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ISBN : 2072779456
Éditeur : Gallimard (24/05/2018)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 50 notes)
Résumé :
Ces commentaires pourront servir à écrire un jour l'histoire du spectacle ; sans doute le plus important événement qui se soit produit dans ce siècle, et aussi celui que l'on s'est le moins aventuré à expliquer.
En des circonstances différentes, je crois que j'aurais pu me considérer comme grandement satisfait de mon premier travail sur ce sujet, et laisser à d'autres le soin de regarder la suite. Mais, dans le moment où nous sommes, il m'a semblé que personn... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
colimasson
  30 juillet 2018
Les Commentaires sont publiés en 1988, une vingtaine d'années après la publication de la société du spectacle. « En des circonstances différentes, je crois que j'aurais pu me considérer comme grandement satisfait de mon premier travail sur ce sujet, et laisser à d'autres le soin de regarder la suite. Mais, dans le moment où nous sommes, il m'a semblé que personne d'autre ne le ferait. » La société du spectacle fonctionne bien. C'est justement ça le problème. Que l'inconscient soit une notion phare du 20e siècle n'est sans doute pas une coïncidence. Dans certaines circonstances, toute prise de pouvoir individuelle peut se dissoudre en se laissant subordonner par une entité qui remplit les amphores assoiffées de nos âmes par des produits de contrefaçon confectionnés en série dans les laboratoires de la société du spectacle. Des informations qui parlent de ce qui n'est pas important pour éviter de parler des choses primordiales ; des oeuvres anciennes retouchées selon les codes culturels du moment pour faire plus vrai ; des états d'urgence à répétition pour légitimer l'instauration d'une surveillance généralisée ; la falsification des mots, des normes et des figures du pouvoir ; l'impression d'une fête continue qui donne la gerbe aux plus emmerdants, dont nous faisons partie si on reconnaît dans le texte de Debord la fatigue assommante qui transfigure son texte.

Debord écrit : « On pourrait dire un jour, si cela paraissait souhaitable, que cet écrit est une entreprise de désinformation sur le spectacle ; ou bien, c'est la même chose, de désinformation au détriment de la démocratie. » Pour le prendre à revers, on n'a jamais rien entendu de mal sur ce qu'il a écrit concernant la société du spectacle. Rien de franchement mal en tout cas. La société du spectacle aime même y faire référence pour avoir l'air de ne pas y toucher. La désinformation prend aussi la forme d'une semi-ignorance. On croit connaître des choses mais ce ne sont que des poussières de lucioles anonymes dans le grand ciel étoilé de ceux qui font le jour et la nuit.
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belcantoeu
  15 juillet 2018
Merci à Babelio et à la collection Essais Folio de m'avoir envoyé ce livre dans le cadre de la Masse critique. J'ai mis un peu de temps à le commenter à cause de l'organisation du pique-nique de Babelio mais aussi parce que ce livre est difficile à commenter sans un certain recul. Son auteur est un penseur original et novateur, militant révolutionnaire imprégné (mais aussi précurseur) des événements de mai 1968, qui s'appuie en partie sur les analyses de Marx et de Lukacs tout en mettant sur un pied d'égalité totalitarisme nazi et stalinien (p. 21), ce qui me rappelle ma visite à Riga de l'intéressant «Musée des deux occupations».
Debord est né en 1931 et mort en 1994 de néphrite alcoolique. Il a signé le fameux «Manifeste des insoumis» avant que ce terme (qui relève lui-même de la société du spectacle) soit recyclé récemment par un mouvement politique. Son «Commentaire» (1988) sur son livre «La société du spectacle» (1967), est un regard radical sur la société. Comment l'aborder ? C'est un classique de la pensée, comme les autres titres de cette collection, mais un demi-siècle plus tard, la roue a tourné et amène d'autres problèmes (chute du Mur de Berlin et des régimes communistes, terrorisme, réchauffement du climat, résurgence des nationalismes, etc.). Certains commentaires restent pertinents, d'autres ont vieilli car la société a changé, mais le tout reste une occasion de réflexion intéressante.
Dans le fil de la pensée marxiste, Guy Debord dénonce «le règne autocratique de l'économie marchande» (p. 14), sans avoir pu prévoir qu'après la publication de son livre, tous les pays à régime marxiste ont fini par adopter l'économie de marché à l'exception notable de la Corée du Nord qui n'est ni un exemple d'efficacité économique, ni un modèle de bien-être social. Il est vrai que de Staline à Pol Pot ou à Xi, on a fait dire n'importe quoi à Karl Marx, en évitant par exemple de rappeler que c'était un grand défenseur de la liberté de la presse, aspect de sa pensée soigneusement oublié par les régimes qui se réclament officiellement de lui.
D'un militant révolutionnaire comme Debord, il ne faut pas attendre une étude sociologique très nuancée, et je ne relèverai que quelques exemples pour l'illustrer. La liberté de la presse et son pluralisme ne semblent pas exister pour lui car les journalistes sont décrits comme les «employés médiatiques» des «maitres de la société » (p. 19). A-t-il oublié que Nixon a été forcé à la démission grâce à la liberté d'une presse indépendante ? de même, les savants sont «élus par les maitres du système» (p. 59), «La médecine n'a, bien sûr, plus le droit de défendre la santé de la population contre l'environnement pathogène, car ce serait s'opposer à l'Etat, ou seulement à l'industrie pharmaceutique» (pp. 59-60), et la « science officielle» «reprend les très anciennes techniques des tréteaux forains – illusionnistes, aboyeurs ou barons» (p. 61). Arrêtons-nous à ces exemples.
A part cela, Debord a souvent un regard lucide et précurseur. Un des meilleurs exemples de ce qu'il appelle la société du spectacle, et qu'on pourrait aussi appeler la civilisation de l'image, est le «spectacle» des campagnes électorales qui sont en grande partie vidées d'idées au profit du spectacle. Chacun se rappellera à quel point le score électoral de chaque candidat est fonction de ses qualités oratoires, et le débat à peine fini, les instituts de sondage proclament le gagnant du match. On oublie les idées, on retient les bons mots et on s'égosille du cafouillage devant les fiches qu'on ne retrouve plus ou d'autres moments forts du même genre. le passage de l'écrit à l'image est un passage à l'émotionnel et à l'immédiateté («Tout, tout de suite»). Les réunions électorales deviennent des spectacles avec sono et «vedettes américaines», orateurs chargés de chauffer la salle pour celui qui livrera quelques bons mots trouvés non pas par lui mais par des professionnels de la communication. L'émotionnel est en train de tuer la réflexion et l'esprit critique.
L'un des points où je me sépare de Guy Debord (p. 23), c'est qu'il y voit un «grand complot» des industriels, alors que pour moi, la situation est pire. Depuis que les chaines télévisées, même dites de service public peuvent vendre nos cerveaux aux annonceurs, le critère de programation d'une émission plutôt qu'une autre est l'audimat. Mais ce ne sont pas les industriels qui choisissent ce que regardent les téléspectateurs, ce sont ceux-ci. C'est un problème de société et d'éducation. On regarde la finale du «Mundial» où 22 hommes-sandwichs font la publicité de tel ou tel équipementier qui revend à prix d'or ses vêtements fabriqués souvent par des enfants du Tiers-Monde pour quelques centimes. Eux, on n'en parle pas, ça ferait tâche dans le spectacle.
Un économiste chinois me disait récemment que l'Europe était vouée à la décadence car la principale préoccupation des Européens sont le loto, le sport et les feuilletons à la télévision, les jeux des smartphones, les articles sur le dernier divorce d'une starlette de série B et l'âge de la retraite.
Ce que Debord n'a pas vu, et qui est également préoccupant, c'est la montée du nationalisme, du Brexit, du chacun pour soi, du moi d'abord, loin des idéaux de fraternité entre les peuples des bâtisseurs de l'Europe au lendemain des conflits. Trump lance une guerre commerciale avec ce qu'on ne peut donc plus vraiment appeler ses «alliés». Ce n'est plus le temps du Plan Marshall. Et pour la solidarité à l'intérieur de l'Etat, c'est la même chose : les malades et les personnes âgées deviennent des postes budgétaires sur lesquels il faut trouver des économies.
Après mes réflexions à la lecture de ce livre, voici quelques citations.
«Les hommes ressemblent plus à leur temps qu'à leur père» (p. 35).
La société est «fragile parce qu'elle a grand mal à gérer sa dangereuse expansion technologique» (p. 36).
«Jamais, il n'a été permis de mentir avec une si parfaite absence de conséquence» (Là, je trouve qu'il aurait dû réviser ses cours d'histoire) (p. 38).
La démocratie «veut être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats» (p. 40).
«Tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse» (p. 46).
La «paresse du spectateur est aussi celle de n'importe quel cadre intellectuel, du spécialiste vite formé, qui essaiera dans tous les cas de cacher les étroites limites de ses connaissances par la répétition dogmatique de quelque argument d'autorité illogique» (p. 47).
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steka
  18 octobre 2012
Dès 1988, avec le concept de "Spectaculaire Intégré", Debord décrit avec une rare lucidité les nouvelles conditions de notre époque ou désormais le mensonge, la falsification, sont au coeur de la réalité sociale et des formes actuelles de la domination. Pour se donner une chance d'échapper et de pouvoir combattre cette aliénation mondialisée, encore faut il en reconnaître la nature et l'origine.
A ce jour, personne mieux que Debord n'a su en faire une description aussi exacte.
Quelques lecteurs, manquant quelque peu de distance, trouveront sans doute quelque exagération dans ce livre et ce en toute bonne foi puisqu'ils ne sont pas en mesure d'évaluer objectivement l'ampleur et le sens des transformations de la structure sociale dans son ensemble.
Il aura pourtant suffit d'une cinquantaine d'années pour que les notions de devenir humain ou de Monde commun perdent pratiquement toute saveur et tout contenu effectif; laissant chacun seul face aux lois du marché désormais mondialisé. Mais pour vivre quoi ?
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Hermite
  19 août 2013
A présent que notre nouvelle mascotte nationale est condamnée sous peu de temps à s'afficher sur tous les tee-shirts un peu de la même manière que le Che, je pense qu'il est grand temps d'évoquer deux traits fondamentaux de son oeuvre par trop oubliés :
- Ce n'est pas son moindre mérite que d'avoir mis en avant à quel point la perte du goût occupe et occupera une position déterminante dans l'évolution actuelle de la société, celle-ci évoluant dans un vase de plus en plus clos, se privant ainsi du terreau dans lequel naissent les solutions, à mesure que les idées deviennent de plus en plus inaccessibles et incommunicables.
- Concevoir une oeuvre qui soit au dessus de toute récupération n'a pas été un mince travail.
Ceci étant dit, à chacun de se faire sa propre opinion.
« […] Qu'ils sachent clairement de quels obstacles ils sont délivrés, et de quoi ils sont capables. »
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SophieWag
  29 juin 2018
Un livre qui est un essai sur notre société et tout ce qu'elle aime dans le spectaculaire: de se mettre en scène en passant par les spectacles auxquelles elle aime assister, jusqu'aux événements incongrus ou dramatiques qu'elle subit et dans lesquels il y aurait une forme de jubilation d'y avoir assisté. un essai assez facile à lire mais je préfère vraiment la lecture des romans...
Merci néanmoins à Babelio (masse critique) de m'avoir fait découvrir ce livre
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   21 août 2018
Quand l’important se fait socialement reconnaître comme ce qui est instantané, et va l’être encore l’instant d’après, autre et même, et que remplacera toujours une autre importance instantanée, on peut aussi bien dire que le moyen employé garantit une sorte d’éternité de cette non-importance, qui parle si haut.
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colimassoncolimasson   19 août 2018
La fin de l’histoire est un plaisant repos pour tout pouvoir présent. Elle lui garantit absolument le succès de l’ensemble de ses entreprises, ou du moins le bruit du succès.
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colimassoncolimasson   13 août 2018
Le spectacle organise avec maîtrise l’ignorance de ce qui advient et, tout de suite après, l’oubli de ce qui a pu quand même être connu.
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colimassoncolimasson   11 août 2018
La société modernisée jusqu’au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l’effet combiné de cinq traits principaux, qui sont : le renouvellement technologique incessant ; la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpétuel.
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colimassoncolimasson   09 août 2018
Mais l’ambition la plus haute du spectaculaire intégré, c’est encore que les agents secrets deviennent des révolutionnaires, et que les révolutionnaires deviennent des agents secrets.
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Videos de Guy Debord (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Guy Debord
Le 22.05.18, Thibault Henneton recevait Gérard Berréby dans "À voix nue" (France Culture), pour un entretien en cinq parties :
"Gérard Berréby vit de petits boulots et se met en quête : que faisaient les Guy Debord, Raoul Vaneigem et consorts avant 1968 ?
Sa première rencontre, c?est avec le poète et plasticien Gil Joseph Wolman, membre fondateur de l?Internationale lettriste : point de départ d?une généalogie des avant-gardes qui le conduira à rassembler et publier, en 1985, ses Documents relatifs à la fondation de l?Internationale situationniste. Ce qui n?a pas plu à tout le monde."
Photo : Gérard Berréby et Ralph Rumney à Cosio d'Arroscia. © Pauline Langlois.
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