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Jean-Luc Porquet (Préfacier, etc.)
ISBN : 2749102448
Éditeur : Le Cherche midi (13/05/2004)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Cet essai, publié en 1977 dans la collection " Liberté de l'Esprit " de Raymond Aron et introuvable en librairie depuis longtemps, est la clef de voûte de sa trilogie (La Technique - Le Système technicien - Le Bluff technologique). Il est considéré comme son livre le plus abouti. La Technique, pour Ellul, est le facteur déterminant de la société. Plus que le politique et l'économie. Elle n'est ni bonne ni mauvaise, mais ambivalente. Elle s'auto-accroît en suivant sa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
NMTB
  21 mai 2017
Une analyse sociologique du système technicien, moins contestataire qu'il pourrait sembler a priori. Il arrive même à Jacques Ellul, chrétien et conservateur, de s'en prendre aux révoltés du genre hippie qui ne comprennent rien à ce système et en sont finalement de purs produits ; ce sont des contestations admises par le système parce qu'elles appellent à toujours plus de technique, elles ne remettent jamais fondamentalement le système en question. Jacques Ellul cherche avant tout à analyser en profondeur ce système pour en prendre conscience, sans la moindre concession mais sans exagérer ni délirer. Il évoque peu les avantages que la technique a donnés à l'humanité, il n'oublie par contre aucun problème. le principal est celui de l'indépendance de la technique en tant que système, l'homme en a tout simplement perdu le contrôle parce qu'il n'a pas conscience que la Technique est devenu un système.
Mais il ne donne jamais véritablement de solution. D'un côté il dit qu'il est devenu impossible d'en sortir : « On ne peut plus « détechniciser ». le système a une telle ampleur que l'on ne peut plus espérer revenir en arrière : tenter une détechnicisation ce serait l'équivalent pour les primitifs de la forêt de mettre le feu à leur milieu natal », et d'un autre côté même la limitation de ce système semble impossible : « le seul acte de maîtrise authentique, vérifiable et concret à l'égard de la technique, serait de fixer des limites à son développement : mais ceci est la contradiction même du système. » le système technicien est une course folle, il n'y a aucun moyen d'y échapper.
Car la politique n'y peut plus rien, elle fait partie du système, tout comme la science et l'économie. Et c'est là que Jacques Ellul prend ses distances avec la vision marxiste et c'est là aussi qu'il me perd. Les marxistes appliquent de vieux schémas à une société qui n'existe plus selon lui. Il n'y a plus de capitalistes et de prolétaires, plus de lutte des classes à mener, il n'y a plus qu'un système gigantesque que même les technocrates ne maîtrisent pas. La Technique ne dépend de personne, elle est autonome en tant que système sans fin qui n'a pas d'autre but que sa propre croissance, tout y est soumis, elle est le facteur déterminant.
J'admets tout cela, mais je n'ai pas l'impression que le système soit précisément technicien. Certes, la technique a connu un essor incroyable au cours du vingtième siècle, on n'a pas fini de s'en étonner et de s'interroger sur l'adaptation de l'homme à ce phénomène, en grande partie par conformisme social, il faut en convenir. Il fait une analyse excellente de la technique, avec parfois une grande clairvoyance, par exemple sur l'importance de l'information et la connexion nécessaire entre ordinateur et télécommunication ou sur le problème des données personnelles, mais il n'a pas inventé tout cela, il n'a jamais été le seul à le penser et il cite toujours les auteurs dans lesquels il a puisé ces idées. En définitive je ne crois pas que la société ait fondamentalement changée au cours du vingtième siècle, je crois que parler de système capitaliste reste beaucoup plus juste que de système technicien, la base de notre société reste la propriété privée et l'économie est toujours prépondérante, c'est elle qui oriente tout.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
NMTBNMTB   04 mai 2017
Mais si nous vivons dans une telle société virtuelle si notre attention est ainsi distraite, accaparée - si d'un autre côté, tout ce qui autrefois constituait la société est intégré comme facteurs séparés dans le système technicien en même temps qu'induit par la Technique, ne sommes-nous pas dès lors passés au stade de la Mégamachine ? Notre société n'est-elle pas déjà elle-même une machine pure et simple […]
Ce système trouvera sa plus parfaite expression grâce à l'aide de la technologie moderne, dans l'avenir de la société technologique. Certains auteurs pensent que la Mégamachine s'accomplit grâce à l'ordinateur « le diabolisme de la machine n'est rien auprès du conformisme de la société », dit Elgozy. Cette Mégamachine fonctionne implacablement - et le sens même de la liberté individuelle y a disparu. Elle a la froideur, l'indifférence, l'anonymat de la machine. Elle ne cherche assurément pas à brimer ou aliéner l'homme : elle le fait simplement pour être. Et plus l'ordre, dans la Mégamachine devient essentiel à son fonctionnement, plus il faut d'ordre supplémentaire, l'ordre engendre l'ordre, et le plus petit désordre devient intolérable. Grâce aux moyens d'information et de communication, cette Mégamachine présente en outre certains des caractères d'une société primaire : chacun est connu dans sa totalité (totalité enregistrée dans l'ordinateur national). L'ordinateur rassemble sur chaque individu un faisceau d'information jusqu'ici dispersées, ce que rendrait intolérable le contrôle de la société, d'autant plus que ce contrôle ne sera pas exercé par des « autorités » mais aussi bien par le public, par les Autres, par l'Opinion puisque tout ce qui concerne chacun peut être diffusé, mis sous les yeux de tous par la voie des télécommunications. Ainsi la Mégamachine à la fois fonctionne abstraitement en tant que machine sociale et de façon totalitaire en dépouillant les pièces de la machine de leur identité. Dans ce caractère primaire nous retrouvons l'idée de Mac Luhan quand il dit que le monde va devenir grâce à la T.V. un village planétaire. Le fait est encore plus accentué s'il ne s'agit pas seulement de cette ubiquité permise par la T.V., de la façon de penser mythique renaissante mais du contrôle de chacun par tous grâce à l'information.
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NMTBNMTB   05 mai 2017
De même Baudrillard montre à quel point la culture issue de la Technique est l'inverse absolu de la culture conçue comme : 1. Patrimoine héréditaire d'œuvres, de pensées, de tradition. 2. Dimension continue d'une réflexion théorique et critique. Transcendance critique et fonction symbolique. Les deux sont également niées par la subculture cyclique, faite d'ingrédients et de signes culturels obsolescents, par l'actualité culturelle... On voit que le problème de la consommation culturelle n'est pas lié aux contenus culturels à proprement parler ni au public culturel... ce qui est décisif c'est que la culture n'est plus faite pour durer... c'est la rapidité de progression de la technique qui condamne la culture à être l'inverse de ce qu'elle a toujours été, consommation immédiate d'un produit technique sans substance. Baudrillard note à juste titre qu'à la limite il n'y a pas de différence entre la culture de masse (qui combine des contenus) et la création d'avant-garde (qui manipule des formes) les deux sont déterminées par l'impératif fonctionnel de la technique qui implique que tout doit toujours être actuel.
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NMTBNMTB   17 mai 2017
A l'époque de l'ordinateur et de la synthèse des sciences de l'homme qui débute, il ne peut plus être question de fascisme : celui-ci paraît merveilleusement démodé en Grèce 1970 ou au Brésil 1975. Mais la dictature technicienne abstraite et bienfaitrice sera beaucoup plus totalitaire que les précédentes […]
En effet cette totalisation de la Technique, il ne faut pas oublier qu'elle recouvre en fait tous les éléments composants du corps social et que progressivement toutes les expressions de la vie humaine deviennent techniques : ceci veut dire que la technique a, envers la société et l'existence humaine un double effet : d'une part elle désintègre et tend peu à peu à éliminer tout ce qui n'est pas technicisable (c'est ce qui est si durement ressenti par exemple au niveau de la fête, de l'amour, de la souffrance, de la joie, etc.) et elle tend à reconstituer, un tout de cette société comme de cette existence à partir de la totalisation technicienne. C'est non pas la subordination de l'homme à la technique, etc., mais bien plus profondément une nouvelle totalité qui se constitue : c'est le processus qui provoque un si grand malaise chez l'homme et un si vif sentiment de frustration. Tous les éléments de la vie même sont associés à la technique (dans la mesure même où elle est devenue un milieu) et sa Totalisation produit une véritable intégration de type nouveau de tous les facteurs humains, sociaux, économiques, politiques, etc. Ainsi cette société, cet homme qui ne deviennent assurément pas des objets techniques, robots, etc., reçoivent désormais leur unité de la technique totalisante. Mais celle-ci ne peut donner un sens : c'est sa grande lacune. La totalité reconstituée est vide de signification.
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NMTBNMTB   04 mai 2017
La médiatisation par la Technique est fondamentale pour comprendre la société moderne. Non seulement elle est médiatrice entre l'homme et le milieu naturel, puis médiatrice au second degré entre l'homme et le milieu technicien, mais elle est aussi médiatrice entre les hommes : ceux-ci entrent de plus en plus en contact les uns avec les autres au moyen d'instruments techniques (téléphone), de techniques psychologiques (pédagogie, relations humaines, dynamique de groupes) mais bien plus, chacun entre en contact avec l'humanité, l'ensemble des hommes au travers de ces moyens techniques (T.V., radio, etc.) instituant le règne de ce que l'on a appelé les relations longues, qui sont qualitativement différentes des relations courtes, non médiatisées (ou médiatisées par des approches culturelles traditionnelles très peu efficaces. Cette médiatisation technique de la relation humaine produit le phénomène sur lequel on ne cesse de s'étonner, le sentiment croissant de solitude individuelle dans un monde de communications généralisées). Devenue un Universum de moyens, la Technique est en fait le milieu de l'homme. Ces médiations se sont tellement généralisées, étendues, multipliées qu'elles ont fini par constituer un nouvel univers, on a vu apparaître le « milieu technicien ». Cela veut dire que l'homme a cessé d'être dans le milieu « naturel » (constitué par ce que l'on appelle vulgairement la « nature », campagne, bois, montagnes, mer, etc.) au premier chef, pour se situer maintenant dans un nouveau milieu artificiel. Il ne vit plus au contact avec les réalités de la terre et de l'eau mais avec celles des instruments et objets qui forment la totalité de son environnement.
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NMTBNMTB   11 mai 2017
Toute contestation, toute perturbation dans le système n'est rien d'autre qu'une provocation, une sollicitation pour que de nouvelles techniques, de nouvelles organisations, de nouvelles procédures soient mises en place, intégrant chaque fois un plus grand nombre de données (en quantité illimitée grâce à l'ordinateur). Et ceci s'effectuant non pas contre l'homme et pour le posséder ou le dominer : le système n'a aucune intention ni aucun objectif : il se déroule comme ça simplement. Et ses servants sont bien convaincus qu'ils travaillent pour le bien des hommes. Ils sont animés des meilleures intentions. Ce qui fait que le système technicien est de plus en plus humanisé. Mais par l'absorption de l'humain dans le Technique. Un autre processus est impensable.
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Videos de Jacques Ellul (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Ellul
Jacques Ellul - The Betrayal by Technology part 1 of 6. Version bilingue.
>Processus sociaux>Changements sociaux>Causes du changement (acculturation, catastrophes naturelles, progrès techniques) (137)
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