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ISBN : 2072487838
Éditeur : Gallimard (02/05/2013)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 69 notes)
Résumé :
J'ai fait de ma fille un être de papier. J'ai tous les soirs transformé mon bureau en théâtre d'encre où se jouaient encore ses aventures inventées. Le point final est posé. J'ai rangé le livre avec les autres. Les mots ne sont plus d'aucun secours. Je fais ce rêve. Au matin, elle m'appelle de sa voix gaie au réveil. Je monte jusqu'à sa chambre. Elle est faible et souriante. Nous disons quelques mots ordinaires. Elle ne peut plus descendre seule l'escalier. Je la pr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Liseronpipou
  02 juin 2017
La petite Pauline se plaint d'une douleur au bras par moment. Rien de bien inquiétant, mais lors d'une visite de routine chez sa pédiatre, cette dernière juge plus prudent de s'assurer que l'enfant ne souffre pas d'autre chose… Après une radiographie et des examens complémentaires, le couperet tombe : Pauline est atteinte d'un cancer des os.
Philippe Forest raconte la perte de son enfant, des quelques mois précédant l'annonce de la maladie jusqu'à la fin, pour qu'il reste une trace de sa toute petite fille qui n'a pas eu le temps de grandir. Au lieu de larmes, ce sont des mots qui coulent, des mots qui veulent mettre sur le papier la vie de Pauline, ses rires, ses peurs, ses apprentissages, ses joies, sa passion pour Peter Pan qu'elle finira par rejoindre au Pays Imaginaire, là où les enfants ne grandissent jamais.
Le monde hospitalier est également très présent dans le livre, décrit comme un monde à part, qu'on ignore superbement jusqu'à ce que l'on soit contraint d'y passer ses journées au chevet de son enfant. Les sonneries des machines remplacent le chant des oiseaux et les murs de l'hôpital se dressent comme des blindages sur lesquels le monde extérieur se heurte indéfiniment.
Par le biais des réflexions de l'auteur sur le sujet, la littérature est aussi présente dans ce roman, notamment Hugo et Mallarmé qui ont beaucoup écrit sur le thème de la perte d'un enfant.
Philippe Forest tente de faire de sa fille « un être de papier » et nous livre un récit très personnel, intime, qui fait revivre Pauline l'espace de quelques centaines de pages dans les coeurs et les esprits des lecteurs.
Loin des livres de type « témoignage » racoleurs, l'Enfant Eternel est taillé dans une matière douce et délicate, remplie de poésie. Sobre et d'un style très littéraire, ce roman décrit avec sensibilité et pudeur la vie qui s'en va… ce sont juste les mots d'un homme profondément accablé par la perte de l'être le plus précieux du monde pour lui.
En tournant la dernière page, j'ai quitté Pauline et cette tragédie familiale le coeur serré, mais j'ai été également touchée par la grâce et la beauté de cet hommage.
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Pasoa
  11 juin 2018
"Non pas la mort dans son abstraction acceptable d'emblème... Mais ce corps précis avec son épaisseur de chair hier caressée, embrassée, avec ce visage dont le doigt pouvait suivre le dessin, avec autour de lui comme un écho persistant de mots, de rires, de promesses. Comment le laisser s'en aller ? Et vers où ? Vers quelle impossible dissolution ? Dans quelle solitude ?"
"L"enfant éternel" ce sont les mots insistants, légers et aimants offerts à un enfant, à une petite fille de 3 ans qui les redonnait tous à ses parents, ce sont les jeux, les lectures, les histoires (elle aimait imaginer Wendy s'envolant avec Peter Pan dans la nuit de Londres), tous les moments partagés, l'amusement, l'étonnement, l'insouciance, les rires,... C'est aussi l'histoire de leur lente et inexorable dissolution, disparition vers l'incompréhensible, le non-sens. C'est aussi tout le récit des thérapies, des opérations longues et lourdes, de la douleur qui s'immisce, la fièvre, la fatigue, les chambres d'hôpital, le personnel soignant, les médecins, l'espoir d'une chance, encore une... et cette douleur encore, ces racines noires et profondes d'un mal qui s'étend, jamais en sommeil.
"L'enfant éternel" est un récit des plus intimes, des plus touchants qui soit.
C'est une lecture que l'on ne peut appréhender sans une certaine disposition d'esprit. En découvrant l'histoire de Pauline et de sa maladie, j'ai souvent tenté de la maintenir dans sa réalité objective, dans un rapport distant pour mieux entretenir une proximité avec le récit, avec le quotidien de cette petite fille touchée par un mal profond et celui de ses parents tout proches, du ressenti de son père ici. Je le concède, cette distanciation de la lecture, cette mise en retrait n'a pas toujours été possible tant l'émotion vous emporte face à certains passages difficiles du livre.
C'est un livre que j'ai trouvé d'une profonde justesse et d'une pudeur remarquable. Philippe Forest déploie son récit dans une écriture tout à la fois objective et subjective, mêlant réalisme et intimité d'une manière très subtile.
"L'enfant éternel" est un livre qui confond autant son auteur que le lecteur avec lui-même. le quotidien, la séparation, la douleur, il était nécessaire pour Philippe Forest de les écrire, de les décrire pour donner un peu de sens à ce qui n'en a pas ou si peu : la longue maladie et la disparition d'un enfant.
Un livre bouleversant.
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Frederic524
  29 août 2018
J'ai lu récemment un livre sur le cancer qui m'a bouleversé. Je n'ai pas honte de dire que j'ai pleuré en le lisant, je sentais cette boule montée dans ma gorge et les larmes coulées naturellement le long de mes joues. Ce livre c'est « L'enfant éternel » de Philippe Forest dans lequel il nous parle d'un drame vécu par lui-même, le témoignage du combat d'un père, d'un couple pour tenter de sauver leur petite fille Pauline. Ce livre est bien plus qu'un témoignage, c'est un roman comme vous n'en lirez que très peu. Forest nous conte ici l'indicible, l'horreur absolue, « je ne savais pas » écrit-il (p.13), la chose la plus révoltante qui soit, la mort d'une enfant de 4 ans…avec une pudeur mais aussi une vérité peu commune. Pauline se plaint d'une douleur au bras qui se révèlera être une tumeur alors qu'elle n'a que trois ans. « J'ai fait de ma fille un être de papier. J'ai tous les soirs transformé mon bureau en théâtre d'encre où se jouaient encore ses aventures inventées. le point final est posé. J'ai rangé le livre avec les autres. Les mots ne sont plus d'aucun secours. Je fais ce rêve. Au matin, elle m'appelle de sa voix gaie au réveil. Je monte jusqu'à sa chambre. Elle est faible et souriante. Nous disons quelques mots ordinaires. Elle ne peut plus descendre seule l'escalier. Je la prends dans mes bras. je soulève son corps infiniment léger. Sa main gauche s'accroche à mon épaule, elle glisse autour de moi son bras droit et dans le creux de mon cou je sens la présence tendre de sa tête nue. Me tenant à la rampe, la portant, je l'emmène avec moi. Et une fois encore, vers la vie, nous descendons les marches raides de l'escalier de bois rouge« . Il nous raconte le quotidien dans les hôpitaux, les examens médicaux, les rendez-vous, les interventions chirurgicales, ses rares moments de bonheur d'une intensité folle entre deux chimiothérapies, l'inéluctable fin, cet impossible deuil. Ne nous y trompons pas, nous sommes ici face à l'un des plus beaux textes que j'ai lu dans ma courte existence, un de ceux qui marquent indubitablement le lecteur d'une trace indélébile. « A deux ans tout enfant le sait. Deux ans est le début de la fin ». Forest ne cessera tout au long du livre de faire référence au Peter Pan de James Matthew Barrie, l'un des contes préférés de la petite Pauline. Cela rejoins ma note précédente et montre combien ses contes ont une portée bien plus violente et symbolique que l'on a bien voulu le laisser croire (Disney n'est pas pour rien dans cette perception erronée). L'auteur écrit d'ailleurs (p.14)Notre histoire est un conte semblable de terreur et de tendresse qui se dit à l'envers et comme par la fin : ils étaient mariés, ils vivaient heureux, ils avaient une enfant…« Ils nous adressent une sorte de message (p.48) « (…) qui ne voient rien du monde de douleur véritable où ils passent tandis que d'autres restent« . Si vous devez lire un livre sur ce douloureux sujet, je ne peut que vous le conseiller, un sujet que je n'arrive d'ailleurs pas à m'expliquer, moi « l'homme de foi » je reste perdu face à cela, je n'ai pas les mots, c'est comme si un cri voulait s'échapper mais qu'il ne sortait pas… J'ai choisis pour terminer ma courte chronique sur ce livre si beau, je suis presque gêné d'utiliser ce terme de « beau » pour parler de ce livre tant le sujet, la matière du livre est-elle terrible, affreuse, sans mot pour la nommer, j'ai choisis vous dis ai-je quelques passages du roman qui m'ont particulièrement plus : « Un roman est une entaille faite dans les bois du temps ». (p.131) ; « Les mots comme les êtres sont en partance pour le néant qui les guette. (…) Tous les livres s'écrivent au futur antérieur et disent j'aurais été. » (p.132) ; « Un corps grandit dans la matrice impensable d'un ventre . Un jour il fait surface dans la durée commune puis il vit sa vie de corps, jour après jour. Un autre jour vient, on lui ferme es yeux, on le descend dans la terre dont on nous dit que silencieusement elle accomplit son travail à l'envers, défaisant les chairs, libérant les os, soufflant enfin toute cette poussière d'être ». (p.139) ; « La mort est ce par quoi nous découvrons le temps ». « C'est par la naissance que la mort est entrée déjà dans notre vie » (p.140) ; Et voici le passage le plus émouvant selon moi du livre, toujours en référence au Peter Pan « L'enfant a laissé son ombre dans ma chambre. Je l'ai rangée dans le tiroir où dort le manuscrit que je sors à la nuit tombé. (…) Elle se penche par dessus mon épaule tandis que je trace ces lignes. Elle lit ». (p.152).
Lien : https://thedude524.com/2008/..
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Yorick_CDI
  25 août 2014
Pauline est une toute petite fille lorsque ses parents apprennent qu'elle est atteinte d'un cancer. Philippe Forest, universitaire, raconte la mort de son enfant, depuis les premiers signes de la maladie jusqu'aux derniers jours.
Le livre est-il une façon acceptable de faire le deuil? de redonner encore un peu vie, dérisoirement, à l'enfant mort? L'écrivain se pose ces questions-là, il les formule, il donne corps à cette douleur innommable et à cette absence béante tellement scandaleuse. Il écrit. Malgré tout. Et le livre est d'une force tragique inouïe.
Cette lecture est forcément douloureuse. Nous entrons dans la chambre de Pauline, nous écoutons les histoires de Peter Pan (ses préférées) et tous les personnages de contes qui peuplent ses rêves enfiévrés, nous contemplons interdits, l'horreur, l'hôpital, et au milieu la douceur, l'amour, de la petite fille.
Philippe Forest revient sur la mort de son enfant dans le livre Toute la nuit.
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Rodzina
  09 mai 2016
C'est un livre que j'ai personnellement trouvé très beau, le plus beau de ses livres. Cependant j'ai pu remarquer en partageant mon avis avec des personnes concernées, que l'auteur fait preuve de longueurs à plusieurs reprises. le réalisme n'est pas exacerbé naturellement. On perçoit que l'auteur écrit avec une grande pudeur, une apparence presque lâche, ce qui à tendance à produire un manque de réalisme. Je pense que cela découle de la formation de l'auteur, qui duplique un style littéraire classique. D'ailleurs Philippe Forest s'autocritiquera lui-même, dix ans après, dans tous les enfants sauf un.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
patatarte2001patatarte2001   06 juin 2014
Lorsqu'elle décide tranquillement et sans y faire attention de ne pas se couvrir la tête, on jurerait qu'elle a choisi en toute conscience de braver la bêtise, de mépriser la morbide curiosité de ceux qui, sans pudeur ni pitié, la suivent des yeux. Je l'admire et, en somme, elle le sait.Il y avait eu tant d'amitiés, de brouilles, de réconciliations, tant de guerres livrées, gagnées, perdues dans la cour de récréation, tant de complots d'affection ; tant d'évènements dérisoires et décisifs étaient venus remplir la coquille vide des matinées et des après midi .Le temps de l'enfance est si lent, si généreusement ouvert à la lourde poussière du présent. Une semaine y est un siècle ; une année est une éternité où s'efface tout souvenir.J'en étais certain, Pauline retrouverait vite sa place parmi ses camarades. Mais elle n'habitait visiblement plus tout à fait le même monde. Elle était passée dans une autre dimension. La maladie l'avait mûrie. Elle l'avait fait passer à travers une somme inconcevable d'expériences surmontées. Projetée dans le futur intouchable de la mort, elle logeait désormais dans un lointain troublant où elle ne cessait pourtant pas d'être aussi une toute petite fille. Plus loin que ses camarades, plus loi que l'institutrice, plus loin que ceux qui l'avaient soignée, plus loin que ceux qui lui avaient donné le jour. Et quelque chose lui manquait qui la tenait à l'écart des autres petits. Elle n'avait pas partagé leur vie des derniers mois. Elle n'avait fêté en leur compagnie ni son troisième ni son quatrième anniversaire. Elle n'avait pas grandi comme elle aurait du grandir avec eux. Une année d'enfance lui avait été dérobée. Il n'y avait personne à qui elle aurait pu réclamer cette année perdue. Quel que soit l'avenir, ce creux resterait dans le temps de son passé. Il lui interdirait de connaître l'addition uniforme des jours par laquelle les autres vieillissent. Elle resterait toujours l'enfant à qui manque une année.
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patatarte2001patatarte2001   06 juin 2014
En milieu hospitalier, la contagion la plus crainte est celle du désespoir. Pour lutter contre elle, on use de l'asepsie du silence ou du mensonge. Ceux qui vont mourir on ne leur accorde pas même le droit de perdre l'espoir. On leur explique que jusqu' au bout, les soins ne cesseront pas. Quels « soins » ? Il ne faut pas leur demander. Les enfants qui pleurent, on veut les voir surmonter leur chagrin, ne pas se laisser aller et, le matin, prendre courageusement le chemin de la salle de e ou de la salle de jeu. Des adolescents préparent des examens qu'ils ne passeront jamais. Des fillettes font par dizaine des dessins inutiles. L'important est que tourne la ronde des jours sans que personne ne s'interroge sur elle. Il faut colmater la brèche. Un hôpital est un navire calme dans la tempête. L'eau noire du doute ne doit pas envahir les soutes. Il sombrerait. La société est là toute entière : la dépression est obligée, le désespoir est interdit. Cela prend même l'allure d'une belle loi scientifique. : dans une société donnée, le mensonge de la dépression se répand à mesure que se trouve prohibée la vérité du désespoir
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vdavda   24 mars 2018
La longue année où mourut notre fille fut la plus belle de ma vie. Il n'y en aura jamais de semblable. Quoi que réserve l'avenir, nous ne serons plus ensemble tous les trois. Et même l'angoissante routine des traitements, la terreur répétée des examens, nous ne la connaîtrons plus. Cette douceur dans l'horreur nous sera ôtée. Nous n'avions de cesse de fuir l'Institut mais nous ne pourrons plus passer devant ses grilles sans éprouver le désir violent de presser le pas, de courir jusqu'au dernier étage, d'entrer dans la chambre où Pauline, depuis trop longtemps nous attend sans doute. Puis, tout à coup, nous nous arrêterons, nous nous dirons seulement : C'est vrai, sans pouvoir le croire et nous tournerons lentement au coin de la rue.
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vdavda   24 mars 2018
La plus belle invention de l'humanité ? incontestablement, la morphine. L'oubli, chimiquement garanti, de la chair lorsqu'elle crisse, grince et crie, l'endormissement offert dans la terreur de l'insomnie, le rideau blanc tiré sur la peine, quand on donnerait tout pour que cesse, un instant seulement, le travail d'horreur de la maladie.
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jaunayjaunay   15 février 2011


lecture très difficile pour qui a vécu le sujet du livre....
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