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EAN : 9782330022266
784 pages
Éditeur : Actes Sud (04/09/2013)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.33/5 (sur 1033 notes)
Résumé :
Barcelone années cinquante, le jeune Adrià grandit dans un vaste appartement ombreux, entre un père qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une mère qui le destine à une carrière de violoniste virtuose.
Brillant, solitaire et docile, le garçon essaie de satisfaire au mieux les ambitions démesurées dont il est dépositaire, jusqu'au jour où il entrevoit la provenance douteuse de la fortune familiale, issue d'un magasin d'antiquités extorquées sans verg... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (270) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  26 novembre 2013
Attention : roman époustouflant mais exigeant qui m'a demandé un temps d'adaptation à sa forme de narration inhabituelle et qu'il est quasiment impossible de résumer.
Pour autant, c'est une lecture solide, consistante et gratifiante, qui mérite le détour et le statut de chef d'oeuvre dans mon panthéon personnel. Un roman marquant donc, totalement inclassable !
J'ai beaucoup hésité à me lancer dans cette " critique ", uniquement motivée finalement par l'envie d'attirer l'attention sur un roman rare, original, foisonnant paru à la fin de l'été 2013, comme on en rencontre peu.
La trame principale du livre s'articule autour des confessions d'un homme dont la mémoire s'effiloche, Adrià Ardèvol y Bosch, qui permettent de suivre l'histoire de sa famille, enchevêtrée avec L Histoire européenne, du Barcelone des années cinquante en passant par l'Inquisition, l'Allemagne nazie à l'Espagne d'aujourd'hui. L'itinéraire d'un jeune garçon solitaire et brillant, dépositaire des espoirs familiaux et de lourds secrets hérités en même temps que le magasin d'antiquités aux provenances parfois douteuses. Et c'est justement la pièce la plus rare, un violon d'exception, un Storioni, qui sert de fil conducteur pour ne pas se perdre dans le dédale de ces presque 800 pages.
Ce qui m'a le plus déconcerté ici c'est évidemment l'absence de chronologie et de repères de ponctuation classiques. C'est bien sûr en cela que ce roman n'est pas d'un abord facile dans les premières pages. Il faut accepter qu'un paragraphe, et même une phrase parfois, s'achève à une époque et avec des personnages différents entre le début et la fin. Franchement je me suis demandé si je savais encore lire et surtout si j'étais encore apte à comprendre ce que je lisais. Insolite donc, inconfortable évidemment ; et puis, bien sûr, on s'habitue à cette structure flottante, à cette petite gymnastique intellectuelle. C'est sûrement excellent pour les neurones...
Jaume Cabré renforce ainsi sans doute la difficulté de son personnage à rassembler les bribes éparses de son histoire dans une mémoire qui se disloque. C'est tout à fait ingénieux. Côté écriture, le style reste limpide et clair, le propos érudit et ambitieux, dans ce roman aux pistes multiples.
L'art, la soif de connaissances, le Mal, le pardon sont les thèmes majeurs de cette fresque passionnante.
Confiteor, je confesse...je replongerai un jour avec plaisir dans cette fresque, comme j'ai apprécié de lire à nouveau les frères Karamazov il y a peu, pour savourer au-delà de la découverte la profondeur d'une pensée, la réflexion d'un écrivain majeur.
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Nastasia-B
  16 février 2019
Quel est l'intérêt d'écrire une critique négative ? C'est vrai, quoi ! Si l'on n'a pas aimé, on referme le livre au bout de cent pages et l'on n'en parle plus, un point c'est tout : pas la peine d'en faire des caisses. Certes… C'est ce que font beaucoup de gens et cela leur évite bien des désagréments, tant avec le livre qu'ils n'aiment pas (et qu'ils évitent ainsi de s'infliger trop longtemps) qu'avec les adorateurs dudit livre qui ne manqueront pas de leur tourner le dos ou de leur sauter sur le râble en leur indiquant qu'ils n'ont absolument rien compris à l'ouvrage, qu'ils devraient apprendre à lire ou à réfléchir ou un peu des deux, qui sait ?
Certes, certes et c'est un scénario connu, archiconnu et moult fois rejoué en ce qui me concerne. Étonnamment, on ne vous demande jamais de relire ou de réfléchir à deux fois quand vous dites que vous avez beaucoup aimé une oeuvre. C'est bizarre parce que, dans le fond, c'est tout aussi douteux, vous ne trouvez pas ? Certes, c'est plus consensuel, plus paisible de dire qu'on trouve tout bien, tellement plus simple de ne rien écrire quand on pense le contraire… Mais voilà comment on se retrouve, après, tout cumulé, avec des livres étrangement plébiscités, montés en épingle, des présidents ou des députés élus haut la main malgré une écrasante abstention.
Il est là le phénomène : sur Babelio comme ailleurs, les déçus trop souvent se taisent, s'abstiennent et leur pourcentage se retrouve minoré dans la population des lecteurs qui s'expriment sur un livre. Eh oui, c'est plus facile de passer sous silence son désamour car d'abord on s'évite un débat empoisonné avec les amoureux du livre et ensuite, on s'évite une douleur avec soi-même en ne remuant pas le couteau dans la plaie de ses propres désillusions. Puisque, c'est un fait, un livre est toujours une promesse, un espoir, un morceau de rêve avant qu'on ne l'ait lu, c'est toujours dur, quand la promesse s'avère non tenue, d'abandonner à jamais son espoir ou son morceau de rêve.
En ce qui me concerne, Confiteor, avant de l'avoir lu, c'était la promesse ou l'espoir d'enfin découvrir le premier vrai grand bouquin du XXIème siècle, celui qui fera date et dont on parlera encore dans cent cinquante ou deux cents ans. A priori, il y avait des tas de thèmes susceptibles de m'intéresser : la mémoire, l'histoire contenue dans les objets, l'amour des livres, l'évocation même du mal (quand c'est aussi savoureux qu'À l'est d'Eden), les relations parents/enfant, une histoire d'amour, une amitié, etc., etc. J'en avais même tellement bavé d'impatience que nous nous sommes mises bien d'accord Christelle (Cricri124) et moi, qu'on avait pris bien consciencieusement nos petits carnets de rendez-vous et qu'on avait voulu sabler le champagne ensemble… Histoire de ne rien rater de la fête, croyait-on…
Et puis… et puis est venue la lecture proprement dite. Alors on s'est un peu avachies dans nos fauteuils ou dans nos lits, Christelle et moi, tellement on n'en croyait pas nos yeux de ce qu'on lisait. On devait avoir la mine longue et dubitative, vous savez exactement comme Depardieu et Dewaere dans Préparez vos mouchoirs quand ils lisent les bouquins de Carole Laure. (Je vous refais la scène de mémoire :
Depardieu : Il est bien le tien ?
Dewaere : Bof… Ça casse pas des briques. Et toi ?
Depardieu : Je comprends rien !) Et on est restées là, elle et moi, allongées dans nos pieux, comme deux paquets de gélatine, avec nos gros bouquins qui nous tombaient des mains et dont les pages pesaient des tonnes à tourner. Lourdes, tellement lourdes, oh oui, combien lourdes…
Un jour, ma fille a regardé le dessin animé de Tintin, vous savez, L'Oreille cassée, celui où il y a le perroquet qui répète tout le temps : « Carrraaaamba ! Encorrre rrraté ! » Et je me suis dit moi-aussi : « Caramba, encore raté ! » Eh oui, encore raté ma vieille pour le premier grand roman du XXIème siècle ! Encore raté pour l'émotion, encore raté pour l'enthousiasme, encore raté pour le sublime…
Des tas de gens, et en qui j'ai pourtant toute confiance (d'où ce choix de lecture), sur Babelio ou ailleurs, m'avaient assuré que c'était du lourd. Moi, sans plus chercher, j'avais pensé que c'était du lourd comme vous savez mais en fait non, pour moi, ce fut du lourd autrement, du vrai, bon, gros lourd, quoi !
Alors quand après deux cents pages je me suis rendue compte que je m'emmerdais prodigieusement, j'aurais dû, comme je l'ai spécifié plus haut, abandonner sagement le machin et me reporter sur autre chose… mais j'ai un problème avec les livres : je suis obstinée.
Il est rare, très rare même, que j'abandonne en cours de route un livre qui, en raison du désintérêt qu'il m'inspire, m'a déjà volé beaucoup trop de temps (par pure idiotie congénitale, il faut croire, selon un phénomène connu sous le nom " d'erreur de jugement des coûts irrécupérables " — sunk cost fallacy en anglais). Donc, bêtement, je m'accroche, je peine, je chemine cahin-caha, je serre les dents et, malheureusement, à mesure que je m'ennuie ou m'agace, à mesure que je constate que le livre en question me déplaît singulièrement, que le temps que je lui consacre est définitivement du temps perdu, je sens monter en moi comme une colère froide, un ressentiment larvé contre le livre, contre l'auteur ou bien contre moi-même, car je sais parfois que le problème vient uniquement de moi.
Alors je vous le demande une nouvelle fois : quel est l'intérêt d'écrire une critique négative ? Eh bien, peut-être seulement d'éviter à d'autres lecteur(trice)s le surcroît d'attente (et donc de possible déception) que pourrait susciter ce livre. Rien de plus. Je n'avais lu quasiment dans les avis que du dithyrambe : c'était génial, c'était super, c'était trop bien, c'était le top du top. La narration était sensationnelle, d'une grande maîtrise et l'histoire fantastique, exquise et je ne sais plus trop quoi. Ouais… sans doute… si vous le dites…
Mais qu'est-ce que je me suis fait chier, tout de même ! C'est pas croyable, quand j'y repense ! Demandez à Christelle si vous ne me croyez pas. Parce qu'elle, elle en a entendu, elle, et bien plus que ce que je vous raconte là, car j'étais à moitié, comme qui dirait, vindicative, vous voyez le genre, pendant ma lecture. Parce que je lui aurais bien jeté au visage, moi, son gros pavé, à Jaume Cabré, et il aurait moins fait le malin derrière sa moustache, à jouer avec son petit shérif et son indien, avec ses ugh par-ci et ses crachats par-là, moi, je vous le garantis !
Bon, arrivée à ce stade, il faut sans doute quand même que je me décide à vous parler un peu du livre et de l'histoire, mais ça ne me réjouis pas, croyez-moi. Imaginez : si vous voulez aborder le mal en général, quel est le poncif le plus éculé, le cliché le plus usé, le lieux commun le plus commun que vous puissiez dégoter ? Allez-y. Non, ne cherchez pas trop loin, ne réfléchissez pas trop longtemps, voilà, juste comme ça, le premier qui vous vient, très bien : Auschwitz. Gagné ! Et même le tiercé gagnant : déportation / spoliation / expérimentation humaine. Non !? C'est pas vrai, il a pas osé !? Si, si, je vous jure, il l'a fait et même plutôt deux fois qu'une, et il l'a bien tartiné en plus, tout partout, plein les doigts. Sortez les violons, préparez vos Kleenex… Puis ensuite, pour changer, elle s'appelait Sara… Non, il ne l'a pas appelé Sara quand même ? (soupirs) À votre avis ?… Tiens, d'ailleurs, à propos de violons et de mouchoirs, comme par un fait exprès, justement, il y est aussi question de violons et de mouchoirs, ça tombe bien, non ?
N. B. : Ce qui suit est une longue et tortueuse digression que je ne vous oblige pas à vous coltiner.

Donc, Jaume Cabré entend parler du mal, de la mort et de la culpabilité. Pour ce faire, il va utiliser une technique dont il n'est ni l'inventeur ni le plus habile pratiquant, mais c'est un procédé qui jouit d'une certaine vogue parmi les auteurs hispanophones, notamment sud-américains : j'ai nommé la narration puzzle imbriquée pas baisante à suivre ni à comprendre, dont le brevet fut déposé jadis par un certain William Faulkner et dont le plus grand orfèvre demeure à ce jour Juan Rulfo dans Pedro Páramo. Et, malheureusement, n'est pas Juan Rulfo qui veut…
Jaume Cabré ne se facilite pas la tâche et surtout, ne facilite pas celle de ses lecteurs car, comme si cela ne suffisait pas, il dissémine par plaques un genre de fresque sur plusieurs époques et sur plusieurs générations à la façon de Gabriel Garcia Márquez, le Moyen-Âge ou le violon en plus et le talent en moins. Mais ce n'est pas tout, il souhaite encore faire abondamment étalage de sa grande culture (religieuse, médiévale, linguistique…) comme un ersatz d'Umberto Eco, mais qui serait de seconde main, juste pédant quoi. Et c'est tout ? Non, ce n'est pas tout, il en rajoute encore, une espèce de sauce mélasse narrative décousue aussi savoureuse et appétissante que l'inénarrable Marmite®, chère aux papilles de nos amis anglais, qui se situe quelque part au confluent d'un James Joyce en pleine forme, d'un André Gide fatigué et d'un Cormac McCarthy pas hyper sobre.
Pour moi, ce fut un calvaire à lire, des longueurs ahurissantes, du larmoyant ou supposé tel qui fait long feu, des dialogues creux à n'en plus finir, des gloses multilingues hautement dispensables, des insertions perpétuelles qui hachent et qui gâchent le propos sous couvert d'épouser la pagaille cérébrale occasionnée par Alzheimer. Bref, selon mes critères, une écriture maladroite et poussive et qui dure la bagatelle de 770 pages en grand format (900 version poche). La technique narrative employée a eu le don de m'éloigner systématiquement de toute tentative d'amorce d'empathie pour les personnages. Les personnages, parlons-en, à la pelle il y en a, quinze à la douzaine, tous plus inutiles et inintéressants les uns que les autres. On en rayerait les trois-quarts qu'on ne s'en porterait que mieux.
Et si on ne garde que les principaux, Adrià, Bernat, Sara, papa et maman d'Adrià et, à la limite, Lola Xica, je n'ai même rien à en dire : ils sont transparents, gélatineux, insipides et inodores, des méduses atones sans cnidocyste. J'ai passé un mois et demi à m'ennuyer ferme auprès d'eux et, j'en suis certaine, d'ici trois semaines, grand maximum, je n'en garderai pas même le plus petit souvenir mobilisable. D'authentiques et frêles coquilles vides ou, plus exactement, des vesses-de-loup perlées quand elles sont trop mûres : vous posez le pied dessus par inadvertance, pfffffuiit, la petite fumée et il ne reste plus rien (d'où leur nom, dont on ne saurait blâmer nos grands ancêtres, qui, s'ils n'étaient pas tous poètes, avaient néanmoins, pour certains, un sens aigu des réalités concrètes).
Alors bien sûr, je pourrais passer des heures à vous recopier mes arguments (par exemple le propos qui me donnait constamment le sentiment de m'imposer ce que je devais penser), ceux que j'ai développés semaine après semaine lors de mes échanges avec Christelle, les références que je suis allée rechercher pour étayer moindrement mes ressentis en temps réel, ce qu'ont dit ou écrit des théoriciens du roman bien plus savants et autorisés que moi. Mais à quoi bon ? En ce qui me concerne, une purge reste une purge, quant à celles et ceux qui ont adoré ce bouquin, ils ne changeront pas d'avis après les avoir lus et ils ont bien raison car leur ressenti vaut tout autant que le mien. À l'extrême rigueur ça pourrait peut-être — éventuellement — intéresser celles ou ceux qui s'apprêteraient à faire le grand saut dans la lecture, comme nous l'avons fait, Christelle et moi — et mal nous en a pris ! Si on me les demande, je les ajouterai en commentaires.
En guise de conclusion, une fois encore, une fois pour toutes, une fois pour toujours, ce que j'exprime ici n'est que mon avis, et ce n'est vraiment pas grand-chose, je le confesse, confiteor.
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paroles
  07 janvier 2014
Il me manque des étoiles...
Un roman magistral, envoûtant et d'une rare densité !!!
Un brillant érudit sentant sa mort prochaine,
fit venir son ami, lui parla sans témoin.
Prends cela, lui dit il, ces quelques papiers là sont toute ma mémoire.
N'y cherche aucun trésor.
Il n'en contient aucun ou plutôt un seulement
l'amour que je porte à Sara.
Quant au reste, tu verras, ce sont des mots,
les maux que seul l'homme peut infliger à l'homme.

Au début, la lecture est difficile. Mais une fois accepté le postulat de l'écrivain : l'écriture est celle d'un monologue dans lesquelles les idées bouillonnent et se succèdent les unes aux autres, le livre est d'une incroyable densité.
On se laisse entraîner par les aller-retour incessants dans L Histoire (inquisition, nazisme, franquisme...), dans des lieux différents (XVIIe en Italie ; Seconde Guerre mondiale à Auschwitz ; Barcelone années 50 ; etc), on y croise de nombreux personnages au passé quelquefois sulfureux, on s'intéresse à l'art sous n'importe quelle forme, à la connaissance dans de nombreux domaines, on y trouve l'amour et l'amitié, la foi, on y croise la violence, la barbarie, l'appât du gain, l'envie, le mal et quelquefois le pardon.
On est secoué, catapulté d'une époque à l'autre, d'un pays à l'autre, on traverse le roman comme dans un manège tournant rapidement captant de-ci de-là des images, des bribes de conversation, des morceaux de décors, des petites musiques, des silhouettes...
On est bouleversé, chahuté... Mais on ressort enchanté, subjugué par la puissance de ce roman.

Juste avant que sa mémoire ne disparaisse, Adrià Ardevol déverse ses souvenirs dévastateurs et plus rarement consolateurs, dans un flot impétueux, sans ordonnancement. Adrià se confesse.
Entre un père tyrannique et une mère sans coeur, Adrià n'a pour seule échappatoire que la curiosité qui le pousse à apprendre. Enfant solitaire, n'ayant qu'un seul ami, il va devenir un brillant universitaire, mais surtout il va découvrir l'origine douteuse de la richesse familiale à travers le magasin d'antiquités de haute facture ayant appartenu à son père. La première pièce remarquable est un violon qu'utilise parfois Adrià, un violon au passé chargé...
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tamara29
  24 mai 2014
Je me suis perdue avec infiniment de plaisir dans cet incroyable récit « Confiteor ».
Je me suis perdue dans le labyrinthe des pensées d'Adrià Ardèvol, le suivant pas à pas à mesure qu'il grandissait, à mesure que la maladie d'Alzheimer entremêlait ses souvenirs et ses connaissances érudites.
Ce roman nargue les règles de la narration, mêlant les périodes, les lieux historiques, les personnages dans le même paragraphe, dans la même phrase à s'en arracher les cheveux, à revenir en arrière en se disant que, vraiment, on ne comprend rien…
Mais, au fur et à mesure qu'on reconnaît les personnages, comme agrippé au fil d'Ariane, on les accompagne, et on chemine lentement dans les dédales de la mémoire d'Adrià. Fébrilement, comme hypnotisé, on avance dans le récit de ce garçon devenu homme, intelligent, intellectuel savant, solitaire, marqué par des parents intransigeants et distants.
C'est l'histoire de son amour pour une femme, Sara. C'est l'histoire de son amitié avec Bernat. C'est l'histoire d'un violon sur plusieurs générations que beaucoup convoiteront… C'est l'histoire d'amours obsessionnels, de passions, de collections, de possessions. C'est aussi l'histoire avec un grand H. car ce roman nous parle de l'esthétique, du beau, de la recherche de la perfection mais aussi du bien et du mal, des guerres, des religions, de l'horreur et de la haine.
Ce roman, vous l'aurez compris, est tout à fait singulier par sa construction. Durant la lecture, j'ai souvent pensé à l'énorme travail de création de l'auteur Jaume Cabré. Défiant les règles de l'écriture, il a créé ses propres règles, brillantes, afin de permettre au lecteur de continuer à le suivre (et à vouloir le suivre). L'auteur catalan sème ici ou là des indices (un prénom, un lieu, un objet, deux jouets) tels de petits cailloux qu'on trace pour ne pas perdre la piste de ce chemin de traverse.
Et, peu à peu, à chaque page tournée, les informations s'emboîtent comme des morceaux de puzzle tandis que les pensées d'Adrià, sous forme de « confessions », se font plus brumeuses et emmêlées.
Incroyable jeu de narration qui trouve double sens : à la fois par la maladie d'Alzheimer qui ronge et malmène les pensées du narrateur et, paradoxalement, justement, de par cet « entremêlement » des histoires, cela nous mène (et nous « force ») à une réflexion sur le monde, sur les hommes.
Certains pourront comprendre qu'on supporte le Mal grâce à la beauté du monde. Moi, j'ai (peut-être malheureusement) plutôt vu cela comme le mal qui s'infiltre partout à travers l'Histoire, dans toutes les histoires, perpétuellement. Comme si le beau et l'amour devaient côtoyer obligatoirement le sang, la haine et la cruauté. Ces envies, ces buts (pour un objet, un amour, une collection, une race « pure ») qui peuvent tourner à l'obsession, à la faute, à la traîtrise et à l'horreur indescriptible...
Cet enchevêtrement nous permet d'entrevoir peu à peu que ces périodes d'horreur et de haine sont comme des cycles, des boucles d'histoire, des prolongements. le mal qui s'insinue, le mal qui se prolonge…
Et, en même temps que nous viennent ces réflexions sur les hommes, toutes sortes d'émotions nous submergent :
face au nazisme, à l'inquisition, à la période franquiste, à la cruauté et la la folie des hommes,
ou encore ces autres émotions que l'on ressent pour Adrià qui vouait sa vie à la connaissance et dont la vie, par cette maladie, lui fait comme un pied de nez,
mais aussi ces émotions face à l'amitié, l'amour de certains personnages pour leur famille, leurs enfants, le grand amour…
…Tour à tour, sourires ou noeud dans la gorge…et les yeux embrouillés jusqu'aux larmes.
Ce roman nous ouvre les portes sur de multiples questions philosophiques et éthiques : le travail de l'écrivain,les oeuvres littéraires, l'art, l'esthétique, le beau versus le mal, les religions, le pardon, la faiblesse des hommes, l'humain contre l'inhumain, la mémoire et l'oubli…
Alors, c'est emplie de toutes ces émotions et tous ces questionnements que j'ai refermé ce livre, empressée d'en parler à mes amis lecteurs, impatiente de connaître et de partager avec eux leur ressenti et leur analyse.
Mais, je suis certainement plus anxieuse d'en faire une « critique », désirant qu'elle reflète un tant soit peu les qualités de ce roman et de ce que Jaume Cabré a souhaité raconter et exposer. J'espère que ce petit billet reflètera au moins tout le plaisir éprouvé durant cette lecture, ces palpitations du coeur face à la profondeur de cette oeuvre magique…
Ce roman fait partie de ces oeuvres qui nous rappellent pourquoi nous aimons tant lire. Il fait partie de ces oeuvres qu'on ne referme jamais vraiment car il nous marque pendant longtemps (et plus)...
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isabelleisapure
  26 octobre 2013
J'avais jusqu'ici la prétention d'avoir un cerveau pas trop mal fait.
Jaume CABRE m'en a un instant fait douter !
Oh certainement pas par défection de sa part bien au contraire, mais par la façon dont il a su capter ma concentration, voire la développer pour m'emporter avec lui dans cet ouvrage difficile à pénétrer de prime abord, c'est effectivement là où j'ai douté un moment de mes facultés de concentration…, mais absolument exceptionnel, que dis-je fabuleux qui perpétuellement vous absorbe en vous faisant sans cesse perdre puis retrouver le Nord!
Résumer ce phénomène littéraire serait bien trop audacieux de ma part. Simplement l'auteur se saisi d'un personnage qui s'extirpe avec force de son environnement bourgeois familial de Barcelone qui veut faire de lui un être exceptionnel au sens de l'art. Celui-ci choisira en fait de devenir professeur et se lancera dans une sorte d'autopsie du passé nauséabond de l'histoire avant en quelque sorte que la défection de la mémoire collective ne l'emporte dans l'oubli.
De l'inquisition à la dictature Franquiste en passant par Auschwitz, Jaume Cabré nous entraine à travers une intrigue romanesque puissante et bouleversante mêlant dans l'urgence de sa propre mémoire déclinante tantôt les sentiments du personnage central pour l'amour de la femme de sa vie à laquelle il dédie ce récit, tantôt conversations entre personnages morts et vivants qu'en les confondant par la symétrie de leurs actes à des siècles de différence il nous fait vivre l'horreur de la vilénie des hommes de pouvoir qu'au fil des jours ils s'évertuent en permanence à nous masquer sans pour autant jamais y parvenir.
On s'y perdrait. Sauf que Jaume Cabré, pour lien dans ses aller et retour permanents entre les époques et les situations, nous offre un fil conducteur qu'il a imaginé sous forme du parcours de mains en mains d'un violon dont il se sert comme symbole de l'immortalité de l'art face à la versatilité de l'humain …
Si comme moi vous éprouvez quelques difficultés à « forcer la serrure » pour entrer dans ce roman je vous invite à en faire autant, ce qu'il y a derrière la porte est tellement fascinant !
+ Lire la suite
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critiques presse (4)
Bibliobs   31 décembre 2013
Une somme romanesque follement ambitieuse, où tous les chemins mènent au Mal.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Lexpress   18 octobre 2013
Huit ans de travail, près de 800 pages, des centaines de sous-intrigues et de personnages, un récit qui court du XIVe au XXIe siècle entre l'Espagne, l'Allemagne, Paris et Rome: Confiteor a tout du roman-monstre, qui tente d'embrasser le mouvement du monde et tous les genres littéraires.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaLibreBelgique   15 octobre 2013
"Confiteor" est un immense roman, exigeant, touffu, mais d’une richesse formidable.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Telerama   04 septembre 2013
Au détour des confessions d'un homme vieillissant, ce roman aussi dense que déchirant épouse le chaos de l'Histoire et de la mémoire.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (325) Voir plus Ajouter une citation
AchilleviAchillevi   26 mai 2020
L’esthétique, même si elle s’y obstine, n’avance jamais seule. (...)
Elle a une grande capacité à entraîner avec elle d’autres formes de la pensée.
Commenter  J’apprécie          70
AchilleviAchillevi   26 mai 2020
Etre vieux, c'est obscène. La décrépitude est obscène.
Commenter  J’apprécie          40
AchilleviAchillevi   24 mai 2020
La beauté de Laura, la beauté de Sara, de Tecla... entrent-elles dans ce genre de spéculations ? Hein ?
- Je dirais que oui, répondît Bernat, prudemment. La beauté de la femme est un fait indéniable. Non ?
- La Vivancos dirait que c’est un point de vue machiste.
- Ça je n’en sais rien. - Silence perdu de Bernat. -
Avant c’était une idée de petit-bourgeois et maintenant c’est un raisonnement machiste. - À voix plus basse, pour n’être entendu par aucun juge : Mais j’aime les femmes
+ Lire la suite
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AchilleviAchillevi   23 mai 2020
Je lui ouvris la porte. C’était une femme plus jeune que maman, très grande, aux yeux doux, aux lèvres rouges, qui, dès qu’elle me vit, me fit bonne figure et me parut sympathique. Enfin, plutôt que la trouver sympathique, disons que je tombais amoureux d’elle de façon irrémédiable et à tout jamais, et que j’eus très envie de la voir toute nue.
Commenter  J’apprécie          60
AchilleviAchillevi   24 mai 2020
Sans doute, comme tous les mortels, est-il incapable de voir le bonheur qui est à côté de lui parce qu’il est ébloui par celui qui est hors de portée.
Commenter  J’apprécie          40
Videos de Jaume Cabré (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jaume Cabré
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Les mille MERCIS du libraire de caractère : "À l'équipe de la Grande Librairie au nom tous les libraires indépendants, à Virginie, ma chérie qui m'a suivi dans cette folie et qui déchire tout dans l'ombre depuis plus de 10 ans, à Audrey et Rémy, qui reviennent chaque matin avec leurs lectures, leurs conseils et leurs blagues irremplaçables et à tous les clients qui font partie de cette famille qui s'agrandit et qui nous donnent une force incroyable ! Vive les livres !"
+ Lire la suite
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