AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070382117
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 446 notes)
Résumé :
Le lundi 7 avril 1986, la mère d'Annie Ernaux s'éteint dans une maison de retraite. En trois ans, une maladie cérébrale, qui détruit la mémoire, l'avait menée à la déchéance physique et intellectuelle.
Frappée de stupeur par cette mort que, malgré l'état de sa mère, elle s'était refusé à imaginer, Annie Ernaux s'efforce de retrouver les différents visages et la vie de celle qui était l'image même de la force active et de l'ouverture au monde.
Quête du... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (69) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
  02 octobre 2014
J'achève à l'instant ma lecture et je suis encore très émue.
Ce bref récit - qui m'a donné l'opportunité de découvrir son auteur - est un concentré de réalisme et d'émotion. Pourtant, il traite d'un sujet commun : la disparition de la mère. Comme nous sommes tous nés d'une mère (enfin, avant qu'on légalise le clonage mais patience, c'est pour bientôt, on est bien partis pour... no more comment), nous sommes tous condamnés à la perdre un jour et ce, selon toute logique et en l'absence d'impondérables, avant qu'elle nous perde elle-même.
De ce récit simple, hautement personnel et traité non comme une longue confidence dégoulinante de pathos mais comme une chronique factuelle, surgit le sentiment irréversible de notre impuissance devant la fatalité, de notre embarras devant la vieillesse, de notre désarmement devant le déclin et de notre totale inaptitude à anticiper ce qui est pourtant inévitable.
Ce paradoxe entre la maîtrise de nos existences et notre fragilité émotionnelle devant la mort est ici parfaitement mis en lumière par ce témoignage poignant d'une fille ni excessivement aimante ni excessivement indifférente, une fille comme... moi, et peut-être comme vous, qui sait ? Toutefois, peut-on réellement se dire "ni excessivement aimante ni excessivement indifférente" ? Cette situation unique dans notre existence de perdre celle qui nous a donné la vie, qui a normalement veillé à notre éducation et à notre évolution dans la société ne se représentera pas une seconde fois. Dans cette situation, disais-je, nous sont révélés des mécanismes émotionnels inconnus de nous-mêmes. Pendant qu'autour de nous la vie continue - ce monsieur-ci continue de marcher dans la rue, cette dame-là rit à une plaisanterie - c'est comme un gouffre qui s'ouvre devant nous et nous fait redevenir aussi nul et inefficace qu'un nourrisson. On aime quand on croyait ne plus aimer, on regrette quand on croyait assumer, on voudrait quand on ne peut plus vouloir...
L'auteur a voulu faire partager au lecteur cette dimension et je trouve qu'elle y parvient à la perfection. Nonobstant un style sur lequel j'ai ponctuellement dérapé - simple question de tournures de phrases - ce fut une belle lecture, une narration rythmée à travers laquelle, à maintes reprises et jusqu'à l'égarement, je me suis retrouvée et j'ai aussi retrouvé ma propre maman. J'ai beau ne pas me sentir proche d'elle, quand elle me quittera, je serai désemparée.
Annie Ernaux le dit elle-même à la fin de l'oeuvre, il lui aura fallu dix mois pour décrire une existence qui tient en cent pages, c'est vous dire l'intensité de chaque mot.

Challenge ABC 2014 - 2015
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          714
palamede
  22 avril 2016
Je viens de terminer L'homme de ma vie de Yann Queffélec et enchaîne avec ce court livre d'Annie Ernaux. D'elle, je ne connais rien. Elle écrit bien. Le sujet m'intéresse. Comme le père de Queffélec, la mère d'Annie est la femme de sa vie. Une femme d'un milieu simple dont la volonté d'évoluer a permis à sa fille d'être ce qu'elle est, une intellectuelle ; une réussite qui la rend fière mais creuse un fossé infranchissable entre elles.
Le récit d'Annie Ernaux est authentique, courageux, et pudique. C'est un très beau témoignage, sans fioritures, qui ne cache rien de l'ambivalence des sentiments de l'auteure envers sa mère, celle dont elle a dit après sa mort : " je n'entendrai plus sa voix. C'est elle, et ses paroles, ses mains, ses gestes, sa manière de rire et de marcher, qui unissaient la femme que je suis à l'enfant que j'ai été. J'ai perdu le dernier lien avec le monde dont je suis issue. " Tout est dit.

Commenter  J’apprécie          552
gouelan
  24 octobre 2014
Annie Ernaux écrit sur sa mère pour " la mettre au monde" : retracer les différentes étapes de la vie de cette femme, issue d'un milieu modeste et qui a toujours voulu s'en sortir, s'élever, apprendre.
Elle essaie de donner un sens aux traits de caractère de sa mère, à ses comportements, en la resituant dans son histoire, sa condition sociale. Grâce aux sacrifices et à la volonté de sa mère, Annie Ernaux a évolué socialement , elle est arrivé dans le monde dominant des mots et des idées, si cher à sa mère. Sa mère est devenue ainsi "histoire",et accompagne sa fille dans son nouveau milieu.
C'est une histoire d'amour entre une mère et une fille, des sentiments ambivalents qu'elles partagent, de leur attachement viscéral.
On reconnait et on ressent à travers ces mots, la douleur de la séparation. L'évolution sociale d'une génération à l'autre y est aussi bien décrite, entrainant agacement et incompréhension et en même temps reconnaissance et fierté.
Commenter  J’apprécie          480
jeunejane
  18 juin 2015
Annie Ernaux écrit un livre qui fait le portrait de sa mère et de sa relation avec elle.
Elle ressent beaucoup d'empathie et de compréhension pour le personnage qui a fait sa révolution, à sa façon, contre la pauvreté et a voulu amener sa fille à vivre mieux qu'elle.
Elle vit une relation conflictuelle avec elle qui est sans cesse coincée dans les convenances et pourtant, mère et fille s'aiment se protègent l'une l'autre.
C'est une très belle histoire, et Annie Ernaux est très humaine dans sa façon de percevoir sa mère qu'elle fait revivre à travers ce livre.
Commenter  J’apprécie          470
Renod
  18 juin 2019
«J'écris sur ma mère pour, à mon tour, la mettre au monde.» Annie Ernaux trouve la force d'écrire sur sa mère trois semaines après son enterrement. Le projet de l'auteure est dans le titre : ‘'une femme''. Elle souhaite retracer l'existence et décrire la condition sociale d'une femme avec objectivité. Il ne s'agit ni d'un roman, ni d'une biographie mais de «quelque chose entre la littérature, la sociologie et l'histoire.» Le texte éclaire celui consacré à son père circonscrit sèchement à son niveau social : « la place ». L'auteure semble éprouver un amour exclusif pour sa mère. Papa lit le quotidien local, aime les fêtes foraines et les films de Fernandel. Au contraire, Maman est plus ouverte à la culture et tient l'école en estime. Dans le couple, elle est la figure dominante, au caractère affirmé, celle qui souhaite s'élever, «elle était la volonté sociale du couple». Tout se compliquera à l'adolescence quand la fille deviendra femme (nous sommes à la fin des années cinquante) et parviendra par sa réussite scolaire à accéder à la bourgeoisie. L'émancipation sexuelle et sociale sectionne définitivement le cordon. La transfuge de classe est honteuse de ses origines populaires ; la mère se sent méprisée dans le nouveau milieu de sa fille. Chez Ernaux, dominants et dominés semblent inconciliables. Le texte se termine sur un récit qui échappe au canevas initial : l'auteure décrit les dernières années de vie de sa mère, des premières pertes de mémoire à l'enlisement dans une démence sénile irréversible. Un témoignage poignant qui touche le lecteur par son universalité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          360
Citations et extraits (81) Voir plus Ajouter une citation
Gwen21Gwen21   03 octobre 2014
Nous habitions un pavillon dans un lotissement neuf, au milieu d'une plaine. Les commerces et les écoles étaient à deux kilomètres. On ne voyait les habitants que le soir. Pendant le week-end, ils lavaient la voiture et montaient des étagères dans le garage. C'était un endroit vague et sans regard où l'on se sentait flotter, privé de sentiments et de pensée. Elle ne s'habituait pas à vivre là. L'après-midi, elle se promenait rue des Roses et des Jonquilles, des Bleuets, vides.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
araucariaaraucaria   25 août 2018
Pour une femme, le mariage était la vie ou la mort, l'espérance de s'en sortit mieux à deux ou la plongée définitive. Il fallait donc reconnaître l'homme capable de "rendre une femme heureuse". Naturellement, pas un gars de la terre, même riche, qui vous ferait traire les vaches dans un village sans électricité. Mon père travaillait à la corderie, il était grand, bien mis de sa personne, un "petit genre". Il ne buvait pas, gardait sa paye pour monter son ménage. Il était d'un caractère calme, gai, et il avait sept ans de plus qu'elle (on ne prenait pas un "galopin"!). En souriant et rougissant, elle racontait : "J'étais très courtisée, on m'a demandée en mariage plusieurs fois, c'est ton père que j'ai choisi." Ajoutant souvent : "Il n'avait pas l'air commun."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
mimifasolamimifasola   29 novembre 2015
Elle désirait apprendre: les règles du savoir-vivre, ce qui se fait, les nouveautés, les noms des grands écrivains, les films sortant sur les écrans, les noms des fleurs dans le jardin. Elle écoutait avec attention tous les gens qui parlaient de ce qu'elle ignorait, par curiosité, par envie de montrer qu'elle était ouverte aux connaissances. S'élever, pour elle, c'était d'abord apprendre (elle disait,"il faut meubler son esprit") et rien n'était plus beau que le savoir. Les livres étaient les seules objets qu'elle manipulait avec précaution. Elle se lavait les mains avant de les toucher.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
andreepierretteandreepierrette   19 juillet 2014
Elle désirait apprendre : les règles du savoir-vivre (tant de crainte d'y manquer, d'incertitude continuelle sur les usages), ce qui se fait, les nouveautés, les noms des grands écrivains, les films sortant sur les écrans (mais elle n'allait pas au cinéma, faute temps, les noms des fleurs,dans les jardins Elle écoutait avec attention tous les gens qui parlaient de ce qu'elle ignorait, par curiosité, par envie de montrer qu'elle était ouverte aux connaissances. S'élever, pour elle, c'était d'abord apprendre ( elle disait, "il faut meubler son esprit) et rien n'était plus beau que le savoir. Les livres étaient les seuls objets qu'elle manipulait avec précaution. Elle se lavait les mains avant de les toucher..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
Gwen21Gwen21   30 septembre 2014
Une dizaine de cercueils étaient debout contre le mur. L'employé a précisé : "Tous les prix sont t.c." Trois cercueils étaient ouverts pour qu'on puisse choisir aussi la couleur du capitonnage. J'ai pris du chêne parce que c'était l'arbre qu'elle préférait et qu'elle s'inquiétait toujours de savoir devant un meuble neuf s'il était en chêne.
Commenter  J’apprécie          240
Videos de Annie Ernaux (43) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Annie Ernaux
Dans cet épisode de Réelles fictions, le professeur de littérature Pierre-Louis Fort parle d'Avant que j'oublie, un roman d'Anne Pauly. Il aborde l'écriture du deuil, le style particulier de l'autrice et le roman familial.
Réelles fictions est une série de podcasts qui présentent les cinq romans sélectionnés pour le prix Effractions. Ce prix récompense un roman qui entretient un lien fort avec le réel ; il est remis par la Bibliothèque publique d'information et la Société des Gens de Lettres pendant le festival littéraire « Effractions » en mars 2020.
Références citées dans le podcast : Simone de Beauvoir, Une mort très douce, Gallimard, 1964. Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon sur la mort : et autres sermons, Flammarion, 1996. Jacques-Bénigne Bossuet, Oraisons funèbres, Garnier, 1988. Albert Cohen, le Livre de ma mère, Gallimard, 1954. Annie Ernaux, La Place, Gallimard, 1984. Annie Ernaux, Une femme, Gallimard, 1988. Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit, Gallimard, 1997. Philippe Forest, L'Enfant éternel, Gallimard, 1997. Stéphane Mallarmé, Pour un tombeau d'Anatole, Gallimard, 1961. Yaël Pachet, le Peuple de mon père, Fayard, 2019. Extrait lu : Anne Pauly, Avant que j'oublie, page 16 © Verdier, 2019.
Cet épisode a été préparé par François Patriarche. Lecture : Denis Cordazzo. Réalisation : Camille Delon et Renaud Ghys. Musique : Thomas Boulard. Merci aux éditions Verdier, à Inès Carme et à Blandine Fauré. Ce podcast a été enregistré dans les studios du Centre Pompidou.
+ Lire la suite
autres livres classés : maladie d'alzheimerVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Connaissez-vous vraiment Annie Ernaux ?

Où Annie Ernaux passe-t-elle son enfance ?

Lillebonne
Yvetot
Bolbec
Fécamp

10 questions
168 lecteurs ont répondu
Thème : Annie ErnauxCréer un quiz sur ce livre
.. ..