il y a chez Jim quelque chose de saturnien : il semble être un astre solitaire habité par la mélancolie qui évolue dans des contrées sidérales vastes et éloignées du soleil. Il est comme possédé par une sorte de « vague des passions ».
Jim est ainsi dépeint comme « une formidable énigme » insondable dont on peut seulement percevoir quelques traits partiels comme « des éclairs au milieu de la nuit ». La réalité, ou ce que Conrad nous présente comme tel, est décrite avec une telle intensité qu'elle en devient presque irréelle. Elle se dérobe sans cesse aux investigations pour laisser le narrateur et le lecteur dans une grande perplexité. On perçoit seulement une lumière confuse comme le « halo de la lune à travers les nuages ».
La narration, semblable à un maelström, est construite comme un bouillonnement de souvenirs remontant à la conscience de Marlow. Il raconte l'histoire en associant des souvenirs par analogie qui viennent nourrir, parfois éclairer et souvent brouiller le propos principal. Dans une atmosphère oppressante, suffocante, densifiée par un style riche, foisonnant et dissonant, créant une vision où se superposent plusieurs dimensions donnant une vue d'ensemble qui met mal à l'aise par sa profonde bizarrerie, le fil conducteur de l'histoire devient flou et le récit se mue en une vertigineuse descente remplie d'échos (car les voix de la narration sont démultipliées) où la notion de temps n'a plus rien d'unifiée.
Je ne peux m'empêcher de voir une portée philosophique dans cette histoire :
le déclin et la mort des principes de noblesse, d'honneur et de courage face à l'écrasant et implacable pouvoir grandissant du matérialisme et du profit ; le triomphe du progrès qui amène avec lui une crise de conscience et un chaos magistralement rendus par la narration. Roman aux allures de tragédie grecque, Lord Jim me semble être l'allégorie du crépuscule d'un monde.
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Renod
  06 décembre 2017
Ceux qui ont croisé le chemin de Jim disent de lui que c'est un être romanesque. "Romanesque", trait ironique pour un personnage de fiction, mais si juste pour qualifier cette âme assoiffée d'exploits et convaincue de sa propre valeur. Si Jim a embrassé une carrière maritime, c'est pour assouvir son désir d'aventures et déclencher les circonstances qui lui permettront de mettre en oeuvre son héroïsme. Il se rêve en Ulysse dominant les affres des océans par son courage légendaire. Mais en fait, lorsque survient le danger, Jim est paralysé par la terreur, tétanisé par le doute. le voici déchu aux yeux de la communauté maritime pour avoir abandonné son navire et ses misérables passagers en plein naufrage. L'imagination qui exaltait son désir d'épopées étouffe désormais un coeur frappé d'indignité sous des pensées morbides. La fuite est une échappatoire précaire, on n'échappe pas si aisément à sa culpabilité, et tout se finit par se savoir dans les ports d'Asie. La dernière solution est de quitter la civilisation. Mais même au fond d'une jungle, le "destin des hommes reste suspendu sur leur tête comme un nuage gros de tonnerre".
C'est Marlow, un commandant de marine chevronné, qui nous raconte la destinée de Jim. Installés dans des fauteuils d'osier disposés sous une véranda, des auditeurs suivent son long récit sans l'interrompre. La structure narrative du roman est complexe ce qui vaut à Conrad une réputation d'écrivain pour écrivains. Il a recours à des ellipses, fait des va-et-vient dans la chronologie et accumule les niveaux de récits. Cette construction élaborée de la narration ne m'a pas gêné dans ma lecture. J'ai par contre été freiné par la densité de l'analyse psychologique livrée par Marlow qui cherche à interpréter chacun de ses souvenirs. Mais il est vrai que ce désir de comprendre Jim dans sa complexité et son ambigüité, sans complaisance aucune, est ce qui motive le récit.
"Lord Jim" est un chef d'oeuvre, mais attention, l'aventure et l'exotisme ne sont que le contexte, voire le prétexte d'un roman dont la force repose sur les complexités de la narration et de l'analyse psychologique.
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bvb09
  25 avril 2014
J'ai lu Lord Jim parce que Finkielkraut l'a placé dans son livre sur l'intelligence de la littérature (le coeur intelligent) et parce qu'Eric Orsenna en a fait le livre qu'il emporterait sur une Ile déserte.
Avec de tels parrains, je pensais ne pas courir trop de risques.
Jim a des rêves d'aventure, de grandeurs.
Mais lorsqu'il est confronté à la première véritable épreuve, il n'est pas à la hauteur.
Blessure et traumatisme pour une belle âme qui assume devant la justice.
Mais commence alors le combat de sa vie : la lutte contre sa conscience et surtout contre le regard des autres, ou du moins ce qu'il imagine être le regard des autres.
La deuxième chance arrivera sous la forme d'une fuite qui révélera que nous avons à faire à un héros, un véritable héros.
Mais Conrad n'écrit pas des livres pour Hollywood…
Ou alors, en se penchant sur ce livre, des scénaristes Hollywoodiens pourraient en tirer une dizaine de films, et des scénaristes du cinéma indépendant une dizaine supplémentaire.
Bref les intellectuels que j'ai cité en début de commentaire ne disent pas que des bêtises : sur une île déserte avec le seul Lord Jim on peut voir venir et améliorer sa connaissance de cette drôle de bête qu'est l'être humain.
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Perdre-son-temps
  15 mars 2011
Impossible pour moi de lire celui-ci en refoulant le souvenir que j'avais gardé du film de Richard Brooks… Mais Conrad a sa patte bien à lui pour raconter. En cela le livre n'est pas comparable au film qui en a été tiré. (Quelle idée d'ailleurs de comparer des livres et des films…)
Ici le procès de Jim occupe plus d'une bonne moitié du livre et cette attente - la macération du héros dans la culpabilité et la honte - crée une tension vraiment suffocante et un véritable contrepoids à l'action qui suivra dans le récit : quand Jim tentera de se racheter. Ce sont ces effets de contraction et de dilatation de l'histoire qui nous font ressentir l'emprise saisissante d'un destin sur les personnages. L'intervention d'un narrateur (principalement Charles Marlow) est directement au service de cette machinerie. On a souvent reproché à Conrad l'usage de cet artifice mais quelle ampleur il arrive à en tirer ! Rendre palpable une chose comme le destin, ce n'est pas donné à n'importe quel bonimenteur !
Enfin on voit souvent dans l'histoire de Thuan Jim une réflexion sur l'honneur. Oui, mais après tout qu'est-ce que l'honneur sinon une certaine image que l'on se fait de soi ? À cet égard j'ai trouvé bien âpre cette cruauté à l'oeuvre dans le roman : un homme qui se bat pour l'idée qu'il se fait de lui… jusqu'à la mort.
À la fin Marlow dit à son auditoire : -"maintenant Jim est des nôtre"…
Sans blagues, cette histoire d'honneur c'est bien notre tragi-comédie à tous, tous autant que nous sommes…

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jamiK
  26 septembre 2016
Monument de la littérature !
Jusqu'où l'orgueil peut-il nous mener...
Je comprends que beaucoup aient abandonné sa lecture en route, le style est superbe, la psychologie des personnages très poussée, mais pendant longtemps, j'ai eu envie de dire au narrateur, "bon, tu accouches !" Mais au final ça valait le coup d'attendre, car ce n'est pas d'une souris mais d'une montagne que l'enfantement résultera, et même si le dénouement ne nous surprend pas, on est surpris du choc qu'il nous procure, on s'y attend mais on ne l'encaisse pas. La force de Conrad est de nous rendre ce destin à la fois acceptable et inacceptable. On est soulagé et en colère.
Et ce livre ne pourra jamais s'effacer de notre mémoire.
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
Aurel82Aurel82   03 décembre 2017
C'est lorsque nous essayons de nous colleter avec la nécessité intime d'un autre humain que nous nous rendons compte combien sont incompréhensibles, vacillants et nébuleux les êtres qui partagent avec nous la vision des étoiles et la chaleur du soleil. Tout se passe comme si la solitude était une condition absolue et pénible de l'existence ; devant la main que l'on tend on voit se dissoudre l'enveloppe de chair et de sang sur laquelle est fixé le regard, et il n'y a plus que l'âme, capricieuse, inconsolable et insaisissable, que nul regard ne peut suivre, qu'aucune main ne peut retenir.
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RenodRenod   02 décembre 2017
Tout brin d’herbe a son coin de terre dont il tire vie et force ; de même l’homme est enraciné dans le sol natal dont il tire sa foi aussi bien que sa vie.
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   22 novembre 2017
C'était aussi moi qui, un instant plus tôt, avais été si sûr du pouvoir des mots, et qui maintenant avais peur de parler, de même qu'on n'ose pas bouger de crainte de lâcher une prise glissante. C'est lorsque nous essayons de nous colleter avec la nécessité intime d'un autre humain que nous nous rendons compte combien sont incompréhensibles, vacillants et nébuleux les êtres qui partagent avec nous la vision des étoiles et la chaleur du soleil. Tout se passe comme si la solitude était une condition absolue et pénible de l'existence ; devant la main que l'on tend on voit se dissoudre l'enveloppe de chair et de sang sur laquelle est fixé le regard, et il n'y a plus que l'âme capricieuse, inconsolable, et insaisissable, que nul regard ne peut suivre, qu'aucune main ne peut retenir. C'est la peur de le perdre ainsi qui me retint de parler, car la conviction naquit soudain en moi, avec une force inexplicable, que, si je le laissais s'enfuir et disparaître dans les ténèbres, jamais je ne me le pardonnerais. (page 223)

[Pour Benoît... 26 ans et une semaine]
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PiatkaPiatka   01 juin 2014
Je restai planté là assez longtemps pour qu'un sentiment de solitude totale s'empare de moi, à tel point que tout ce que j'avais vu dans le passé récent, tout ce que j'avais entendu, et la parole humaine elle-même, me semblait ne plus avoir d'existence, et ne survivre qu'un instant de plus dans ma mémoire, comme si j'avais été le dernier représentant de la race humaine. C'était une impression étrange et mélancolique, née presque inconsciemment, comme toutes les illusions, dont je soupçonne qu'elles ne sont pas autre chose que des visions d'une lointaine et inaccessible vérité vaguement entrevue.
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   29 juillet 2017
C'était sa caractéristique ; il était extérieurement et fondamentalement abject, comme d'autres hommes ont de façon marquée l'air généreux, distingué ou vénérable. Son abjection était l'élément de sa nature qui imprégnait tous ses actes, passions et émotions ; ses rages étaient abjectes, son sourire était abject, sa tristesse était abjecte ; il était poli et indigné de façon également abjecte. Je suis sûr que son amour eût été le plus abject des sentiments - si tant est qu'on puisse imaginer un insecte aussi répugnant touché par l'amour ? Et ce qu'il y avait de répugnant en lui était si abject aussi, qu'une personne simplement dégoûtante aurait semblé noble à côté de lui. Ce personnage n’a de place ni à l’arrière-plan ni au premier plan de notre histoire ; on ne l’y voit que promenant sa tête d’enterrement aux abords de la scène ; énigmatique et immonde, il en empestait l’atmosphère embaumée de jeunesse et de naïveté.
(pages 350-351)
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Videos de Joseph Conrad (25) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joseph Conrad
Bande annonce de The Secret Agent (2016), mini série de la BBC et adaptation du roman de Joseph Conrad, paru en français sous le titre : L'agent secret.
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