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EAN : 9782818046258
352 pages
Éditeur : P.O.L. (03/01/2019)

Note moyenne : 3.46/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Il y a huit mille ans, une grande île s’étendait au milieu de la mer du Nord, le Doggerland. Margaret en a fait son objet d’étude. Marc aurait pu la suivre sur cette voie, mais c’est le pétrole qu’il a choisi. Il a quitté le département de géologie de St Andrews, pour une vie d’aventure sur les plateformes offshore.
Vingt ans plus tard, une occasion se présente. Ils pourraient la saisir, faire le choix de se revoir. On dit que l’histoire ne se répète pas. Ma... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Cancie
  12 novembre 2019
Après avoir inscrit son premier roman La Centrale au coeur de l'industrie nucléaire, Élisabeth Filhol nous livre cette fois avec Doggerland une saga géologique.
Doggerland est le nom donné par les géologues à l'étendue de terre qui, il y a plus de huit mille ans, se situait dans la moitié sud de l'actuelle mer du Nord, reliant la Grande-Bretagne au reste de l'Europe.
La dernière grande île du Doggerland aurait été inondée suite à un glissement de terrain qui s'était produit en Norvège, suivi d'un tsunami immergeant brutalement, définitivement, forêts, marais, animaux et hommes, toute une civilisation.
À la fin de ses études, dans les années quatre-vingts, Margareth, géologue, a choisi ce territoire mystérieux, comme sujet d'études. Quant à Marc Berthelot, très lié à Margareth, il a brutalement quitté le département de géologie pour être ingénieur pétrolier sur les plateformes offshore.
Vingt ans après, une occasion de se revoir, se présente à eux, lors d'un congrès à Esbjerg, au Danemark. Mais la tempête Xaver, véritable ouragan va s'inviter également en déboulant sur l'Europe du nord.
C'est un roman où sont présents la géologie bien sûr mais aussi la physique, la préhistoire, l'économie, l'écologie, un roman politique. En évoquant cette terrible tempête, l'auteure souligne les immenses dangers que court notre planète et met en question le développement à outrance des plateformes pétrolières, des ressources naturelles, des parcs éoliens pour des profits financiers ne tenant nullement compte des terribles menaces environnementales. Ce qui relie les personnages de ce roman, ces scientifiques, c'est leur fascination pour ces mondes disparus ou en danger de l'être, et leur dépendance vis à vis des géants du pétrole. Mais ce qui plane d'un bout à l'autre de Doggerland, c'est vraiment la menace pour notre planète.
Ce livre m'a beaucoup appris sur ce fameux territoire qu'était le doggerland et j'ai trouvé judicieux et réaliste de faire côtoyer chercheurs géophysiciens et ingénieurs de plateformes pétrolières. Il permet également une approche de la réalité basée sur une formidable précision documentaire. Élisabeth Filhol nous offre un fascinant thriller scientifique dans lequel j'ai cependant parfois trouvé quelques longueurs

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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TerrainsVagues
  09 septembre 2019
S'il y a bien des lois que je respecte, ce sont celles de la parité et celle de l'alternance. Surtout en ce qui concerne mes lectures.
Une bouse, une perle, une bouse, une perle, une… comment dire pour définir Doggerland. Bouse serait injuste car le sujet prête à réfléchir et que l'intérêt pointe le bout de son museau au bout d'un temps certain, mais l'accouchement fut difficile et loin d'être sans douleur. Pour tout dire j'ai voulu abandonner plus d'une fois tant l'écriture d'Elisabeth Filhol m'a ennuyé, tant j'ai été largué dans ses phrases interminables. La Bretonne m'a obligé à le finir, j'ai pas une vie facile j'vous dis.
Bon y a quand même un truc qui m'a fait marrer, une sorte d'hommage à Bigard et à sa chauve souris enragée :
« Longtemps Esbjerg a été ce point particulier sur la carte qui lui tenait lieu de repère, qui avait valeur de point d'ancrage. Il bénit la Prusse, il remercie les Prussiens. Parce que, imaginons qu'ils n'aient pas gagné, que le Danemark n'ait pas été réduit ce jour-là à la portion congrue, cantonné à ses ports de la Baltique, Aarhus, Copenhague, sans rien de véritablement convaincant de l'autre coté, coté mer du nord ; imaginons qu'ils n'aient pas perdu le Schleswig-Holstein et son ouverture vers la mer, eux les Danois, ils n'auraient pas fondé Esbjerg. Leur parlement n'aurait pas voté en 1868 le creusement d'un grand port de commerce en lieu et place d'un embryon de quai et dix cabanes de pêcheurs à cet endroit. Et les champs derrière le port n'auraient pas été lotis puis des dizaines de rues tracées à angle droit, dans un périmètre d'environ deux kilomètres par trois qui délimite aujourd'hui le centre historique.»
Dans la famille « si ma tante en avait… », je veux bien Madame Filhol. Bonne pioche.
Je vais vous épargner la suite parce que j'ai cru que j'allais manquer d'air. La phrase suivante commence sept lignes avant le bas de la page 169 et se termine un peu après le milieu de la page 171. J'ai aimé « le grand bleu » mais mes capacités en apnée se sont révélées ridicules. Déjà mi page 170, j'avais commencé à prendre une teinte Schtroumpf. Faut dire aussi tout l'intérêt de ce passage.
L'idée, toujours la même. Si les Prussiens blablabla, et les danois n'auraient pas construit le restaurant parce que la ville n'aurait pas existée et que machin n'aurait donc pas pu y manger son fish and chips mais que c'est pas pour ça que les poissons s'en seraient tirés parce que rien ne dit qu'un pêcheur ne les aurait pas pêché quand même et qu'ils auraient peut être fini en poissons panés, servis avec de la purée dans un collège d'une ville construite grâce à la victoires des abeilles sur les Mayas. Bref, ça fait bien flipper tout ça.
Je pourrai citer aussi d'autres grands moments de solitude du lecteur avec des passages où il est question de valise avec la poignée en position levée, pis un peu plus loin la même poignée de la même valise ( si si la même, j'ai relu plusieurs fois pour être sur) en position baissée ou encore ce moment où avec la main droite (on ne sait pas ce qu'elle fait de la gauche à ce moment là, on reste dans le flou) elle saisie la télécommande ou encore quand elle est pieds nus sur cette belle moquette orange et grise en laine de chez Saint Maclou (je dis Saint Maclou parce que j'ai pas retenu tout le pédigrée) qui l'a faite fabriquer à partir de laine de mouton de l'élevage du mec qui fournit aussi le fabricant de gilets pour berger de la pub d'un fromage de brebis.
Oh j'allais oublier, je m'en serais voulu, probablement le plus grand moment où je me suis dit qu'elle n'allait pas faire ça madame Filhol. Mais qu'est ce qu'elle a donc fait ? Suspens suspens.
Page 186 à 188, elle nous raconte Bip Bip et le coyote. Tout est décortiqué, expliqué. Si vous n'avez pas compris un épisode du dessin animé, lisez « Doggerland », tout deviendra limpide.
Euh, l'histoire ?
Ah oui, je ne vous ai pas dit. Alors c'est l'histoire de Ted qui bosse au météo France local et qui flippe pour sa tite soeur Margaret géologue de son état qui, en compagnie de son mari Stephen (chercheur de pétrole, gaz etc) doit se rendre à Esbjerg (le truc des Prussiens, souvenez vous) pour une conférence où elle va retrouver Marc, son ex (trouveur de pétrole) perdu de vu depuis plus de vingt ans.
Pourquoi qu'y flippe Ted ? Tadadam, parce que se prépare la tempête du siècle, que dis je, du millénaire, en mer du Nord et que prendre l'avion depuis Aberdeen pour rejoindre Esbjerg (nan c'est pas en Prussie) c'est un peu être comme un crocodile qui entrerait dans une maroquinerie, vous voyez l'idée, c'est pas fin.
Deux cent cinquante pages où chaque geste est décortiqué, on se croirait sur canal plus avec le but de Neymar vu au ralenti sous 75 angles différents, deux cent cinquante pages ou le néolithique et tous les âges qui tiquent me les ont brisé menues. Une punition.
Alors pourquoi pas une bouse ?
Parce qu'en toile de fond, il y a notre planète qui se révolte. Il suffirait de peu de choses pour qu'elle expulse les locataires de passage que nous sommes. Séismes sous marins, tsunamis, quelques secondes et la terre retrouve la paix.
Les cent dernières pages changent un peu de ton. Les retrouvailles des ex avec les explications, les regrets, les espoirs. On est pas chez Harlequin même si on se doute de ce qui va se passer (non ils ne couchent pas, m'enfin) mais ça fait presque du bien de sortir du mode descriptif à outrance.
Vous l'aurez peut être compris, j'ai apprécié moyen moins quand même.
Je ne suis pas un littéraire et certaines subtilités m'échappent peut être mais mettre des mots pour faire du volume, y a un moment où ça ce voit.
Pas sur de me pencher sur l'oeuvre littéraire de madame Filhol, ni de lui envoyer mon CV pour un poste d'attaché de presse, je suis pas sur que j'aurais mes chances.
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michfred
  17 juin 2019
Emportée par ta houle
Qui me roule
Et m'enroule
Qui me saoule ,
Ô mer du Nord, 
Nous ne formons qu'un seul corps...
Un tourbillon, un maelstrom, un tsunami!
Portée par un phrasé hypnotique, un style périodique à la fois savant et lyrique - la poésie, c'est une évidence, est une jeune soeur des grandes sciences du vent, de la terre et de la mer!- je viens de franchir en apnée les 60emes Nord , pas rugissants mais grondants et fondants, hissée  de vague en vague, ballottée d'appréhension en angoisse, d'avis de  tempête du siècle en cataclysme du millénaire annoncé - une petite apocalypse revigorante qui risque de remodeler le vivant tous les 8000 ans..-   sans avoir le temps de dire ouf!
 
J'en suis sortie plus savante- la climatologie et la géologie n'ayant jamais été mes tasses de thé,  j'ai été stupéfaite de constater que je pouvais m'y immerger avec délices, et même y sombrer jusqu'aux petites heures du matin sans le moindre ennui, le plus léger bâillement -, et aussi, étonnamment apaisée : en ces heures de crise climatique aiguë et de prophéties  catastrophiques, les congrès scientifiques ont une façon à eux de remettre à l'échelle   nos angoisses d'humains  nombriliques : qu'est-ce ce qu'une apocalypse planétaire ou semi-planétaire,  au regard de la vitalité de la matière ?
Je n'ai pas regretté ce voyage en Doggerland...
Sur fond de tempête Xaver et de grande -marée -avec -risque -de- submersion, trois scientifiques , Margaret Ross, anglaise, son mari, Stephen, écossais, et Marc Berthelot,un français, premier amour de l'une  en même temps que  meilleur ami de l'autre, se retrouvent - après une vingtaine d'années en ce qui concerne Marc et Margaret- , pour un congrès, en Norvège, au bord de la mer du Nord déchaînée. 
Stephen est spécialiste en énergies renouvelables et rêve d'implanter des parcs éoliens plus nombreux en mer du Nord, où le vent est si généreux. Alors quand l'outre d'Éole semble s'être tout à coup ouverte, il accourt.. .
Margaret, elle, en géologue-paléologue, se passionne depuis toujours pour le Doggerland,  cet ancien territoire immergé depuis plus de 8000 ans qui reliait à pied sec l'Angleterre au continent européen, marqué encore par la présence humaine, végétale et animale, et que seules de grandes marées, au moment du reflux, laissent alors à découvert, mettant au jour des coupes de forêts, noircies et polies comme du bronze, appelées "bois de Noé".
Un morceau de la terre  d'avant le Déluge. 
Une espèce d'Atlantide pour scientifiques.
Cette science d'un passé sous-marin, mystérieux, porteur, qui sait, d'une mémoire utile aux temps à venir, fascine Margaret, et son objet d'etude, le fameux Doggerland,  lui ressemble: à  la fois clos, replié,  silencieux mais aussi  ouvert,  réceptif, sensible, plein de sagesse et de lucidité.
Quant à Marc, arpenteur des mers, il est chercheur d'or noir pour les grandes firmes pétrolières qui s'arrachent son éternelle bougeotte, sa soif d'aventures, et surtout son flair de prédateur qui le précipite,  de plateforme en plateforme, assoiffé d'argent trop vite dépensé et d'émotions fortes,  là où se cachent  les dernières ressources de la turbulente mer du Nord. 
Pour mieux se fuir lui-même? Pour ne pas sentir s'élargir les failles, s'ouvrir les abysses qui le taraudent comme lames et vents tourmentent le palais des Congrès de ses retrouvailles avec la secrète Margaret qu'il a aimée et quittée, pourtant, si brutalement?
 Sous la baguette inspirée d'Elisabeth Filhol, tout, lentement , se met en place. Météores,  personnages, temps et lieux.
Musique symphonique,  orchestrée avec majesté,  ménageant motifs et reprises, montant en tension et en puissance, comme l'ouragan lui-même .
On est dans une attente, une vibration, une émotion qui nous hisse et nous dépasse. On se laisse emporter, à notre tour, comme fétus de paille, au-devant de cette tempête, de  cette rencontre, dans l'expectative d'un affleurement du passé dans une secousse du présent qui n'aura pas d'équivalent.
C'est là toute la force de cet étonnant roman, profondément original, différent, magistralement mené, qui  aurait bien mérité le prix du Livre Inter et qui pourtant ne l'a pas eu.
La fin, magnifique et inattendue, est le digne couronnement de cette attente sismique.
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Afleurdelivres
  25 février 2019
DOGGERLAND...Énigmatique et troublant Doggerland. Cet étrange continent situé dans la mer du Nord, submergé il y a près de 8000 ans et qui reliait la Grande-Bretagne au reste de l'Europe, intrigue, oui, depuis sa découverte récente. Il fascine notamment Margaret Ross , l'héroïne, qui l'étudie. Cette géologue passionnée, spécialisée en archéologie préhistorique, n'a cependant pas encore décrypté tous les mystères de ce réservoir à études et à fantasmes.
Le livre captive d'emblée car il s'ouvre sur la description magistrale de la naissance de la tempête Xaver cette « bombe météorologique » qui a balayé l' Europe du Nord en 2013, que l'on peut comparer, à une naissance surmédicalisée, avec autant de capteurs, balises, transmissions satellites, bulletins d'alertes... cet effrayant système dépressionnaire grandit à une vitesse fulgurante accompagnant les protagonistes tout au long du roman, quadrillant et modifiant à la fois les territoires concernés et les comportements humains.
A une riche réflexion sur l'impact environnemental des modifications météorologiques, des avancées techniques et technologiques, s'ajoute, en synergie, l'histoire de Margaret et de ses probables retrouvailles avec un homme qui a compté, Marc Berthelot, désormais ingénieur pétrolier, perdu de vue depuis plus de 20 ans. Parti sur un coup de tête pour travailler sur des plateformes pétrolières.
Entre eux une distance aussi insaisissable que le Doggerland s'est installée, trop de divergences les séparent (tempéraments, choix de vie...) . Elle, mariée, mère d'un enfant, calme, discrète, lui, célibataire, sanguin, instable. Et pourtant...
Ce roman est également un brillant questionnement sur les enjeux écologiques et économiques liés à l'industrie pétrolière et aux dégâts des forages sous-marins.
L'écriture d'Elisabeth Filhol est dense et analytique. Les phrases sont longues, consistantes, le lexique expert, la syntaxe d'une rare maîtrise, les descriptions météorologiques et géologiques sont absolument bluffantes et elle écrit avec tellement de virtuosité que son roman malgré sa technicité dégage une puissance poétique.
Et puis…cet épilogue, si à part, si beau... Un super roman.
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hcdahlem
  24 avril 2019
Élisabeth Filhol s'intéresse aux hydrocarbures. Elle nous entraîne en mer du Nord, sur les pas de Marc et Margaret, où des milliers d'années ont façonné un univers aujourd'hui exploité et menacé.
C'est une histoire qui court sur des milliers d'années, celles qui ont formé et déformé la terre. Celles qui ont créé le Doggerland et celles qui l'ont fait disparaître. Doggerland, le titre choisi par Élisabeth Filhol pour ce roman, est le nom donné à l'étendue émergée qui se situait jusqu'aux environs de 6200 av. J.-C. dans la moitié sud de l'actuelle mer du Nord et qui reliait la Grande-Bretagne au reste de l'Europe. Au fil des pages, nous allons tout savoir de sa genèse, des mouvements tectoniques qui l'ont bousculé, des couches de sédiments qui se sont amassés, des vagues qui l'ont submergé et des hommes qui l'étudient.
C'est une autre histoire qui commence alors. L'histoire de Margaret et de Marc. Ils se croisent en 1987 sur les bancs de l'université de St Andrews. Elle est écossaise, il est français. Tous deux se passionnent pour la recherche scientifique, même si leurs parcours vont finalement leur faire embrasser des carrières très différentes et les éloigner l'un de l'autre. Elle n'en a pas fini avec la recherche pure, avec tous les secrets que les quantités d'informations rassemblées permettent de mettre à jour. Elle mène une vie rangée avec son mari et son fils. Lui met son savoir au service des sociétés pétrolières, passant d'une plate-forme de forage à l'autre. Il est célibataire, ambitieux et ne tient pas en place.
Près de vingt ans après leur liaison, ils s'apprêtent à se retrouver à l'occasion d'un congrès. Mais la tempête Xaver, qui balaie le continent, menace de contrarier ces retrouvailles.
On l'aura compris, Élisabeth Filhol va s'ingénier à mettre les deux récits en parallèle. Ou plutôt de faire de l'un une métaphore de l'autre. Les sédiments et les sentiments, la tempête et le tempérament. le rythme du récit s'adapte aussi, avec de longues phrases qui, comme le mouvement des vagues, déroulent leurs rouleaux avant d'atteindre la rive. Il suffit de se laisser emporter… à condition de s'intéresser à la géologie, à l'environnement, à l'industrie pétrolière.
Les caprices du coeur vont-ils se mettre au diapason des caprices de la météo? L'eau et le feu ne se marient pas, à moins de provoquer une réaction en chaîne très déstabilisante. À force d'être exploitée, la nature ne va-t-elle pas se venger? Autant de questions en filigrane d'un roman qui fouille autant cette terre enfouie que le trouble amoureux.

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critiques presse (4)
Bibliobs   20 février 2019
Dans ce livre aux strates multiples, Elisabeth Filhol compose une écofiction ultradocumentée, d'une précision technique et scientifique époustouflante – les pages sur les recherches archéologiques sont limpides – sans jamais sacrifier le romanesque.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaLibreBelgique   05 février 2019
Superbe roman écologique d’Elisabeth Filhol. Sur le Doggerland, ce continent submergé et fragile que reviennent étudier l’amour et la technologie.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LaCroix   18 janvier 2019
Le livre s’avance comme une méditation sur la puissance de la nature, et sur celle des inclinations de l’humain, vocations ou affections. Elle est aussi une lecture fascinante en temps d’inquiétudes liées à l’évolution du climat.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   14 janvier 2019
C’est le grand art d’Elisabeth Filhol, dans ce roman, de réussir à accompagner ses personnages dans leurs gouffres intérieurs, tout en préservant la possibilité d’un salut par le grandiose.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   24 avril 2019
Au siège du Met Office à Exeter, Ted Hamilton circule dans les allées du vaste open space, commente, s’interrompt, reprend sa marche, observe les visages derrière leur poste de travail plus exaltés qu’inquiets, juge la réaction préférable. Lui-même vient de rejoindre ses équipes et s’apprête à y passer la nuit. Il tient cette mise sous tension pour nécessaire, quand elle n’est pas nervosité stérile, voire débordement par le stress dans le pire des cas, mais bien un état de veille et d’acuité, d’éveil durablement productif, aux dimensions du phénomène. Ses agents sont formés, calibrés pour ça. Comme le sont les officiers, les chirurgiens ou les pilotes de ligne, entraînés à gérer l’exceptionnel qui n’est pas à proprement parler leur cœur de métier, mais une barre d’exigence sur la question des compétences requises, c’est ainsi que Ted Hamilton voit les choses, en Écossais aguerri, exilé ici, dans le comté du Devon, depuis qu’un ultime coup de pouce à sa carrière l’a éloigné du centre de prévisions d’Aberdeen qu’il dirigeait depuis sept ans ; il considère que la routine des trois bulletins quotidiens qui rythment la journée de travail en temps ordinaire ne doit pas masquer l’essentiel, la mission qui est la leur, faire face aux situations d’urgence, savoir mobiliser ces fonctions que la routine endort et gérer l’imprévu. Ce soir-là, l’imprévu a le visage de Xaver, qui même aux yeux de Ted Hamilton est une redondance dans l’extraordinaire, la dérive vers le hors norme d’une situation qui l’est déjà, une anomalie climatique partie pour les occuper à temps plein pendant au moins cinq jours, de son arrivée sur la côte ouest du pays cette nuit, jusqu’à son comblement au-dessus de l’Europe centrale, dimanche ou lundi.
La ville d’Exeter a été choisie pour abriter le siège du Met Office en 2003. Quand on ouvre une carte du sud de l’Angleterre, on la repère au fond d’un estuaire, environ soixante kilomètres au nord-est de Plymouth. L’estuaire est celui de l’Exe qui se jette dans la baie de Lyme à Exmouth, une petite station balnéaire où Ted Hamilton loue une maison. On peut imaginer ce que représente pour lui une migration professionnelle d’Aberdeen à Exeter, qui est à peu près l’équivalent d’une mutation Lille Marseille. Conscient que son ancrage, toutes ses racines et ses attaches sont en Écosse, il n’a pas jugé bon qu’on le suive.
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hcdahlemhcdahlem   24 avril 2019
INCIPIT
Il y a huit mille ans, une grande île s’étendait au milieu de la mer du Nord, le Doggerland. Margaret en a fait son objet d’étude. Marc aurait pu la suivre sur cette voie, mais c’est le pétrole qu’il a choisi. Il a quitté le département de géologie de St Andrews, pour une vie d’aventure sur les plateformes offshore. Vingt ans plus tard, une occasion se présente. Ils pourraient la saisir, faire le choix de se revoir. On dit que l’histoire ne se répète pas. Mais les géologues le savent, sur des temps très longs, des forces agissent à distance, capables de réveiller d’anciens volcans, de rouvrir de vieilles failles, ou de les refermer.

Margaret
Ils l’ont vue naître, émerger du néant en mer d’Islande. Ils ont assisté subjugués à son éclosion, nichée au creux de son lit dépressionnaire, engendrée par un air humide subtropical égaré aux frontières de l’océan Arctique. Et maintenant elle explose, une bombe. Comme dans un film en avance rapide, il n’y avait rien, et elle est là. Plus proche de Xavère que de Xavier dans sa prononciation, avant d’être une catastrophe, Xaver est un bel objet. Justifiant, à l’initiative des météorologues européens, cette distinction d’un nom de baptême. Suffisamment soudaine, imprévisible et spectaculaire pour ça.
Ils l’ont vue surgir au sud-est du Groenland, s’extraire de sa gangue en un temps record, au nez et à la barbe des modèles numériques de prévision dépassés par la rapidité et l’ampleur du phénomène. Ils l’ont vue se lover, s’enrouler dans un mouvement ascendant de convection et accroître son diamètre en accéléré dopée par une chute vertigineuse des pressions à cet endroit ; il n’y avait rien et brutalement elle est là, d’entrée pleinement elle-même et hors norme, à peine au monde et déjà active, en possession de tous ses moyens, la voilà qui s’anime au-dessus de l’Atlantique Nord et crève l’écran, qui s’observe de but en blanc dans une forme aboutie telle Athéna sortie casquée et bottée du crâne de son père ; elle grossit, croît et se développe à une vitesse exponentielle, entame sa course d’ouest en est, s’élargit au fil des heures, en lignes isobares toujours plus nombreuses et serrées, et eux assis derrière leurs écrans traitent, analysent, évaluant à sa juste mesure l’accumulation extraordinaire de paramètres favorables qu’il a fallu, et se préparent au pire.
À ce stade aucun avis officiel n’a été diffusé. Mais déjà les fonctionnaires des agences de météorologie, ceux du Met Office, du Deutscher Wetterdienst, de Météo-France ou du Meteorologisk Institutt, sont sur le pied de guerre. Car ce que les modèles des supercalculateurs alimentés en temps réel prédisent à présent qu’on n’a plus besoin d’eux pour l’anticiper, que l’ampleur de la situation s’évalue de visu, est sans équivalent pour beaucoup de prévisionnistes, on n’avait pas observé un tel phénomène depuis vingt ou trente ans. Les yeux rivés sur les images satellites, ils n’en reviennent pas de ce qui est en cours, de ce qui se déroule à l’écart des projections à trois jours, pour les plus jeunes d’entre eux, du jamais vu. Elle grandit et se déploie telle une puissance mythologique, mi-concrète mi-abstraite, par capteurs, balises, transmissions satellites et simulateurs interposés, ni tout à fait réelle dans ce temps intercalaire où elle souffle sur les eaux de l’Atlantique sans aucun témoin, ni tout à fait théorique. Ils l’admirent pour ce qu’elle est, exceptionnelle dans ses paramètres, par leur conjonction comme un alignement de planètes dont on n’est spectateur qu’une à deux fois dans sa vie, émerveillés par sa rapidité d’évolution et son potentiel de croissance, tandis que les données défilent, réactualisées en permanence, et ce n’est qu’un début. Ils anticipent la deuxième phase, à l’approche du jet-stream, un courant de haute altitude lancé à 320 km/h autour de la Terre en vitesse de croisière ; parmi tous les scénarios qui font consensus dans une gamme étroite de variantes d’un service à l’autre, c’est la version haute qui sortira au tirage dans moins d’une heure, la plus impressionnante par un transfert maximum d’énergie au passage du courant-jet au-dessus de Xaver, renforçant la convection, décuplant sa vitesse de rotation, transformant instantanément la dépression en bombe météorologique ; partout dans les agences à travers l’Europe du Nord et de l’Ouest, ingénieurs et techniciens sont mobilisés, en collaboration étroite entre eux, en contact direct avec les autorités et les centres de gestion de crise, car ce qui se prépare est énorme, ils le savent, donnera à la tempête sa vraie dimension et sa catégorie, à partir de quoi, seront lancés conjointement et dans toutes les langues, les bulletins d’alerte.
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fbalestasfbalestas   28 octobre 2019
Ce qui reste du Doggerland, le Dogger Bank, gît par quinze à trente mètres de fond, à cheval sur le 54ème parallèle. Certains y voient une aire poissonneuse, d’autres une élévation de plancher marin propice à l’ancrage des infrastructures offshore, c’est une sorte de gué au milieu de la mer du Nord qui rend envisageable ce qui ne le serait pas ailleurs, et en même temps, tous les témoignages convergent, jusque dans les récits des capitaines de vaisseaux du temps de la marine à voile, c’est une zone dont les marins se méfient, un des hauts-fonds les plus dangereux les jours de tempête, d’autant plus difficile à contourner que son étendue est vaste, aux dimension de ce que fût l’île à ses derniers instants, avant qu’elle ne soit définitivement rayée de la carte. Sur la manière dont elle a été engloutie, les avis divergent. Mais une chose est sûre, elle offrait une terre accueillante, davantage que d’autres en Europe du Nord, et des hommes ont vécu là plusieurs millénaires d’affilée.
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Charybde2Charybde2   08 janvier 2019
On la prenait de haut jusque-là. Elle ne faisait pas rêver. Elle n’était pas, la mer du Nord, cette poule aux œufs d’or qu’elle est devenue depuis, une manne financière tombée du ciel qui justifie qu’on fasse abstraction du reste, de sa mauvaise réputation, vite rattrapée à l’épreuve des faits, le froid, la pluie, les coups de vent à répétition. Et même si la manne devait un jour se tarir, son image a changé. À son tour, comme ses maîtres avant lui, Marc Berthelot tente de communiquer aux jeunes qu’ils côtoient la passion de la prospection, des méthodes d’exploration et d’exploitation toujours plus pointues. Il n’y a rien de plus humain que cette passion-là. À la croisée de toutes les compétences de notre cerveau, analytiques, déductives, prédictives, jusqu’à l’intuition qui n’est pas pour rien dans bon nombre de découvertes, qui n’est que l’autre nom d’une impossible synthèse des connaissances à faire de manière consciente et qui émerge alors sous une forme ramassée, fulgurante, dans un télescopage qui élude les étapes du raisonnement pour ne garder que l’essentiel, la conclusion définitive, qui s’impose d’abord à l’état brut, sans la rigueur attendue, et devra ensuite être validée par l’expérience. Marc Berthelot a confiance dans son intuition. Elle l’a guidé dans son travail d’ingénieur. Elle le guide aujourd’hui dans ses nouvelles fonctions chaque fois qu’il doit s’extraire de la routine et prendre du recul. Or ce qu’il sent, ce qu’il pressent, c’est que la pression monte en mer du Nord. Que des tensions en sous-sol sont à l’œuvre, que de vieilles blessures, enfouies sous des millions d’années de sédiments et mal cicatrisées, sont en train d’être rouvertes. Dans le travail de sous-traitance pour les compagnies pétrolières ou l’éolien offshore, au gré des missions de Margeos à travers la mer du Nord, il entend ce qui ne sera pas restitué dans les rapports, une rumeur, un bruit sous-jacent au silence officiel sur la sismicité de la zone.
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CancieCancie   12 novembre 2019
Chocs et contrechocs, flambée et chute des prix, mouvements erratiques, en dents de scie, montagnes russes, suivis de près par les industriels, scrutés à la loupe par les spéculateurs, les cours du pétrole sont une mesure parmi d'autres de l'humeur mouvante, instable, du capitalisme mondial à l'instant t.
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Élisabeth Filhol Doggerland éditions P.O.L: où Élisabeth Filhol tente de quoi et comment est composé son troisième roman: "Doggerland" et où il est question notamment de territoire et de personnages, du Doggerland et de recherche pétrolière, de science et de fiction, de météorologie et de géologie, de tempête et de tourments, de cours de pétrole et de sentiments, d'anthropolie et de mer du nord, à l'occasion de la parution de "Doggerland" aux éditions P.O.L à Paris le 6 décembre 2018 "Il y a huit mille ans, une grande île s?étendait au milieu de la mer du Nord, le Doggerland. Margaret en a fait son objet d?étude. Marc aurait pu la suivre sur cette voie, mais c?est le pétrole qu?il a choisi. Il a quitté le département de géologie de St Andrews, pour une vie d?aventure sur les plateformes offshore. Vingt ans plus tard, une occasion se présente. Ils pourraient la saisir, faire le choix de se revoir. On dit que l?histoire ne se répète pas. Mais les géologues le savent, sur des temps très longs, des forces agissent à distance, capables de réveiller d?anciens volcans, de rouvrir de vieilles failles, ou de les refermer."
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