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EAN : 9782755507850
64 pages
1001 Nuits (15/09/2021)
  Existe en édition audio
4.21/5   663 notes
Résumé :
Le renom d'Etienne de La Boétie s'attache à un écrit composé " en sa première jeunesse ", " à l'honneur de la liberté contre les tyrans ". Dans le branle-bas de combat qui secouait le dernier quart du XVIe siècle, le célèbre libelle, par la volonté polémique des éditeurs, fut rebaptisé " le Contr'Un ". Aux périodes troubles de l'histoire de France et, en particulier, chaque fois que la nation se dressait contre l'autorité souveraine, il fut utilisé comme appel à la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (70) Voir plus Ajouter une critique
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Nastasia-B
  11 juin 2022
Vous souvenez-vous des films d'espionnage des années 1960-70 ? Souvent il y avait soit un flic, soit un voyou qui collait un mouchard sous une voiture, dans une valise, etc. afin de pister son adversaire… Ça vous rappelle quelque chose, n'est-ce pas ? Vous vous disiez alors que vous n'aimeriez certainement pas qu'on vous colle ainsi ce genre de mouchard dans l'arrière-train afin de pouvoir pister tous vos déplacements, savoir ce que vous faites à chaque moment, etc. N'est-ce pas ? Vous vous souvenez ?
Et puis, lorsque les technologies numériques sont arrivées, celles qui sont des ultra-mouchards, celles vis-à-vis desquelles les mouchards des films des années 1960-70 font figure de joujoux risibles, celles que vous vous êtes tous rapidement empressés d'acheter à grands frais, afin qu'on puisse mieux vous pister, espionner, contrôler, diriger, arnaquer… La définition même de la servitude volontaire.
Et ce n'est rien ! On nous annonce les miracles de la 5G, la fabuleuse 5G, celle qui permettra la reconnaissance faciale en temps réel et à grande échelle, celle qui couplera votre bracelet connecté, avec votre frigo connecté, celle qui avertira vos toilettes que vous n'êtes toujours pas allés faire pipi depuis bientôt 43 minutes, ce qui est mauvais pour votre concentration au travail, etc. Ah ! Magie de la servitude volontaire !
Tout petits, nous l'avions appris dans la fable De La Fontaine intitulée le Loup et le Chien : on trouvait le loup sublime et le chien veule, et… les années ont passé… et on a acheté des portables ! Nous sommes tous les braves toutous d'un système qui se fout bien de notre gueule, et que pourtant nous alimentons. Contraints et forcés ? Non, messieurs, dames, volontairement ! Nous pleurerions, même, de ne plus pouvoir nous vautrer ainsi dans la servitude numérique, consumérique, sécuritaire. (Ah ! magie du principe de précaution, par quel trou de souris nous conduis-tu !)
Étienne de la Boétie (et non Béotie, ne confondons pas !) nous le crie, nous le hurle, nous le scande : si nous le voulions, collectivement, nous pourrions retrouver notre liberté, notre vraie liberté, mais nous l'avons vendue notre liberté, pour le prix de deux ou trois colifichets, nous l'avons vendue, et nous avec. Tel est le prix de notre confort et de notre sécurité… (soi-disant confort et soi-disant sécurité, mais c'est un autre débat)
Il faut être poli, civilisé (les racines étymologiques parlent d'elles-mêmes, polis, c'est la ville, civis, civitas, c'est le citoyen, la cité, c'est-à-dire là où la concentration humaine est forte) et le contraire de ces notions, le contraire de quelqu'un de " bien " élevé (entendre, bien soumis), c'est un sauvage. Pas d'erreur possible, on retrouve bien la fable du loup et du chien. L'école, cette formidable machine à standardiser et à soumettre (ça me fait mal de le reconnaître car j'en fais partie, mais je crois qu'il faut dire la vérité une fois dans sa vie) prépare le terrain, génération après génération.
En effet, l'école permet-elle aux individus de cultiver ce qu'ils ont d'original en eux, de les émanciper, de véritablement repérer les talents ? Non, elle récompense l'aptitude à la soumission, à poser son cul exactement à la place qu'on lui indique. J'ai eu plein de ces petits élèves brillants, super malins, super sauvages, et je sais que jamais l'école ne les mettra en avant, jamais, car ils refusent tout net le pacte tacite : sois soumis, obéis. Ils finiront dealers, chefs de bande, à la tête d'un réseau, une activité qui demande des qualités incroyables de courage, d'organisation, de flair et de charisme, tout simplement parce que l'école a boudé leur talent, n'a tenu compte que de leur absence de servilité et les a rayés de ses tablettes.
Or, l'humanité tend à toujours plus de densité de population, toujours plus de villes, toujours plus d'influence des villes sur les campagnes, c'est-à-dire toujours plus de " civilisation " (entendez, soumission). Regardez comme nos gouvernements nous tiennent en laisse avec leurs obligations de ceci, puis de cela, passe sanitaire machin, attestation truc, etc. et la liste est sans fin. Et toujours nous marchons bien gentiment à la corde, en braves animaux domestiques que nous sommes et que nous redouterions de ne plus être.
J'imagine que la situation est encore bien pire aujourd'hui qu'à l'époque où La Boétie écrivait son constat de notre incroyable passivité collective à endurer la servitude. (Souvenez-vous la toute première scène du film de Chaplin, Les Temps modernes, ce troupeau de moutons, puis la même image avec des humains à l'entrée d'une usine. On pourrait de nos jours décliner l'image à l'entrée de n'importe quel métro ou de n'importe quelle institution où la queue est de règle. La vie IKEA en somme, suivre bien gentiment le petit train et payer à la fin, voilà, c'est ça la servitude volontaire.)
Un des aspects les plus intéressants soulevé par La Boétie, je trouve, concerne le profil courtisan. En effet, tant que l'on n'est pas à l'échelon du tyran, il faut faire de la lèche à grands coups de langue et à toute heure du jour ou de la nuit, il faut être ultra, méga, giga asservi, sous peine de perdre le minuscule privilège que le souverain vous octroie. (Voyez comme les ministres se contorsionnent auprès d'un président…)
D'ailleurs, nos souverains actuels font aussi régulièrement acte de soumission, lorsqu'ils passent des heures à serrer des louches de gens qu'ils méprisent singulièrement, mais sans le suffrage desquels, ils ne pourraient prétendre à leurs privilèges.
En somme, c'est un écrit très petit, très univoque, que nous sert l'auteur, mais la question soulevée est si puissante, si présente, si prégnante qu'elle appelle à se situer, se considérer soi-même dans ce vaste ensemble de servitudes qu'est une société humaine. C'est toujours une expérience intéressante, que je vous conseille bien volontiers : vous asservir quelques minutes à cette lecture. Souvenez-vous seulement que ceci n'est que mon avis, servile à sa façon, aujourd'hui plus que jamais, pas grand-chose.
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Denis_76
  31 janvier 2019
Etienne de la Boétie est, quelque part, un anarchiste !
Pourquoi les hommes restent-ils sous le joug d'un tyran ?
Mais arrêtez de servir volontairement ( la servitude volontaire ) votre tyran : sans vous, le socle, il se cassera la figure !
.
C'est un court essai philosophico-politique. Dans l'édition Librio, Romain Enriquez a modernisé l'écriture, et évidemment, c'est alors très facile à lire, et très logique.
Il y a eu plein de tyrans de par le monde, et comme Machiavel, La Boétie prend surtout des exemples dans le monde romain, et comme lui, conclut que la fin des tyrans est rarement heureuse.
Mais pourquoi les suit-on, alors qu'ils suppriment la liberté, et même parfois la liberté de penser ?
.
Par habitude ;
par crédulité ;
Les tyrans comme Cyrus de Perse ou Néron jouent sur les vices des hommes, et provoquent les appâts de la servitude :
ils favorisent la lubricité, la boisson, les grands repas, les fêtes, la religion et surtout l'avidité.
L'avidité, on le sait, fonctionne encore très bien de nos jours.
.
J'ai beaucoup apprécié cet essai, car je me limitais aux jeux du cirque de César pour détourner l'attention du Peuple.
J'ai aimé la conclusion, où La Boétie plaint les tyrans et leurs acolytes, qui ne s'aiment pas eux-mêmes, et les considère comme les abandonnés de Dieu.
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julspirit
  14 mars 2021
Je ne vais sans doute pas redire ce qui a été dit mille fois sur ce petit opuscule. Sur les mécanismes qui permettent l'intériorisation et la normalisation de la tyrannie comme seul régime possible de gouvernement. Sur l'abêtissement des masses par le divertissement comme tactique de diversion du fait politique. Sur les affres de la courtisanerie comme condition de possibilité et de reproduction de la servitude du peuple. Sur la vision par trop moraliste et manichéenne du texte, aussi.
Mais l'essentiel est ailleurs : dans l'importance qu'il y a à lire ou relire ce texte aujourd'hui et, peut-être, à en tirer des leçons sur la manière dont nous sommes gouverné.e.s.
Indispensable.
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Alcapone
  14 mars 2013
Du haut de ses 18 ans, La Boétie a dit : "c'est un malheur extrême que d'être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d'être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c'est être autant de fois extrêmement malheureux." p.7. le futur magistrat affirme dans la foulée qu'il n'est pas donné à tous d'être libre. Constat étonnant lorsque l'on considère qu'il "est bien inutile de demander si la liberté est naturelle, puisqu'on ne peut tenir aucun être en servitude sans lui faire tort : il n'y a rien au monde de plus contraire à la nature, toute raisonnable, que l'injustice." p.17. Malgré cette vérité, quelques 437 ans après la parution de ce discours, l'analyse demeure d'actualité. Que le pouvoir établi soit une Monarchie absolue ou tout autre autorité despotique, un tyran restera toujours un tyran. Doit-on pour autant en conclure que la servitude est propre à l'homme ? La réponse de la Boétie est certainement négative mais elle est justement nuancée par l'emploi de l'expression "servitude volontaire". Ce discours s'impose comme un appel (peut-être par certains aspects candide) à la révolte contre toute servitude. La Boétie assure, et je suis de son avis sur au moins ce point, qu'on "ne regrette jamais ce qu'on a jamais eu. le chagrin ne vient qu'après le plaisir et toujours à la connaissance du malheur, se joint le souvenir de quelque joie passée. La nature de l'homme est d'être libre et de vouloir l'être, mais il prend facilement un autre pli lorsque l'éducation le lui donne." p.26. Pourquoi l'homme est-il donc si enclin à obéir ? La soumission serait-elle liée à la peur, l'ignorance, la crédulité, la complaisance, l'impuissance ou tout à la fois ? Quel rapport incompréhensible lie donc le maître à l'esclave ? Opposant la nature à la culture, le poète humaniste questionne dans cet essai publié à titre posthume (1576), sur les raisons qui contraignent la liberté des hommes. La Boétie convient que l'habitude est la raison première de la servitude. Vient ensuite le laxisme des soumis et enfin la faiblesse des fidèles... Puisant ses références dans l'histoire de la Grèce antique et remontant aux causes qui motivent ces différents comportements, l'auteur livre avec ce discours une critique acide de l'absolutisme. La subversion de ce court plaidoyer contre le despotisme et l'humanisme qui l'habite font honneur au principe de liberté défendu par La Boétie. de la philosophie politique ainsi esquissée par le jeune Étienne, il faut se rappeler qu'il ne s'agit pas d'un discours de circonstance mais bien d'un texte majeur qui inspirera les bases fondammentales de la désobéissance civile développée quelques siècles plus tard par Henry David Thoreau (1848).
Pour l'anecdote, on notera que c'est grâce à ce texte que Montaigne (philosophe dont je cautionne largement les idées) a souhaité faire la connaissance de la Boétie. de la recontre de ces deux brillantes figures de la pensée humaniste, naîtra une relation sincère, loyale et durable qui donne un bel exemple de ce que Montaigne a décrit comme la parfaite amitié. Montaigne consacre d'ailleurs un chapitre initutlé de l'amitié dans ses Essais où il célèbre leur union fusionnelle (dois-je rappeler qu'il n'est pas question d'homosexualité?).
Lien : http://embuscades-alcapone.b..
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Allantvers
  18 septembre 2018
Si l'envie vous vient de vous faire remettre les pendules à l'heure par un gamin de 18 ans, qui plus est s'exprimant il y a 500 ans de cela, foncez sur ce petit pamphlet incroyablement revigorant et qui frappe direct à l'essentiel :
Et de un, nous sommes tous esclaves, et de deux, si nous le sommes c'est parce que nous le voulons bien, tenus que nous sommes par l'habitude, la préférence pour le confort, mais avant tout par peur de la liberté. Et ceci s'applique, du fait de l'universalité du propos, tant à la sphère politique et sociale qu'à la sphère personnelle.
Le tout abondamment illustré de références historiques piochées dans une culture classique qui ferait honte au plus érudit d'entre nous.
Belle leçon : voilà comment un texte devient immortel, traversant les siècles pour ébahir le lecteur d'aujourd'hui de sa brûlante actualité!
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Citations et extraits (123) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   29 novembre 2009
C’est ainsi que le tyran asservit les sujets les uns par les autres….
Car à vrai dire, s’approcher du tyran, est-ce autre chose que s’éloigner de sa liberté et, pour ainsi dire, embrasser et serrer à deux mains sa servitude ? Qu’ils mettent un moment à part leur ambition, qu’ils se dégagent un peu de leur avidité, et puis qu’ils se regardent ; qu’ils se considèrent eux-mêmes : ils verront clairement que ces villageois, ces paysans qu’ils foulent aux pieds et qu’ils traitent comme des forçats et des esclaves, ils verront, dis-je, que ceux-là, si malmenés, sont plus heureux qu’eux et en quelque sorte plus libres. Le laboureur et l’artisan, pour asservis qu’ils soient, en sont quittes en obéissant ; mais le tyran voit ceux qui l’entourent coquinant et mendiant sa faveur. Il ne faut pas seulement qu’ils fassent ce qu’il ordonne, mais aussi qu’ils pensent ce qu’il veut…
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pamjijpamjij   15 décembre 2009
"Chose vraiment surprenante (...) c'est de voir des millions de millions d'hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu'ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient redouter, puisqu'il est seul, ni chérir, puisqu'il est, envers eux tous, inhumain et cruel"
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PavlikPavlik   12 mars 2017
Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n'est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s'il n'était d'intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n'étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ?
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zenzibarzenzibar   18 juin 2015
Vous vous affaiblissez, afin qu'il soit plus fort, plus dur et qu'il vous tienne la bride plus courte: et de tant d'indignités, que les bêtes elles-mêmes ne sentiraient point ou n'endureraient pas, vous pourriez vous en délivrer, sans même tenter de le faire, mais seulement en essayant de le vouloir.

Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres.

Je ne veux pas que vous le heurtiez, ni que vous l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez. comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser
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PavlikPavlik   02 mars 2017
Les empereurs romains n'oubliaient surtout pas de prendre le titre de Tribun du peuple, parce que cet office était tenu pour saint et sacré ; établi pour la défense et la protection du peuple, il jouissait d'une haute faveur dans l'Etat. Ils s'assuraient par ce moyen que le peuple se fierait mieux à eux, comme s'il lui suffisait d'entendre ce nom, sans avoir besoin d'en sentir les effets. Mais ils ne font guère mieux ceux d'aujourd'hui qui, avant de commettre leurs crimes les plus graves, les font toujours précéder de quelque jolis discours sur le bien public et le soulagement des malheureux. On connait la formule dont ils font si finement usage ; mais peut-on parler de finesse là où il y a tant d'impudence ?
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