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ISBN : 2070301168
Éditeur : Gallimard (03/07/2003)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 9 notes)
Résumé :
" Le commencement, le seul moment de toute existence où l'essentiel est révélé : le premier amour. Voilà le sujet de ces dix nouvelles. De la Grèce à la campagne champenoise, la découverte de l'amour bouleverse la vie de jeunes gens purs, « à l'aube des sentiments ». Avec beaucoup de poésie et parfois d'ironie, l'auteur du "Pays où l'on n'arrive jamais" nous entraîne dans un monde où le rêve s'accorde avec le quotidien pour un dénouement souvent surprenant. "
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
dourvach
  28 septembre 2016
L'année 1961 a vu paraître ces dix "Idylles" d'André Dhôtel. Une pièce discrète pour la compréhension de l'oeuvre de ce rêveur universel et une occasion nouvelle pour reparler "style", monde-à-soi patiemment assemblé, et – ma foi, pourquoi pas ? – "Littérature" [*]... Mais qui se préoccupe encore aujourd'hui de "style" ou de "monde-et-langue-bien-à-soi" ? D'autant qu'il s'agit là d'artisanat littéraire que l'auteur revendiquait lui-même [**] comme "de petit calibre" ou "de modeste facture" - ou de "littérature mineure", si l'on veut...
Sur dix présentés, au moins quatre (pour résumer : [1], [4], [5] et [6]) purs gemmes d'espaces-temps dhôtéliens à explorer sous toutes leurs luxuriantes facettes, ciselés en 1950 et 1952.
Alors lançons-nous, et dans l'ordre de présentation des fameuses "10 nouvelles" :
[1] – "Idylle au Chesne-Populeux" [nouvelle non datée] : de la valeur d'une parole en l'air qui se perd dans l'azur. Un serment de gamins. Les années qui passent. La nuit du Destin qui revient. L'injonction à tout lâcher. L'appel des blés qui s'égouttent dans le champ d'à côté de la masure en ruines. L'on se retrouve pour se reperdre - mais ensemble.
[2] – "Idylle à Samos" [1950] : de la vertu des masques à porter pour faire avancer ses sentiments. Julien Moreau/Marcos ne s'en sort pas si mal... La jolie Marthe Bertin d'intelligence fine (et jamais dupe) offrira ses lèvres et son corps dans sa barque, dans la nuit du port... Galerie touchante des "personnages secondaires" que sont les vieux amis de "Marcos de Samos"....
[3] – "Jean-René sur les toits" [1939] : on se demande bien comment un vieux conte aussi mal ficelé et artistiquement aussi immature a pu trouver sa place - à mon avis manifestement indue - en cet ensemble assez attachant... La Maison Gallimard-"Paulhan" aura certainement préféré combler son "quota" de pages qu'éliminer impitoyablement un texte aussi manifestement sans intérêt littéraire [autre qu'anedotique... ].
[4] – "La maîtrise des va-nus-pieds" [1950] est un enchantement. Des gosses se fabriquent une île dans une langue de terre marécageuse lovée dans une large boucle de l'Aisne... Une cabane de jardiniers réhabilitée. Les six vont se choisir deux délégués pour aller quérir la jeune Anne-Marie dont ils tombent tous amoureux (comme lorsqu'on a treize ans... ). Anne-Marie - pour se tirer d'affaire ? - possède un certain talent vocal et un aplomb certain... Elle nage même "comme un mec", dirait-on... Tiens, et pourquoi ne pas leur apprendre à chanter ? Une chorale jamais vraiment au point... mais les saisons passent, et il faut sans cesse veiller à continuer de détourner le courant, consolider la digue... Mais un jour, la crue, le refuge sur le toit de tuiles crevées et la mort par noyade pour certains... car la mort ne choisit pas. Un morceau de vie poignant et d'une perfection rare... La symbolique des digues qui cèdent à l'adolescence : mais rien de surligné, juste en sous-texte, tout en finesse...
[5 ] – "La nuit d'été" [1952] : comment un guignier fait office de petite madeleine sucrée (et proustienne) pour Alcide, le fils de Germaine Bérot – l'épicière de Soligny... C'est qu'il faut se motiver pour y grimper, venir avec son échelle et deux paniers et y hisser son vieux corps de plus de soixante années, cinquante ans après l'idylle qui a permis au noyau de trouver la bonne terre sur la pente. Mais Alcide se souvient-il encore de Lucienne, l'amour de ses quinze ans ? Perfection de cette partition, toute en retenues et pudeur...
[6] – "La fille du général" [1952] : de la constance dans la détestation... Lorsqu'ils se retrouveront à faire une belle traversée de la rivière en barque à fond plat, le principal protagoniste - ferrailleur qui vient de marier - se gardera bien de céder à ses instincts qui sont de balancer par-dessus bord la vieille fille (autoproclamée "fille du général") enfin à sa merci. Celle-ci l'avait - par ses bienfaits ostentatoires - durablement humilié durant sa jeunesse de sauvage... Chez Dhôtel, même les plus teigneux des personnages savent pardonner. Sans doute les lumières du crépuscule sur la rivière qui "aident"...
[7] – "La sorcière" [1948] fait revenir le personnage bienveillant de Jean-René Malvant dans un récit beaucoup plus maîtrisé que l'inabouti "Jean-René sur les toits". La fameuse "sorcière" est Noémie, mémoire des lieux, une vieille femme qui élucidera les questions d'affects du jeune Adrien Rameau extrêmement attaché à la jeune Edmée qu'il croit être sa soeur, jusqu'au moment où il apprendra de la bouche de la "sorcière" – qui ne desserrait point les dents sur son secret – l'histoire de nourrissons échangés dans la pagaille du Grand Exode de 1940... Débarrassés de la malédiction de tendres sentiments d'allure incestueuse qui, jusque là, les accablait, Edmée et Adrien s'aimeront enfin et vivront heureux ensemble.
[8] – "La haute rivière" [1954] : Emilie Sandet aux yeux verts et Jérôme Blagat, clerc chez un avoué. Emilie, fille de riches, conduit une Torpedo. Jérôme serre les dents devant cette fille de bourges... Jérôme est d'ailleurs pote avec Gaëtan Jaude, fondateur d'un "petit laboratoire de produits pharmaceutiques"... Jérôme se fait accuser du vol d'un portefeuille d'actions, dérobé dans le bolide de la belle garé sur un pont... sauf que c'est le demi-clochard Jonathan qui a fait le coup... et pas Jérôme ! Mais c'est Jérôme qui est accusé, puis bientôt quasi-viré de son boulot... La Rumeur, bien sûr... Nous sommes en province, tout de même ! Gaëtan, jaloux de Jérôme, convoite aussi Emilie mais s'est mis à boire... il pense ramasser l'affaire au final mais entreprend tout de même d'aider son vieux pote Jérôme, c'est-à-dire de mettre la pression (quitte à le torturer un peu, ficelé contre un chêne) sur le misérable Jonathan qui ne veut pas dire où il a planqué le portefeuille, l'andouille... Bon, tout ça finira (quand même) bien ! Un admirable récit plein de fantaisie, d'humour et d'imprévus : le grand charme dhôtélien bien présent...
[9] – "La longue journée" [1955] : un récit bien long et quasi-"pour rien"... Deux fugitifs – deux jeunes types plus ou moins "bons à rien" : Julien et Arthur – se sauvent dans la campagne, se croyant responsables d'un meurtre, tuant le temps à jouer leur culpabilité aux cartes ("Qui de nous deux l'a vraiment tué ?")... puis se décidant à se rendre tous les deux aux Autorités. Jusqu'au moment où le poignardé surgit au détour d'un chemin et montre à qui veut bien l'entendre qu'il a préféré "oublier l'incident"... C'était "le cousin Désiré", un "freluquet" qui se trouvait être le cousin de la fille (la belle Véronique) qu'ils convoitaient tous les deux et a eu ce malheur de se trouver sur leur passage tout en leur proposant de "déguerpir tous les deux"... Une invraisemblance savoureuse, au fond ! Le petit père Dhôtel sait parfois se contref...tre de toute vraisemblance dans les situations les plus hasardeuses et autres "concours de circonstances"..., et pourquoi pas ? "La littérature et le hasard", d'accord ! Là où les "hasards" seraient de type "bienheureux"...
[10] – "Cieux éclatants du soir" [1949] : trois personnages dont l'auteur se débarrasse en dix pages (les faisant brûler vifs dans un bosquet après une chasse à l'homme). le lieu, cet étrange hameau de Flaba, avec ses pins et ses halliers sur une butte, restera curieusement dans la mémoire du lecteur bien plus que Chapeureux (habile meurtrier de son voisin), Aline (la belle noiseuse) et son soupirant Lucien Rougeot...
Avouons cependant ici que la plupart des nouvelles de Dhôtel ne sont pas FORCEMENT à la hauteur artistique de la plupart de ses romans. Sans parler du caractère assez anecdotique et parfois franchement décevant de la plupart de ses pièces de théâtre...
Dhôtel nous semble avoir besoin d'ESPACE pour disposer de temps et d'habileté à faire surgir sans cesse ses abrupts émerveillements... et son lecteur a besoin de s'attacher affectivement à ses personnages.
Les merveilles de DHÔTEL sont donc à rechercher prioritairement en ses 49 "romans et récits" et, bien sûr, dans ses non moins talentueux essais ; mais cet avis n'engage que moi ! Cependant vous priant ici de faire confiance une fois de plus à un lecteur dhôtélien assez infatigable...
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[*] Osons rester "décalés" ! Conchions donc cet "air (niais) du temps" qui nous pousse à ingurgiter sans cesse des tombereaux de NON-littérature - magma nous semblant issu d'une sorte de Néant ou de Nuit [Cf. "Théogonie" d'Hesiode] car déniant absolument et sans rien dire – certainement en raison de notre paresse collective – les vertus de toute tradition artistique, la recherche patiente de tout éventuel sillage post-homérique et ne se préoccupant plus que de nous gaver de "Nouveautés" [?] plus ou moins bien écrites ! Discours ambiant implicite : " Mais les gens aujourd'hui consomment DES HISTOIRES. Point. " ! Quel silence intimidant peut suivre désormais l'emploi de ce gros mot [au son décrété si élitiste...] de "littérature"... Pour bien comprendre les enjeux de "ce qui se passe", on peut se reporter à la lecture instructive du volumineux essai de Jean-Philippe DOMECQ, "Qui a peur de la littérature ?", éd. les mille et une nuits, 2002 : un questionnement hélas toujours d'actualité...
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[**] André DHÔTEL "La littérature et le hasard", éditions Fata Morgana, [ré-édition] 2015
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
dourvachdourvach   12 juillet 2016
Pendant les dimanches de février, la bande chassa les canards avec des carabines. Ils n'en tuèrent pas un seul. La plupart du temps, on demeurait au coin du feu où bouillait une marmite de café. On entendait le bruit de la rivière et on y reconnaissait un rythme insoupçonnable pour qui ne prêtait pas attention : des coups sourds qui étaient les heurts de vagues profondes contre la terre, les battements de certaines branches plongées et relevées, et l'infinie division des faibles murmures sur les plans d'eau.
Cela donna à Renoux le désir de chanter. Renoux proposa comme thème à) ses compagnons un fragment d'opéra sur lequel ils brodèrent en toute confiance, mais le choeur dérailla de façon si effrayante qu'on ne songea pas à en rire.
– Des coups à faire effondrer la digue, dit Armel.
– Je voudrais savoir chanter, dit Legourd.
– Je connais une fille qui chante bien, proposa Sebond. Elle habite Grandvillers.
Ainsi débuta l'histoire.

[André DHÔTEL, "Idylles", Gallimard, 1961 - rééd. collection "folio", Gallimard, 2003, nouvelle "La maîtrise des va-nu-pieds", pages 125-126]
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dourvachdourvach   12 juin 2016
Comme une ondée passait, ils s'abritèrent contre la porte en haut du perron. Vers le matin, Jeannine s'était endormie sur la pierre nue, alors que Martinien parlait encore. Il l'enveloppa dans la pèlerine, lui mit son sac sous la tête et lentement il la déchaussa. Les gros souliers de marche et les chaussettes étaient gonflés par la pluie comme des éponges. Martinien réchauffa les pieds de la jeune fille contre sa poitrine. Puis il les garda dans ses mains et il fut extrêmement satisfait quand l'aurore lui permit d'apercevoir le dessin des orteils, alignés comme les roseaux des flûtes de Pan.

[André DHÔTEL, "Idylles", Gallimard, 1961 - rééd. collection "folio", Gallimard, 2003, nouvelle "Idylle au Chesne-Populeux", page 35]
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dourvachdourvach   16 juin 2016
Iannis habitait un sous-sol dont les fenêtres ouvraient, au ras de terre, sur une ruelle qui n'était ni très propre ni très sale. Il reçut son hôte cérémonieusement, et le fit asseoir dans un pouf où de multiples ressorts déclenchaient leurs mélopées. Un chat jaune , sur le ciment, jouait avec des boîtes vides. Au mur pendait l'immense photographie en couleurs de la défunte bienheureuse Anthoula, femme de Iannis, et qu'il appela tour à tour "or de ma vie" et "vieille chèvre".

[André DHÔTEL, "Idylles", Gallimard, 1961 - rééd. collection "folio", Gallimard, 2003, nouvelle "Idylle à Samos", page 43]
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dourvachdourvach   11 juillet 2016
– Toi, tu cultiveras des cailloux à Soligny, poursuivait Lucienne. Eh bien ! je vais faire quelque chose pour toi. Je te sème ici un noyau de cerise, et dans cinquante ans tu auras des milliers de cerises. Alors tu penseras à moi.
Huit jours plus tard, Alcide devait cesser de penser à Lucienne. Dix ans plus tard, il faisait fortune en exploitant des carrières, et de nos jours encore on peut voir le cerisier.

[André DHÔTEL, "Idylles", Gallimard, 1961 - rééd. collection "folio", Gallimard, 2003, nouvelle "La nuit d'été", page 159]
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dourvachdourvach   22 juillet 2016
– Ils sont tous comme des crapauds et des grenouilles qui mangent du brouillard.

[André DHÔTEL, "Idylles", Gallimard, 1961 – rééd. collection "folio", Gallimard, 2003, nouvelle "La fille du général", page 196]
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