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ISBN : 2070388409
Éditeur : Gallimard (04/01/1994)

Note moyenne : 3.47/5 (sur 432 notes)
Résumé :
« A partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »
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Critiques, Analyses et Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  13 juillet 2016
Pendant toute ma lecture de Passion Simple d'Annie Ernaux, je me suis dit que cela ferait un épisode croustillant des Boloss des Belles Lettres. J'imagine des formules taillées au sécateur dans les buissons foisonnants des métaphores argotiques. Quelque chose dans le genre :
« C'est l'histoire d'une bourgeoise qui s'est fait motoculter par un alien venu de l'est. Le hussard, il lui a fait le coup de l'Orient-Express, tu vois, par-dessus le mur de Berlin en misant sûrement tout sur son cierge… Mais la pouliche, elle le kiffait tellement grave qu'elle en mouillait ses serviettes Tena rien qu'à se remater le making of.
La meuf elle est plus trop fraîche, tu vois, du genre date limite courte, et elle se tape des soirées bridge avec des as de la cafetière, des mannequins qui chauffent du bulbe mais pas tellement de la braguette. Or voilà qu'elle est tombée sur un James Bond roumain, tchèque ou ruskof — on sait pas trop — avec la devanture d'Alain Delon dans Les Aventuriers.
Ça l'a fait chavirer la gonz, tu penses bien, en plus il est pas de la même promo qu'elle, facile dix rouleaux de moins dans l'almanach, et même s'il siphonne autant que Boris Eltsine, il pète la calamine mieux que Pop'eye, il est sapé Armani et il se la joue BMW. Toutes les bergères, elles le passent aux rayons X, tu penses, et voudraient bien se faire presser le pamplemousse mais lui il préfère la vioc pour le changer de sa routinière.
La nana avec son bic et ses crayons de rimmel, elle se doute bien qu'il finira par lui lâcher le compotier un jour ou l'autre, mais elle se projette pas trop dans son planning. Alors, entre deux petits coups de polish, elle carpe diem tout son flouze dans les boutiques Nelcha, elle champollionne des mots croisés en regardant Roland Garros ou se fait tirer la courte paille dans l'horoscope du Figaro madame. » Etc., etc.
Bref, nul besoin de pousser plus loin la contrefaçon. Tout ceci pour dire que j'ai eu la sensation qu'Annie Ernaux s'écoute penser et se regarde écrire, en nous contant une amourette de midinette à l'âge de la ménopause.
Elle est tombée amoureuse ? Ouais, pas banal. C'était juste pour le cul ? Ouais, pas banal non plus. Elle y repensait tout le temps et n'arrivait pas à faire autre chose au début ? Ah, c'est original. À vue de nez, il ne doit pas y avoir plus de trois milliards de femmes en ce moment dans le monde qui ont vécu des choses comme ça mais en mieux.
Bon, mais c'est vrai que c'est très, très bien écrit… euh… qu'est-ce que je raconte moi ?… euh… bah, non… c'est toujours son écriture plate, quoi. Donc, si vous aimez bien ce style, vous aimerez encore celui-ci mais si comme moi vous n'aimez pas… enfin, vous m'avez comprise.
En somme, pour moi, une lecture d'un vibrant manque d'intérêt mais, comme je le dis toujours, ceci n'est que mon simple avis sans passion, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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palamede
  08 décembre 2016
Oui, bon, Annie est amoureuse. Annie c'est un peu comme Martine, elle vit toutes sortes d'expériences dont elle nous fait profiter et qu'elle nous raconte par le menu.
Ce coup-ci Annie aime un homme plus jeune qu'elle (exit le mari, je n'ai pas lu cet épisode mais je suis sûre qu'il existe), un bellâtre venu du froid, genre Alain Delon blond aux yeux verts, marié, riche et pas intellectuel pour un sou. Et comme l'élu de son coeur est peu disponible, entre des shoppings pour acheter des dessous affriolants, ses cours et la correction de copies, Annie se morfond, rêve de situations scabreuses avec A (dont elle est obligée bien sûr de masquer le nom) et souffre de s'imaginer trompée.
Moi je la trouve un peu vieille pour ce genre de fantaisies, Annie. Elle devrait, je ne sais pas, faire de la broderie, jouer au bridge, peindre sur porcelaine ou écrire un livre sur l'art d'être grand-mère. Tout plutôt que nous narrer ses fantasmes avec un homme de l'Est. Même si elle se confesse avec talent, je trouve ça vaguement déplacé, un peu déplaisant. Je mets trois étoiles quand même à Annie, au nom du droit à la sexualité des personnes âgées.
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Ambages
  11 octobre 2015
Je referme votre livre, Madame, en partageant votre point de vue. Petites nous avions une certaine idée du luxe, jeune femme c'était encore autre chose et avec la maturité, nous prenons conscience que le luxe c'est aussi cela : "pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme". Oui c'est un luxe ! car il faut LA rencontre : physique, émotionnelle, intellectuelle, temporelle...rien n'est moins évident. Se retrouver avec la bonne personne au même endroit au même moment et avec l'envie commune.... Sacré challenge !!
Certes cette passion a été douloureuse, mais au fond vous nous dites qu'elle a été bénéfique pour vous, "une sorte de don reversé", "à son insu, il [vous] a reliée davantage au monde". N'est-ce pas ça l'amour ?
Merci pour ce partage et votre belle écriture, objective et honnête, sans pour autant être distante, froide.
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cicou45
  25 juillet 2012
L'histoire d'une attente, celle d'un coup de téléphone, celui qui annoncerait à la narratrice (auteure) que A., l'homme marié avec lequel elle entretient une relation-que dis-je une relation, plutôt une passion démesurée, du moins pour elle - lui annonce sa visite.
Durant ces deux années, de 1989 à 1990, elle n'a pratiquement vécu que pour cela, attendre qu'il l'appelle. Toutes ses passions d'avant n'ont plus la même saveur sans lui, sans ses caresses, sans son odeur. Pourtant, elle sait très bien qu'il est marié et qu'il y a forcément d'autres femmes dans sa vie, du moins au moins une, sa femme officielle, et qu'un jour viendrait où il devrait la quitter. Etant étranger, c'est d'ailleurs ce qui arriva lorsqu'il lui annonça qu'il retournait chez lui, dans les pays de l'Est. Ce fut tout d'abord une déchirure mais avec le temps, même les blessures de coeur, qui sont parfois les plus douloureuses, finissent par guérir.
Avis assez partagé sur ce livre car, même si je dois reconnaître que l'écriture d'Annie Ernaux est très belle, le lecteur est lui aussi dans l'attente - l'attente qu'il se passe quelque chose - mais voilà, il ne se passe rien ! Celle-ci réussit néanmoins à trouver les mots exacts pour décrire ce qu'est une passion dans l'amour, quelque chose de très intense mais qui ne s'étend pas nécessairement sur la durée et en cela, elle en rend parfaitement compte dans cet ouvrage !
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andras
  15 avril 2018
Encore un livre étonnant d'Annie Ernaux qui, personnellement, m'a davantage touché que "Une femme" et au moins tout autant sinon plus que "La place". L'auteure nous raconte la folle passion qu'elle a vécue pour un homme, originaire de l'Europe de l'Est et marié, désigné dans ce livre par l'initiale A, jusqu'à son départ pour un autre pays. le rapport quasi clinique qu'elle nous livre sur cette passion dévorante est un paradoxe en soi qui traverse tout le livre : comment une femme qui, abandonnant tout sens critique, ne vit plus que dans l'attente et le désir de l'autre est-elle capable, quelques semaines après la fin de cette aventure, d'en écrire le récit de façon si dépassionnée ? Sans doute que l'écriture est, pour Annie Ernaux, une passion encore plus dévorante et que la passion pour son amant a servi à alimenter cette autre passion, encore plus puissante. Vers la fin du livre, quelques paragraphes nous renseignent sur la façon dont l'auteure a écrit son récit : « Mais je continuais à vivre. C'est-à-dire qu'écrire ne m'empêchait pas, à la minute où j'arrêtais, de sentir le manque de l'homme dont je n'entendais plus la voix, ne touchais plus la peau, qui menait dans une ville froide une existence impossible à me représenter – de l'homme réel, plus hors de portée que l'homme écrit, désigné par l'initiale A. ».
Je reste fasciné comme le cobra par la flûte du charmeur de serpent.
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Citations et extraits (81) Voir plus Ajouter une citation
aurel75aurel75   09 mai 2019
[Le luxe] c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme.
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aurel75aurel75   09 mai 2019
Continuer [à écrire] c'est aussi repousser l'angoisse de donner ceci à lire aux autres.
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Nastasia-BNastasia-B   17 juillet 2016
À partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme : qu'il me téléphone et qu'il vienne chez moi. […] Je n'avais pas d'autre avenir que le prochain coup de téléphone fixant un rendez-vous. […] J'évitais aussi d'utiliser l'aspirateur ou le sèche-cheveux qui m'auraient empêchée d'entendre la sonnerie. Celle-ci me ravageait d'un espoir qui ne durait souvent que le temps de saisir lentement l'appareil et de dire allô. En découvrant que ce n'était pas lui, je tombait dans une telle déception que je prenais en horreur la personne au bout du fil. Dès que j'entendais la voix de A., mon attente indéfinie, douloureuse, jalouse évidemment, se néantisait si vite que j'avais l'impression d'avoir été folle et de redevenir subitement normale. J'étais frappée par l'insignifiance, au fond, de cette voix et l'importance démesurée qu'elle avait dans ma vie.
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Nastasia-BNastasia-B   23 juillet 2016
Tout de lui m'a été précieux, ses yeux, sa bouche, son sexe, ses souvenirs d'enfant, sa façon brusque de saisir les objets, sa voix.
J'ai voulu apprendre sa langue. J'ai conservé sans le laver un verre où il avait bu.
J'ai désir que l'avion dans lequel je revenais de Copenhague s'écrase si je ne devais jamais le revoir.
J'ai appliqué cette photo, l'été dernier, à Padoue, sur la paroi du tombeau de saint Antoine — avec les gens qui appuyaient un mouchoir, un papier plié portant leur supplication — pour qu'il revienne.
Qu'il l'ait " mérité " ou non n'a évidemment aucun sens. Et que tout cela commence à m'être aussi étranger que s'il s'agissait d'une autre femme ne change rien à ceci : grâce à lui, je me suis approché de la limite qui me sépare de l'autre, au point d'imaginer parfois la franchir.
J'ai mesuré le temps autrement, de tout mon corps.
J'ai découvert de quoi on peut être capable, autant dire de tout. Désirs sublimes ou mortels, absences de dignité, croyances et conduites que je trouvais insensées chez les autres tant que je n'y avais pas moi-même recours. À son insu, il m'a reliée davantage au monde.
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AmbagesAmbages   09 octobre 2015
Le reste du livre, ensuite, redevenait ce que toute activité a été pour moi pendant une année, un moyen d'user le temps entre deux rencontres.
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Quand il aurait mis son veston, tout serait fini. Je n'étais plus que du temps passant à travers moi.
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Je tombais dans un demi-sommeil où j'avais la sensation de dormir dans son corps à lui.
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Je ne connaissais que la présence ou l'absence. J'accumule seulement les signes d'une passion, oscillant sans cesse entre "toujours" et "un jour"...
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Au contraire, j'étais heureuse d'être unie à lui dans un début d'abjection.
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J'avais le privilège de vivre depuis le début, constamment, en toute conscience, ce qu'on finit toujours par découvrir dans la stupeur et le désarroi : l'homme qu'on aime est un étranger.
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j'entrais dans une rêverie de A. A la seconde juste où je tombais dans cet état, il se produisait dans ma tête un spasme de bonheur. J'avais l'impression de m'abandonner à un plaisir physique, comme si le cerveau, sous l'afflux répété des mêmes souvenirs, pouvait jouir, qu'il soit un organe sexuel pareil aux autres.
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Tout était manque sans fin, sauf le moment où nous étions ensemble à faire l'amour. Et encore, j'avais la hantise du moment qui suivrait, où il serait reparti. Je vivais le plaisir comme une future douleur.
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Le temps de l'écriture n'a rien à voir avec celui de la passion
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Pourtant, c'est ce retour, irréel, presque inexistant, qui donne à ma passion tout son sens, qui est de ne pas en avoir, d'avoir été pendant deux ans la réalité la plus violente qui soit et la moins explicable.
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A son insu, il m'a reliée davantage au monde.
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Une sorte de don reversé.
+ Lire la suite
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