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ISBN : 2742774130
Éditeur : Actes Sud (02/04/2008)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 36 notes)
Résumé :
Les personnages de ce roman sont des Américains, employés par des multinationales qui essaiment dans les régions les plus névralgiques du globe. Entre aéroports et cités millénaires, ils apprennent à côtoyer la menace du terrorisme des années 1970.

L'un de ces nouveaux nomades, entraîné par sa fascination pour une secte criminelle et par sa passion pour la mystique du langage, se livre à une périlleuse enquête qui donne peu à peu un double spectacle ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
SZRAMOWO
  06 juin 2015
Il n'est pas indifférent au lecteur « honorable » (il me parait bon de préciser que de mon temps la méthode globale n'était pas encore en vigueur pour l'apprentissage de la lecture), de souligner que le narrateur du roman :
1* commence par dire :
« Je suis longtemps resté à l'écart de l'Acropole. Elle m'intimidait cette roche sombre. Je préférais errer dans la ville moderne, imparfaite, assourdissante. »
2* Enfonce le clou en précisant :
« Que d'ambiguïtés dans les choses exaltées. Nous les méprisons un peu. »
A mon sens, la clé du roman se trouve essentiellement (existentiellement ?) dans ces cinq phrases. On pourrait presque en terminer la lecture et se contenter d'évaluer sa propre conception de la civilisation, de ce que nous ont apporté nos prédécesseurs et de ce que nous apportons, de ce que nous apporterons, nous, héritiers improbables de ceux qui ont construit l'Acropole et aussi d'une certaine façon, notre mode de pensée.
Leur faisons-nous honneur d'être venus au monde ? Je ne répondrais pas.
Pour cette raison, « Les noms », traduction littérale de « The names », mérite toute notre attention.
Certes, on peut aussi s'esbaudir sur la fatuité, la vacuité et la vulgarité de ce groupe « d'expats » made in USA, retranchés « sur les bas versants du Lycabette », à la limite de l'obésité, obsédé(e)s à l'idée de se taper un ou une collègue, incollables comme un Baedeker rouge (en fait le Baedeker est bleu je crois) question transport, hôtel, restaurant, sécurité de l'étranger et bonnes affaires.....
Le narrateur, James, sort de cette fausse quiétude, un paradis artificiel financé à coup de somptueux per-diem, et retrouve sa femme et son fils à Kouros. (Vous savez cette île des Cyclades dont Yves Saint Laurent a piqué le nom pour le donner à un de ses parfums.)
Katryn et Tap, vivent dans un monde minéral, un monde de réalité immédiate, avec Owen, le nouveau compagnon de Katryn, la femme que James a quitté ou par laquelle il s'est fait larguer.
A nouveau il est question de noms, de caractères (au sens typographique) , de langage. Nous nous demandons alors :
3° Une langue qui sert à décrire un horaire de compagnie aérienne, à lire le tarif d'un restaurant, est-elle véritablement la langue de la civilisation ? Je ne répondrais pas non plus !
Tap, le jeune garçon, fils de James, écrit des romans d'aventures, apprends le Grec, s'exprime en langue ob, (en ob, bonne nuit se dit bobnne nobuit), une langue inventée par sa mère et ses soeurs alors qu'elles étaient enfants.
Katryn est devenue archéologue par choix, après sa séparation :
« Elle était saisie de la pure lumière d'une vision de grand saint. Elle allait tamiser de la terre sur une île de la mer Egée. » dit James de façon perfide et peu loyale.
Elle répond plus loin (page 105) :
«Personne ne se limite à creuser.»
Elle trouve-là le moyen de s'opposer à son mari dont elle a dressé par écrit la liste « des 27 perversités » avant de se décider à divorcer.
D'Owen Brademas, le nouveau compagnon de Katryn, James dit :
« Peut-être prenions-nous cette effrayante vie intérieure pour une forme d'honnêteté dévastatrice, quelque chose d'unique et courageux, un état auquel nous avions la chance d'avoir échappé. »
Rendons justice à James, s'il est à l'aise avec ses compagnons de travail, il leur en remontre question tarifs de restos, heures de vols, jogging, dragage de collègues et tutti quanti, mais il cherche à se mettre volontairement en danger, il se place délibérément du côté du doute en revoyant sa femme son fils et Owen.
Il cherche, il cherche mais il ne sait quoi ni quand et comment il va le trouver. Il regarde ce monde et depuis sa place confortable il l'expertise, l'évalue.
Entre Katryn et James les différences sont abyssales (au propre comme au figuré) :
Katryn «fouille la terre», pour ressusciter des civilisations anciennes, James fait «des mises à jour de politiques comme on dit.», croisant des statistiques improbables sur des pays à conquérir ou à faire rentrer dans le giron des USA (nombre de prisonniers, % d'étrangers, salaires des généraux de l'armée, sommes d'argent versées au clergé etc....- page 51)
Katryn fait sortir de terre ce que les civilisations plus récentes ont enfouies, James veut enterrer les derniers vestiges des civilisations et faire entrer leurs descendants dans les délices sucrés et ouatés du rêve américain.
A y regarder de plus près, on dépasse la logique de confrontation apparente dans laquelle Katryn, Owen Brademas et James, sont enfermés. Au fond, ils font oeuvre de civilisation, chacun à leur manière, utilisent des méthodologies comparables, des outils identiques, mais leurs objectifs ne sont pas les mêmes.
«Déchiffrer, découvrir des secrets, relever la géographie du langage........ce que disent les pierres, après tout, c'est bien souvent de la routine.», dit Owen.
«...il semblerait nettement (avoue-t-il encore) que les premiers écrits aient été motivés par le désir de tenir des comptes.»
Cette quête nous renvoie à celle que nous menons innocemment (?) inconsciemment (?) lorsque nous nous déplaçons dans des contrées reculées pour retrouver le dénuement, l'extrême, l'extase, afin de mieux supporter les contraintes de la civilisation connectée et déshumanisée dans laquelle nous vivons.
Les expats de Don de Lillo font de même. Ils ont de ces lubies comme en ont les touristes lâchés à l'étranger, se baigner nus ou habillés selon..., boire à s'en rendre malades, montrer de la sympathie aux autochtones en laissant des pourboires royaux et prononcer des phrases pleine de compassion mais inutiles, le plus souvent en baragouinant la langue du pays avec un sourire niais sous leurs yeux complaisamment admiratifs.
« Je commençais à me voir comme un éternel touriste. Cela avait quelque chose d'agréable. Etre un touriste, c'est échapper aux responsabilités. Les erreurs et les échecs ne vous collent pas à la peau comme il feraient normalement.»
«Ma vie était pleine de surprises routinières.»
4° Et l'Acropole resurgit comme le cauchemar athénien de James, son ami Georges l'interroge (Page 73) :
Qu'est-ce-qu'il y a donc là haut que je doive absolument voir ?
Tu vas bien à Naples pour voir des peinture cochonnes.
Je vais le sauter, dit-il. Rien d'intéressant.
James regarde sa communauté de l'extérieur, ils sont comme des pièces rapportées, usant leur salive à répéter «inlassablement les mêmes histoires, avec les mêmes gestes et les mêmes intonations.». Dick Borden «passait la majeure partie de son temps dans le Golfe.». Dot, son épouse, «toujours prête à organiser des expéditions pour se procurer des produits de marque américaine.»
La première partie du roman décrit la vie de James en Grèce, tiraillée entre :
la communauté des expatriés, (Athènes) sa volonté de s'en extirper (mais au fond c'est cette capacité à comprendre les Grecs qui le rend attractif aux yeux des autres américains)
la famille (Sur l'île de Kouros) dont il s'est séparé et avec laquelle il veut conserver des liens, s'ils ne sont affectifs, au moins de raison,
son envie de découvrir la Grèce, d'apprendre la langue, de réaliser un voyage seul face au pays, sa langue, sa culture, ses traditions.
Il nous livre quelque confidence qui nous montre combien il est différent, spécifique, ailleurs :
Il regrette que son père «n'ait pas connu «cette cave à Athènes où il va quelquefois avec David Keller.» (page 48)
«Je crois que le plaisir est plus dans l'instant que dans la chose» (page 82)
«A mon avis les Américains ne voient les autres qu'en temps de crise.» (page 84)
Il voit Athènes, qu'il ne veut pas réduire à l'Acropole, grandir et sortir de son histoire ancienne :
«A mesure que la vielle s'agrandissait, elle allait engloutir l'amertume de l'histoire qui l'entourait jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien d'autres que des rues grises., des immeubles de six étages avec leur lessive claquant du haut du toit. Puis je me rendis compte que la ville même était une invention des gens de ces endroits perdus, des gens recasés de force, fuyant la guerre et les massacres et se fuyant les uns les autres, affamés, en quête de travail. Ils étaient exilés chez eux, à Athènes qui s'étendait vers la mer et les collines jusque dans la plaine de l'Attique, cherchant sa voie. Une rose des vents de la mémoire.» (Pages 146 et 147)
Lors de son séjour à Kouros, Owen lui a parlé d'étrangers occupant des grottes dans une partie isolée de l'île, avec lesquels il a échangé à propos de ses recherches sur la langue grecque, les inscriptions sur les murs des vestiges et les signes de l'alphabet.
«La conversation est la vie, le langage est ce qu'il y a de plus profond dans l'être.»
« Il existe une étroite chaleur de proximité dans les noms et les images.»
James voit dans ces gens la quintessence de sa recherche, et de celle d'Owen et Katryn, ils ont tout abandonné pour vivre une vie dénudée de toutes apparences, une vie à l'état «primal», sans aucunes justifications de nature sociale, économique, familiale ou politique.
Ce qui rapproche Katryn, Tap, Owen et James est leur proximité d'une institution, culturelle, scientifique non lucrative pour les premiers, économique, politique et tournée vers le profit pour le second.
les habitants de la grotte (appelons-les comme cela pour l'instant) sont unis par une promiscuité qui leur fait partager le quotidien dans ses aspects les plus triviaux, et le langage qu'ils utilisent pour communiquer.
Qui sont-ils ? James les redoute, mais ils l'attirent. L'accusation de secte lui vient aussitôt à l'esprit, quand il en parle avec Owen. Réaction primaire lorsque l'on ne comprend pas le comportement de ses semblables.
Parleriez-vous de culte, à leur sujet ?
Ils partagent un intérêt ésotérique.
Ou de secte ?
Vous avez peut-être raison. J'ai eu l'impression qu'ils faisaient partie d'un groupe plus vaste, mais j'ignore si leurs idées, ou leurs coutume sont issues d'un corpus philosophique plus ample.
Et ensuite ? demandai-je.
Un premier crime est commis dans l'île, dans des conditions atroces ; et de façon insidieuse, l'existence de ce groupe est reliée à ce crime. (page 113)
Je pense qu'ils sont sur le continent. Dit Owen
Ils ont dit quelque chose sur le Péloponnèse.
Est-ce une chose dont il faudrait avertir la Police ?
Je ne sais pas, qu'en pensez-vous ?
Désormais l'intérêt de James pour ce groupe et pour les crimes que ses membres sont censés avoir commis va constituer sa principale préoccupation.
D'autres que lui éprouvent le même intérêt pour ces gens, Owen Brademas bien sûr, mais aussi un ancien ami commun à lui et Kathryn, Frank Volterra.
Désormais, il ne sera plus seul dans sa quête pour comprendre ces gens, mettre à jour leur identité, comprendre leur philosophie, identifier leur objectif, décoder les motivations des crimes qu'ils commettent, pour autant qu'ils en soient les auteurs.
Cette quête sans aboutissement répondra-t-elle à ses questions, difficile de répondre à cette question. James lui-même revient à Athènes avec plus de questions qu'il n'a de réponses.
Comme dans ses autres romans, Don de Lillo nous éloigne de l'image onirique des USA, notre rêve d'Européen, et nous plonge dans une réalité plus grise et plus réelle de ce pays. Pour autant il ne s'agit pas d'une littérature pessimiste ou du déclin. Il mesure simplement l'écart existant entre les hommes d'une nation riche et puissante et le reste de l'humanité, puissance contre impuissance, incapacité à lire le malheur des autres contre révolte, propension à renvoyer le reste de l'humanité à sa propre responsabilité contre empathie et compassion.
Cette lutte à l'échelle planétaire se retrouve souvent chez Don de Lillo dans l'intime de ses personnages.
A lire même si parfois cette lecture s'apparente à une épreuve parce qu'elle nous tend le miroir à peine déformant de notre propre incapacité à trouver un sens à la vie.
Je laisse la conclusion à James :
«Boire et manger, tel était le noyau de presque tous les contacts humains que j'avais en Grèce et dans la région.»
«Ta Onómata »
« Ils font partie des gens que j'ai essayé de connaître deux fois, la seconde fois par la mémoire et le langage. Et à travers eux, moi-même. Ils sont ce que je suis devenu, par des chemins que je ne comprends pas mais qui, à mon avis, aboutiront à une vérité circulaire, une seconde vie aussi bine pour moi que pour eux.»
A lire et à relire à tout prix


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strummer
  12 avril 2014
C'est un petit ovni ce livre du Grand Don, il y a plusieurs personnages dont un couple de new-yorkais moderne comme l'on pouvait l'être dans les années 70, on suit leurs pérégrinations, celle du mari qui flirte avec le terrorisme, sa femme en vacances bien méritées dans le Maine avec un couple d'amis homosexuels.
Leurs histoires qui les feront dévier de leur quotidien (boire des verres le soir, zapper, parler de tout est de rien) les feront rentrer dans une ère nouvelle, la fin des années 70 pleines d'illusions et d'espérances dans le cynisme des années 80.
Ici l'histoire n'a que peu d'importance, les dialogues sont le grand attrait de ce roman, tantôt poétiques voire oniriques, complètement loufoques et plein de non-sens.
Encore une fois Don prouve qu'il sait tout faire et tout écrire
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polarKP
  22 avril 2014
Les noms est le premier et le dernier livre de Don Delillo que je lis ! J'avais entendu parler de cet auteur américain dont le genre de littérature était des romans géopolitiques et mystérieux, parfois même fantastiques et apocalyptiques. J'ai donc naturellement été tenté. Et bien mal m'en a prit ! Car lire ce bouquin a été un calvaire indicible pour moi, et le finir un vrai supplice ! C'est l'histoire d'un homme, un Américain, qui s'en va retrouver sa femme et son fils en Grèce, durant ce passage où il sera amené à mener une enquête sur un meurtre commis par une tribu indigène et mystérieuse. C'est la trame principale de l'histoire, mais une histoire qui va vite devenir chaotique et incompréhensible, à cause de la non maîtrise de la narration de l'auteur ! Et pourtant Don Delillo semble être un écrivain dont le talent est particulierement reconnu dans la sphère littéraire... Mais est-ce pour autant que je ne dois pas le critiquer ou remettre en question un aspect de son talent ? Et bien je me permets de critiquer cet auteur, et de le critiquer négativement ! Parce que son livre, ici Les noms, que j'ai lu l'année dernière, m'a démontré plusieurs choses accablantes concernant cet auteur italo-américain : la première et la principale, c'est que l'auteur fait preuve effectivement d'un manque de maîtrise flagrant de la narration, où il s'en va nous raconter plusieurs choses à la fois, passant d'une histoire à une autre, et d'un lieu à un autre, accumulant des hors sujets à n'en plus finir ! Alors que son idée de départ (l'enquête sur un meurtre par une tribu indigène et l'apparition d'un rituel mystérieux entourant ce meurtre) était pourtant originale et suscitait la curiosité. Mais l'auteur n'a pas su raconter son histoire ! Il s'est mêlé les pinceaux comme à la manière d'un mauvais peintre, créant alors un récit en forme de bouillie inmangeable et sujet à la répulsion ! Les noms devient un récit incompréhensible, où le lecteur se perd dans des chemins divers comme s'il se perdait dans un labyrinthe ! Impossible de retrouver le fil d'Ariane ! C'est l'incompréhension totale. Et la lecture de ce livre donne la migraine tant le lecteur sent sa tête sur le point d'exploser à force de réfléchir pour essayer de comprendre de quoi parle le livre... Il faut une sacrée dose de courage et de volonté pour terminer la lecture de cette bouillie inextricable et sans saveur. Même en le relisant, je doute fortement que le lecteur finisse par comprendre quelque chose... En vérité, Don Delillo s'est lui même perdu en chemin en écrivant ce livre ! C'est uniquement parce qu'il s'agissait de mon premier livre de Don Delillo que je suis allé jusqu'au bout, mais en y allant tout de même avec des béquilles, pour finir sur un fauteuil roulant ! Un livre sans aucune maîtrise de l'écriture et de la narration de son auteur ! A éviter à tout prix.
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Corboland78
  26 mars 2012
L'écrivain américain Don DeLillo nous a habitué depuis longtemps à ses gros livres touffus qui mêlent les époques et brassent les idées. Se plonger dans l'un de ses pavés s'est s'immerger dans sa vision du monde, sous forme de métaphores où s'enchevêtrent aujourd'hui et hier pour mieux nous parler de demain.
Avec ce roman, Les noms, paru en 1982 aux Etats-Unis mais traduit en 1990 pour la France, l'auteur nous livre sa version de la place de l'Amérique dans le monde. « L'Amérique est le mythe vivant du monde ». le monde vu par l'Amérique, l'Amérique vue par le monde à travers cinq cents pages d'un roman politique et méandreux, complexe à appréhender.
Le livre se déroule autour de la Méditerranée et au Moyen-Orient comme dans les romans d'espionnage, car la zone est riche en Histoire, conflits larvés ou actifs, peuples divers, nomades ou sédentarisés. Régions des débuts et peut-être de la fin pour l'Homme, terres des langues ancestrales et millénaires. Des employés Américains de grandes multinationales naviguent entre ces différents pays, rédigeant des rapports et des analyses sur la situation géopolitique pour anticiper les évènements qui pourraient perturber les cours des matières premières et énergétiques. A Beyrouth ou Athènes, ils ont leurs habitudes, leurs points de chute. L'un d'eux va se laisser entraîner dans une enquête suite à un meurtre rituel qui va le mettre sur la piste d'une secte qui a le culte des mots. le nom de votre ennemi est inscrit sur une poterie, on brise la poterie, plus de nom donc plus d'existence. « Voilà ce que nous apportons au temple, non pas des prières ou des incantations ou des béliers sacrifiés. Notre offrande est le langage ».
Un livre dense, pas facile à lire. Difficile de suivre les protagonistes, la chronologie des évènements et les idées. Néanmoins un roman fascinant pour ceux qui acceptent de se laisser entraîner par le rythme des mots, quitte à perdre pied durant plus phrases avant de refaire surface à la page suivante. Personnellement je n'ai que moyennement adhéré à la narration et ce n'est pas mon bouquin de Don DeLillo que je préfère, mais il faudrait le relire au moins une fois de plus pour donner un avis sensé.
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ClarenceM
  28 janvier 2017
Loin de leur base filiale, des travailleurs américains gravitant entre la Méditerrané, le Proche et le Moyen Orient se retrouvent à Athènes pour échanger. Mais quel est le lien entre ces personnages? Quelles sont leurs véritables activités? Avançant à tâtons sous un soleil aveuglant, l'intrigue s'étire et revêt une opacité inquiétante.
Le passé du personnage principal est trouble et ses préoccupations sont peu avouables. Il a une femme qui a voulu le tuer et qu'il trompe, un enfant écrivain qui a déjà pris la place du père. Et puis il y a cette organisation secrète que le narrateur cherche à sonder et qui repose sur des principes ambigus, à la fois archaïques et complexes. Elle se fonde sur les sacrifices humains et entend se développer en usant du pouvoir du langage.
Si les américains sont aujourd'hui en danger dans certains pays étrangers, c'est parce qu'ils incarnent une matérialité exubérante qui s'oppose à la spiritualité orientale ou européenne. Autant je n'avais pas décelé le côté «prophétique» du roman Soumission de Houellebecq, autant ici on ne peut qu'admirer l'auteur pour son observation fine et avisée des intérêts géopolitiques dans ces régions instables du monde.
Associé à son style dépouillé, un brin décousu mais qui témoigne d'une grande profondeur, Delillo n'atteint pas ici le sommet d'Outremonde mais propose quand même une oeuvre puissante et singulière.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Corboland78Corboland78   26 mars 2012
Le monde es tellement grand. On nous répète sans cesse qu’il rapetisse. Mais ce n’est pas vrai. Tout ce que nous apprenons à son sujet le rend plus grand. Tout ce que nous faisons pour compliquer les choses le rend plus grand. Ce n’est qu’une vaste complication. Un vaste embrouillamini. Elle se mit à rire. Les communications modernes ne rétrécissent pas le monde, elles l’agrandissent. Les avions rapides l’agrandissent. Ils nous donnent davantage, ils relient plus de choses entre elles. Le monde ne rétrécit pas du tout. Ceux qui prétendent qu’il rétrécit n’ont jamais volé sur Air Zaïre dans un orage tropical. Je ne savais pas ce qu’elle entendait par là, mais cela avait l’air drôle. Cela lui parut drôle aussi. Elle était forcée de parler par-dessus son fou rire. Rien d’étonnant à ce que les gens retournent à l’école pour apprendre s’étirer et se courber. Le monde est si grand et si compliqué que nous n’avons plus confiance en nous-mêmes pour comprendre quoi que ce soit. Rien d’étonnant à ce que les gens lisent des livres qui leur disent comment courir, marcher, s’asseoir. Nous essayons de rester au courant du monde, de sa taille, de ses complications.
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LesHeuresLesHeures   22 octobre 2017
Et tout cela, le château, les pierres, les inscriptions, se trouve à mi-chemin entre Zarqa et Azraq. Aux yeux d'Owen, de quelqu'un ayant la tournure d'esprit d'Owen pour relever ces choses, ces noms se repèrent tout de suite comme des anagrammes. Voilà ce qu'il voulait dire aux gens des collines. Comme il était étrange, voulait-il leur dire, que l'endroit qu'il cherchait, ces ruines évocatrices et saccagées, fût situé entre deux piliers parfaitement jumeaux - des noms de lieux employant les mêmes lettres, suivant un ordre différent. Et c'était précisément une réorganisation, une reconstruction qui se faisait à Qasr Hallabat. Archéologues et ouvriers s’efforçant de remettre en place les blocs de pierre.
Le minuscule infini de l'esprit, ainsi Owen définissait-il tout cela.
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Bruno_CmBruno_Cm   20 février 2017
Tandis que nous riions, je me demandais si je pourrais jamais revoir ces deux amis sous le même jour. Peter les avait modifiés non seulement par ce qu'il avait dit, mis par la simple extension physique des personnages locaux qu'ils représentaient. Il était,l'apogée, la révélation de l'effet complet. Il connaissait les liaisons de sa mère, les faiblesses de son père, et d'une certaines manière, il me faisait l'effet de m'avoir volé ces choses. Je souhaitais l'oublier, oublier la saillie de son visage, son air curieusement démodé, sa voix où perçait pour lui seul une note geignarde.
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Bruno_CmBruno_Cm   20 février 2017
- En ce siècle, l'écrivain entretient une conversation avec la folie. On pourrait presque dire de l'écrivain du vingtième siècle qu'il aspire à la folie. Certains y sont parvenus, bien sûr, et ils tiennent une place particulière dans notre considération. Pour un écrivain, la folie est une distillation finale du soi, une mise au point définitive. C'est l'extinction des voix fausse.
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Bruno_CmBruno_Cm   20 février 2017
Les objets sont ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne pouvons pas devenir par extension. Les gens fabriquent-ils des objets pour définir les limites du soi ? Les objets sont les limites dont nous avons désespérément besoin. Ils nous montrent où nous prenons fin. Ils dissipent notre tristesse, momentanément.
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Videos de Don DeLillo (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Don DeLillo
"Fou" de Christopher Moore. Editions L'Oeil d'Or "Héros Ordinaires" de S.G. Browne. Editions Agullo "Zero K" de Don DeLillo. Editions Actes Sud
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