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ISBN : 2246861268
Éditeur : Grasset (24/05/2017)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 337 notes)
Résumé :
Vous l’attendez depuis deux ans, le voici !
Vernon Subutex 3, le retour de Vernon, suite et fin de la trilogie.
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Critiques, Analyses et Avis (75) Voir plus Ajouter une critique
rabanne
  01 juin 2017
Je vais apposer humblement une 8e critique, mais presque tout a déjà été dit, et fort bien. Pression ?... Non, je vais la faire comme je le sens, comme je suis, et sans spoiler.
La "bande à Vernon", en tous cas, elle nous aura bien fait trépigner d'impatience ! Quel régal de les retrouver, comme si je les avais quittés la vieille, avec leurs galères et leurs bleus à l'âme, leurs terreurs et leurs (dés)illusions. Mais aussi la solidarité, la simplicité, la lucidité (teintée de folie douce) et l'espoir, pour faire la nique au "tous pour un, mais chacun pour soi" de ce bas-monde !...
Tout n'est pas trash, mais c'est cash, et c'est cela qui rend la lecture de cette trilogie sociale délectable. Je dirais que le scénario en devient même secondaire, bien qu'addictif et touchant de près l'actualité (attentats, société, économie, politique...).
Virginie Despentes, que l'on aime ou pas, c'est toutes nos voix intérieures et nos "gueulantes" étouffées, nos mensonges et nos vérités, nos peurs et nos lâchetés, nos partages et nos égoïsmes, notre monstruosité et notre humanité réunies ; un tout qui explose dans un feu d'artifices verbal !! Enfin, il y a la magie de la musique et de la poésie, qui font danser les corps dans la nuit, dans la lumière, jusqu'à l'oubli...
Envoûtant et addictif. L'on ne peut en sortir complètement indemne.
NB : Drôle de cadeau pour la fête des mères ?! C'était le mien, à peine suggéré auparavant... ;-)
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marina53
  26 octobre 2017
Disquaire, SDF, leader bien malgré lui d'une faction hétéroclite, témoin d'une société dépravée et chaotique... Voilà qui est Vernon Subutex. Autour de lui, toute une bande : Kiko, l'ancien trader ; Olag et ses chiens ; Aïcha et Céleste, mises à l'abri par La Hyène ; Mariana, l'amie de Vernon, Charles qui vient de mourir en laissant un joli pactole que sa veuve, La Véro, ne semble pas vouloir partager... Toute une bande qui s'est mise au vert et qui danse, sur les sons de Vernon, lors des soirées appelées "convergences". Toute une bande d'amis bientôt mise à mal par les rancoeurs, les jalousies et les vengeances...
Vertigineux, ce Vernon Subutex... Ultime tome de cette chronique romanesque, sociale et terriblement ancrée dans le monde et la société d'aujourd'hui. Un monde fissuré, disloqué, tumultueux, creusé d'abîmes. Une société violente, écorchée, mise à mal, désespérante parfois. L'on poursuit, le coeur serré, les yeux ébahis ou le sourire aux lèvres, les aventures de Vernon et sa clique. Des personnages très marquants et saisissants. Virginie Despentes n'a rien perdu de sa gouaille, de son franc-parler, aussi crû soit-il parfois, et trimballe le lecteur d'un tableau à un autre, d'un personnage à un autre. Un lecteur ébahi, étourdi, tourmenté, bousculé voire secoué, ébranlé par les mots percutants et la plume dense et puissante de l'auteure.
Époustouflant...
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canel
  26 mai 2017
Que s'est-il passé en 2015 et 2016, qu'est-ce qui a fait frémir nos petits coeurs d'Occidentaux blasés ?
Des attentats (Charlie Hebdo, Bataclan...), des décès de légendes du rock (Lemmy Kilmister, le chanteur de Motörhead, et David Bowie), la Nuit Debout...
Oui, il y a aussi eu des femmes violées et des migrants morts sur la route et en mer, mais c'est tellement classique, ça...
Et pendant ce temps-là, côté Vernon et sa bande : les 'convergences' battent leur plein, d'autres formes de nuits debout dont les adeptes atteignent un état mystique en dansant, sans avoir ingurgité quoi que ce soit de chelou, juste de la musique par les oreilles...
Les chemins de Kiko, Pamela, Olga, la Hyène, etc. se croisent et se séparent, au gré des événements, des hasards, des urgences, des prises de bec et des malentendus.
Dernier volet des aventures de Vernon. Malgré une lecture morcelée sur trois jours - parce que le texte est dense, riche, et que je ne veux pas en perdre une miette -, j'en ressors toute chamboulée. Il faut dire que la fin frappe fort.
Rien d'extraordinaire côté intrigue avant le dernier tiers, mais ce n'est pas pour le suspense que je me jette sur les ouvrages de Despentes dès leur parution.
J'aime et j'admire le ton de cette auteur, sa pertinence et son humour, son regard pointu et cynique sur notre société, son don pour se mettre dans la peau de personnages tellement différents, leur faire tenir des propos extrêmes - qu'on écoute soigneusement, jusqu'au bout, et même avec respect, parce que tout se défend et qu'ils ont le mérite de bouleverser nos schémas étriqués.
Deux grands moments d'émotion en particulier, aux côtés d'Aïcha puis de Solange, et deux grands moments de jubilation grâce aux tirades politiques d'Olga.
Mais tout le reste est très bon aussi, se lit avec intensité, entre (sou)rire et larmes, entre félicité et colère, entre délectation et sentiment d'horreur.
Un peu triste de quitter Vernon et sa bande dans ces conditions, mais impatiente de retrouver Virginie Despentes avec d'autres personnages qui, je n'en doute pas, garderont cet esprit. ♥
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Merik
  27 mai 2017
Après la chute le rebond. Ou plutôt l'élévation.

Voilà un Vernon Subutex numéro 3 en guide de « convergences », shaman sans le vouloir ou presque, DJ spirituel de transes collectives et hypnotiques sur des arrangements de Bleach, dont même les plus rétifs subissent l'envoûtement : "... quand je reprends connaissance, je danse. Comme jamais j'ai dansé. J'avais les doigts de pieds qui dansaient, j'avais les cheveux qui dansaient, j'avais les narines qui dansaient... Connecté. Je ne vois que ce mot. Pas tout à fait stone comme avec des champignons, mais ce genre... je voyais des lumières qui me sortaient des paumes et qui s'enroulaient aux lumières des autres."
Mais si les convergences sont des rendez-vous nomades et extatiques d'une sphère humaine gravitant autour de Vernon, elles agissent aussi comme point de ralliement pour la plupart des personnages du récit. Ciselés par une verve saillante, une prose au diapason du vrai, une empathie sans détour, ils forment toujours cette galerie hétéroclite et détonante, d'une Virginie Despentes aussi à l'aise à scanner les cerveaux humains qu'à manier le verbe. Sans parler de son décryptage affûté de la société. Ce tome élève Vernon vers la spiritualité, mais il n'en reste pas moins enraciné dans notre époque, teintée de ZAD, de nuit debout ou de terrorisme.
C'est aussi un festival de réflexions décapantes, un régal de sentences, parfois aux accents céliniens: "C'est rien du tout mourir. On s'en fait tout un cinéma mais quand ça arrive, c'est juste une légère détente." Mort de Charles en l'occurrence, dont les retentissements sur les vivants amorceront les premières divergences... Jusqu'au final, pour le moins surprenant.
Ça a été un pur délice de lecture, longue et savoureuse, souvent à me retrouver en train de relire des passages pour ne pas les laisser filer comme ça, sans tenter de les retenir un peu.
N'empêche que voilà... Vernon c'est fini. Snif. Mais quelle série !
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Dixie39
  03 septembre 2017
WTF ! Virginie ! Qu'est-ce que tu m'as fait ! Non ! T'abuse-là ! C'est quoi cette fin ! Non, mais c'est pas possible ! C'est quoi ce délire ?
AARRRRGGGHHHH ! Gnarf ! Voilà, c'est lâché ! D'ailleurs c'est la première chose qu'on s'est dite avec R., quand nous avons réalisé que nous avions dévoré toutes les deux les trois tomes :
« – T'en penses quoi de la fin ?
– M'en parle pas ! J'ai failli en balancer le livre !
– Toi aussi ?
– Tu m'étonnes...
– Non, mais pour moi, c'est décidé, je vire la fin et Subutex, il retourne chercher Aïcha, et…
– Mais tu peux pas faire ça R. ?
– Pourquoi ?
– Bah, voyons, enfin je sais pas… C'est pas interdit non plus, et Virginie, elle viendra pas te planter parce que tu as fait "erase" sur ses dernières pages, mais bon… C'est pas ça la fin !
– Je m'en fous ! »
C'est tellement R., ça, que je serais presque prête à cautionner. Ceci dit, c'est un argument. Mais, même si ça se défend : j'ai du mal.
D'un autre côté, plus j'y réfléchis, plus je trouve que c'est comme ça qu'il fallait que ce soit, enfin, plus ça va, plus je trouve que c'est juste. Approprié. Je n'avais encore jamais rien lu de Virginie Despentes, mais cela colle bien à ce qu'elle est, non ? Enfin, il me semble...
Elle nous envoie nous faire foutre, avec nos grandes idées de lecteur, où tout doit être bien, bon, mal, juste, tragique… enfin, tout doit se tenir debout à la fin, et rentrer bien gentiment dans les cases ! Et pourquoi ça ne tiendrait pas la route ? Regarde autour de toi, n'est ce pas ce qui fait notre actualité ? Elle est belle, notre société ! On gamberge, on cause, on crie, on pleure à cause de cela, et on s'insurge quand on nous le renvoie en pleine face à la fin d'un roman ?!
Virgine Despentes : 1 / Liza Helle : 0.
J'attends le prochain round avec respect. Et je gamberge quand même encore un peu…
Et vous ? Vous en pensez quoi ?
Lien : http://page39.eklablog.com/v..
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critiques presse (7)
Culturebox   15 décembre 2017
Virginie Despentes conclut sa trilogie "Vernon Subutex" avec un 3ème opus plus dark que jamais. La bande poursuit un temps son rêve de communion fraternelle avant de se prendre en pleine tête la barbarie, la violence et le terrorisme. La claque finale.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Lexpress   14 août 2017
Il émane de Vernon Subutex 3 une puissance littéraire qui vous emporte et à laquelle il est impossible de résister.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeJournaldeQuebec   31 juillet 2017
Un livre qu’on espérait depuis déjà plusieurs mois. L’attente en valait la chandelle, puisqu’on a une fois de plus été subjugué par la prose de Virginie Despentes.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LePoint   02 juillet 2017
La trilogie rock'n'roll de Virginie Despentes, avec personnages trash et formules au vitriol, se clôt dans l'après-"Charlie". Trois Subutex, sinon rien !
Lire la critique sur le site : LePoint
LeFigaro   09 juin 2017
La romancière Virginie Despentes achève en beauté sa trilogie rock sur la société française d'aujourd'hui.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Liberation   29 mai 2017
Un roman qui zigzague, qui aime laisser l’intrigue filer pour mieux la tirer par les cheveux quelques portraits plus loin.
Lire la critique sur le site : Liberation
Telerama   24 mai 2017
vec une énergie folle et une empathie intacte, la romancière sonde les fossés qui divisent notre société. Saisissant.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (196) Voir plus Ajouter une citation
paulotletpaulotlet   03 février 2018
Puis les parents avaient changé. Au cours des années 90, la première génération de vrais couillons gavés de sucre depuis le berceau était devenue une horde de dégénérés. Etait apparue la figure du parent trépané qui vient voir le prof en disant si mon fils travaille mal c'est que le prof a démérité. qu'est-ce que tu veux répondre à ça? Un gosse qui ramène une sale note et à qui on dit mon coeur ça doit être la faute de ton maître est un gosse difficile à canaliser.
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marina53marina53   26 octobre 2017
Quand t'as un gosse, c'est tous les jours éplucher des légumes, en plus il n'aime pas ça, ranger derrière lui, surveiller les devoirs, aller voir les profs, faire des lessives, repasser, l'emmener à l'entraînement de foot... Lucas a quatorze ans. Il vide un frigidaire par jour. Il a tout le temps faim. Qu'est-ce qu'on y peut. Il grandit tellement vite qu'il lui coûte une fortune en chaussures. Elle ne peut pas l'engueuler quand il touche le bout alors qu'elles sont encore mettables. Le mec, il pousse dans tous les sens. Depuis le début de l'adolescence, elle ne sait jamais, le matin, quelle gueule il aura en arrivant pour le petit déj. Un jour c'est le nez qui pousse – paf – il avait une gueule d'ange et brusquement le machin c'est Quasimodo, un autre jour c'est l'acné... Qu'est-ce que tu veux faire. Tu vois le désastre, les trucs blancs purulents, tu casses la tirelire pour la dermato et quand elle te prescrit des crèmes plus chères que les antirides La Prairie, tu les payes. Après, t'as le dentiste qui décrète que ton gnome a les dents qui poussent de travers et qu'il lui faut des bagues. Ça coûte une fortune, cette connerie, mais tous les gosses en ont. Tu ne vas pas le laisser avec les chicots en chaos sous prétexte que t'avais besoin de changer la machine à laver qui n'essore plus. Ensuite, il lui faut des lunettes. Tu négocies sur la monture, mais quand même, tu vas pas laisser ton môme se faire cracher dessus par toute la classe parce qu'il a des lunettes de pauvre, donc tu raques... Pendant ce temps, toi, t'as pas acheté de nouvelles chaussures depuis 1997. Mais bon, t'appelles ta banque et tu demandes un crédit. T'as les moyens, ou pas, la facture, c'est la même. Récemment, c'est sa voix qui change. Elle ne le reconnaît plus quand il appelle au téléphone. Elle a du mal à pas rigoler, quand il parle. Putain, on appelle pas ça l'âge ingrat pour rien.
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canelcanel   24 mai 2017
Kiko entretenait avec Charles des conversations interminables - le trader lui expliquait pourquoi, selon lui, les luttes de classe venant d'en bas ne pourraient jamais plus aboutir à rien : « C'est terminé l'époque de l'abolition de l'esclavage, ou du Front Populaire. Plus personne ne veut en finir avec la misère. On avait besoin de main-d'oeuvre, on était condamnés à négocier avec vous, les travailleurs. On n'avait pas le choix. Mais avec l'automatisation - on s'en fout des prolos. On va vous tuer. Je te parle pas de tirer dans la foule pendant les manifestations, ça, on l'a toujours fait. Non, on va vous exterminer massivement. Vous ne servez à rien. C'est là-dessus que vous êtes en retard. Vous continuez à raisonner comme sous papa Marx - quand le prolétariat était nécessaire pour que des gens comme moi accumulions la plus-value. Peut-être qu'avec les progrès de la science, on fera encore un petit élevage de prolétaires robustes, pour vous prélever du sang, des organes et des morceaux de peau, porter nos enfants pour que nos femmes n'aient plus à s'abîmer... mais même pour ça, franchement, avec les bio imprimantes et les couveuses de l'avenir, on va pouvoir se passer de vous. On va vous éliminer. C'est pragmatique. Vous créez beaucoup trop de problèmes par rapport à ce que vous rapportez. C'est pour ça, c'est inéluctable : les classes pauvres, on va vous rayer de la carte. » Ces raisonnements apparaissaient parfaitement logiques aux yeux du vieux Charles, qui répondait du tac au tac, enchanté d'être enfin tombé sur un interlocuteur lucide et sincère : « Tu préconises qu'on prenne les devants et qu'on exhume les guillotines ? » et Kiko secouait la tête, en signe de négation : « Si vous en étiez capables, vous l'auriez fait il y a longtemps. Mais vous respectez le dominant. Regarde comme les pauvres aiment Poutine. Je ne dis pas que c'est dans votre ADN, mais c'est un héritage de longue date. C'est comme un codage culturel, vous ne vous émanciperez pas assez vite. On vous a appris à aimer le chef. »
(p. 72-74)
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canelcanel   30 mai 2017
Comment garder l'espoir, après que l'espoir est mort ? Nous n'avons pas pour vocation d'accueillir toute la misère du monde. Nous avons pour vocation de vivre séparés du monde par des murs. Nous avons pour vocation de vivre entourés de barbelés de militaires de douaniers. Nous avons pour vocation de bouffer du sucre, par tonnes, nous avons pour vocation de détruire des forêts entières pour produire des milliards de rouleaux de papier hygiénique, nous avons pour vocation de déambuler dans des rayonnages saturés et de chérir des objets manufacturés. Nous avons pour vocation de couler des bateaux de migrants avant qu'ils ne gênent le tourisme. Nous avons pour vocation la rigidité le refus de l'accident de nous enduire de protection solaire avant de bouffer des glaces de nous empêtrer dans la Toile en gobant toujours les mêmes idioties, nous avons vocation à compter les espèces disparues, nous avons vocation à dépouiller les vulnérables, nous avons vocation à ingérer des hectolitres de soda. Nous avons vocation au mépris, mépris de tout ce qui est gratuit, de tout ce qui est donné, de la beauté, du sacré, mépris du travail d'autrui, du consentement d'autrui, de la vie d'autrui...
(p. 351-352)
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TokyoTokyo   08 janvier 2018
Hier à la télé j'ai entendu une femme, une femme riche, éduquée, qui parle ce français du pouvoir, elle disait sur ce ton des gens qui ne doutent de rien, et surtout pas de leur intelligence, alors qu'ils devraient, on dirait même qu'il y a urgence, elle disait « Tous les pauvres ne sont pas terroristes, heureusement ! » Le « heureusement », ajouté sur le ton du bon sens, du ma brave dame ben dites donc imaginez tous ces pauvres arme au poing refusant d'être laminés, on serait dans des problèmes, on n'en finirait plus. « Tous les pauvres ne sont pas terroristes, heureusement ! » Mais heureusement pour qui ? Heureusement qu'elle disait – que le bon pauvre se laisse mener à l'abattoir sans protester, sinon imaginez, le bordel que ça ferait à chaque saignée... Cette femme sait que pendant qu'elle félicite le pauvre de sa docilité, dans ce français châtié des courtisans admis au Palais, les Goodyear, les Air France, les postiers ou les ArcelorMittal sont écrasés, embastillés, pour l'exemple. Elle sait les kilomètres de colonnes de réfugiés qu'on parque dans des camps pour les expédier en Turquie. Elle sait l'explosion de la misère, à quelques mètres du luxe de sa cantine. Ils savent. Ils applaudissent la soumission. Ils se réjouissent de nous voir aussi bêtes. "Heureusement, disent-ils, heureusement que le pauvre laisse le riche lui grimper sur le dos". Une autre fois, dans la télé, c'est une autre bourgeoise, parlant le même français appris dans le même Palais, qui vient te dire "je suis islamophobe". Elle n'a pas honte. Tout est bon dans le bourgeois, même le caca, alors si ça lui sort du cul pourquoi elle le poserait pas sur la table ? Elle est islamophobe. Il fallait qu'elle en parle. Ces gens-là, s'il s'agit d'aller chercher le contrat du côté de l'Arabie Saoudite, quand il s'agit d'aller manifester au coude à coude avec le Cheik du moment, l'islam ne leur pose plus aucun problème. Quand elle dit islamophobe, l'Arabe auquel elle pense ce n'est pas celui qui fait la queue derrière elle pour s'acheter du Vuitton dans le VIIIe arrondissement. L'Arabe c'est le pauvre. Autorisé à marcher sur le même trottoir qu'elle, habilité à entrer dans la même mairie, à prendre le bus, à s'inscrire dans les écoles. De ceux-là, elle n'en peut plus. C'est trop de souffrance, il faut que ça sorte : elle est islamophobe, au nom de la liberté, de l'égalité, de la fraternité. Les autres religions ne la dérangent pas. Elle est précise : islamophobe mais pas raciste. Et quand elle ouvre les portes de cette intolérance-là, elle imagine que c'est au nom du bien du peuple. Comme s'il avait besoin de pogroms, le peuple et non d'argent pour la santé publique, comme s'il avait besoin de plus de bavures policières, et non d'accueils pour les SDF, comme s'il avait besoin de plus de meurtres homophobes, et non de plus de professeurs. Ou comme si elle imaginait sérieusement qu'elle allait désigner de son petit doigt de comtesse la population de pauvres sur laquelle le peuple pourra se défouler, un peu comme on montrerait le macaron qu'on convoite dans la vitrine de chez Ladurée. Que sa fortune lui confère une autorité naturelle sur le petit peuple qu'elle s'occuperait de diviser, en bergère inspirée... Mais madame la comtesse, si vous avez le droit d'être islamophobe, combien de temps pensez-vous pouvoir interdire aux autres d'être antisémites et de ne pas avoir honte de le dire, puisqu'on n'a plus honte de rien, au Palais, d'être homophobe et de ne pas avoir honte de le dire, et de penser qu'il faut les éliminer, ces pédés, de penser que les Noirs sont des singes et de ne pas avoir honte de le dire ? Vous avez honte de quoi au Palais ? On commence à se poser la question... pas de l'évasion fiscale, ni de la corruption, ni des expulsions, ni de l'école démolie, ni des hôpitaux outragés, ni de la pollution, ni de la bouffe empoisonnée, ni des ventes d'armes, ni du chômage longue durée? Laissez-nous vous dire, madame la comtesse, que la petite rebeu qui prend le bus avec son foulard sur la tête nous on s'en bat les couilles, ce qu'on veut c'est que l'histoire change de sens, qu'elle cesse de ne servir que vos intérêts, pour penser un peu à celui du plus grand nombre... On a compris que l'Arabe qui sort son voile est un Arabe qui dit je t'emmerde. Un Arabe à la mémoire longue. Un communard, un communiste, un musulman, un gréviste, un terroriste...
Quel drame, pour ces gens den haut, de n'avoir adhéré au Front National plus tôt. A présent toutes les bonnes places y sont prises, et les voilà coincés à gauche. C'est ballot.
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