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ISBN : 2070382117
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 340 notes)
Résumé :
Le lundi 7 avril 1986, la mère d'Annie Ernaux s'éteint dans une maison de retraite. En trois ans, une maladie cérébrale, qui détruit la mémoire, l'avait menée à la déchéance physique et intellectuelle.
Frappée de stupeur par cette mort que, malgré l'état de sa mère, elle s'était refusé à imaginer, Annie Ernaux s'efforce de retrouver les différents visages et la vie de celle qui était l'image même de la force active et de l'ouverture au monde.
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Critiques, Analyses & Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
02 octobre 2014
J'achève à l'instant ma lecture et je suis encore très émue.
Ce bref récit - qui m'a donné l'opportunité de découvrir son auteur - est un concentré de réalisme et d'émotion. Pourtant, il traite d'un sujet commun : la disparition de la mère. Comme nous sommes tous nés d'une mère (enfin, avant qu'on légalise le clonage mais patience, c'est pour bientôt, on est bien partis pour... no more comment), nous sommes tous condamnés à la perdre un jour et ce, selon toute logique et en l'absence d'impondérables, avant qu'elle nous perde elle-même.
De ce récit simple, hautement personnel et traité non comme une longue confidence dégoulinante de pathos mais comme une chronique factuelle, surgit le sentiment irréversible de notre impuissance devant la fatalité, de notre embarras devant la vieillesse, de notre désarmement devant le déclin et de notre totale inaptitude à anticiper ce qui est pourtant inévitable.
Ce paradoxe entre la maîtrise de nos existences et notre fragilité émotionnelle devant la mort est ici parfaitement mis en lumière par ce témoignage poignant d'une fille ni excessivement aimante ni excessivement indifférente, une fille comme... moi, et peut-être comme vous, qui sait ? Toutefois, peut-on réellement se dire "ni excessivement aimante ni excessivement indifférente" ? Cette situation unique dans notre existence de perdre celle qui nous a donné la vie, qui a normalement veillé à notre éducation et à notre évolution dans la société ne se représentera pas une seconde fois. Dans cette situation, disais-je, nous sont révélés des mécanismes émotionnels inconnus de nous-mêmes. Pendant qu'autour de nous la vie continue - ce monsieur-ci continue de marcher dans la rue, cette dame-là rit à une plaisanterie - c'est comme un gouffre qui s'ouvre devant nous et nous fait redevenir aussi nul et inefficace qu'un nourrisson. On aime quand on croyait ne plus aimer, on regrette quand on croyait assumer, on voudrait quand on ne peut plus vouloir...
L'auteur a voulu faire partager au lecteur cette dimension et je trouve qu'elle y parvient à la perfection. Nonobstant un style sur lequel j'ai ponctuellement dérapé - simple question de tournures de phrases - ce fut une belle lecture, une narration rythmée à travers laquelle, à maintes reprises et jusqu'à l'égarement, je me suis retrouvée et j'ai aussi retrouvé ma propre maman. J'ai beau ne pas me sentir proche d'elle, quand elle me quittera, je serai désemparée.
Annie Ernaux le dit elle-même à la fin de l'oeuvre, il lui aura fallu dix mois pour décrire une existence qui tient en cent pages, c'est vous dire l'intensité de chaque mot.

Challenge ABC 2014 - 2015
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palamede
22 avril 2016
Je viens de terminer L'homme de ma vie de Yann Queffélec et enchaîne avec ce court livre d'Annie Ernaux. D'elle, je ne connais rien. Elle écrit bien. Le sujet m'intéresse. Comme le père de Queffélec, la mère d'Annie est la femme de sa vie. Une femme d'un milieu simple dont la volonté d'évoluer a permis à sa fille d'être ce qu'elle est, une intellectuelle ; une réussite qui la rend fière mais creuse un fossé infranchissable entre elles.
Le récit d'Annie Ernaux est authentique, courageux, et pudique. C'est un très beau témoignage, sans fioritures, qui ne cache rien de l'ambivalence des sentiments de l'auteur envers sa mère, celle dont elle a dit après sa mort : " je n'entendrai plus sa voix. C'est elle, et ses paroles, ses mains, ses gestes, sa manière de rire et de marcher, qui unissaient la femme que je suis à l'enfant que j'ai été. J'ai perdu le dernier lien avec le monde dont je suis issue. " Tout est dit.

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gouelan
24 octobre 2014
Annie Ernaux écrit sur sa mère pour " la mettre au monde" : retracer les différentes étapes de la vie de cette femme, issue d'un milieu modeste et qui a toujours voulu s'en sortir, s'élever, apprendre.
Elle essaie de donner un sens aux traits de caractère de sa mère, à ses comportements, en la resituant dans son histoire, sa condition sociale. Grâce aux sacrifices et à la volonté de sa mère, Annie Ernaux a évolué socialement , elle est arrivé dans le monde dominant des mots et des idées, si cher à sa mère. Sa mère est devenue ainsi "histoire",et accompagne sa fille dans son nouveau milieu.
C'est une histoire d'amour entre une mère et une fille, des sentiments ambivalents qu'elles partagent, de leur attachement viscéral.
On reconnait et on ressent à travers ces mots, la douleur de la séparation. L'évolution sociale d'une génération à l'autre y est aussi bien décrite, entrainant agacement et incompréhension et en même temps reconnaissance et fierté.
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jeunejane
18 juin 2015
Annie Ernaux écrit un livre qui fait le portrait de sa mère et de sa relation avec elle.
Elle ressent beaucoup d'empathie et de compréhension pour le personnage qui a fait sa révolution, à sa façon, contre la pauvreté et a voulu amener sa fille à vivre mieux qu'elle.
Elle vit une relation conflictuelle avec elle qui est sans cesse coincée dans les convenances et pourtant, mère et fille s'aiment se protègent l'une l'autre.
C'est une très belle histoire, et Annie Ernaux est très humaine dans sa façon de percevoir sa mère qu'elle fait revivre à travers ce livre.
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AgatheDumaurier
23 octobre 2016
Magnifique texte sur une femme simple, la mère de l'auteur. J'ai détesté La Place, mais là je suis séduite. Sa mère a mis au monde Annie, et puis elle l'a créée. Elle avait l'ambition, pour elles deux. Malgré la précarité, la pression sociale, elle a payé le pensionnat, les fournitures, la fac. Elle lui a mis les cartes en main et elle croyait en elle. Écriture plate si tu veux, Annie, mais avec ta mère, ça ne marche pas. "Quelque chose en moi résiste". Dis-le, c'est l'amour, ou quelque chose d'encore plus viscéral, profond, imbriqué dans ta chair.
La fin de vie est marquée par le monstre Alzheimer. Annie Ernaux est déchirée, mais elle ne comprend pas que l'on préfère voir sa mère morte. "Elle avait envie de vivre." Elle s'en occupe autant qu'elle peut, puis c'est l'hôpital. Un passage splendide : " je lui lavais les mains, lui rasais le visage, la parfumais. Un jour, j'ai commencé à lui brosser les cheveux, puis j'ai arrêté. Elle a dit: " j'aime bien quand tu me coiffes. Par la suite, je les lui brossais toujours. Je restais assise en face d'elle, dans sa chambre. Elle déchirait les papiers des gâteaux avec force, les mâchoires serrées. Elle parlait d'argent, de clients, riait en renversant la tête. C'était des gestes qu'elle avait toujours eus, des paroles qui venaient de toute sa vie. Je ne voulais pas qu'elle meure.
J'avais besoin de la nourrir, de la toucher,de l'entendre.
Plusieurs fois, le désir brutal de l'emmener, de ne m'occuper que d'elle, et savoir aussitôt que je n'en étais pas capable."
Disparue, la froideur de la Place. Annie Ernaux a un coeur. Il appartient à sa mère.
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Citations & extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
Gwen21Gwen2103 octobre 2014
Nous habitions un pavillon dans un lotissement neuf, au milieu d'une plaine. Les commerces et les écoles étaient à deux kilomètres. On ne voyait les habitants que le soir. Pendant le week-end, ils lavaient la voiture et montaient des étagères dans le garage. C'était un endroit vague et sans regard où l'on se sentait flotter, privé de sentiments et de pensée. Elle ne s'habituait pas à vivre là. L'après-midi, elle se promenait rue des Roses et des Jonquilles, des Bleuets, vides.
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mimifasolamimifasola29 novembre 2015
Elle désirait apprendre: les règles du savoir-vivre, ce qui se fait, les nouveautés, les noms des grands écrivains, les films sortant sur les écrans, les noms des fleurs dans le jardin. Elle écoutait avec attention tous les gens qui parlaient de ce qu'elle ignorait, par curiosité, par envie de montrer qu'elle était ouverte aux connaissances. S'élever, pour elle, c'était d'abord apprendre (elle disait,"il faut meubler son esprit") et rien n'était plus beau que le savoir. Les livres étaient les seules objets qu'elle manipulait avec précaution. Elle se lavait les mains avant de les toucher.
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andreepierretteandreepierrette19 juillet 2014
Elle désirait apprendre : les règles du savoir-vivre (tant de crainte d'y manquer, d'incertitude continuelle sur les usages), ce qui se fait, les nouveautés, les noms des grands écrivains, les films sortant sur les écrans (mais elle n'allait pas au cinéma, faute temps, les noms des fleurs,dans les jardins Elle écoutait avec attention tous les gens qui parlaient de ce qu'elle ignorait, par curiosité, par envie de montrer qu'elle était ouverte aux connaissances. S'élever, pour elle, c'était d'abord apprendre ( elle disait, "il faut meubler son esprit) et rien n'était plus beau que le savoir. Les livres étaient les seuls objets qu'elle manipulait avec précaution. Elle se lavait les mains avant de les toucher..
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Gwen21Gwen2130 septembre 2014
Une dizaine de cercueils étaient debout contre le mur. L'employé a précisé : "Tous les prix sont t.c." Trois cercueils étaient ouverts pour qu'on puisse choisir aussi la couleur du capitonnage. J'ai pris du chêne parce que c'était l'arbre qu'elle préférait et qu'elle s'inquiétait toujours de savoir devant un meuble neuf s'il était en chêne.
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fanochitafanochita07 novembre 2012
J'essaie de ne pas considérer la violence, les débordements de tendresse, les reproches de ma mère comme seulement des traits personnels de caractère, mais de les situer aussi dans son histoire et sa condition sociale. Cette façon d'écrire, qui me semble aller dans le sens de la vérité, m'aide à sortir de la solitude et de l'obscurité du souvenir individuel, par la découverte d'une signification plus générale. Mais je pense que quelque chose en moi résiste, voudrait conserver de ma mère des images purement affectives, chaleur ou larmes, sans leur donner de sens.
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