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Elisabeth Monteiro Rodrigues (Traducteur)
EAN : 9782915540499
205 pages
Editions Chandeigne (05/03/2009)
3.6/5   15 notes
Résumé :
Tizangara, village imaginaire du Mozambique, est le théâtre d'événements délirants. Les casques bleus, venus surveiller le processus de paix à la fin de la guerre civile, explosent sans laisser de traces, si ce n'est celle de leur membre viril. Massimo Risi, inspecteur italien des Nations Unies, est dépêché sur les lieux pour élucider ces morts mystérieuses. Accompagné d'un traducteur, il arpente Tizangara à la recherche d'indices. Ana Deusqueira la prostituée, Sulp... > Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Ellane92
  15 octobre 2015
Il s'en passe des choses, à Tizangara, au Mozambique ! Après la décolonisation, après les 15 ans de guerre civile qui s'en sont suivis, des casques bleus de l'ONU ont été envoyés pour veiller à la bonne application du "processus de paix". Mais 5 d'entre eux ont explosé, disparu, ne laissant derrière eux que leur casquette azur et leur membre viril, que l'on retrouve dans les endroits les plus improbables !
L'italien Massimo Risi est envoyé par la communauté internationale sur place pour enquêter sur ces disparitions, et en trouver une explication rationnelle. Il sera guidé en cela par son traducteur, le narrateur de ce livre. Mais comme il s'en aperçoit bien vite, à Tizangara, le problème, ce n'est pas le portugais, qu'il maitrise : "Je peux parler et comprendre. Ce que je ne comprends pas, c'est ce monde d'ici." (P 39). Ce monde, avec ses lois, son fonctionnement, et sa galerie de personnages haute en couleur.
Le jour de son arrivée, Massimo est accueilli par l'administrateur Estevao Jonas et son épouse, Dona Emelinda, Première Dame, sur le lieu où l'on a découvert le matin même un nouveau sexe, membré et démembré (c'est le titre du premier chapitre). Pour commencer l'enquête, et tenter d'identifier le volatilisé, on emmène chercher Ana Desqueira, la prostituée, parce qu'elle est la mieux placée pour mettre un nom, ou un visage, sur les restes retrouvés...

Mais quel talent fou, ce Mia Couto ! Quelle imagination, quelle facilité à manier les symboles, à évoquer le cas particulier pour l'universaliser, à jouer de l'humour pour rendre compte de la tragédie, à triturer les mots et les phrases pour en créer de nouveaux qui sont uniques et qui parlent pourtant à tous ! Arrivée au terme de ce dernier vol du flamant, je ne sais pas si je dois rire, pleurer, applaudir ou me mobiliser, ou tout cela à la fois !
En à peine 200 pages, en déroulant cette pseudo-histoire d'enquête policière, Mia Couto évoque de façon plus ou moins implicite les années de colonisation portugaise, la guerre civile qui s'en est suivie, l'indifférence puis l'interventionnisme international, la désillusion quand les héros de l'indépendance d'hier deviennent des chefs corrompus...
Au travers de rencontres et de dialogues, ce sont encore d'autres territoires qu'il nous fait aborder : le conflit entre traditions et modernité, l'identité, ou la perte de l'identité mozambicaine ("Nos ancêtres nous regardent comme des enfants étrangers"), l'asservissement de tout un peuple au profit de quelques uns ("leur problème c'est de maintenir un ordre qui leur permet d'être patrons"), la femme, avec son côté sacré et opprimé, et la guerre, toujours prête à reprendre la première place ("La guerre n'est jamais finie, mon fils. Les guerres sont comme les saisons de l'année : elles demeurent en serpents et mûrissent dans la haine des gens minuscules.").
Les personnages, auréolés de leur côté folklorique et décalé, sont des symboles à eux tout seul : le père Muhando, qui vocifère à l'encontre de Dieu à chaque injustice en ce monde (!!), le sorcier Zeca Andorinho, avec ses discours étranges et sa maitrise des likaho, les sorts, Ana Desqueira, nouvellement prostituée grâce à la décentralisation et à la promotion de l'initiative locale, qui reconnait et enterre les membres séparés de leur corps, Temporina, au visage de vieille et au corps suave, maudite d'avoir refusé d'aimer à 19 ans, le vieux Sulplicio, père du narrateur, qui, pour mieux rêver, retire ses os et pend son squelette à un arbre (sauf les os de sa mâchoire)...
Bref, de rires qui font grincer des dents en passant par les rapports de Massimo Risi qui s'effacent tout seuls, sous couvert de fable dans un univers poétique (un grand bravo à Elisabeth Monteiro Rodrigues pour ses talents de traduction) aux rapports de l'administrateur qui "n'a pas une mauvaise mémoire ; mon problème c'est de devoir écrire par écrit", en écrivant un éloge de l'oralité, en parlant de l'amour familial, l'amour entre homme et femme, l'amour d'un pays et d'une culture, la farce de Mia Couto finit par se transformer en drame total. Et la dernière image évoquée dans le livre me parait être le seul recours et peut-être même le devoir de l'écrivain : utiliser le support de ses écrits pour en faire un oiseau de papier, un flamant, dont les légendes rapportent qu'ils symbolisent la vie. Pour donner un espoir, une chance, que du néant puisse s'écrire une nouvelle réalité.
Un grand merci à Babelio et surtout aux éditions Chandeigne, que je ne connaissais pas mais dont, à présent, j'ai bien repéré le catalogue (et notamment la collection Série Lusitane :-)). Et puis, à "Ana", qui a signé l'envoi de ce livre : le mot qui accompagnait le dernier vol du flamant avait tout du mot que l'on écrit à un ami, et je l'en remercie vivement.
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MarieC
  17 octobre 2015
Davantage qu'un roman, ce livre est une longue poésie en prose...
Le prétexte de ce texte flamboyant ? Dans un village imaginaire du Mozambique, Tizangara, plusieurs casques bleus de l'ONU se volatilisent dans les airs, ne laissant pour preuve de leur existence que leur casque et "un sexe membré et démembré". L'ONU envoie des enquêteurs, pour comprendre ce qui se passe. le narrateur principal, interpréte de l'enquêteur italien, suit tous les aspects de cette pseudo enquête, laissant la parole tour à tour à tous les personnages pittoresques de la ville : la prostituée, les notables corrompus, les administratifs soumis, le prêtre en révolte contre Dieu, son père, une jeune femme à l'apparence d'une vieille... sans oublier de faire valoir ses propres point de vue.
Il en résulte des tours et détours somptueux dans un univers où l'imaginaire, les symboles et la poésie se mêlent à une peinture critique du Mozambique d'après la guerre civile.
Le tout dans une langue magnifique, hallucinée, dont la beauté coupe le souffle - bravo à la traductrice, qui a en partie réinventé le français pour rendre ce texte ! Pour en avoir une idée, reportez vous aux citations ci-dessous, c'est sans doute la meilleure incitation à la lecture possible.
Un petit avertissement tout de même : ce livre est à découvrir de toute urgence, si vous aimez la langue, la littérature et la poésie. Si vous aimez les intrigues logiques et bien fconstruites, passez votre chemin !
Merci à Babelio, aux éditions Chandeigne et à l'opération Masse Critique pour cette magnifique découverte.
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nathalie_MarketMarcel
  07 octobre 2015
Le pauvre italien navigue entre la corruption et la manipulation des programmes de déminage qui ont suivi la guerre, entre les sorts jetés par le sorcier sur les hommes de l'ONU, entre les légendes de fin du monde… Tout n'est pas compréhensible dans ce roman, car tout n'est pas rationnel. le mythe peut devenir réalité et s'intercaler entre les réalités les plus sordides.
Et le flamant rose ? Il apparaît dans des histoires racontées par la mère et le père du narrateur.
La magie est présente dans chaque moment de la vie, de la naissance à la mort. Cela n'empêche pas que le roman soit ancré dans son temps : le pays (jamais cité, mais de langue portugaise) a vécu la colonisation des Blancs, une guerre, une révolution, l'occupation de l'ONU… les récits du sorcier parviennent à se croiser avec cette histoire contemporaine et dresse le portrait d'un pays en déréliction qui cherche son identité.
La langue est magnifique (chapeau à la traductrice). Des mots nouveaux apparaissent comme le désévénement. Même si je n'ai pas tout compris des allusions et des beautés du texte, j'ai apprécié ce roman, qui ressemble à une poésie ou une chanson. C'est un autre monde, le tout avec des accents de saudade et d'irrésistible mélancolie.
Lien : http://chezmarketmarcel.blog..
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montmartin
  17 janvier 2016
Si vous ne tenez pas compte de l'histoire délirante de ce roman, ni des personnages parfois farfelus, si au contraire vous entrez dans la magie de la langue de Couto, de ses mots inventés, de sa poésie alors vous allez vous régaler. Les épigraphes, en tête des chapitres, sont un vrai bonheur, par exemple : "les faits ne sont authentiques qu'après avoir été inventés ". Sous couvert de cette enquête loufoque, l'auteur aborde la colonisation, la guerre civile, la corruption, Dieu et l'injustice du monde. Cette fable ne se termine pas par hasard par la disparition totale du pays, c'est de la perte de l'identité africaine qu'il s'agit : "Nos ancêtres nous regardent comme des enfants étrangers". Mais le rapport pour l'ONU transformé en oiseau de papier qui s'envole au-dessus de l'abime symbolise l'espoir d'une renaissance.
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Ellane92 Ellane92   19 janvier 2016
Je me rappelle bien vos mots, Excellence : notre misère rapporte bien. Pour vivre dans un pays de mendiants, il faut retrousser les plaies, montrer les os saillants des enfants. C'est le mot d'ordre actuel : rassembler les débris, faciliter la vision du désastre. Les étrangers de l'extérieur ou de la capitale doivent pouvoir apprécier toute cette misèreté sans trop dépenser en sueur.
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Ellane92 Ellane92   22 février 2016
Tout ce que les blancs ont fait, ça a été de nous occuper. Pas seulement la terre : ils nous ont occupés nous, ils ont campé au milieu de nos têtes. Nous sommes le bois qui a pris la pluie. Désormais, nous ne brûlons plus et nous ne faisons plus d'ombre. Nous devons sécher à la lumière d'un soleil qui n'existe pas encore. Ce soleil ne peut naître qu'à l'intérieur de nous.
p142
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Ellane92 Ellane92   29 décembre 2015
- J'ai la saudade de ma maison là-bas en Italie.
- Moi aussi j'aimerais avoir un petit endroit à moi
où je pourrais approcher et me rapprocher.
- Tu n'en as pas Ana ?
- Je n'en ai pas ? Nous n'en avons pas, nous toutes, les femmes.
- Comment ça ?
- Vous, les hommes, rentrez à la maison. Nous sommes la maison.
(extrait d'une conversation entre l'Italien et Deusqueira) P75
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Ellane92 Ellane92   06 janvier 2016
Elle pouvait révéler un secret qu'elle avait observé du reste du malheureux. L'étranger avait-il par hasard remarqué la taille de ce reste ? La révélation attendue se fit entendre :
- Cet homme-là était de sexe majusculin.
Et la prostituée éclata de rire tandis qu'elle écartait une poussière imaginaire des mèches séchées de sa fausse chevelure.

p31
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Ellane92 Ellane92   16 février 2016
- La guerre est revenue encore une fois, maman ?
- La guerre n'est jamais finie, mon fils. Les guerres sont comme les saisons de l'année : elles demeurent en serpents et mûrissent dans la haine des gens minuscules.
p106
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Videos de Mia Couto (10) Voir plus Ajouter une vidéo
Yves Léonard auteur de "Histoire du Portugal contemporain" qui nous parle d'un livre important pour lui : "Les sables de l'empereur" de Mia Couto traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues aux Editions Métailié.
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