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ISBN : 2743620684
Éditeur : Payot et Rivages (03/03/2010)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Une cité industrielle du Nord-Pas-de-Calais où la pollution a tout gangrené, une cité séparée du monde "sain et normal" par une autoroute, une cité qu'on ne quitte pas, sinon pour aller au cimetière. À quinze ans d'intervalle, deux voix se répondent. Celle d'un père, Clément, et celle de sa fille Judith. Ce sont des voix endeuillées. Clément raconte la mort de sa jeune épouse et l'horreur de l'usine qu'il finit par quitter, pour arriver au drame qui va tout faire ba... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
marina53
  15 juin 2015
Quelques jours avant que sa femme ne meure sur la table d'opération, ils se sont disputés. Pour une stupide toile d'araignée. Elle devait subir une petite opération. Elle n'a pas survécu. Que pourra répondre Clément à sa petite Judith, alors âgée de 5 ans, lorsqu'elle lui demandera pourquoi sa maman est morte? Son propre père, maintenant sa femme. Heureusement que Judith est là pour lui maintenir la tête hors de l'eau. Mais, l'avenir ne semble guère rose. Même s'il a quitté l'usine Europa, les petits boulots d'élagage que lui propose Thomas ne vont sûrement pas suffire à remplir le frigo. Ses collègues lui ont reproché son départ mais pouvait-il décemment risquer sa vie et celle de sa fille?
Quinze ans plus tard, le site industriel est à l'abandon, les hommes, pour certains, ont quitté la cité. Judith est toujours là, sur les pas de son père disparu bien trop tôt. Elle essaie de mettre des mots sur sa mort. Grâce à Etienne, le frère handicapé physique de Clément, quelque peu porté sur la bouteille, elle espère la comprendre et par là-même connaître un peu plus son papa...
Pascal Dessaint installe ce roman social dans une cité du Nord-Pas-de-Calais, une cité qui ressemble fortement à Noyelles-Godault, là où se trouvait l'usine de Metaleurop, et évoque la fermeture brutale de cette usine et la vie de ses ouvriers. Sur fond de fumée grise, les cuves d'acide sulfurique et les cheminées en arrière plan, l'auteur, donnant la parole tout à tour à Clément et à Judith, 15 ans plus tard, nous offre un roman intimiste, profondément ancré dans la terre et au plus près des sentiments. Malgré la noirceur du propos, la rudesse de la vie au quotidien, les chagrins, les peines, l'atmosphère plus que jamais électrique et une société sinistrée par le chômage et la pollution et socialement en perdition, il fait resurgir la part d'humanité de chacun et la sincérité des sentiments et des émotions. Une lueur de vie brille, malgré tout, entre ces lignes. L'écriture est riche, tranchante et intense; l'auteur n'abuse pas des mots et va à l'essentiel, avec force et sensibilité à la fois.
Un roman social abouti d'une grande justesse...
Vivez Les derniers jours d'un homme...
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Crossroads
  14 mai 2015
Dans le Nord, il parait que tu pleures deux fois, quand tu arrives et quand tu pars.
Dans cette petite ville sidérurgique, pour tous les habitants, les pleurs sont quotidiens.
Deux récits se faisant écho.
Celui du père, Clément, à bout, qui a lâché l'usine pour des jours meilleurs.
Celui de Judith, sa fille, qui se remémore l'époque où ce père aimant était encore là pour lui dire je t'aime.
Fort, très fort ce Dessaint.
Se basant sur l'affaire Métaleurop et ses patrons voyous, il brode un scénario magistral d'une noirceur insondable.
La région est sinistrée ou bien promet de le devenir à très court terme. La résistance ouvrière s'organise. Les hommes sont malades. Les sols sont malades. Seul le saturnisme semble, lui, se porter à merveille.
Ce récit est celui d'une famille qui aurait décidé d'aimanter toutes les emmerdes possibles et imaginables. Une famille comme il en existe des centaines dans la région, j'imagine.
Des personnages marqués à jamais par un contexte personnel traumatisant et socialement à la dérive.
Un drame qui se dessine en filigrane et Clément comme pierre angulaire de ce funeste projet.
Judith fait appel à ses souvenirs et à ceux des protagonistes de cette époque pour le moins trouble pour tenter d'en comprendre la part active de ce père qui lui manque terriblement.
Les chapitres sont courts, d'une puissance peu commune. Un drame social et personnel d'autant plus édifiant qu'il s'ancre dans une réalité toujours d'actualité.
Dessaint fait monter la sauce lentement, inexorablement.
La déflagration finale, que l'on sait pourtant inévitable, vous sèche littéralement en vous laissant comme un goût amer en bouche.
Une vive répugnance à l'égard de ces prétendus sauveurs accueillis comme le messie par toute une population désormais asservie.
Une empathie démesurée envers tous ces laissés-pour-compte même si, au final, cela n'y changera pas grand chose...
Si vous ne savez pas à quel Dessaint vous vouer, Les derniers jours d'un homme a tout d'une déchirante promesse!

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carre
  19 mars 2017
Pascal Dessaint nous offre avec "Les derniers jours d'un homme" une histoire ou la noirceur et le désespoir rythment la vie de ces personnages. On est très vite en empathie avec Clément, Judith et Etienne tous frappés par le malheur et la malchance. Drame social, précarité, bassin industriel détruit par la crise ou par des patrons peu scrupuleux, le regard de Dessaint est toujours juste, sans compromissions. On souffre avec ces personnages, devant l'inéluctable que Dessaint mène comme toujours avec talent et sincérité. Un roman qui remue le lecteur bien après la dernière page.
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Renod
  20 juillet 2016
La tour de l'usine Europa impose sa stature altière et domine d'immenses bâtiments aux allures de cathédrale de fer. La majorité des habitants de cette cité ouvrière du Pas-de-Calais travaille sur ce site de production de métal. Pour ces hommes, le travail est sacré, c'est une valeur absolue. Alors oui, le plomb est partout, on en trouve à des doses élevées dans les sols et dans le sang des ouvriers et de leurs enfants. Les cas de cancers et de saturnisme sont nombreux. Mais bon, le salaire est correct et il y a beaucoup d'avantages. Et il n'y a pas tellement d'autre choix ; pour régler les traites du pavillon, ils doivent prendre ce qu'on leur donne. Alors ils travaillent et s'empoisonnent chez Europa de père en fils. Ils sont usés par des conditions de travail infernales. Mais le pire est toujours possible : les métallos apprennent que le trader qui a racheté le site a décidé de le fermer brutalement. « Ils avaient vécu en esclaves et aujourd'hui on les traitait pire que des chiens. »
Pascal Dessaint fait le récit d'une fermeture d'usine sous les regards croisés d'un père et de sa fille. Clément parle du deuil de son père et de sa femme et de ses difficultés à surnager aux côtés de son frère et de sa fille. Quinze plus tard, Judith cherche à reconstruire la mémoire d'un père décédé trop tôt et à faire parler les témoins de ses derniers jours. Ces récits sont de l'ordre de l'intime et évoquent la douleur d'un deuil, l'impossibilité de quitter une terre sinistrée, les valeurs d'un peuple travailleur et le désespoir d'ouvriers laminés par la logique financière. Pascal Dessaint échappe aux pièges de la démagogie et du pathos, ce qui, au vu des sujets traités relève de la prouesse. Il sait employer un ton sobre et les mots justes. L'auteur traite aussi de la question environnementale puisqu'il est ici question d'une pollution toxique consentie par tous, propriétaires de l'usine et pouvoirs publics, subie par les travailleurs et les riverains, et qui ne pourra être éliminée par la nature qu'après plusieurs siècles… Le roman raconte « les derniers jours d'un homme », mais aussi la fin d'une classe ouvrière. Pour la disparition d'une usine comme pour celle d'un homme, il y a le temps du deuil, celui de la mémoire et enfin la résilience.
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Ziliz
  10 juillet 2015
Dans cette petite ville du nord, si on a la chance d'avoir un boulot, c'est à l'usine sidérurgique Europa. Le travail y est éreintant et dangereux, vous risquez d'y perdre des morceaux ou la vie au cours d'un accident, d'une explosion, ou de tomber malade prématurément.
Quand on a la chance d'être encore en vie, dans cette petite ville du nord, on est exposé à la pollution : « [...] cette année, l'usine a encore rejeté dans l'atmosphère 100 000 tonnes de gaz sulfureux, 150 d'oxyde d'azote, 110 de poussière de plomb, de zinc et de cadmium. »
Abstenez-vous de consommer les poissons des cours d'eau, les légumes du jardin, lavez soigneusement les mains de vos enfants, ne les laissez pas toucher la terre, gardez-les à l'intérieur quand le vent souffle dans la mauvaise direction. Malgré toutes ces précautions, leur plombémie sera très élevée, avec tous les risques sanitaires que cela comporte.
C'est dans ce coin sinistre et délétère que vit Clément avec sa fille de trois ans. Son frère aîné handicapé l'aide à s'occuper de la petite depuis le décès de la maman. Tous trois essaient de tenir la secousse, et c'est un vrai défi : deuil, pauvreté, conflits au boulot, spectre du chômage.
Roman noir social passionnant et révoltant pour qui s'intéresse un tant soit peu aux dégâts, sur l'économie locale et sur l'environnement, de la société de consommation à outrance et de la mondialisation. J'ai apprécié la sensibilité de l'auteur - les personnages et leurs émotions sont parfaitement décrits -, je partage sa vision pessimiste des conséquences de l'ultra-libéralisme. Mais mon intérêt a faibli au fil des pages, l'intrigue convenue m'a ennuyée, on voit tout venir, même si Dessaint ménage ses effets sur deux cent cinquante (longues) pages en alternant la narration.
Sentiments de révolte et d'impuissance en découvrant cette histoire, où l'instinct de survie est tel que des hommes préfèrent mourir "dignement" de maladie ou d'un accident en ayant un boulot, que de crever de faim en étant chômeurs ou en déménageant : « On a un problème de pollution, mais 830 familles sans travail, c'est encore plus dramatique. Nous avons toujours vécu dans la poussière, il faut savoir accepter un certain nombre de contraintes. » Alors « L'usine est bien protégée par ses esclaves. »
J'ai pensé en lisant ce roman sombre à "La frontière" de Patrick Bard, "Les vivants et les morts" de Gérard Mordillat, "D'acier" de Silvia Avallone (trois excellents romans noirs "sociaux"). J'ai pensé aussi à ceux qui ont préféré revenir sur leurs terres contaminées à Tchernobyl, plutôt que mourir de faim dans une ville inconnue...
- 5/5 pour la sensibilité, le contexte et les idées - 2,5/5 pour l'intrigue
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina53   15 juin 2015
On a beau savoir que rien ne dure, qu'un jour on perdra ceux qu'on aime, quand ça arrive, on n'est pas prêt. On est désarmé face à une douleur dont on ne pouvait soupçonner la virulence. On se retrouve soudain être un autre. Tout change, dans sa tête, dans ses sentiments, dans la perception qu'on a des êtres et du monde. Ça nous éloigne de ce dont on se croyait proche. Ça nous rapproche de ce dont on se croyait éloigné. Il y a jusqu'au corps qui ne réagit plus de la même manière. La mort est là en soi et sera désormais toujours là.
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marina53marina53   16 juin 2015
Quand on voit des maisons semblables, que rien ou presque ne distingue, on peut se dire que les gens derrière les façades se ressemblent aussi, qu'ils connaissent la même misère et ont cédé de la même manière au fatalisme, et que dès lors, ça pourrait les rendre solidaires, à tout le moins gentils les uns envers les autres, mais c'est rarement le cas. A cause de la misère sans doute, aussi bien morale que matérielle, les querelles éclatent pour des broutilles, la haine fait peu à peu son nid, les rancunes sont irrationnelles et tenaces, et on ne serait pas étonné que les gens finissent par s'étriper.
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ZilizZiliz   09 juillet 2015
Pauvre Ryan, il n'a jamais vraiment grandi, et si on est un tant soit peu lucide, il est resté franchement demeuré. Sa plombémie était à bien plus de cent. Il y avait plein d'enfants dans son cas. Moi, à côté d'eux, je n'avais pas à me plaindre. La plombémie, c'est le taux de plomb dans le sang. Un gosse de la montagne, qui a grandi à l'air pur, a naturellement une plombémie d'un microgramme par litre de sang. A plus de cent, donc, c'est pas normal, c'est l'horreur. Et il y avait des gamins chez nous [ville sidérurgique du nord] qui avaient un taux de deux cent cinquante ! D'où, comme disent les docteurs, un danger de troubles du développement neuro-comportemental irréversibles... On n'était pas en bonne santé. Les organismes étaient sévèrement perturbés. C'était de brusques vomissements et de douloureuses diarrhées. Il paraît que la moitié du plomb ingéré par un enfant passe directement dans son sang. Ils auraient dû nous cacher. Et d'ailleurs c'est ce qui se passait. Qui parlait de ça ? Qui savait, hein ?
(p. 34-35)
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marina53marina53   16 juin 2015
Même si beaucoup de temps a passé, c'est une émotion intense que l'on éprouve après la mort de quelqu'un, quand on pénètre dans un endroit que l'on a partagé avec lui. L'endroit n'est pas vraiment vide. L'être qu'on aimait est toujours là. On ne peut pas s'empêcher de croire qu'il va soudain apparaître. Et l'imagination fait en sorte qu'il apparaisse même parfois.
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ZilizZiliz   09 juillet 2015
Elle se croyait belle et n'avait pas de complexes apparents. Le problème, d'après Etienne, c'était sa langue, qu'elle avait plus longue que les bras. Elle ne parlait pas, elle s'étouffait de paroles. Un jour, elle en claquerait. Elle jacassait à propos de tout et de rien et plus encore s'il était question de son expérience personnelle, qui avait force de loi. Sonia était une pipelette invétérée ou une casse-couilles intégrale, selon qu'on la considérait avec plus ou moins d'indulgence.
(p. 26)
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