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EAN : 9782070419234
130 pages
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 202 notes)
Résumé :
L'occasion d'un banal examen dans un cabinet médical replonge la narratrice plus de trente ans en arrière, en janvier 1964, au moment de son avortement clandestin. Si le souvenir apparaît lointain, l'événement n'en est pas moins indélébile. A la fois égarée et démunie, pendant deux mois, la jeune femme d'alors a caché sa grossesse, à ses parents comme à ses amis proches, cherché désespérément une "faiseuse d'anges". C'est à Paris, rue Cardinet, que la narratrice tro... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
bilodoh
  28 mars 2015
Je déteste cette histoire !

Je déteste le regard méprisant du médecin (et des autres…)

Je déteste cet « ami » qui se croit tout permis, parce que si une fille est tombée enceinte, c'est qu'elle est trop libre…

Je déteste le sort de cette étudiante, sa solitude dans une impasse, sa vie entre les mains d'une faiseuse d'anges.

Je déteste tout ça, et je remercie celles et ceux qui ont fait en sorte que moi, ma soeur, ma fille, ne vivrons pas « L'événement ».

Un témoignage bouleversant, je déteste que ce soit si vrai et qu'on ne puisse l'oublier une fois le livre refermé.
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Kittiwake
  14 août 2015
Annie Ernaux raconte ici l'avortement qu'elle a du subir, bien avant la loi du 19 janvier 1975. Parcours du combattant, émaillé des multiples vexations de son entourage, y compris du géniteur ou des personnes professionnelles ou non à qui elle demande de l'aide, et qui met en lumière encore une fois à quel point le milieu social auquel il semble que l'on appartienne modifie le regard de l'autre.
Même si tout n'est pas forcément simple et facile presque cinquante ans plus tard, l'auteur apporte aussi un éclairage historique et social autour de la condition féminine.
L'analyse est comme toujours fine, aiguisée et terriblement dérangeante

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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celdadou
  01 juin 2015
Ce livre très bien écrit , c'est un livre historique qui nous transmet l'expérience des femmes dans les années 1963, ainsi que leurs souffrances lors des grossesses non désirées.
L'auteur a subi cette IVG, 5 ans avant la légalisation de la pilule contraceptive et 11 ans avant la loi sur l'IVG
De nos jours comment concevoir une telle tragédie ...Comment peut on imaginer que la femme contemporaine se prouve égale à l'homme ...
C'est donc l'histoire de Annie Ernaux, elle se trouve enceinte alors qu'elle est étudiante...Sa conception de l'amour physique chez cette jeune femme c'était que "dans l'amour et dans la jouissance,je me sentais pas un corps intrinsèquement différent de celui des hommes"
Malheureusement la physiologie d'une femme est différente et sa grossesse non désirée met vite fin a ses illusions.
Dans les années 60 des milliers de françaises avortent clandestinement dans la souffrance au risque de mourir ou de devenir stérile .
Annie nous raconte son vécu , le rejet des médecins , l'ambiguité de ses amis ..il l'a comprenne mais n'ont pas de moyens de l'aider ....
Ce geste de l'avortement qui est de nos jours anodin et qui n'a pas de complications est décrit dans ce livre comme une Horreur ..certaines pages sont très difficiles à lire ..;
La jeune femme cependant vivra cet avortement comme une libération , lorsqu'elle est allongée sur la table de le "faiseuse d'ange".....
La suite est beaucoup plus douloureuse lorsqu'elle se retrouve chez elle dans sa chambre à l'université....C'est une scène d'horreur ou se mêlent la vie et la mort.
"Je sais qu'aujourd'hui il me fallait cette épreuve et ce sacrifice pour désirer avoir des enfants."
Cette phrase est vraiment très explicite et décrit la douleur et l'impuissance dans laquelle se trouve Annie.
Un homme n'aurait jamais subir une telle souffrance ...aussi bien physique mais également psychologique ...car elle est seul ..avec son embryon.
Elle ira voir un prête par la suite pour se confesser .., la encore la religion lui tourne le dos ...A son tour elle la reniera .
C'est très émouvant et on voit de quoi l'homme est capable de sa cruauté ...même s'il n'y a pas de violence physique .
Ce livre devrait être lu par tous car ..il est si facile d'oublier d'où l'on vient , notre histoire , ce qu'on vécu nos grands mères voir mères...
Les femmes se sont battues pour être reconnues , et être sur le même statut que l'homme ....mais avec quels sacrifices ....
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Renatan
  15 mars 2017
C'est la mort d'Henri Morgentaler, en mai dernier, qui m'a ramenée plusieurs années en arrière, à la lecture de « L'événement ». Ce médecin était le porte-étendard de la lutte des femmes pour l'avortement. Polonais d'origine et ancien rescapé de Dachau, il a consacré sa vie à la pratique clandestine de l'IVG (interruption volontaire de grossesse), soutenant que sa philosophie de l'acte n'était rien de moins qu'une lutte pour la justice et la dignité des femmes. Peu d'hommes, aussi idéalistes soient-ils, ont pris autant de risques pour le droit des femmes. S'il a évidemment été extrêmement contesté par les forces réactionnaires, Morgentaler a fait preuve d'un courage sans nom dans la défense de ses convictions, jusqu'à sacrifier 10 mois de sa vie dans une prison de Montréal pour avoir usé de cette pratique clandestinement…
Si Annie Ernaux, dans « L'événement », s'est affranchie par les mots d'un lourd fardeau, elle a aussi eu la force de s'élever au-delà des préjugés pour s'affirmer, non seulement dans ses croyances, mais aussi dans la lutte d'un sujet fort controversé. Elle nous raconte dignement ici son avortement, à l'âge de 23 ans et en plein coeur des années 60 alors que l'IVG est à cette époque en France sévèrement punie par la loi. Il s'agit ainsi d'une autobiographie sur cet épisode marquant de sa vie, pour lequel elle se donne le droit imprescriptible d'écrire, l'ayant vécu et jugeant qu'il n'y a aucune vérité inférieure.
Annie Ernaux est une authentique. Elle s'approche de la réalité avec tant de finesse et de naturel que nous nous sentons submergées par son vécu. En plus de briser les chaînes de la culpabilité, par les mots, elle a fait de la violence vécue une victoire individuelle. Avec courage, elle affirmera : «ce qui poussait en moi c'était, d'une certaine manière, l'échec social.» Je dirais, pour ma part, que l'échec social est également la part d'aveuglement d'une société incapable d'envisager de manière réaliste la condition reproductive des femmes. Malgré la culpabilité et la crainte, elle a vécu son avortement comme une libération extraordinaire. de cette expérience simultanée de la vie et de la mort, elle s'est sentie naître et mourir à la fois d'une mère trop présente. Elle exprimera de manière assez touchante : « Je sais aujourd'hui qu'il me fallait cette épreuve et ce sacrifice pour désirer avoir des enfants. Pour accepter cette violence de la reproduction dans mon corps et devenir à mon tour lieu de passage des générations ». Ces quelques mots en disent long sur l'acceptation de son geste…
Ce court récit a aussi éveillé en moi un certain nombre de réflexions. Il eut été difficile pour l'auteure de partager un vécu aussi intime sans qu'en résultent maints questionnements sur la condition féminine de l'époque. Elle ne manque pas de rappeler que sa pensée s'affilie au dogme proférant que les différences entre les sexes sont socialement construites. Et rappelons-le, cette philosophie de base est née chez Simone de Beauvoir qui affirmait qu'« on ne naît pas femme, on le devient ». S'ajoute à ses réflexions le pouvoir de vie et de mort qu'ont les femmes, et qui ont paradoxalement fait d'elles l'objet d'une domination masculine à plusieurs niveaux. En allant au bout de son avortement, elle dit avoir ainsi marqué la seule différence indiscutable entre les sexes. Elle rappelle également que si le sexe se passe de reproduction, l'inverse n'en demeure pas moins assez exceptionnel. Les tests de dépistage du sida s'ajoutent au processus pour en accentuer la peur. Car si certaines femmes ont non seulement eu à subir un avortement, elles vivent également dans la crainte d'être contaminées.
Finalement, je vous laisserai sur ses mots : « Il était impossible de déterminer si l'avortement était interdit parce que c'était mal, ou si c'était mal parce que c'était interdit. On jugeait par rapport à la loi, on ne jugeait pas la loi. » Quant à moi, qui peut juger de l'honorabilité d'un acte qu'il n'a pas eu lui-même à affronter? Au nom de quoi certaines personnes se donnent-elles le droit de disposer du corps d'autrui? En prônant haut et fort que l'IVG est un crime, on contribue à mon sens à souiller la blessure déjà existante et à exercer un droit sur la plus intime des valeurs : la dignité. C'est ce qu'Annie Ernaux s'est à mon sens efforcée de transmettre…
Lien : http://www.lamarreedesmots.c..
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verobenjiorphee
  08 février 2020
Annie se rappelait trente ans avant, environ, cette angoisse qui l'avait tenaillée. Elle soupçonnait qu'elle était peut-être enceinte, après une courte relation de vacances. Elle sentait que son corps changeait. Ce fut une attente insoutenable de chaque jour. Après plus d'un mois d'attente, elle se décida à prendre un rends-vous avec un gynécologue. Entre temps, elle eut des vomissements et des nausées. Quand vint le jour de son rendez-vous, le verdict fut sans appel. Elle était enceinte. Elle avait 23 ans et était étudiante en littérature. Pour elle, il était impossible de garder ce bébé. Elle devait avorter coûte que coûte.
Elle appela, le père du futur bébé pour lui annoncer qu'elle allait se faire avorter. Il était étudiant, comme elle. Elle espérait qu'il éprouverait toutes les angoisses qu'elle avait vécues. Sans réaction de sa part, elle ne voulut plus le revoir.
Désormais, et bien après, lorsqu'elle voyait le mot grossesse, elle l'associa au mot : Violence, angoisse, grotesque. Il était aussi remplacé par ‘'ça'' ou ‘'cette chose-là''.
Vivre normalement n'était pas facile. Elle n'arrêtait pas de penser qu'elle était différente des autres filles. Son ventre contenait un acte illicite. Elle vivait la transformation de son corps comme un échec.
Avorter ne l'angoissait nullement, ce serait facile. Elle ferait comme les autres. Elle se confia à un médecin N qui lui prescrivit des piqûres pour en quelque sorte déclencher le cycle menstruel. Pour le médecin N, il lui était interdit de pratiquer un avortement sous peine d'une interdiction d'exercer à vie et d'une peine de prison. Donc l'avortement était interdit parce que c'était mal, ou si cela était mal parce c'était interdit. « On jugeait par rapport à la loi, on ne jugeait pas la loi ».
Elle ne trouva aucun réconfort envers ses amis et amies et n'osa pas en parler à sa famille. Elle devait donc se débrouiller seule, en secret, dans la clandestinité.
Les piqûres n'eurent aucun effet, elle devait fait appel à une ‘'faiseuse d'anges'', le plus rapidement possible, car le temps jouait contre elle. Un amie lui en conseilla une sur Paris. Peu importe le prix cette ‘'faiseuse d'anges'', celle-ci la soulagerait de ce qui encombrait sa vie.
Quand elle alla au premier rendez-vous de cette ‘'faiseuse d'anges'', elle se sentit mieux. Enfin, elle avait une solution. Avant d'y retourner, elle recontacta le médecin N pour lui dire. Mais celui-ci ne voulait pas la revoir. Il lui prescrivit de la Pénicilline, qu'elle ne put avoir sans ordonnance. Quelques jours après, elle était de nouveau chez cette ‘'faiseuse d'anges''. Avait-elle peur ? Oui, un peu, mais elle aura été jusqu'au bout de son projet. Souffrira-telle ? Elle ne le savait pas, mais sa tête sera libérée. Celle-ci lui posa une sonde. Mais trois jours plus tard, Annie dut y retourner car le foetus n'avait toujours pas été expulsé de son corps. Au deuxième acte de la ‘'faiseuse d'anges'', elle connut la douleur, les contractions, l'expulsion brutale, l'hémorragie … Ce fut une scène sans nom, la vie et la mort en même temps. Elle eut peur de mourir. Annie se retrouva à l'hôpital, alors qu'elle avait fait tout dans la clandestinité et le secret. Tout s'effondrait. Elle vécut l'humiliation des médecins et la culpabilisation. Ils avaient des mots durs qui la faisaient passer pour une fille sans cervelle. C'était en Janvier 1964.
Elle se devait d'écrire ce livre sur tout ce qu'elle avait ressenti et vécu sur son avortement, pour libérer, enfin, son esprit. Elle reprendra son agenda sur lequel tous ses sentiments, sa colère et ses peurs, étaient inscrits chaque jour, durant de longs mois. Elle gardera à jamais en elle, le visage de cette''faiseuse d'anges''et de ses instruments.
C'est un roman très dur avec une description des sentiments, des angoisses, de la douleur, de l'humiliation, de la culpabilité très crus qui reflètent la réalité des avortements illicites trente ans avant la loi de Simone Veil.

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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
zhivagozhivago   14 mars 2015
"Les filles comme moi gâchaient la journée des médecins. Sans argent et sans relations - sinon elles ne seraient pas venues échouer à l'aveuglette chez eux -, elles les obligeaient à se rappeler la loi qui pouvait les envoyer en prison et leur interdire d'exercer pour toujours. Ils n'osaient pas dire la vérité, qu'ils n'allaient pas risquer de tout perdre pour les beaux yeux d'une demoiselle assez stupide pour se faire mettre en cloque. À moins qu'ils n'aient sincèrement préféré mourir plutôt que d'enfreindre une loi qui laissait mourir des femmes. Mais tous devaient penser que, même si on les empêchait d'avorter, elles trouveraient bien un moyen. En face d'une carrière brisée, une aiguille à tricoter dans le vagin ne pesait pas lourd.
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chroniquesassidueschroniquesassidues   03 octobre 2011
Je veux m'immerger à nouveau dans cette période de ma vie , savoir ce qui a été trouvé là. Cette exploration s'inscrira dans la trame d'un récit, seul capable de rendre un événement qui n'a été que du temps au-dedans et au-dehors de moi. Un agenda et un journal intime tenus pendant ces mois m'apporteront les repères nécessaires à l'établissement des faits. Je m'efforcerai par-dessus tout de descendre dans chaque image, jusqu'à ce que j'aie la sensation physique de la "rejoindre", et que quelques mots surgissent, dont je puisse dire, "c'est ça". D'entendre à nouveau chacune de ces phrases, indélébiles en moi, dont le sens devait être si intenable, ou à l'inverse si consolant, que les penser aujourd'hui me submerge de dégoût ou de douceur.
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bilodohbilodoh   28 mars 2015
… fait partie de ces femmes, jamais rencontrées, mortes ou vivantes, réelles ou non, avec qui, malgré toutes les différences, je me sens quelque chose de commun. Elles forment en moi une chaîne invisible où se côtoient des artistes, des écrivaines, des héroïnes de roman et des femmes de mon enfance. J’ai l’impression que mon histoire est en elles.

(Gallimard, p.40)
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MorriszappMorriszapp   04 mai 2010
Première à faire des études supérieures dans une famille d'ouvriers et de petites commerçants, j'avais échappé à l'usine et comptoir. Mais ni le bac ni la licence de lettres n'avaient réussi à détourner la fatalité de la transmission d'une pauvreté dont la fille enceinte, était, au même titre que l'alcoolique, l'emblème. J'étais rattrapée par le cul et ce qui poussait en moi c'était, d'une certaine manière, l'échec social. (p. 32).
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MorriszappMorriszapp   04 mai 2010
J’ai fini de mettre en mots ce qui m’apparaît comme une expérience humaine totale, de la vie et de la mort, du temps, de la morale et de l’interdit, de la loi, une expérience vécue d’un bout à l’autre au travers du corps. (p. 124).
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Henri, la plateforme vidéo éphémère de la Cinémathèque française : https://www.vodkaster.com/actu-cine/le-festival-du-confinement-la-foire-aux-films-et-series-gratuits/1276329
La Cinémathèque de Bretagne : https://www.cinematheque-bretagne.bzh/ La Cinémathèque de Milan : https://cinetecamilano.it/biblioteca/catalogo/1
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