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EAN : 9782757852170
648 pages
Éditeur : Points (21/05/2015)
3.08/5   12 notes
Résumé :
« Ma mémoire est une foule noire couronnée de drapeaux rouges, et elle s’appelle Madeleine. Madeleine, c’est la Basilique de Vézelay. Madeleine, c’est ma grand-mère. Madeleine, c’est moi. C’est elle qui, la première, m’a raconté notre histoire. J’avais quatre ans, j’avais dix ans, j’avais seize ans. Dans sa voix, j’écoutais d’autres voix, venues du fond des siècles : la voix de Jules, son père, la voix de Jules-Antoine, son grand-père, la voix du grand-oncle Armand ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Shamash30
  28 avril 2021
Réalisme contre idéal. D'un côté : désir de changer concrètement les choses en participant au pouvoir ; de l'autre : refus des concessions, intransigeance ou désir d'incorruptibilité. Prendre son temps pour accompagner les évolutions ou forcer la main à ce qui semble être le cours naturel des choses pour accomplir la Révolution.
Ce livre est une partie de l'histoire de ces « Rouges ». Au croisement entre roman, généalogie familiale, réflexion politique sur les mouvements révolutionnaires français, leurs réussites et leurs échecs, il constitue un défi et une prouesse littéraire.
Le défi que s'est lancé Pascale Fautrier était triple : comment transformer une généalogie familiale (celle de l'auteur) en un récit qui couvre plusieurs siècles ? Comment centrer le récit sur ces mouvements politiques en montrant leurs effets sur la société en même temps que les désaccords de fond qui parfois les opposaient ? Enfin, comment réussir les deux objectifs précédents tout en abordant les destins individuels à travers les histoires émouvantes et complexes de certains des protagonistes ?
Son choix s'est porté sur l'écriture romanesque, qui seule pouvait restituer à ces histoires leur chair brûlante, leur vie palpitante et l'ampleur historique qui est la leur.
La prouesse littéraire résultant de ce défi est liée à la structure narrative imaginée par l'auteur ainsi que par son écriture fluide et précise, oscillant entre sobriété et lyrisme quand ce dernier s'avère nécessaire.
Nous sommes donc emportés dans les remous d'une histoire tourmentée, au fil des évènements qui ont marqué la vie de notre pays : révolution française, coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte, Commune de Paris, scission du congrès de Tours en 1920, Front populaire, occupation allemande et Résistance, Cinquième république et mouvement de 1968, déstalinisation du PCF, fin de l'URSS... jusqu'aux derniers remous les plus contemporains avec le Front de Gauche.
Si le récit avance chronologiquement, il est scandé par le dialogue qu'entretient Madeleine avec JC, un dirigeant lambertiste de l'OCI qu'elle a aperçu à la Bastille le soir de l'élection de Mitterrand, le 10 mai 1981. JC avec qui elle a eu ensuite une longue liaison et qui est devenu quelques années plus tard un des responsables du parti socialiste. Au détour des évènements vécus par les différents personnages, ils échangent leurs réflexions comme nous pouvons le faire avec des amis en abordant des sujets politiques : avec des désaccords fréquents et stimulants...
Madeleine est le fil conducteur du roman, ou plutôt toutes LES Madeleine qui ont traversé ces différentes périodes et donnent au récit sa profondeur et son étrangeté.
Il y a la Madeleine d'aujourd'hui, narratrice du récit, qui a seize ans en 1981, ressemble à l'auteur et permet à Pascale Fautrier de prendre le recul nécessaire pour travailler la forme romanesque qu'elle a voulue ; il y a la Madeleine née au début du 20e siècle qui est la grand-mère de la narratrice ; d'autres Madeleine plus anciennes apparaissent fugitivement pour montrer la permanence du combat des faibles contre les puissants et le rôle que toutes les Madeleine de l'histoire y ont joué, comme victimes ou comme rebelles.
Il y a enfin la toute première Madeleine : « elle vient du IXe siècle, elle est moniale au couvent de Saint-Père, sous Vézelay. Elle a seize ans, elle est vierge, elle est belle, elle est née à 20 kilomètres de là, à Mailly ».
Avec le communard Camélinat, figure marquante du mouvement ouvrier, comme avec chacun des autres personnages, l'auteur nous fait vivre de l'intérieur les conflits souvent âpres qui naissent entre les différentes tendances du mouvement ouvrier révolutionnaire à partir du 19e siècle : marxistes, proudhoniens, blanquistes, jaurésiens, léninistes, trotskystes... Ce ne sont pas seulement les conflits entre les différents courants qui sont abordés, mais aussi les oppositions internes dans un même parti qui peuvent être dévastatrices pour certains. Ainsi en a-t-il été pour Bernard, le père de la narratrice, militant communiste après la guerre de 39/45, dont la vie a été bouleversée par le conflit violent qui l'a opposé avec la direction de son parti à la fin des années 60. Ce n'est pas la seule histoire de Bernard qui est racontée dans ces pages très documentées, mais avec la sienne celle de milliers de militants du mouvement ouvrier.
Avec Jules, Camille, Madeleine (grand-mère de la narratrice), Élise, Jules-Antoine, Bernard... le roman inscrit chaque destin individuel dans une longue lignée familiale et nous montre ainsi comment l'histoire de chacun est le fruit cette tradition partagée, des valeurs transmises, des anecdotes racontées par les parents, des souvenirs de vie des grands-parents qui restent dans la mémoire et font sens pour les générations suivantes, fixant pour celles-ci un cap qui va être dévié quand il se heurtera à un réel toujours changeant et sera porté par des personnalités originales.
Mais le cap général restera-t-il fixé jusqu'à nos jours, ou bien la boussole va-t-elle se dérégler ? Être Rouge aujourd'hui a-t-il encore un sens ? Que va faire avec ce combat mené par les Rouges d'antan la Madeleine-narratrice, elle qui avait dit à JC qu'elle raconterait leur histoire et qui à travers ces pages a ciselé la sienne ? S'inspirant de Jaurès, elle nous le dit superbement et de façon plutôt énigmatique dans les derniers paragraphes du livre :
« Éthique nouvelle, devoir nouveau : mesurer pour soi, au moment décisif, l'irréconciliabilité de la raison et de la foi, du désir et de la vérité. Être capable de la dire et de s'y mesurer en tout temps. Ce serait ça, la politique nouvelle. (...)
La démocratie est à peine à ses débuts. Sauf que les petits cailloux de l'Histoire, c'est moi qui les réaligne dans le temps.
Dans la grande spirale de douceurs éclatantes et d'infâmes cruautés, le récit que j'en fais demeure le Lieu souverain où s'affirme ce qui vaut la peine, du règne de la vie ou du règne de la mort, du paradis de l'amour ou de l'enfer du calcul, d'être raconté ».
Quand j'ai émergé de cette lecture, j'avais collectionné des émotions diverses qui oscillaient selon les chapitres entre nostalgie et souvenirs heureux, mélancolie et enthousiasme. Mais la force du livre est aussi de faire le lien entre émotion et réflexion ; réflexion et interrogations sur l'Histoire et la politique, mais aussi – généalogie oblige – sur la brièveté de nos destins individuels ainsi que les influences possibles et imprévisibles que pourront avoir nos actions et nos mots sur ceux qui vont nous succéder dans le monde des vivants.

Lien : https://www.un-polar.com/201..
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sontse
  21 février 2016
C'est de la Commune, trop souvent ignorée, qu'il s'agit, de ses acteurs, de son écrasement par les mêmes qui piétinent toujours les espoirs de ceux qui revendiquent une vie meilleure pour conserver leurs avantages, les mêmes qui ont confisqué la révolution à ceux qui l'ont faite, les mêmes qui ont écrasé les jacqueries dans le monde paysan. C'est aussi ce qui amène à ces mouvements, aussi bien à la révolution de 1848 durement réprimée aussi, et ce qui se déchire, se reconstruit après, les guerres, celle de 1914 qui décime le monde paysan, celle de1940 et la France de Vichy, avant cela 1936 et le Front Populaire et enfin l'arrivée au Pouvoir de la gauche, grâce à l'Union des socialistes et communistes avec leur programme commun.
Pascale Fautrier prend le parti d'une famille de l'Yonne les Sautreau, "des rouges", de leur village Mailly la ville, dont est issu Camelinat, un des acteurs phares de la Commune et du mouvement ouvrier qui s'élabore, des discussions intergénérationnelles, des débats qui agitent la gauche, de l'ancêtre jacobin à nos jours.
Dans son roman passent des figures tutélaires qui agitent les mouvements qui tentent de s'unir, qui se divisent, voire se déchirent, comme Proudhon, Blanqui, Jaurès, Marx, Bakhounine, ainsi que Varlin, Vallès et tous ceux qui se trouvent au sein de ce roman foisonnant qui interroge.
Dru, qui demande un peu de concentration, mais passionnant.
A lire pour comprendre l'histoire et celle qui se construit de nos jours.
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Tyty68
  04 février 2016
Ce livre très ambitieux, qui se voudrait l'étoffe et le souffle d'un Aragon, ne dépasse jamais le niveau d'un mauvais scénario d' un feuilleton télévisé , genre mauvaise saga TF1 . Pour revigorer la conscience politique de gauche, où sont nos grands romanciers du XX° siècle , bon sang?
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claude53
  01 mai 2018
Un peu long, un peu touffu, certes, mais bien documenté. Il est clair que le style n'est pas celui des classiques ! Mais pas trop de sévérité, ceci reste un excellent rappel du mouvement de la Gauche en France de 1789 à nos jours, incluant beaucoup de détails oubliés. Pas trop de snobisme svp. C'était une gageure, et le résultat n'est pas si mal
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michdesol
  19 septembre 2017
Une fresque de la gauche révolutionnaire française à travers l'histoire d'une famille.
Un fresque touffue. Trop touffue ?
Avec une "pudeur" qui m'énerve un peu : ce "JC", personnage du roman, l'auteure ne veut pas dire de qui il s'agit. Mais quiconque suit un peu la politique française à travers la gauche, sait pertinemment de qui il s'agit.
Alors, pourquoi cette "pudeur de gazelle" ?
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
michdesolmichdesol   19 septembre 2017
Est-ce qu'enfin le grand moment approche . Est-ce que les temps d'autrefois et ceux qui ne sont pas arrivés vont se mêler ? Est-ce qu'enfin Madeleine va assister à la naissance de la République, la Bonne, la Vraie, la Sociale, les assemblées populaires, les votes à main levée, les engueulades fraternelles, une grande conversation générale ininterrompue le jour, une cérémonie perpétuelle la nuit, la révolution permanente sans bureaucrates, le pouvoir pour tous, les smicards ministres, les étudiants députés, les poètes des rues orateurs, la fin de l'esclavage salarié, tous ensemble dans la grande Commune égalitaire ? "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins". Nous ne sommes RIEN, ensemble nous serons TOUT.
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Vidéo de Pascale Fautrier
"Napoléon c'est un concentré de passion française." Qu'on le glorifie ou qu'on l'attaque, Napoléon continue à fasciner les esprits plus de 200 ans après sa mort ! Alors, qui était-il vraiment ?! La Grande Librairie lance la saison de Napoléon ! François Busnel reçoit Thierry Lentz, Pierre Branda, Pascale Fautrier, Frédéric Régent et Bruno Fuligni.
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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