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ISBN : 2846822093
Éditeur : P.O.L. (23/08/2007)

Note moyenne : 3.34/5 (sur 118 notes)
Résumé :
Voici dix ans que son fils est mort, il avait quatre ans et demi. Pour la première fois depuis ce jour quelques moments passent sans qu'elle pense à lui. Alors, pour empêcher l'oubli, ou pour l'accomplir, aussi bien, elle essaie d'écrire l'histoire de Tom, l'histoire de la mort de Tom, elle essaie de s'y retrouver. Tom qui est devenu mort, Tom à qui on ne pense plus qu'en sachant qu'il est mort. Elle raconte les premières heures, les premiers jours, et les heures et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
sylvie
  04 avril 2008
J'ai mis du temps à ouvrir ce livre. Je l'avais dans ma pile à lire, mais je ne l'ouvrais pas. Je devais le rendre à qui me l'avait passé, et cela faisait déjà un bon moment. Alors je me résignais à m'en séparer sans l'avoir lu. Et puis non, il fallait que j'ouvre la porte. Je ne l'ai refermée qu'à la fin, la gorge serrée, les traits tirés, sans doute, tant cette lecture est éprouvante.
Puis, est venu le temps du billet, écrire sur ce livre... Quoi écrire, comment écrire ? J'ai déjà tant lu sur ces quelques pages avant de les découvrir moi même, il a fait tant couler d'encre, il a même fait un scandale...
Alors je me lance, mais que c'est difficile d'ajouter encore des lignes à toutes celles déjà écrites!
J'ai été happée par cette lecture. le sujet est terrible. Une mère tente de dire quelle forme a pris le deuil qu'elle refusait. Dix ans après la mort de son second fils de 4 ans et demi, la voilà voulant retracer pas à pas, mot à mot, larme à larme, la vie qu'elle a menée avec cet enfant, de sa conception à sa mort, et puis celle qu'elle a menée avec le petit mort, après l'évènement impossible, impensable, mais advenu et irrémédiable.
Ce récit est une fiction et a tout de l'auto fiction. Il est sobre, haletant, il explore les coins et les recoins de la douleur de la perte d'un enfant. Il sonne juste, en frappant fort.
Certains s'étonnent de cette "vraisemblance", d'autres ont parlé de plagiat psychique... d'autres encore se demandent pourquoi écrire une fiction avec un tel sujet...
Et je me dis , pourquoi ne pas écrire sur l'effroi et l'hébétude provoquée par la mort ? La parole sur la mort n'appartient pas aux seuls endeuillés.
S'il ne s'agit pas d'une expérience vécue, il peut s'agir d'une angoisse, d'une peur. Qui n'y pense pas ? La possibilité de la perte est concomitante de la naissance.
L'auteur de ce livre met en scène ce drame intolérable pour explorer les limites de l'inacceptable, et il s'avère qu'elle ait fouillé très concrètement, au plus près des failles de détresse qui engloutissent.
Comment peut-on être si vraie sans avoir vécu ce drame réellement ?
Il semble que cet écrivain soit douée d'une capacité d'empathie remarquable et d'une écoute de l'autre très fine. Elle parle du silence de ses parents au sujet de la mort de son frère. Ce livre en est peut-être l'écho bruyant et retentissant.
Marie Darrieussecq est également psychanalyste, et je pense qu'elle a écouté beaucoup sur le deuil et que ce livre est nourrit du savoir intime qui se dit en séance. Il est imprégné sans doute aussi des lectures sur ce thème, dont les livres de Camille Laurens, que je n'ai pas encore lus.
Ce que je retiens de cette lecture,c'est tout d'abord la rigueur incroyable avec laquelle certaines scènes ne nous sont pas épargnées : L'abandon du cadavre dans la chambre froide, le choc de la réalité du corps qui se décompose, la question de ce qu'on en fait,et l'urgence de la réponse à donner : l'enterrement, la crémation ? La douloureuse nécessité de choisir le mode de disparition, le choix des derniers vêtements, l'imagination au travail quand on doit penser à son enfant dans ce dernier voyage.
Je pense que ces questions et ces descriptions révèlent l'ampleur du désarroi de parents occidentaux et athées face à la mort de leur enfant. Ils doivent choisir, décider, et rien n'est prêt parce que ce qui arrive ne devait pas arriver.
Frappés par le malheur, ils sont considérés avec compassion et presque déférence,ou ils sont évités parce qu'ils font peur.
Ils sont abandonnés dans une solitude sans fond.
Ce roman nous fait entrevoir le déchirement de parents livrés à eux mêmes et à leur seule douleur pour imaginer, penser, construire un rite à la mesure de l'amour qu'ils portent à l'enfant perdu. Ici, la mère remet en cause les choix qu'elle a fait et elle n'est jamais que confrontée à elle même.
Je pense que ce roman est courageux et audacieux.
Cependant, je ne peux pas taire un bémol ressenti à la lecture d'un passage qui a failli remettre en cause l'ensemble de sa construction : Puisque la démarche se veut absolument minutieuse et sincère, puisque nous sommes sensés suivre l'autopsie d'un deuil impossible dans sa crudité la plus nue, alors il fallait être juste dans tous les détails, et malheureusement, il y en a un qui n'est pas bon : si CamilleLaurens n'est pas citée, le film "Trois couleurs : Bleu" de Zulawski l'est, et Marie Darrieussecq n'a pas pris le temps de le revoir avant d'écrire ce qu'elle a écrit dessus. La mère en deuil dans ce film vient de perdre une petite fille et pas un garçon...
Un vrai détail, mais je vous assure qu'à ce stade là de ma lecture ça m'a gênée, allant presque jusqu'à discréditer le reste du contenu...
Par contre, j'ai été très sensible à la manière dont le cri est traité dans ce roman. L'auteur dit vouloir atteindre avec la littérature l'indicible et je pense qu'avec le cri, elle a touché son but
http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/04/tom-est-mort-marie-darrieusseq.html
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SeelanddeTahiti
  15 juillet 2014
Une mère évoque la mort de son enfant et son absence, qu'elle vit jusqu'à la folie. L'absence de son fils devient presque une « absence - présence » dix ans après sa mort.

Evacuons tout de suite ce qui est le moins intéressant : la polémique de plagiat qui a fait suite à la publication de ce livre. Camille Laurens a accusé Marie Darrieussecq d'avoir plagié son livre Philippe (inspiré de sa vraie vie, contrairement à Darrieussecq, qui n'a pas perdu d'enfant). Je crois que l'accusation ne tient pas la route quinze secondes, quand on lit quelques pages de Tom est mort. le style de Darrieussecq est là dès le début, caractéristique depuis Naissance des fantômes, distance quasi clinique, intellect en permanence à l'oeuvre décortiquant tout ce que la mère éprouve, tout semble rejeter l'accusation de Camille Laurens : le livre de Marie Darrieussecq est le livre d'une femme qui réfléchit au sujet, avec toute la distance dont son cerveau peut faire preuve, pour être la plus exacte dans l'expression des sentiments que la mère endeuillée éprouve. Ce n'est pas un livre viscéral, c'est l'inverse. Et donc le contraire du livre de Camille Laurens. Mais précisément c'est sans doute la raison pour laquelle cette dernière s'est sentie plagiée, ou parodiée. Mais elle a oublié en route que le sujet en question n'était pas son pré carré, et que quiconque a le droit d'écrire sur le sujet, ce qui me semble être le fondement de la littérature, d'ailleurs.
Pour en venir maintenant au livre de Darrieussecq, il a précisément les défauts de ses qualités, il est trop scrupuleux. Presque bavard. En tout cas, la capacité de Darrieussecq à sonder ce que ressent la mère qui a perdu son enfant est étonnante. Trop peut-être. C'est un peu le « syndrome Darrieussecq ». Un parfait devoir d'une ancienne élève de la rue d'Ulm, sur un sujet qu'elle s'est imposé à elle-même. Tout est si scrupuleusement analysé que ça sonne presque (paradoxalement) faux à force de vouloir être véridique. L'image même de l'enfant se désintègre, c'est presque un livre sur le narcissisme de la douleur. Mais c'est peut-être ça d'ailleurs, la perte d'un enfant : un repli sur soi.
En revanche, je lui reproche son écriture tout le temps cérébrale, l'abord du sujet avec des références, parfois, qui font que le livre ressemble à une (très bonne) dissertation sur le sujet. Tout est décrit de la douleur d'une mère, et pourtant, Darrieussecq ne parvient pas à faire naître l'empathie chez le lecteur, tout est trop mis à distance. C'est récurrent dans chacun de ses livres, sauf le premier, Truismes, qui est presque une incongruité dans la biographie de l'auteur, puisque c'est une farce littéraire.
Finalement, les réflexions de Marie Darrieussecq sont brillantes, mais il lui manque irrémédiablement l'émotion pour parvenir à donner de la chair à ce livre. Une lecture en demi-teinte.
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Deslivresetlesmots
  11 septembre 2016
Comme la quatrième de couverture l'annonce, Tom est mort n'est pas le genre de lecture à prévoir si vous avez besoin de quelque chose de réconfortant… Je n'avais jamais rien lu de Darrieussecq et j'avais trouvé ce livre dans une brocante, c'était donc l'occasion. En plus, j'avais déjà entendu parler du livre et il m'intéressait pour son contexte… je vous en parle après.
C'est donc un livre sur le deuil et plus particulièrement sur la mort d'un enfant. Mais le décès de Tom n'est que le déclencheur, le roman explore plutôt les sentiments de la mère, son désarroi, sa culpabilité, sa colère. L'auteure parvient à exprimer le deuil du personnage sans que ce soit « simplement » direct. En écrivant à la première personne, elle nous permet de voir les choses du point de vue du personnage. Après ce drame, tout est déformé. Tout lui fait penser à Tom, dans la maison où ils venaient d'emménager en Australie bien sûr, mais également à l'extérieur. Au point où la mère commence à voir et entendre Tom, à le chercher dans sa chambre, dans le miroir…
Je ne sais pas trop comment parler de ce livre. Il n'y a bien sûr pas de réelle « action » ou intrigue, tout est dans le ressenti, les sentiments du personnage principal. D'ailleurs, la cause de la mort de Tom n'est jamais explicitement mentionnée. Finalement, peu importe. Seul l'après compte. La forme même du roman, les phrases courtes, le passage brusque d'une pensée à une autre, tout ramène à l'idée de deuil, de perdition et de douleur.
Ce qui m'intéresse le plus dans ce livre, c'est son histoire publication, dont j'avais entendu parler il y a quelques années. En effet, après la publication du roman de Marie Darrieussecq, Camille Laurens l'a accusée de plagiat « psychique ». Les deux auteures sont publiées chez P.O.L. et Camille Laurens a publié, quelques années auparavant, son livre Philippe sur la mort et le deuil de son enfant. Un récit autobiographique, là où celui de Marie Darrieussecq est une fiction. Camille Laurens clame que Darrieussecq aurait plagié certaines de ses références dans son livre, certaines tournures de phrases, voire la syntaxe. Mais surtout, elle lui reproche d'avoir écrit sur la mort d'un enfant, qu'elle n'a jamais vécu, alors que sa douleur à elle, son écriture à elle, était bien réelle. Tout cela soulève le débat concernant ce que quelqu'un peut écrire ou non : seulement ce dont il a connaissance, ce qu'il a pu expérimenter ?
En tous cas, je trouve cette histoire très intéressante, si vous souhaitez en savoir plus je vous conseille l'article du Monde « « Tom est mort », la polémique » puis un article scientifique qui va un peu plus loin, « Camille Laurens, Marie Darrieussecq : du « plagiat psychique » à la mise en questions de la démarche autobiographique » d'Anne Strasser pour la revue ConTEXTES. Comme l'évoque ce dernier article, Marie Darrieussecq a par la suite publié Rapport de police, une réflexion sur la plagiat puisque c'était alors la deuxième fois qu'elle en été accusée, pour des raisons différentes. J'aimerai beaucoup lire ce texte pour en savoir plus !
Lien : https://deslivresetlesmots.w..
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sylire
  30 octobre 2012
Une femme raconte l'intense souffrance qu'elle endure depuis la perte de son enfant de 4 ans et demi, Tom. Elle ne peut surmonter cette épreuve, malgré le temps qui passe. Les jours se suivent et se ressemblent. Elle est enfermée dans sa douleur.


J'ai pris ce livre au rayon "Nouveautés" de la bibliothèque. Son titre me disait quelque chose, sans parvenir à me souvenir si j'en avais entendu parler en bien ou en mal. Au bout d'une centaine de pages je me suis posé la question d'arrêter la lecture, tant elle me coûtait. Je me sentais mal à l'aise, sachant qu'il ne s'agissait pas d'un témoignage. J'ai tout de même choisi de le lire en diagonale pour pouvoir en parler.

Bien sûr, j'ai été touchée par ce personnage de mère, j'ai moi-même des enfants. Mais j'ai eu l'impression de lire la même page du début jusqu'à la fin, que ce livre n'était qu'un long cri de douleur. Aucun répit dans la souffrance, cette mère est comme enterrée vivante, sans espoir de voir s'atténuer un peu la douleur avec le temps. Pourquoi écrire un livre aussi noir quand on a pas vécu soi-même un tel drame ?

Par ailleurs, le concept de ce livre m'a dérangée. Ce n'est pas un récit et je n'ai pas eu l'impression de lire un roman.
Lien : http://sylire.over-blog.com/..
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chriskorchi
  31 janvier 2014
BOULEVERSANT !!!
Ce livre m'a beaucoup émue, touchée et je n'ai pu le lire d'une traite tellement mes larmes coulaient. J'ai renoncé à le lire dans les transports, trop peur de me laisser aller à la larmichette.
Dix ans après la mort de son fils de 4 ans et demi , une mère raconte les premiers moments sans lui. Je me suis tout de suite identifiée à cette mère dévastée (pourtant je n'ai pas vécu dans la vie réelle un tel deuil). On suit les différentes étapes : l'annonce aux frère et soeur, le cercueil, les vêtements, le père.
L'auteur réussit à ne pas tomber dans le larmoyant grâce à sa plume délicate et son style.
Lisez-le il en vaut la peine
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine43   26 mars 2011
[Incipit.]

Tom est mort. J'écris cette phrase.

Ça fait dix ans que Tom est mort. Dix ans main­tenant. Mais la date ne s'est pas inscrite au fer rouge, comme on dit. Quand Tom est mort j'étais dans une période où, justement, je ne savais plus très bien quel jour on était. Pour mon mari ce n'est pas pareil. La date s'est inscrite au fer rouge dans sa tête, dit-il. Sa vie a basculé autour de cette date. Moi aussi ma vie a basculé. Mais ce ne sont pas les mots que je dirais.

Par exemple, les dates de mes enfants, de mes autres enfants, il faut que je réfléchisse. J'ai tendance à mélanger, mes enfants sont tous nés au printemps, comme ceux des loutres ou des koalas ou des diables de Tasmanie, ou de beaucoup d'autres animaux, je cite les animaux qui m'intéressent. Mai, juin. La saison des anniversaires. C'est bientôt. J'ai envie d'écrire : si nous sommes encore en vie. C'est une phrase qui me venait souvent après la mort de Tom. Je la disais comme une découverte, pas vraiment stupéfiante, mais comme une évidence que j'ignorais jusque-là. Si nous sommes toujours en vie. Ensuite j'ai dit la phrase par conviction. Je l'ai dite aussi par provocation, je ne la dis plus, ça blesse les gens. Et puis c'est devenu un tic, un tic de pensée, ça terminait mes raisonnements, mes phrases mentales, tous mes projets (les projets étaient revenus. Nous avions découvert ça aussi : que les projets pouvaient revenir, que nous en étions à nouveau capables).

J'ai essayé les thérapies, les groupes de parole, et Tom ne m'a pas été rendu. Même ça : refuser Affaire le deuil, ça fait partie du travail, c'est codifié par des graphiques. Quand on est en deuil, on a du travail, même si on ne veut pas du tout le faire. Pour ça, mon mari était comme moi. Et si je commence ce cahier, c'est peut-être parce que lui et moi on en est au même point maintenant, pour une fois au même point en même temps. Synchrones. C'est lui qui dit ça, nous sommes synchrones. Presque ensemble.

Le deuil qu'ils décrivent est un processus naturel qui me dégoûte. Une digestion. On entre dedans et on avance, qu'on le veuille ou non, comme à travers une série de boyaux. La mort de Tom passe à travers nos corps. On n'a pas fini, je ne dis pas qu'il faut dix ans. Je ne dis rien. Est-ce que je souffre moins qu'avant ? Le plus et le moins, je ne sais pas. Peut-être que je souffre moins souvent. La mort de Tom est une bête qui relève la tête de temps en temps, un dragon avec des soubresauts, et la terre se soulève, sa tête se dresse. Une géographie créée par une bête, dans nos cerveaux. On dit «répliques» après un tremblement de terre.
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sylviesylvie   04 avril 2008
"Elle dit que mon père fait un "épisode délirant", il hurle et se débat, il est dans une clinique. Mon père a la seule réaction possible, sensée et cohérente, au milieu de nous tous, les paralytiques. Mon père se montre à la hauteur du désastre; Moi je suis sortie du cri et je ne sais plus quoi faire, de moi, de mes enfants, de mes mains."
..." Me remuer, pas comme mon père qui hurle sa souffrance enfermé dans une clinique."
..."Elle me donne des nouvelles de mon père, de son cri. Entre deux prises de médicaments le cri renaissait, grondait dans sa poitrine, montait, puis éclatait."
..."Mon père criait pour moi, pour nous. Ce cri creusait un trou où Tom avait été, à cet emplacement béant, qu'il fallait maintenir béant.
Quelque temps après on a volé le Cri de Munch dans la Galerie Nationale d'Oslo. C'était les ondes concentriques autour du cri de mon père qui avaient englouti le tableau, avalé dans sa gueule ouverte, disparu pendant que mon père criait, et bien sûr la toile on ne la retrouverait pas, puisque le monde ne demeurait pas intact finalement, puisque tout de même, à quelques signes, on voyait que des failles craquelaient la surface, les atomes s'y engloutissaient, et du monde matériel ne demeuraient que des souvenirs."
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sylviesylvie   04 avril 2008
"Je suis enfermée dans un cri rouge et cubique et je me cogne aux parois saignantes, personne ne m'entend. Le cri sort de ma gorge à moi, et celle qui est assise dans le pièce blanche s'étonne : moi, si calme, en train de hurler." ..."Dans la pièce rouge on ne pense pas, on a besoin du cri."
..."Dans la pièce blanche on a honte du cri comme d'un lieu commun, "ce qu'on fait dans ces cas là". Un savoir de toute éternité, de ce savoir des ancêtres et des téléfilms. Je me suis mise à crier, et ensuite, à mon étonnement, le cri a pris ma place. Je suis restée dans la pièce rouge, à me cogner aux murs étranges. Des muqueuses rouges m'avalaient, me dissolvaient. Un petit bourdonnement d'insecte dans une énorme fleur carnivore."
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sylviesylvie   04 avril 2008
"Et puis, comme une vague imprévisible, une de ces vagues tueuses au milieu de la mer, je l'ai agrippé et secoué et je me suis vidée sur lui de tombereaux de cris et d'insultes." ..." Quelque chose est monté du ventre de Stuart jusque derrière ses mains. Son cri à lui. Nous étions transformés en animaux et nous découvrions, chacun, notre cri. Un zoo de douleur."

..."Des cris de torturés à qui l'on a coupé les cordes vocales"
..."Stuart se tenant les mains, serrées à hauteur du front, bras crispés, ses deux mains cramponnées l'une à l'autre, écrasées sur son front; et moi debout derrière, bras ballants, corps ballant, ballante comme une cloche, juste après le cri _ ça, la première image que j'ai de nous, l'image de l'hôpital, juste après la mort de Tom."
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LencreuseLencreuse   21 juillet 2010
Celle qui est morte avec Tom, c’est la mère de Tom. Reste la mère de Vince et de Stella. La mère de Tom n’est plus. Celle que Tom voyait. Celle que j’étais dans le regard de Tom, née avec Tom et pour Tom. Dix ans après, je me souviens mal d’elle. Je me souviens de Tom. Il me semble que je pourrais, pendant quatre ans et demi plus une grossesse, faire redéfiler, minute par minute, sa vie entière. De la première échographie à la dernière image. Je le contiens, il est avec moi. Mais dans les blancs, dans les moments où il était à l’école, dans les moments où il était loin de mon regard, qui était la mère de Tom ? Je ne la vois plus. Dans les blancs, elle disparaît. Il m’a peut-être emportée. Il m’a prise avec lui. C’est une idée presque apaisante. Me dire que je l’accompagne, où qu’il soit. Que je lui suis d’un peu d’aide. Et qu’une écorce vide reste ici à faire mes gestes et à garder mon souffle, une femme de paille.
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Vidéo de Marie Darrieussecq
Sami Tchak La Ville Cruelle, à l'Institut Français de Libreville (Gabon) le 3 mai 2018 à l'occasion d'une rencontre sur "La ville africaine" avec Fiston Mwanza Mujila et Marie Darrieussecq, animée par Steeve Robert Renombo - A lire de Sami Tchak : "Place des fêtes" (Gallimard), "La couleur de l'écrivain" (La Cheminante), 'Ainsi parlait mon père" (Lattès), etc.
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