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ISBN : 2752901151
Éditeur : Phébus (14/10/2005)

Note moyenne : 4.33/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Rien de particulier ne signale le village de Someperce, si ce n'est peut-être la forêt alentour : bonheur des gamins qui s'y perdent à plaisir, mais s'y retrouvent toujours. D'où vient alors que cet été-là plusieurs jeunes gens de l'endroit y disparaisse sans laisser de traces - et parmi eux l'aimable Casimir ? Son ami Maximin le comptable va tenter d'éclairer le mystère, qui au fur et à mesure de sa recherche ne cessera bizarrement de s'embrouiller. Il est question... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
dourvach
  14 août 2018
S'annonçant par une citation de son voisin charlevillois Arthur Rimbaud ("Nous dormirons sur les pavés des villes inconnues"), "Les Disparus"... apparut en 1975 (l'auteur étant âgé de 75 ans). Il est aujourd'hui le 38ème chaînon des 49 "romans et récits" d'André DHÔTEL.
Notons que son auteur reçut cette même année le "Grand prix national des Lettres" pour ce roman aujourd'hui bien oublié... et auquel l'auteur était visiblement très attaché.
Dhôtel est donc cet auteur-conteur prolixe, qui avait le seul inconvénient de se vouloir et croire "écrivain mineur"...
Pourtant nous avons bien affaire ici à un authentique chef d'oeuvre, au sens où la Littérature s'y invente à chaque phrase. D'imprévisibles enchantements s'y surprennent au fil des pages.
Et bien sûr, avant celle-ci, "zéro + zéro critique" sur Babelio... Mais voilà, "Pôs d' panique : pôs plus intimidés qu' ça... ", eh ben nous garderons la tête froide et la longue belle habitude de pareils isolements.
"Anciennetés" qui sont autant de trésors enfouis au pied de l'Arc-en-ciel, à découvrir perpétuellement, quand tant d'entre nous se ruent sur leurs prévisibles et interchangeables "Nouveautés" [?].
C'est que cet homme – Dhôtel, "l'Ardennais [en son art d'aimer] universel" – re-créait "son" monde à chaque roman. L'histoire, la sacro-sainte "trame" de son histoire était secondaire : les LIEUX étaient l'élément dominant. L'enchantement ne surgissait que du plus plat quotidien des personnages et des saisons qu'ils traversaient.
"Les Disparus" : au-delà de "l'homme au semelle de vent", c'est Casimir Fontan – ce héros supposé – dont le personnage disparaît du récit à la page 38 de l'édition Phébus qui en compte 304. Reste son souvenir, son sillage, ses rêves, ses lubies et son ami Maximin Brégant (faisant fonction d'expert comptable mais aussi de gérant du camping municipal). Maximin a une soeur, Jeanne, qui en pinçait pour le disparu. Maximin s'agace de Véronique Leverdier, l'amie de sa soeur, évidemment "une petite bigote qui fait des mystères". Et puis Repanlin, le gardien du camping qui raconte "les anciennes histoires" de Someperce... tout en s'efforçant de faire taire son âne... (ça dérange les campeurs). L'essentiel, au fond, est ce qui se trame certains soirs d'été : une lumière à l'orée du bois, celle que surprend Maximin le contemplatif - depuis le jardin de sa logeuse, la vieille Alida Dardaille. Là où certains ont vu pour la dernière fois "le disparu"... Un suspense magnifique à propos de paroles tues et de lumières du soir. Qui oserait ça, aujourd'hui ? Dhôtel a le temps et ose. Cela fourmille d'humour et déborde de merveilles cachées. Une extraordinaire densité. Ce long entretien "en plein air" entre Maximin et Repanlin [pages 60-64 de la réédition Phébus], s'amorçant par les abeilles des ruches du vieux, avec ses bonnes ouvrières qui ont besoin de l'eau des bassins et qu'il faut laisser prendre leurs aises sur la surface – fort heureusement couverte tapis de genêts de de millepertuis – du camping municipal, et tant pis pour ces râleurs d'estivants qui se font piquer ! Ou cette séance ordinaire de la Société d'Archéologie de Someperce avec tous ces brillants intellectuels – le quincaillier, le coiffeur du centre-ville, l'instituteur célibataire, le directeur de son Ecole – venant d'être évincés du Conseil municipal... On tomberait presque ici à genoux devant l'incroyable richesse de la langue dhôtelienne et l'extrême densité de l'intrigue labyrinthique (à l'instar de ces trouées hasardeuses dans cette épaisse sylve "maudite" cernant ce village si faussement apaisé qu'est Someperce).
Allons, encore un "chef d'oeuvre inconnu de plus" ? :-D Euh, plutôt oui ! ... et repensant là aux beautés cachées de ce fabuleux roman, "Le Commis" de Robert WALSER [1908], que sans doute 3 ou 4 Babéliotes ont lu...
Un livre à la hauteur artistique de "Nulle part" [1943], "Les premiers temps" [1953], "Ma chère âme" (1962], "Pays natal" [1966], "La maison du bout du monde" [1970] et de "L'honorable Monsieur Jacques" [1972] - entre autres chefs d'oeuvre méconnus ou inconnus d'à peu près nous tous, aujourd'hui...
Et n'oubliez pas de visiter - en y apportant bien sûr VOTRE propre pierre en matière de nouvelles critiques et commentaires - "notre" beau site fraternel & sororal "La Tribu Dhôtel" dont on retrouvera facilement le sentier par le lien suivant :
http://latribudhotel.canalblog.com/
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Commentaires précédemment publiés sous la version initiale [août 2016] de l'article :
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gill [le 11 août 2016] : vous qui paraissez bien connaître l'oeuvre d'André Dhotel, sauriez-vous si il a écrit quelque ouvrage ayant rapport avec la ville de Valognes où, entre 1938 et 1940, il semble avoir séjourné ? merci ...
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dourvach @gill [le 11 août 2016] : merci de votre curiosité ! J'ai fait quelques recherches suite à votre question. André Dhôtel a vécu brièvement -avant guerre (1938) - et au début de la guerre (1940) dans le Cotentin : d'abord effectivement à Valognes, puis à St-Lô. Les "clefs" des lieux réels d'où ont pu surgir les Lieux des romans de Dhôtel se trouvent, entre autres, dans le numéro 4 des Cahiers André Dhôtel "LES LIEUX D'ANDRE DHÔTEL" (année 2006), publication de l'association "La Route Inconnue" [Notre chère "Assoc.", très pointue et hyper-productive en textes, mais à la politique de transmission aux jeunes générations de lecteurs me semblant "pour le moment" assez léthargique...] ; on se souvient aussi que "L'Homme de la scierie" [1950] se situe entre Nogent/Seine et la Normandie, mais c'est surtout "Mémoires de Sébastien" [1955] qui se situe entièrement dans le Cotentin ... Bonne recherche de ces deux chefs d'oeuvre parus, le premier il y a plus de 65 ans dans la fameuse "collection Blanche" de Gallimard pour l'instant JAMAIS réédité - et le second il y a 60 ans chez Grasset dans leur collection "Les Cahiers Verts" ! Ah, cette énervante feignasserie dans la politique éditoriale actuelle de Gallimard, qui ne se préoccupe guère, non plus, de prévoir de justement "pléiadiser" (ce qui la rendrait à nouveau accessible à tous) l'Intégrale de l'oeuvre romanesque de Dhôtel qui le mériterait amplement... mais Gallimard & Grasset préfèrent visiblement les opérations (stupidement) "immédiatement plus profitables"... Quand je pense que Jean Paulhan [l'ancien pope de la Maison Gallimuche] - qui admirait toute l'oeuvre-univers (foisonnante et artistiquement inimitable) du cher A. Dhôtel - avait prédit que "la postérité, malgré ses célèbres caprices, rangerait un jour les livres de Dhôtel au seul rang qu'ils méritent : le premier. ". Grrrrrr-grrr- grrr ... ! Quelle bande de feignants, pour le moment... Amitié !
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gill [le 11 août 2016] : merci pour votre réponse, aussi aimable que dense et rapide ... cordialement.
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keria31 [le 02 février 2017] : Oui Gallimard m'a refusé le manuscrit que je leur avais envoyé. Avec 1% des manuscrits dans les grandes maisons d'édition, j'imagine qu'ils se la jouent "feignasse" comme tu dis, ou du-moins la voie la moins difficile en choisissant de publier d'abord des auteurs déjà célèbres ou des personnes du milieu qu'ils connaissent.
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dourvach @keria31 [le 04 février 2017] : oui, c'est un peu le drame de Gallimuche et de toutes les places parisiennes de la Notoriété : coincées entre les z'auteurs-Narcisses-increvables (Ph. Sollers, etc. ), les néo-Narcisses branchouilles-qui-séduisent (D. Foenkinos) et la sélection parmi les milliers de manuscrits reçus de nous, les "pôvres-obscurs-bouseux-d'la-Province" ("Vindiou ! Crebleu")... Si du moins, les choix de leur fameux "1%" (un pourcentage drastique, qui pourrait être finalement gage de sérieux) étaient artistiquement judicieux mais n'en suis même point sûr (rires) ! Leur comité de lecture me semble aujourd'hui assez formaté à "l'air-du-temps" (= option a : "Provoc' pour faire neuf"...) ou le surécrit (option b : "sur-écriture pour faire Littéraire"...). Bref, tout cela ne me semble plus si "pro"... Oui, "le Milieu", comme vous dites... "La Famiiiglia", bref ! Alors, "C'était mieux avant" ? Bah, peut-être... En tout cas : finis, les temps de Milan Kundera, Georges Simenon, Antoine de Saint-Exupéry, André Dhôtel, ou des belles traductions de Yachar Kemal... Amitié, et ne vous découragez pas !!!
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
dourvachdourvach   10 septembre 2018
En cette fin de mai tout était désert et Maximin se demanda bien ce qu'il y aurait tellement à faire pour administrer ce camping, d'autant plus qu'il y avait un préposé pour s'occuper des questions matérielles.
Ce préposé, un nommé Repanlin, habitait une masure sur la pente de la butte à la tour et il logeait même son bois dans la tour en le couvrant de quelques tôles. Maximin lui rendit visite le samedi.
Repanlin se trouvait devant sa porte, sur un banc. Il était en train de raccommoder la petite cabane d'un rucher. Après un bonjour :
– Où sont-elles vos ruches, demanda Maximin.
– Par là-bas, en allant vers le ruisseau. il leur faut de l'eau dans le voisinage.
– Et où vont-elles butiner ?
En effet vers le ruisseau c'étaient plutôt des marécages, et ici, derrière la tour commençaient de maigres taillis qui rejoignaient la forêt de Someperce.
– Il y aura bientôt les acacias dans ces fouillis. En tout cas elles ont des ressources en plaine et dans les environs du camping.
– Ne me dites pas qu'elles vont sur le camping.
– Est-ce que je peux les empêcher ? Elles trouvent par là des genêts, des millepertuis quand les campeurs n'ont pas tout saboulé, mais toujours du trèfle blanc. Bien sûr ces imbéciles marchent pieds nus sur le trèfle et ils se plaignent d'être piqués.
– Ce n'est quand même pas indiqué de provoquer une gêne pour les campeurs.
Repanlin eut pour Maximin un regard en dessous. Il ne répondit pas, car on entendit aussitôt le braiment d'un âne.
– C'est Philippe, dit Repanlin.
– Pourquoi vous l'appelez Philippe ?
Repanlin n'eut pas le temps d'expliquer, car de l'autre côté de la maison s'élevèrent de furieux aboiements qui répondaient à l'âne et engageaient avec lui une sorte de querelle.
– Je n'en ai que quatre, dit Repanlin.
– Voyons, voyons, dit Maximin, ce voisinage n'est pas excellent pour des touristes qui viennent ici chercher le repos.
– Je me fous des touristes, dit Repanlin.

[André DHÔTEL, "Les Disparus", chapitre III, Gallimard, 1976 – réédition Phébus, collection "libretto", 2005, pages 59-61]
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dourvachdourvach   11 juin 2016
" Elle riait comme la cascade du barrage de Verziers, ma soeur. Elle avait un égoïsme très charmant. Elle vous aurait piétiné si vous aviez discuté son rouge à lèvres. Il faut avouer que ses études, malgré qu'elle ait réussi, elle n'en tirait pas d'orgueil. Elle avait des moments excellents où elle se montrait pleine de coeur pour les chats, les oiseaux, les vieilles dames, tout le monde si vous voulez, sauf les amoureux. Il est vrai que sur ce dernier point on a droit de choisir. "

[André DHÔTEL, "Les Disparus", chapitre I, Gallimard, 1976 - réédition Phébus, collection "libretto", 2005, page 20]
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dourvachdourvach   17 juillet 2016
– Tu sais, ma soeur ce n'est qu'une petite bourgeoise.
Il n'aurait pas dû reparler de Jeanne. Casimir le regarda non sans mélancolie. Il dit enfin :
– Bourgeoise, j'en sais rien. Je n'ai jamais pensé à ça. Ce qui m'avait anéanti c'étaient ses yeux et ses cheveux. Dans les yeux il y avait les maisons, les jardins, la forêt... la route... Surtout la route. Une route sans fin, si tu veux. Mon vieux, c'est pas facile à dire.

[André DHÔTEL, "Les Disparus", chapitre II, Gallimard, 1976 – réédition Phébus, collection "libretto", 2005, page 35]
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dourvachdourvach   14 août 2018
Il disait que tous les gens avaient une âme, et qu'on était ébahi quand on la découvrait.

[André DHÔTEL, "Les Disparus", chapitre I, Gallimard, 1976 – réédition Phébus, collection "libretto", 2005, page 19]
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dourvachdourvach   14 août 2016
– On ne va pas du côté des bois quand on n'a pas de rendez-vous.
– Je n'ai pas besoin de rendez-vous pour cela.
– Peut-être il y a des filles qui ont besoin de rendez-vous ?

[André DHÔTEL, "Les Disparus", chapitre VIII, Gallimard, 1976 – réédition Phébus, collection "libretto", 2005, page 156]
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