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EAN : 9782070394432
208 pages
Gallimard (30/11/-1)
3.81/5   440 notes
Résumé :
Guy Debord (1931-1994) a suivi dans sa vie, jusqu'à la mort qu'il s'est choisie, une seule règle. Celle-là même qu'il résume dans l'Avertissement pour la troisième édition française de son livre La Société du Spectacle
« Il faut lire ce livre en considérant qu'il a été sciemment écrit dans l'intention de nuire à la société spectaculaire. Il n'a jamais rien dit d'outrancier. »
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Lire « La société du spectacle » n'est pas chose aisée.
Non pas que ce livre soit particulièrement difficile en lui-même, mais parce que cette difficulté tient à la nature même de son objet.
En effet, dévoilant la structure centrale de l'aliénation dans laquelle baigne la plus grande part de l'humanité depuis quelques décennies, il se heurte au fait que celle-ci a fini par croire que cela était son milieu naturel et que l'on n'avait d'autre choix que de s'y adapter.
«Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation.»
Saisir cette misère qui est la notre, dès que nous cédons à la pression dominante, c'est aussi comprendre son origine qui se trouve essentiellement dans la prise de pouvoir de la logique marchande sur toute réalité humaine. Il y a déjà 150 ans que Marx distingua dans le processus de fétichisation de la marchandise les prémices de sa prise d'autonomie et la marginalisation d'une histoire et d'une réalité humaine, devenues accessoires.
Le spectacle, pour chaque être humain, est donc avant tout cet effort pitoyable, ce reniement permanent, par lequel il essaye de devenir marchandise pour complaire à un monde qui désormais ne reconnaît plus rien d'autre.
Du point de vue de la domination, le spectacle n'est rien d'autre que l'instrument qui permet de contraindre à cette misère grâce à l'Économie politique devenant "idéologie matérialisée".
La conséquence la plus grave de la domination spectaculaire-marchande pour notre réalité humaine, celle que tout le monde peut constater aujourd’hui (souvent sans en identifier la source) est, sans aucun doute, la séparation.
Réduits par l’économie politique à se comporter eux-mêmes comme des marchandises particulières, les individus en ont adopté, plus ou moins consciemment, la logique centrale : la concurrence généralisée.
« Chaque marchandise déterminée lutte pour elle-même, ne peut reconnaître les autres, prétend s'imposer partout comme si elle était la seule. »
Chaque être humain est ainsi amené à ne voir dans les autres qu’obstacles à sa prépondérance et donc, d’une certaine manière, des ennemis.
Alors même que chacun cherche désespérément la reconnaissance de sa particularité, la logique marchande l’oblige pour sa part à ne pouvoir reconnaitre personne.
La réussite individuelle, si chère à cette forme de société, occulte aussi le fait que ce n’est qu’en tant que marchandise qu’elle trouve à se réaliser.
La boucle est bouclée, toute possibilité d’un monde Commun est anéantie. Le spectacle est cette misère qui nous ronge tous, sans exception, dans une séparation qui semble sans issue.

C'est donc en fonction de ce que chacun a pu et su construire comme autonomie de pensée, en contradiction à ce carcan idéologique, qu'il jugera de l'importance de l'effort nécessaire pour lire et comprendre ce livre; ou trouvera plus simple de le juger comme nul et non avenu.
Aussi, il n'est guère surprenant qu'au stade actuel de l'aliénation sociale décrite en cet ouvrage majeur et 50 ans après sa parution, beaucoup ne puissent littéralement plus comprendre de quoi il parle puisque, comme le notait déjà La Boétie : « Toutes choses deviennent naturelles à l’homme lorsqu’il s’y habitue. La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. »
En 1969, Debord fit parvenir à la section italienne de l'Internationale Situationniste, à l'occasion de la parution de l'édition italienne de ce livre, des éléments pour une « brève note introductive au Spectacle » qu'il ne semble donc pas superflu de reproduire ici :

« Le premier chapitre expose le concept de spectacle.
Le deuxième définit le spectacle comme un moment dans le développement du monde de la marchandise.
Le troisième décrit les apparences et contradictions sociopolitiques de la société spectaculaire.
Le quatrième, qui tient la place principale dans le livre, reprend le mouvement historique précédent (toujours en allant plus de l'abstrait vers le concret), comme histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire. C'est un résumé sur l'échec de la révolution prolétarienne, et sur son retour. Il débouche sur la question de l'organisation révolutionnaire.
Le cinquième chapitre, " Temps et histoire", traite du temps historique (et du temps de la conscience historique) comme milieu et comme but de la révolution prolétarienne.
Le sixième décrit "le temps spectaculaire" de la société actuelle en tant que "fausse conscience du temps", une production d' "un présent étranger" perpétuellement recomposé, comme aliénation spatiale dans une société historique qui refuse l'histoire.
Le septième chapitre critique l'organisation précise de l'espace social, l'urbanisme et l'aménagement du territoire.
Le huitième rattache à la perspective révolutionnaire historique la dissolution de la culture comme monde séparé, et lie à la critique du langage une explication du langage même de ce livre.
Le neuvième, "L'idéologie matérialisée", considère toute la société spectaculaire comme une formation psychopathologique, le summum de la perte de réalité, laquelle ne peut être reconquise que par la praxis révolutionnaire, la pratique de la vérité dans une société sans classes organisée en Conseils, "où le dialogue s'est armé pour faire vaincre ses propres conditions". »

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G ri1 kompri.

Bon, blague à part, je me sens vraiment comme un béotien avec ce livre : je comprends tous les mots séparément, mais malgré tous mes efforts, les mettre ensemble pour former des idées, ça me paraît bien compliqué. Tous les termes ont une signification particulière dans un système de pensée particulier, et je n'ai pas la clé pour les décrypter. L'usage des aphorismes n'arrange évidemment rien (« Dans le monde réellement inversé, le vrai est un moment du faux »... Je fais quoi moi avec ça ?). Faire quelques recherches pour combler mes manques de culture ne m'a jamais dérangé, mais dans ce cas-ci, j'ai l'impression de devoir apprendre une nouvelle langue étrangère.

À relire plus tard, avec des bases politiques plus solides et un peu plus de connaissances sur cette « Internationale situationniste » dont se réclame Debord. Je conseille à tous les néophytes dans mon genre de faire de même.
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La société du spectacle est la société où les rapports entre les individus sont médiatisés et mis en scène par des images, des représentations distantes. Le spectacle crée une réalité factice qui, à son tour, influence la réalité des individus. Le monde est inversé : le vrai est dans le spectacle.

En conséquence, les individus contemplent des événements qu'ils ne vivent pas, ce qui accroit leur éloignement, leur passivité et leur addiction au spectacle. Tout devient apparence, représentation, superficialité. L'individu est réifié, la marchandise est humanisée. Car la société du spectacle n'a d'autre but que la distribution des produits en série de notre économie moderne. Le spectacle dirige l'emploi du temps des spectateurs. Il entretient le rêve de sommeil (de passivité) des spectateurs, il s'appuie sur cette passivité et la renforce, par une réalité rêvée, à la fois banale et inaccessible car factice. La société du spectacle n'existe que par la prise en charge d'une partie de la société de la vie de l'autre, par la scission des groupes humains en deux, ceux qui organisent et les spectateurs.

Elle se forme sur la reconstruction du temps collectif. Le même temps, à l'échelle de la planète, uniformise le spectacle et les emplois du temps, abolit le temps. Il devient irréel, abstrait, comme les images qui se développent dans un éternel présent. La mort disparaît des représentations, car elle impose une vision linéaire et finie du temps. Le spectacle reproduit les temps cycliques éternels des temps anciens (avant le catholocisme qui a imposé une vision linéaire par la notion de fin des temps). Ceux-ci montraient le temps comme un éternel recommencement par le cycle des saisons. Autrefois, ce temps cyclique était lié à une réalité économique, le travail de la terre. De même aujourd'hui, la société du spectacle est liée à la réalité économique de la production. Des marchandises standards produites en série sur toute la planète et en permanence appellent un emploi du temps universel et des cycles de temps basés sur la production.

De même que le système de production éloigne le travailleur de son produit fini (chaînes de montage, services, agriculture), la société du spectacle éloigne le consommateur du produit mis en scène dans la réalité factice. L'illusion est faite que le produit n'a pas été fabriqué, qu'il "est" par lui-même.

Tout est monotone dans la société du spectacle car la fête est permanente. Pour créer un niveau supérieur de rêve, il est nécessaire de faire jouer les fantasmes : les vacances au soleil sont présentées comme le seul moment de vérité de la vie, ce n'est qu'une réalité encore plus spectaculaire, plus éloignée, plus mise en scène, plus factice. L'individu est noyé et réifié, la marchandise divinisée. La société du spectacle est le triomphe du capitalisme bourgeois. Le capital est devenu image. Tout est assimilé et changé en spectacle, jusqu'à la culture, le temps, l'homme.

Pour en sortir, inutile de chercher à l'affronter ou à la décrédibiliser, la société du spectacle se nourrit des forces contraires qui la renforcent. Une seule solution : le détournement, la dérision, la réinterprétation par le ridicule des thèses et des idées qu'elle véhicule sans cesse. Ce sont les méthodes qui permettent de mettre à bas les idéologies, catégorie dans laquelle se range la société du spectacle. Elle organise l'aliénation et la prolétarisation du monde.
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Ce livre n'est certainement pas facile à lire. Néanmoins il est l'une des bases absolument incontournables des mouvements de pensée dits "alternatifs" depuis la seconde moitié des années 60: de mai 68 au mouvement hippie et du mouvement hippie au mouvement punk, le situationnisme, précédé du dadaïsme, constitue le socle théorique ou philosophique de toutes ces mouvances.
Personnellement je conseillerais, avant de lire ce livre-ci, de jeter un coup d'oeil au livre de souvenirs de Jean-Michel Mension ("La tribu") ou encore de lire cet autre classique, à l'écriture plus abordable, du mouvement situationniste, de la plume du belge Raoul Vaneigem: Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, publié la même année que l'ouvrage de Debord, à savoir 1967. Pour un beau livre très illustré je conseillerais également "L'insurrection situationniste" de Laurent Chollet.
En gros le situationnisme consiste précisément à refuser toute "situation", pressentant la société du repli sur soi à l'individualisme générateur d'une grande solitude qui était en train de s'instaurer à cette époque charnière, celle suivant la reconstruction à l'issue de la seconde guerre mondiale. Les situationnistes vivaient en tribus, hantaient les cafés de St Germain-des-Prés, à boire tout en refaisant le monde. Bien sûr on ne pouvait guère y discerner un projet sociétal proprement dit, autre qu'anarchiste, mais le situationnisme était d'abord un mouvement de contestation d'un nouvel ordre pressenti, à très juste titre, comme étouffant et susceptible de dégénérer en nouvel autoritarisme.
Debord était, parmi les animateurs de ce mouvement, probablement celui dont les ambitions intellectuelles étaient les plus grandes et sa "Société du spectacle", surtout lue aujourd'hui, constitue une annonce et une description troublantes des travers de la société actuelle. Ce livre annonce la télé réalité et autres dérives du même genre: où la mise en scène d'un spectacle en vient à supplanter le réel, renforçant l'aliénation de ceux qui, vous et moi, n'en sommes que les spectateurs. Une réactualisation du fameux "Du pain et des jeux" en quelque sorte mais à la puissance 2.0: nous sommes désormais sommés de croire que le spectacle est plus réel que la réalité elle-même.
Quoi qu'il en soit ce livre est un tel classique que vous n'avez même pas besoin de l'acheter. En effet vous le trouverez facilement en texte intégral (et en plusieurs langues) sur divers sites internet . Il gagne à ne pas être lu d'une traite mais plutôt par paragraphes à ressasser ensuite. Comme une bible en quelque sorte, la bible du situationnisme...
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Le pape du situationnisme Guy Debord, synthétisant Rimbaud, Lautréamont, Hegel, Feuerbach et Marx, analyse avec beaucoup de cohérence l'aliénation suivante : pourquoi sommes-nous spectateurs de notre existence et non acteurs, et de plus ancrés dans un processus généralisé de spectacularisation du monde qui nous entoure et auxquels les medias contribuent ? L'homme est figurant de sa vie, regardeur de son existence, séparé de sa vie au lieu d'en être l'acteur et le constructeur.
Dans cet essai philosophique austère post hégélien, il propose le concept de spectacle existentiel, déjà approché par Marx, revoit le concept d'aliénation humaine, dénonce la fétichisation de la marchandise et ses conséquences.

Inspiré des analyses du philosophe situationniste et marxiste Henri Lefebvre pour qui la ville (l'espace urbain) est un terrain d'expérimentation révolutionnaire, mais aussi un espace de production de la société du spectacle, de la consommation et du contrôle social, Guy Debord considère que la société est une guerre (et en fin stratège connaisseur du prussien Clausewitz, il créera une revue à diffusion très confidentielle, destinée de façon aristocratique à des élus influents pour les rallier à sa debordienne cause). Si la part critique négative de la société marchande est majeure dans ce livre, la part positive de propositions est plus que réduite et se résume à revendiquer la mise en place de conseils ouvriers (id est : les soviets).
Gauchiste sans aucune préoccupation pour le prolétariat, Debord est surtout intéressé par l'internationale situationniste (avec comme chez les surréalistes le culte du chef et la pratique de l'exclusion) dont il se dit fondateur et se qualifiera lui-même de "meneur des mouvements les plus extrémistes durant mai 68" puisqu'on est jamais mieux servi que par soi-même, niant toutes les tendances gauchistes ou apolitiques qui sont descendues dans la rue, à Paris comme en province. Précisons qu'on ne doit pas à Debord le concept de situationnisme, mais à Henri Lefebvre et Gil Volman (le spectacle de Debord s'est chargé de le faire oublier).

Volontiers chahuteur dans le Paris des années 50, il a su mieux que quiconque faire du bruit et du spectacle dans le champ médiatique et dans celui culturel parisien. Sa première femme Michèle Bernstein, rebelle et bourgeoise comme lui et qui lui servait de secrétaire (révolutionnaire oui, mais pas au point de changer la répartition sexuelle des tâches), finira chroniqueuse à Libé, tous deux entretenus par l'argent du père Bernstein. Debord qui travaillait peu sera par la suite entretenu par différents riches mécènes dont le millionnaire impresario Lebovici.
Je préfère finalement le parcours du prolétaire Camilo Cienfuegos qui lui a fait la révolution et a flingué pour de vrai pour disparaître ensuite dans un accident d'avion castriste, puisque toute Révolution est comme Saturne : elle dévore ses propres enfants disait Pierre Victurnien Vergniaud avant d'être guillotiné. La révolution n'a pas dévoré Guy Debord puisqu'il ne l'a jamais faite.

A la façon du dandy du 19ème siècle théorisé par Beaudelaire, Guy Debord a orchestré sa propre légende et sa postérité philosophique ("il faut créer tout de suite une légende à notre propos" écrit Debord dans sa correspondance) : son oeuvre prétendument subversive et critique de la civilisation capitaliste a été classée Trésor National par l'Etat français : un summum de consécration bourgeoise et institutionnelle.
Je conseillerais donc :
. de lire la correspondance de Debord, elle n'est pas si gauchiste, encore moins révolutionnaire et très révélatrice du mécanisme du spectacle debordien.
. de lire plutôt le belge Raoul Vaneigem et son situationnisme plus individualiste, critiquant radicalement la vie quotidienne : c'est plus poétique, plus optimiste, moins parisien donc moins ennuyeux, même si le situationnisme fait figure aujourd'hui de meuble d'époque pour garçonnière d'étudiant nanti et appartement haussmannien des parents.
Lien : https://tandisquemoiquatrenu..
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Citations et extraits (92) Voir plus Ajouter une citation
Alors que dans la phase primitive de l'accumulation capitaliste l'économie politique ne voit dans le prolétaire que l'ouvrier, qui doit recevoir le minimum indispensable pour la conservation de sa force de travail, sans jamais le considérer "dans ses loisirs, dans son humanité", cette position des idées de la classe dominante se renverse aussitôt que le degré d'abondance atteint dans la production des marchandises exige un surplus de collaboration de l'ouvrier. Cet ouvrier, soudain lavé du mépris total qui lui est clairement signifié par toutes les modalités d'organisation et surveillance de la production, se retrouve chaque jour en dehors de celle-ci apparemment traité comme une grande personne, avec une politesse empressée, sous le déguisement du consommateur. Alors l'humanisme de la marchandise prend en charge "les loisirs et l'humanité" du travailleur, tout simplement parce que l'économie politique peut et doit maintenant dominer ces sphères en tant qu'économie politique. Ainsi "le reniement achevé de l'homme" a pris en charge la totalité de l'existence humaine.
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L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir… C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout.
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Dans l’image de l’unification heureuse de la société par la consommation, la division réelle est seulement suspendue jus-qu’au prochain non-accomplissement dans le consommable. Chaque produit particulier qui doit représenter l’espoir d’un raccourci fulgurant pour accéder enfin à la terre promise de la consommation totale est présenté cérémonieusement à son tour comme la singularité décisive. Mais comme dans le cas de la diffusion instantanée des modes de prénoms apparemment aristocratiques qui vont se trouver portés par presque tous les individus du même âge, l’objet dont on attend un pouvoir singulier n’a pu être proposé à la dévotion des masses que parce qu’il avait été tiré à un assez grand nombre d’exemplaires pour être consommé massivement. Le caractère prestigieux de ce produit quelconque ne lui vient que d’avoir été placé un moment au centre de la vie sociale, comme le mystère révélé de la finalité de la production. L’objet qui était prestigieux dans le spectacle devient vulgaire à l’instant où il entre chez ce consommateur, en même temps que chez tous les autres. Il révèle trop tard sa pauvreté essentielle, qu’il tient naturellement de la misère de sa production. Mais déjà c’est un autre objet qui porte la justification du système et l’exigence d’être reconnu.
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Le temps pseudo-cyclique consommable est le temps spectaculaire, à la fois comme temps de la consommation des images, au sens restreint, et comme image de la consommation du temps, dans toute son extension. Le temps de la consommation des images, médium de toutes les marchandises, est inséparablement le champ où s'exercent pleinement les instruments du spectacle, et le but que ceux-ci présentent globalement, comme lieu et comme figure centrale de toutes les consommations particulières : on sait que les gains de temps constamment recherchés par la société moderne - qu'il s'agisse de la vitesse des transports ou de l'usage des potages en sachets - se traduisent positivement pour la population des Etats-Unis dans ce fait que la seule contemplation de la télévision l'occupe en moyenne entre trois et six heures par jour. L'image sociale de la consommation du temps, de son côté, est exclusivement dominée par les moments de loisirs et de vacances, moments représentés à distance et désirables par postulat, comme toute marchandise spectaculaire. Cette marchandise est ici explicitement donnée comme le moment de la vie réelle, dont il s'agit d'attendre le retour cyclique. Mais dans ces moments même assignés à la vie, c'est encore le spectacle qui se donne à voir et à reproduire, en atteignant un degré plus intense. Ce qui a été représenté comme la vie réelle se révèle simplement comme la vie plus réellement spectaculaire.
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Le parallélisme entre l’idéologie et la schizophrénie établi par Gabel (La Fausse Conscience) doit être placé dans ce processus économique de matérialisation de l’idéologie. Ce que l’idéologie était déjà, la société l’est devenue. La désinsertion de la praxis, et la fausse conscience anti-dialectique qui l’accompagne, voilà ce qui est imposé à toute heure de la vie quotidienne soumise au spectacle ; qu’il faut comprendre comme une organisation systématique de la « défaillance de la faculté de rencontre », et comme son remplacement par un fait hallucinatoire social : la fausse conscience de la rencontre, l’« illusion de la rencontre ». Dans une société où personne ne peut plus être reconnu par les autres, chaque individu devient incapable de reconnaître sa propre réalité. L’idéologie est chez elle ; la séparation a bâti son monde. (Thèse 217)
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