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EAN : 9782070342266
736 pages
Gallimard (15/03/2007)
4.34/5   3994 notes
Résumé :
Un groupe d'élite, formé dès l'enfance à faire face, part des confins d'une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l'origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromètre et géomètre, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d'un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.

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Critiques, Analyses et Avis (610) Voir plus Ajouter une critique
4,34

sur 3994 notes

fnitter
  16 mars 2013
Donnez-moi de la terre à contrer.

Ce n'est pas la première œuvre de l'auteur, mais probablement la plus connue et en tout cas celle qui a eu le plus de succès. Publiée en 2004 elle a obtenu le grand prix de l'imaginaire en 2006.

C'est l'histoire de la 34ième horde du contrevent, racontée essentiellement par Sov le scribe et composée de 23 membres, organisée en troupe quasi militaire et hiérarchisée. le Fer, le Pack et les Crocs. Leur but ? De l'extrême aval, remonter, à pied, vers l'extrême amont, connaître les trois dernières des neuf formes de vent et avec cette question qui revient sans cesse : Pourquoi ? Pourquoi la horde, pourquoi le vent souffle-t-il ?
Au début du livre, notre 34ième horde contre déjà depuis 28 ans et elle n'est qu'au début de ses véritables épreuves.

On peut laisser de côté la forme un peu déroutante (numérotation de page inversée, sigle attribué à chaque membre de la horde servant à identifier qui parle ou raconte, pas de lexique pour un nouveau vocabulaire riche et exotique, voire mystique) pour se concentrer sur l'intérêt de l'histoire.

On m'a dit de m'accrocher les 70 premières pages, mais moi j'ai adhéré dès le début à cette troupe, me laissant emporter, sans parfois comprendre tout ce que je lisais, mais m'accrochant à cette dynamique de groupe. Le but de leur vie a-t-elle un sens ? En tout cas elle a une valeur, venant du combat, du rapport physique qu'ils ont avec le vent.
Ce combat, ce combat ultime, cette volonté d'aller jusqu'au bout. Cette quête, cette formidable et époustouflante quête où l'on souffre avec la horde, où l'on meurt avec elle dans sa lutte contre les vents, la poursuite qui cherche à l'éliminer, ces chrones, (forme de vie, concept phénomène naturel ?) jouant avec le temps, les sens et l'espace. Cette lutte de tous les instants, dans le désert, dans l'eau, dans la Norska, mortelle et glaciale...

On ne ressort pas indemne de cette histoire. Exceptionnel.
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steppe
  06 mai 2011
Ce jour là Mr Damasio, j'arpentais comme une âme en peine les rayons hétéroclites de ma librairie préférée.
Car j'étais en quête moi aussi... Comme chaque homme un jour ou l'autre peut l'être... Qu'il s'agisse de survie ou de simplement retrouver goût à un plaisir simple qui s'évertue à nous échapper...
L'origine du vent pour certains, le plaisir de lire pour d'autres.... Les enjeux pensez-vous, ne sont pas les mêmes, lorsqu'il s'agit du destin du monde ou de sa propre "petite trajectoire"... détrompez-vous! le tout est dans l'espoir que l'on investit... Et un homme heureux, satisfait, comblé dans sa recherche individuelle d'une route à suivre, alors, sera plus apte à une destinée universelle...
Lorsque lire mais plus encore, lire du jamais lu, lorsque notre quête ne se dirige vers rien d'autre que l'étonnant, l'inexploré, la révélation d'un genre, une approche encore inconnue, alors, rapidement, on tourne en rond, on s'exténue à retourner inlassablement vers nos premières découvertes littéraires pour essayer, le temps d'un livre, de retrouver notre capacité à s'étonner et à s'émerveiller...
Depuis quelques temps déjà, aucune lecture ne trouvait grâce à mes yeux... Je commençais chaque jour un ouvrage nouveau et chaque jour l'abandonnais... Chaque 4ème de couverture était la promesse enivrante d'une découverte fabuleuse, d'un voyage hors du commun...
Mais chaque première page, à peine lue, démystifiait de façon impitoyable mes attentes de renouveau et de découverte...
Je commençais à me croire trop exigeante. Et m'accablais de reproches quand à mon incapacité à m'enthousiasmer pour quoi que ce soit...
Ainsi donc, ce matin là, je déambulais parmi les rayons bigarrés de cette grande librairie où je me sentais perdue et à l'affût presque désabusé de ce livre particulier qui enfin, me redonnerait le goût des mots et des histoires...
J'essayais vainement de me détourner de la fantasy que j'explorais depuis 5 ans déjà... Et là, en tête de gondole des nouveautés, un livre peu coloré, sans rien de plus pour attirer l'oeil qu'un bandeau rouge annonçant un "grand prix de l'imaginaire", un poche, grisâtre et peu attrayant.
Mais, allez savoir pourquoi, c'est vers lui que je me dirigeai alors que les prix depuis longtemps déjà n'étaient plus pour moi gage de qualité.. Je le pris, le caressai, lus la 4ème de couverture et l'ouvris à la première page....
Et c'est là que se produisit le miracle car voici ce que je lus :
" A l'origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le "vent-foudre".
Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme, jusqu'aux lenteurs habitables, jusqu'au vivant, jusqu'à vous.
Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur de vitesses."
Ces quelques mots me cinglèrent l'esprit et me transportèrent jusqu'à me laisser pantelante du désir amorcé d'aller plus loin dans ce phrasé si plein de promesses...Je rentrai chez moi impatiente et néanmoins hésitante... Et si je m'étais trompée ?
Si cet ouvrage, comme les autres, n'était qu'un mirage de plus, une autre promesse non tenue?..
Mais je commençai et bientôt je compris que je ne m'étais pas trompée...
Chaque page, chaque ligne lues étaient comme un nectar, une bouffée d'oxygène, un délicieux sursaut sur mon chemin de lecture... Un moment de grâce, si rare, si exaltant, si généreux et si riche!!!
Caracole m'étourdissait et me laissait après chacune de ses interventions dans l'extase du beau mot, de la belle phrase et du propos joyeux du saltimbanque généreux et érudit.
Sov m'expliquait, sans m'ennuyer jamais, les particularités de cet univers à la fois menaçant et passionnant dans lequel je finis par me projeter en toute confiance...
Même Golgoth et sa cruauté toute bestiale, son animalité dédiée à l'aboutissement de sa quête, aveugle et brutale... Grossière aussi mais tellement touchante....
Et Pietro, le prince déraciné, son élégance aussi bien dans l'attitude que le propos...
Et Coriolis, Talweg ou Aoi Nan....
Je me jetai à corps perdu dans l'aventure et luttai contre les vents furieux....Je m'esquintai comme ceux de la Horde à chercher une route praticable et à aller au plus loin de mes capacités....
Je pleurai, le moment venu, le destin de Steppe....
Je me délectai de chaque touche de poésie, de philosophie, de voyage et de découverte, de réflexion toujours judicieuse.
Je m'ébahis devant la justesse du dosage...
Et plus que tout, je savourai le langage, l'habileté du mot, de l'expression. Tout était prétexte à extase pendant cette lecture.
Puis, vint le mot de la fin...
Et avec lui, le sentiment d'une perte immense...Alors, je commençai mon travail de deuil. Je parlai de la Horde à quiconque voulait bien m'écouter... Je postai sur chaque forum une critique malheureusement très en dessous de ce que je ressentais...
Je pris le pseudonyme de Steppe sur mon forum préféré...
Mais, quoi que je fasse, reste en moi comme un sentiment confus de perte et de vide....
J'ai eu besoin de plus d'un mois avant de pouvoir ouvrir un autre livre....
Alors, Mr Damasio, entre vous remercier et vous maudire, je ne sais que choisir....
Merci, merci mille fois pour cette oeuvre généreuse, atypique et si aboutie...
Merci pour mes larmes glacées versées dans la Norska, de joie comme de tristesse.
Merci pour cette grâce offerte à mon âme blasée.
Merci pour cet amour du mot juste et pour mon intérêt enfin renouvelé...
Merci pour Golgoth, Pietro, Sov, Caracole, Erg, Talweg, Firost, L'Autoursier, Steppe, Arval, le Fauconnier,
Horst et Karst,
Merci pour Oroshi, Alme, Aoi nan, Larco, Léarch, Callirhoé, Boscavo, Coriolis et Sveziest...
Merci pour moi Mr Damasio... Et ce mouvement insufflé à ma curiosité...
Mais je vous maudis pour ce sentiment d'inachevé qui me colle à la peau depuis la dernière(la première?) page tournée de la "Horde".
Je vous maudis de m'avoir donné le meilleur et ainsi d'avoir relevé le niveau de mes exigences....
Je vous maudis de m'avoir laissée orpheline d'une famille que j'avais faite mienne...
Je vous maudis d'avoir annoncé une suite à la "Horde"....
Depuis, à nouveau, j'erre dans les rayons de ma librairie préférée... Toujours en quête...
Et je vous cherche, Mr Damasio, je vous espère....
Je scrute l'horizon en quête du chrone dans lequel je pourrais m'oublier et me déliter jusqu'à me renouveler...
Mon "Vif" vous appelle et vous attend.
Vous m'avez laissée là, ébranlée, essoufflée, haletante, presque suffocante.... Orpheline et désemparée, je continue à chaque lecture à rechercher ce merveilleux instinct du mot et de l'histoire...
Et chaque lecture me ramène à vous et à ma frustration...
Mais aussi, vous m'avez donné le goût de la quête....
Et la certitude d'un espoir possible.
Et chaque livre ouvert, chaque première page est une promesse....
Grâce à vous....
Merci Mr Damasio.... et pour finir, pour ceux qui savent :
"N'acceptez pas que l'on fixe, ni qui vous êtes, ni où rester. Ma couche est à l'air libre. Je choisis mon vin, mes lèvres sont ma vigne.
Soyez complice du crime de vivre et fuyez ! Sans rien fuir, avec vos armes de jet et à la main large, prête à s'unir, sobre à punir.
Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason." .....
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finitysend
  29 décembre 2014
Un texte excessivement maniéré , inutilement compliqué , à la limite de l'insipidité et dont le nombre de commentaires positifs ne me semble pas objectif .
Cette aura laudative qui entoure ce texte me semble plutôt relever de l'hallucination collective et d'un engouement convenu , que d'une véritable description objective de l'aspect « Himalayiennement » éprouvant que constitue la lecture de ce texte à la complexité sadomasochiste .
Prévenons donc les lecteurs naïfs et confiants que la forme de ce roman est complètement absconse et aussi complétement aussi pénible , que inutilement ampoulée . Elle est même violement ampoulée je dirais …
Une fois que l'on a posé le caractère fondamentalement chiant de ce texte , on pourra gloser et souligner que l'univers est puissant et prenant , c'est vrai .
Mais bon , ce n'est pas une raison pour passer de nombreuses heures à se prendre la tête avec un texte gonflant qui accouche d'une sourie finalement …
Une troupe avance sous le vent , trois pages plus loin elle parvient à planter un piolet , et 10 pages plus loin , elle en plante un deuxième , entre deux vous avez le Guinness des records de calembours et autres jeux de mots , avec un personnages qui s'accroche en s'efforçant de garder son bonnet en évitant de décoller avec lui , sous l'impact des vents , décidément très « venteux « .
Finalement l'action ,paradoxalement statique de ce texte sous le vent , qui décoiffe et qui gonfle , ne parvient pas à masquer qu'il n' est fondamentalement , qu'une longue suite de calembours édifiants plutôt réussis , que l'auteur aurait peut-être dû présenter sous la forme d'un dictionnaire ou bien d'une anthologie …
Long , chiant , pénible et c'est une véritable ascèse que d'aller jusqu'à la fin … voilà ….
Pour ce qui est du nombre de critiques favorables à droite à gauche , vous me direz , « mais regarde il est encensé » , moi je vous demanderais pourquoi les critiques négatives de ce trésor national ampoulé , ne passe jamais l'hiver et sont obstinément effacées sur certains sites marchands , …
Bon je ne vais pas en faire un plat , mais j'aurais quand même eu l'obstination , l'outrecuidance , de souligner le caractère «Dantesquement abscontèsque « de cette aventure gonflante et un peu trop gonflée , toutes voiles aux vents bruyants et biens pratiques finalement …
Bon , c'est promis , si vous allez jusqu'au bout et que du coup , vous auriez réussi à ne pas oublier le début , c'est promis , : vous aurez votre diplôme d'intellectuel chevronné …
Sur ce , bonne lecture de la horde , et bonne année à tous ….
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Wiitoo
  11 août 2014
Vous lecteurs !!! Vous comptez lire la Horde du Contrevent ? Et vous pensez pouvoir le faire tranquillement sans efforts ? Assis sur votre canapé en sirotant un petit jus alors que le pack contre pour survivre à la trace ? Mouhahahaha, je rigole !! Vous êtes naïf. Ce ne sera pas si simple. La Horde ça se mérite !
Vous voulez être des leurs ? Alors préparez-vous à souffrir. Il vous faudra d'abord passer le premier cap des 100 pages en acceptant de ne pas tout comprendre. En acceptant ces étrangers dont on ne sait rien. Puis, pour ne rien arranger, il y a ce texte compliqué, rempli à chaque page de mots inconnus et qui ne veulent pas toujours dire quelque chose. Il faudra également faire avec une numérotation des pages inversée. Après avoir tourné la première il est indiqué 615 ouch. Et enfin, pour rien arranger, à chaque page il y a un mot partiellement recouvert de symboles qui oblige le lecteurs à une attention particulière.
Si vous arrivez à contrer les 100 premières pages, les membres de la Horde commenceront à vous respecter. Ils vous ferons une petite place dans leur groupe et vous permettront au fil des 100 pages suivantes de faire connaissance, de prendre conscience d'être face à un groupe exceptionnel. Ils sont 23, les meilleurs ! Ils ont trois ans d'avance, depuis leur départ de l'extrême-aval, sur toutes les autres Hordes de l'histoire et comptent bien augmenter cette avance.
Vous avez encore du mal ? Revenez aux premières pages. Les symboles dessinés pour chaque membre de la Horde correspondent à la personne qui conte l'histoire tout au long du livre. Chaque fois que vous voyez un symbole au début d'un paragraphe cela indique qui parle. (La page Wikipedia sur la Horde du Contrevent est ton ami :-)).
C'est bon, vous y êtes, vous aller pouvoir tracer avec eux. Vous faites partie du pack maintenant et il est temps de se jeter à l'eau, de vivre des émotions intenses à travers cette quête épique. Puis il vous faudra sortir votre doudoune, plus loin, pour continuer l'aventure jusqu'à l'extrême-amont.
Un livre unique, exceptionnel, original mais très dur à lire. Personnellement la partie métaphysique, les vifs, les chrones, autochrones etc, m'a vraiment gêné. Un peu "Too much" et un peu lourd. Pour le reste j'aurais vraiment mis la note maximum.
Certified "cloques aux pieds garanties" by Wiitoo Takatoulire.
Note 4/6
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HordeduContrevent
  30 juillet 2021
Sur une île déserte, ce serait sans hésitation le premier livre que je prendrais. Il s'agit de ma troisième lecture de « La Horde du Contrevent » et toujours des choses m'apparaissent, m'émerveillent, des détails auxquels je n'avais pas prêté attention surgissent, une compréhension plus approfondie de certains concepts émerge. Ce livre m'imprègne et m'enlace avec une chaleur qui est de celles qui forgent une mémoire et l'habitent. Je suis rassurée : je ne suis pas prête à changer de pseudo !
Sur mon île déserte, « La Horde du Contrevent » serait une lecture salvatrice.
Une épopée pleine de rebondissements, d'évènements inattendus, étonnants et inexplorés, pour me divertir, me passionner ; une flanquée de personnages superbement croqués au point de se sentir familière avec chacun d'entre eux, un collectif soudé qui me permettraient de me sentir moins seule ; une écriture poétique qui viendrait nourrir mon âme ; des messages philosophiques qui enrichirait mon esprit et me rendrait plus forte. Un univers onirique, des paysages d'une telle diversité, d'une réelle beauté, qui m'enchanteraient, paysages souvent rudes et sauvages, depuis les déserts de sable jaunes, les vallées encaissées, en passant par d'interminables marécages gris, des landes vertes aux nuages violets sur lesquels le soleil perçant ouvre des flaques jaunes, jusqu'aux abrupts glaciers volcaniques…sur mon île au paysage figé, je pourrais ainsi voyager !
Et surtout ce livre me permettrait de résister, de lutter, de me donner du courage. de relativiser la chaleur ressentie, le froid nocturne, l'humidité et bien entendu le vent toujours présent sur une île…un vent fort deviendrait à mes yeux une simple brise. Je tenterais sans doute de déchiffrer le vent, de l'écrire sur le sable, d'écouter sa musique…Peut-être même ferais-je le tour de l'île pour tenter de vivre l'épopée de la Horde, pour sentir, ressentir au plus profond de moi ces concepts de temps, d'espace, de vitesse, de sens avec lesquels Alain Damasio jongle, entrelacement de concepts appréhendés avec mystère et brio dans le roman à travers les chrones. Sortes de nuages, ceux-ci peuvent agir sur l'écoulement du temps, ou alors opérer des métamorphoses sur l'environnement qu'ils traversent, ou enfin se nourrir d'un type particulier de sentiments humains comme la peur, l'amour, la joue, etc…(Dont le fameux véramorphe au pouvoir unique : il donne aux êtres ou aux objets qu'il enveloppe la forme véridique de ce qu'ils sont). Il y aurait matière à réflexion et à rêve sans aucun doute, je ne m'ennuierai jamais, le relire ferait sans cesse éclore de nouvelles compréhensions…
Oui, un livre vraiment idéal, sur mon île déserte, dans la solitude totale où il me faudra créer le sens de ma vie. Pas seulement devoir survivre ou vouloir vivre mais oui créer un nouveau sens à la vie.
« Je découvris une nouvelle intensité – celle que la conscience effilée d'être accoudé chaque jour au parapet branlant de la mort donne. J'étais à nouveau émerveillable ».
Imaginez un monde plat dans lequel souffle, sans cesse, le vent qui peut prendre des formes différentes. Depuis la simple zéfirine, la « plus douce des gifles de prime aurore », en passant par le slamino, le schoun, la stèche, le crivetz, jusqu'au redouble Furvent. Vent chaud, vent doux, vent froid, vent humide, vent violent pour parler plus clairement…La plupart des gens vivent en s'abritant (les « abrités »). La Horde du contrevent, c'est l'histoire de la 34ème horde. Chacun des 23 personnages prend la parole (chacun a un sigle caractéristique quand il apparait, et une façon de parler qui lui est propre) mais cette aventure est racontée par le Scribe, Sov. La Horde est organisée un peu comme une troupe militaire : elle est structurée d'une certaine façon (Le Fer, le Pack et les Crocs), hiérarchisée et suit une stratégie alimentée de différentes tactiques. Chacun de ces personnages a une fonction précise et a reçu, pour être hordonné, une formation stricte et rigoureuse dès la plus tendre enfance. A chaque poste ce sont les meilleurs dans leur catégorie qui ont été choisis. le but de la Horde ? Remonter, à pied, vers l'Extrême-Amont pour trouver la source du vent, oui boire le vent à sa source, éventuellement la colmater, et aussi connaître les trois dernières des neuf formes de vent.
Partis de l'Extrême-Aval, à Aberlass, à l'âge de 11 ans seulement, les membres de la Horde remontent contre le vent (on dit que la Horde contre), et s'orientent vers ce mystérieux Extrême-Amont qu'aucune des hordes précédentes n'a réussi à atteindre tant la fin du périple est extrême. Depuis près de 30 ans ils sont en quête.
Cette lecture est un moment rare, étonnant et plein de rebondissements et souvent de grâce, ne serait-ce que par la diversité des personnages qui la compose comme notamment Caracole, le troubadour, toujours à la recherche du bon mot, de la jolie phrase, des blagues déclamées même en plein danger, de l'histoire à raconter : « ses histoires qui sont comme des appels d'air dans un buron, ses contes qui seuls nous trompettent qu'un autre monde est possible, où la fête existe, où l'amour soulève le quotidien » ; Oroshi, la belle et élégante aéromaitre, intelligente, rigoureuse, sérieuse ; Sov, le Scribe, à la fois pédagogue, sensible et poétique, Golgoth, chef de la horde, instinctif, rustre, grossier, courageux ; et tous les autres. Notons que les femmes, mis à part Oroshi, ont des fonctions dédiées aux femmes dans les sociétés classiquement patriarcales : soin, cuisine, recherche de nourriture, d'eau et de feu. La femme dans la Horde est celle qui prend soin et qui soulage. Notamment un Golgoth a priori profondément mysogine.
Un moment étonnant de par la diversité de son vocabulaire et de son univers aussi : Alain Damasio a le génie de nous proposer un glossaire inventé, fait de mots nouveaux ou de mots mélangés, prince des mots tordus, qu'on ne pense pas comprendre de prime abord, qui ne gêne pourtant pas la compréhension globale de l'histoire puis qui vient s'éclairer naturellement peu à peu. Comme si nous apprenions une nouvelle langue en étant plongé dans un nouveau pays. Vous croiserez ainsi des gorces, animaux dont on utilise la carapace pour en faire des tenues pour la Horde (des tenues donc en « peau de gorce »…l'humour de Damasio n'est jamais loin), des chrones, des boos, des muages, des aérologues, des airpailleurs, des aerudits…
Etonnement et inventivité par l'intensité et la variété des combats menés, bien entendu contre les différentes formes du vent, en un effort collectif remarquable d'inventivité, de prouesse et de courage ; mais également contre les étonnants chrones, dont on comprend vraiment peu à peu ce qu'ils sont ; combat contre certains adversaires qui veulent entraver la quête de la Horde (les intrigues politiques sont subtilement présentes ainsi que les problématiques sociétales et existentielles de ce monde). Sans oublier la délicieuse et croustillante joute verbale, combat de rhétorique, inoubliable pour ma part, entre le troubadour Caracole et Silème dans la ville d'Alticcio.
Quant au combat final pour atteindre l'Extrême-Amont, j'ai beau à présent connaitre la fin, quand s'approche la page 0 (car la pagination est à l'envers), je suis à chaque fois soufflée…
Par la diversité et la beauté des paysages et des villes traversés, par la féérie du monde imaginé par Alain Damasio cette lecture est également précieuse. On pense parfois à Mad Max, le Te Jekka, maître foudre de la Horde, fait irrésistiblement écho au maître Jeddi de Star Wars. La ville d'Alticcio fait penser une fraction de seconde au 5ème élément de Luc Besson avec le bas peuple au niveau du sol (les « racleurs ») et la bourgeoisie dans les airs, et ses divers moyens de locomotion qui s'entrecroisent dans les airs (Barcarolles longues et fines, toutes ailes rétractées ; ballons passifs à air chaud ; ballairs dirigeables ; vélivélos ; planeurs ; parapentes de poche ; éolicoptères).
L'osmose réussie de la science-fiction, de la philosophie et de la poésie est ce qui caractérise le plus ce livre.
«Nous n'avons jamais eu de parents : c'est le vent qui nous a faits. Nous sommes apparus doucement au milieu de la friche armée des hauts plateaux, à grandes truellées de terre voltigée pris dans nos ossements, par l'accumulation des copeaux de fleurs, dit-on aussi, sur cette surface qui allait devenir notre peau. de cette terre sont faits nos yeux et de coquelicots nos lèvres, nos chevelures se teintent de l'orge cueilli tête nue et des graminées attirées par nos fronts. Si vous touchez les seins d'Oroshi, vous sentez qu'ils sortent du choc des fruits sur son torse, et mûrissent toute une vie. Ainsi en est-il des animaux et des arbres, de tout ce qui est : seuls naissent vraiment les squelettes, seuls ont une chance ceux qui se dressent au-dessus de leur paquet d'os et de bois, en quête d'une chair, en quête d'une écorce et d'un cuir, de leur pulpe, en quête d'une matière qui puisse, en les traversant, les remplir ».
Sans être menée par le bout du vent, sur mon île déserte ouverte à vau vent, lavée à grande eau de bourrasques humides, je pourrai survivre avec de nombreux principes glanés dans ce livre : « La monotonie n'existe pas. Elle n'est qu'un symptôme de la fatigue. le divers, n'importe qui peut le rencontrer à chacun de ses pas, pour peu qu'il en ait la force et l'acuité » ou « Orpailler et retenir en soi. Se constituer un monde du dedans. Une mémoire ». Et espérer…Espérer grande vie et vent doux. La Horde du contrevent, mon manuel de survie. Une nourriture spirituelle, onirique et poétique fait livre.
Comme à chaque relecture de ce livre, je vais laisser les pensées d'Alain Damasio s'enfoncer dans ma chair, y creuser des ouvertures profondes, et féconder un terreau en moi essentiel, pour une floraison longue et exigeante. Ce livre, c'est comme « la sensation d'avoir en permanence en main, et comme à disposition d'âme, une arme de jet apte à refendre sans cesse mon crâne – ce cube d'os si prompt, sinon, à se clore ». Peut-être, alors, trouverais-je enfin un jour mon vif, ma puissance la plus strictement individuelle qui tient du néphèsh, ce vent vital qui circule en moi, qui me fait ce que je suis. La quête à contrevent de tout un chacun…
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critiques presse (4)
Auracan   26 janvier 2018
Un premier tome de 80 pages qui donne autant envie de lire la suite que de découvrir le roman pour ceux qui ne l’ont pas lu. Les autres, les fans, ne devraient pas renier cette adaptation.
Lire la critique sur le site : Auracan
BoDoi   15 décembre 2017
Éric Henninot happe le lecteur à sa suite et lui fait tourner la tête avec un récit puissant et déstabilisant. Une grande saga de SF est née.
Lire la critique sur le site : BoDoi
BDGest   20 octobre 2017
Ce premier tome signé par un auteur inspiré, passionné et ayant manifestement fourni un travail acharné est une franche réussite.
Lire la critique sur le site : BDGest
Actualitte   07 juin 2017
Référence du genre, La Horde du Contrevent est aussi certainement le plus beau joyau littéraire ciselé par Alain Damasio.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (639) Voir plus Ajouter une citation
PujolPujol   22 mai 2022
Et Golgoth serrait. Il serrait, il serrait de toute la puissance d'une vie à attendre ce moment, il serrait dans ses muscles crampés, ivre de sa propre force, dépassé par une rage si intense, si terriblement disciplinée par la profondeur de sa vengeance qu'elle montait un à un les degrés de la torture, détectait d'instinct les fragilités du squelette et en brisait, en croquait l'armature de calcaire.
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PujolPujol   16 mai 2022
Avec un Fer qui ne sait pas ce que dépaler veut dire ! Nous passerons ! Quoi que vous dites ! Vous n'êtes que des éologues ! Vous savez que dalle du vrai contre qui se fait à la vertèbre !
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LyloLylo   12 juillet 2010
Qu'importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu'importe ce qu'il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n'est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants. N'est pas l'emplacement où nous finirons par planter notre oriflamme, au milieu d'un champ de neige ou au sommet d'un dernier pic dont on ne pourra plus jamais redescendre. N'est plus de savoir combien de kilomètres en amont du drapeau de nos parents nous nous écroulerons ! Je m'en fiche ! Ce qui restera est une certaine qualité d'amitié, architecturée par l'estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu'on aura su s'offrir les uns aux autres. Pour tout ça, les filles et les gars, je vous dis merci. Merci.
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HordeduContreventHordeduContrevent   24 juillet 2021
Elle avait des yeux d’un bleu d’orage, d’un bleu si dense que je l’imaginais, pleurant, faire des trous de ciel dans son mouchoir. Mais sa bouche, plus encore, me décramponnait, une bouche de vin hors d’âge, hors de portée, à boire fou, et debout. Cette bouche, j’avais envie d’y approcher ma main, d’en caresser du pouce la courbe humide et le velours, de la voir frémir, trembler d’attente et de soif, envie d’elle, l’ouvrir au souffle, lentement l’écarter, qu’elle s’ourle, haletée, pour cueillir le fruit rapide de sa langue que je voyais rosir sous la syllabe et sucer le caillou des sons. J’avais une envie tanguante de croquer dans ses lèvres, d’en crever le rouge bai, d’en avaler le jus jusqu’à la gorge et de laisser ma main faire, qu’elle cueille au creux ses seins, les enveloppe… Les tétons faire saillir, durcir en quête… La coucher sur les planches du pont, dures, elle souple par contraste, prendre sa bouche, tenir dans ma main sa nuque, que la tête ne bute, dans l’autre son sein glissant. Et laisser le chat fou sous sa robe marine sinuer jusqu’au fondant, jusqu’à la succulence… La sentir alors, tout entière – lâcher – se distendre comme un cordage qui trempe, tandis que flottent ses couleurs au-dessus d’une terre de planches. Sentir son odeur de femme, la lécher, écarlate, l’ouvrir, la laper farouche comme un vin de banquet, mordre dans l’abricot de ses seins, dans son omoplate nue. Puis entrer en elle, à un signe bleu, sur un sourire qui consent. La pénétrer, elle, à cru. Éprouver à quel point elle m’accepte, lent balancement, pluie du sang, fusion.
+ Lire la suite
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ValandilValandil   14 octobre 2012
Sélème : Engage le jeu que je le gagne !
Caracole : L'âme sûre ruse mal !
Sélème : L'âme sœur, elle, rue, ose mal... Erg immigré ! Erg en nègre ! Vos Sov ! Le traceur à la rue : cartel !
Caracole : En nos repères, n'insère personne !
Sélème : Le sert-on ici, notre sel ?
Caracole : Tâte l'état ! C'est sec.
Sélème : Léger regel ?
Caracole : Saper ses repas...
Sélème : Semi-auteur, ô male ! La morue tu aimes.
Caracole : Euh... Hue !
Sélème : Eh, ça va la vache ?
Caracole : Rat ! Avatar !
Sélème : C'est sec... Ta bête te bat !
Caracole : Et si l'arôme des bottes révèle madame, le verset t'obsède, moraliste !
Sélème : L'arôme moral ? Ému, ce destin rêve, il part natter ce secret tantra plié, vernissé d'écume.
Caracole : Et tu te démêles, Sélème de lutte ?
Sélème : Ici ? Non. Tu l'as, ressac, avalé ? Crac ! Car cela va casser... Salut !
Caracole : Sniff ! À l'affin S !
Sélème : Élu, aimé, jeté, ô poète ! Je miaule !
Caracole : Ah Élu, ça ! Je trace l'écart, éjacule, ha !
Sélème : Rupture de lien : un arc élève le reste et se relève à l'écran, une île de rut pure.
Caracole : Mon nom...
Sélème : Hola Caracole, va à vélo caracal, oh !
Caracole : Mon nom... Mon nom...
Sélème : Ressasser, "Carac", ressasser ! Oh, cela te perd répéta l'écho !
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Vidéo de Alain Damasio
Du 4 au 6 juin se dérouleront au Centre Pompidou une série d'échanges et de conversations accueillant 53 scientifiques, philosophes, économistes, juristes, anthropologues, médecins, écrivains, dont Abdennour Bidar et Corine Pelluchon, mais aussi Yannick Haenel, Delphine Horvilleur, Alain Damasio, Maylis de Kerangal, Etienne Klein ou Vinciane Despret.
À l'initiative d'Henri Trubert et de Sophie Marinopoulos, cofondateurs des éditions Les liens qui libèrent, paraîtra parallèlement une "Constitution des liens" (Les liens qui libèrent, 2021) à laquelle nos deux invités ont participé. Elle rassemble des réflexions et des propositions dans des domaines aussi divers que l'économie, l'éducation, l'écologie ou l'architecture.
Corine Pelluchon est philosophe, professeure à l'université Gustave-Eiffel, spécialiste de philosophie politique et d'éthique normative et appliquée. Elle s'intéresse ainsi aux questions de bioéthique, en particulier celles du handicap et de la fin de vie, et d'écologie. Elle est l'auteure, dernièrement, de "Les Lumières à l'âge du vivant" (Seuil) et d'une "Éthique de la considération" (Seuil). Dans "La Constitution des liens", elle propose, avec Virginie Maris et Pablo Servigne, une pratique de l'écologie qui appelle à percevoir les êtres vivants non plus comme des atomes, mais comme des noeuds dans un réseau complexe d'interactions et d'interdépendances.
Abdennour Bidar est docteur en philosophie et haut-fonctionnaire, spécialiste de l'islam. Il est l'auteur, entre autres, de "Comment sortir de la religion" (La Découverte, 2012) et de "Un Islam pour notre temps" (Seuil, 2017). Il est le co-auteur, avec Philippe Meirieu et Delphine Horvilleur, de deux chapitres de "La Constitution des liens", le premier sur l'éducation et le second sur la religion. Il appelle à permettre une éducation promouvant l'association et la coopération, et à redécouvrir la force démocratique de la laïcité.
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