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EAN : 9782070376001
181 pages
Éditeur : Gallimard (23/10/1984)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 272 notes)
Résumé :
« Ça suffit d'être une vicieuse, une cachottière, une fille poisseuse et lourde vis-à-vis des copines de classe, légères, libres, pures de leur existence... Fallait encore que je me mette à mépriser mes parents. Tous les péchés, tous les vices. Personne ne pense mal de son père ou de sa mère. Il n'y a que moi. »
Un roman âpre, pulpeux, celui d'une déchirure sociale, par l'auteur de La place.
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
fran6h
  21 juillet 2012
De l'ascension sociale au temps des faiseuses d'ange.
"Les armoires vides" c'est le récit de la honte du milieu social dans lequel on est élevé. C'est le récit violent des souvenirs d'enfance, dans le café-épicerie familial. C'est l'envie de sortir de là, c'est l'éducation (la réussite scolaire) qui doit permettre de sortir de là.
Denise Lesur, jeune étudiante, est en train de subir un avortement clandestin dans sa chambre d'étudiante. Lui reviennent alors à l'esprit tous les souvenirs de son enfance, de ses rapports avec ses parents, de la haine qu'ils lui inspirent.
Dans un style très vif, utilisant des mots durs, Annie Ernaux nous livre ici un premier roman remarquable. le regard qu'elle pose sur la société de cette époque,au confins des années 50, est très intéressant. C'est la méritocratie française qui est disséquée, la réussite sociale par les études, la découverte de la culture littéraire et musicale, l'espoir d'une vie meilleure.
C'est une lecture émouvante, un impressionnisme social et psychologique redoutable.
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Yaena
  18 mai 2020
Les armoires vides c'est l'histoire d'une déchirure sociale ; d'une fille coincée entre deux mondes, celui de ses parents : prolos, travailleurs, peu instruits qui gagnent leur vie en transpirant et celui des bourgeois : éduqués, ayant accès à la culture et qui gagnent leur vie en costumes cravates ou tailleurs. C'est une écriture brute, jetée sur le papier avec violence. Dépourvue d'une quelconque auto-censure. Des phrases vives, nerveuses, comme écrites dans l'urgence, de peur de changer d'avis peut-être, de reculer devant tant de vérité.
Mais sous l'apparence d'une écriture impulsive c'est un texte travaillé, des mots pesés, choisis que nous offre Annie Ernaux. Passer de l'argot, au langage soutenu, d'un monde à l'autre, d'un extrême à l'autre sans perdre le lecteur, sans que ce soit fouillis. Rien n'est laissé au hasard.
C'est un texte court, violent par sa franchise et la mise à nue de l'auteur. Sans mièvrerie ni apitoiement, sans fierté ou fausse modestie, ce texte est un état des lieux. le monde est comme ça. C'est rageant, c'est injuste et comment trouver sa place ?
Il y a beaucoup de contradictions dans ces lignes, beaucoup d'oppositions. Il y a un grand décalage entre ce que ces parents aimants et dévoués mériteraient en retour des sacrifices faits pour élever leur fille et entre ce que cette enfant est capable de leur donner. Ce décalage entraîne une grande culpabilité, de laquelle découle une grande colère. Violence de la société qui conduit à la violence des sentiments. D'où l'urgence de quitter ce carcan. La porte de sortie c'est l'instruction, la fac, les livres pour enfin être libre de choisir son monde ou finalement n'en choisir aucun. Qui sait ?
Une atmosphère dense, servie par une écriture nerveuse, pour un roman qui se lit d'une traite.
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Kaya
  28 juin 2013
Je garde de ce livre un souvenir poisseux.
Ce livre colle, ce livre coule, il tache, il moisit, il pourrit.
L'écriture d'Annie Ernaux - et en particulier dans ce roman - est très matérielle, terrestre. Ces passages coulants sont souvent liés à la condition sociale de l'héroïne, Denise. En effet, cette dernière est la fille de petits commerçants, d'ouvriers incultes et modestes, mais grâce à ses excellents résultats scolaires, elle entrera à l'école privée, décrochera son bac, entrera à l'université.
Denise est à cheval entre deux mondes, le monde poisseux de son enfance où l'on mange avec les doigts et où l'on fait pipi au fond de la cour, et le monde éthéré des bourgeois, dont il lui a fallu apprendre les codes. Ce roman, c'est un roman de déchirure entre ce que l'on était, ce que l'on est, ce que l'on voudrait être et tout ce qu'il y a entre ces catégories.
Une de mes lectures les plus intéressantes de ces deux dernières années, en dépit de la prose dense et saccadée qui vous laisse une boule dans le ventre.
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SeriallectriceSV
  06 juin 2016
C'est le troisième roman d'Annie Ernaux que je lis. Elle écrit sur sa vie. Beaucoup de critiques appuient sur le fait que lire un Ernaux revient à lire tous les Ernaux.
Il est certain que l'on retrouve sa pâte, que certains matériaux autobiographiques ont été déjà contés et ne nous sont pas inconnus mais néanmoins, de chacun de ses romans se dégagent une atmosphère différente, un thème différent. Dans La place, j'ai trouvé de la douceur face aux regrets qu'elle exprime de ne pas avoir su se rapprocher, dialoguer avec son père, dans la femme gelée, c'est sa vie de femme mariée qu'elle décortique et dans Les armoires vides, l'ambiance est encore tout autre, puisqu'elle décrit froidement, douloureusement, honteusement son IVG.
Pas de douceur, pas de tendresse avec elle-même, elle décrit, au travers de Denise Lesur, la narratrice, cette épisode déchirant de sa vie, qu'elle considère comme sa punition, ultime punition, pour avoir détesté ses parents qui n'évoluaient pas dans le monde des "distingués". Elle nous conte, sa haine, sa honte, sa jalousie, ses humiliations, elle nous conte, sur un ton vif et saccadé, empreint d'une vive sincérité, la douleur de la déchirure sociale.
"J'ai été coupée en deux, c'est ça, mes parents, ma famille d'ouvriers agricoles, de manoeuvres, et l'école, les bouquins, les Bornins. le cul entre deux chaises, ça pousse à la haine, il fallait bien choisir. Même si je voulais, je ne pourrais plus parler comme eux, c'est trop tard. « On aurait été davantage heureux si elle avait pas continué ses études ! » qu'il a dit un jour. Moi aussi peut-être."
Quel talent !
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poivert
  28 octobre 2012
Un livre rageur, qui se lit d'une traite. Une écriture précise, âpre, qui appelle un chat un chat. La distinction de Bourdieu y prend chair. La chair de Denise. Ninise, la fille de cafetiers cracras qui fait de si belles études. Denise, ses parents, elle peut plus les voir en peinture. Depuis qu'ils ont eu l'idée saugrenue de la mettre à l'école libre, avec les filles de notables, qui lui ont tourné la tête, fait croire que les gens bien, c'était les bourgeois propres sur eux. Ils la lui ont tellement bien tourné, la tête, qu'elle s'est dit que la seule façon de leur faire la nique, à toutes ces pimbêches tellement mieux qu'elle, c'était de creuser son avantage. Ses facilités. Elle apprend tout ce qu'elle veut. Elle les aura par là. En étant la meilleure. Mais. Car il y a un mais. La rage, contre les bourgeois, contre ses parents pas montrables, ça ronge. Ca pousse à faire n'importe quoi. Pour oublier. Pour croire qu'on est au-dessus de tout ça.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
chloe-nelsonchloe-nelson   10 juin 2012
ça s'est mis à grandir ce sentiment bizarre, n'être bien nulle part, sauf devant un devoir, une composition, un livre dans un coin de la cour (...) Je commençais à ne rien voir. à ignorer. La boutique, le café, les clients, et même mes parents. Je ne suis pas là, je suis dans mes devoirs, comme ils disent, dans mes livres, 't'as pas mal à la tête, à la fin ?' Je parle de moins en moins, ça m'agace (...) foncer tête baissée dans les études, la littérature, surtout la littérature, pour flotter au-dessus de tout le monde, les emmerder. La vraie supériorité. Pour jouir aussi.
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poivertpoivert   22 octobre 2012
"Vous aurez des contractions." Depuis hier j'attends, lovée autour de mon ventre, à guetter les signes. Qu'est-ce que c'est au juste. Je sais seulement que ça meurt petit à petit, ça s'éteint, ça se noie dans les poches gorgées de sang, d'humeurs filantes... Et que ça part. C'est tout. La tête à plat dans l'odeur de la couverture, le soleil qui me cuit des genoux à la taille, une marée tiède à l'intérieur, pas la moindre crispation en surface, tout se passe dans les plis et les replis à des kilomètres.
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paulotletpaulotlet   16 juillet 2017
Le vrai langage, c'est chez moi que je l'entendais, le pinard, la bidoche, se faire baiser, la vieille carne, dis boujou ma petite besotte. Toutes les choses étaient là aussitôt, les cris, les grimaces, les bouteilles renversées. La maîtresse parlait, parlait, et les choses n'existaient pas, le vantail, le soupirail, j'ai mis dix ans à savoir ce que c'était. La bergerie est gardée par le berger, Azor gardera la maison, des histoires pour rire, des amusettes d'institutrice.
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paulotletpaulotlet   16 juillet 2017
Il n'y a peut-être jamais eu d'équilibre entre mes mondes. Il a bien fallu en choisir un comme point de repère, on est obligé. Si j'avais choisi celui de mes parents, de la famille Lesur, encore pire, la moitié carburait au picrate, je n'aurais pas voulu réussir à l'école, ça ne m'aurait rien fait de vendre des patates derrières le comptoir, je n'aurais pas été à la fac. Il fallait bien haïr toute la boutique, le troquet, la clientèle de minables à l'ardoise. Je me cherche des excuses, on peut peut-être s'en sortir autrement. Se sortir de quoi...
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mfrancemfrance   20 août 2017
Bon dieu, à quel moment, quel jour la peinture des murs est-elle devenue moche, le pot de chambre s'est mis à puer, les bonshommes sont-ils devenus de vieux soûlographes, des débris... Quand ai-je eu une trouille folle de leur ressembler, à mes parents... Pas en un jour, pas une grande déchirure ...les yeux qui s'ouvrent... des conneries. Le monde n'a pas cessé de m'appartenir en un jour. Il a fallu des années avant de gueuler en me regardant dans la glace, que je ne peux plus les voir, qu'ils m'ont loupée ...
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Vidéo de Annie Ernaux
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