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EAN : 9791094680162
112 pages
Éditeur : Le Serpent à plumes (20/08/2015)
3.4/5   99 notes
Résumé :
J'aimerais que vous la connaissiez, la fille au ventre rond.
Celle qui élèvera seule ses enfants. Qui criera après son copain qui l'aura trompée. Qui pleurera seule dans son salon, qui changera des couches toute sa vie. Qui cherchera à travailler à l'âge de trente ans, qui finira son secondaire à trente-cinq, qui commencera à vivre trop tard, qui mourra trop tôt, complètement épuisée et insatisfaite. Bien sûr que j'ai menti, que j'ai mis un voile blanc sur ce... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
3,4

sur 99 notes

Phil56
  16 octobre 2019
Profondément séduit lors du récent FIFF (Festival International du Film Francophone de Namur) par la vision du film Kuessipan, libre adaptation de l'oeuvre littéraire éponyme, de la réalisatrice québecoise Myriam Verreault en collaboration avec l'auteure Naomi Fontaine, je me devais donc d'aller à la rencontre de ce petit ouvrage (un peu plus de cent pages) à mes yeux fort prometteur.
Le FILM nous invitant à suivre le parcours de l'enfance à l'adolescence de deux jeunes filles Innues (peuple autochtone de la Côte-Nord du Québec) à la relation très fusionnelle, est une vraie réussite cinématographique tout en nuance et sensibilité, évitant habilement angélisme et manichéisme, sublimé par le jeu particulièrement convaincant d'acteurs et actrices majoritairement non professionnels.
Le LIVRE, récit plutôt que roman, fait d'une succession de chapitres de une, deux ou trois pages maximum (au plaisir de lecture à géométrie variable) nous convie à une immersion dans le quotidien d'une réserve amérindienne.
Pour y parvenir le procédé littéraire utilisé est pour le moins inhabituel consistant, sans cohérence apparente, en la confection d'une "lasagne" d'observations brutes, d'instantanés d'existence, de tranches de vie, de ressentis ou réflexions.
L'exercice est déroutant mais, pour peu qu'il accepte de se laisser emporter par ce torrent de (très) courtes phrases précises, sans fioritures ni effets de style stériles, le lecteur tombera immanquablement sous le charme d'une écriture épurée mais inspirée et poétique distillant l'empathie, le respect et la dignité.
Ceci dit, vous l'aurez aisément deviné, le livre m'a cependant moins emporté que le film dont j'espère qu'il trouvera distributeur dans vos pays respectifs.
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adtraviata
  26 août 2017
Naomi Fontaine, 24 ans, auteure innue et québecoise a quitté la réserve d'Uashat à l'âge de sept ans pour aller vivre à Québec.
Dans ce livre, qualifié de « premier roman », elle raconte la vie dans la réserve, les gens qui y habitent, qui tentent d'y vivre, d'y survivre souvent, entre la forêt d'un côté et la baie de l'autre, les filles abandonnées par leurs copains, obligées d'élever beaucoup d'enfants avant de penser un peu à elles et de faire des études, les jeunes parfois tentés de s'abandonner dans l'oubli de la drogue, les hommes qui boivent beaucoup trop parfois. Mais il y a aussi un appel de la nature, la chasse, la pêche, il y a les visages ridés des vieux Indiens, les histoires qu'ils racontent, il y a le cimetière où la mémoire de la réserve est gravée dans des pierres dispersées, il y a le bruit du vent et des vagues…
Ce n'est pas un roman à proprement parler, avec un début et une fin, des péripéties identifiables. C'est plutôt un voyage dans la réserve, presque intérieur car le territoire n'est pas très étendu et tout le monde se connaît. C'est un regard sans complaisance sur la misère matérielle et morale, l'oubli , sur les barrières entre les indiens et les blancs, ces barrières qui se franchissent ou s'arrachent si facilement dans la réserve… Mais c'est surtout un hommage à cette culture indienne, innue, un désir de transmettre, de s'appuyer sur le passé pour aller vers demain sans trop de crainte.
C'est aussi une très belle écriture, marquée de simplicité et de lucidité. L'auteur adopte tantôt un regard très extérieur, en parlant à la troisième personne, tantôt un ton plus personnel, elle ne craint pas d'impliquer, de remuer en s'adressant directement à son lecteur.
Naomi Fontaine est une personnalité à découvrir et à suivre !
Lien : http://desmotsetdesnotes.wor..
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nath45
  24 septembre 2018
Un court ouvrage d'une immense intensité. de par son histoire, celle de son peuple de la réserve Innue d'Uashat, dont l'alcool, la drogue font des ravages parmi les hommes mais aussi la fierté des femmes, des anciens, et d'autre part, sa construction, une succession de textes plus ou moins longs, où l'auteur va à l'essentiel, donne par brides, suggère et laisse une place aux lecteurs. Une écriture épurée, les sentiments, les émotions sont portés par cette poésie en prose.
Un texte fort, magnifique qui va droit au coeur dont j'ai apprécié cette relecture.
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QueLire
  10 septembre 2015
« Kuessipan », un court récit sur la vie quotidienne dans la réserve innue de Uashat. Mais, au-delà de l'histoire de ces vies aux jours qui s'enchaînent et se ressemblent, de ces femmes aux rêves similaires, de ces hommes aux destins tout tracés, « Kuessipan » est un livre qui s'écoute plus qu'il ne se lit.
Quand Naomi Fontaine décrit la vie de ses semblables, c'est en employant des mots simples formant de petites phrases. Pureté des mots, puretés des sons pour une description limpide d'une idéologie de vie naturelle, mais sans perspective.
Les femmes ayant toutes le même but, devenir mère, souhait indéfectible depuis leur enfance, fait qui les ancre dans la vie de la communauté.
Les hommes, passant de petits garçons tant désirés à maris trop tôt disparus.
L'herbe, non pas celle qui se foule, mais celle qui se roule, qui s'aspire et dont la fumée embrume l'air et l'esprit.
L'alcool qui réchauffe et les hommes une fois imbibés s'écroulent et oublient jusqu'au lendemain que pour eux, il n'y en a pas ou si peux, de lendemains.
Les jeunes remplis de certitudes, bien avant d'avoir vécu, et qui s'évertuent à penser qu'ils n'ont pas d'avenir, que la vie en réserve n'est qu'un leurre, kyrielle de traditions auxquelles ils ne croient plus, mais nombre de coutumes dont ils ne peuvent se détacher. Et cette rancoeur presque haineuse du monde moderne, du français cette langue nécessaire, mais si éloignée de la leur.
« Kuessipan », c'est un texte magnifique dont la mélodie si agréable à l'oreille pèse lourd sur le coeur.
Naomi Fontaine signe ici un premier roman dont la beauté hypnotise le lecteur qui, dans un état second, vit plus le roman qu'il ne le lit.
Pour les amateurs de beaux textes et de phrases simples qui en disent beaucoup...
Merci aux éditions le Serpent à Plumes pour cette découverte.

Lien : http://que-lire.over-blog.co..
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DOMS
  15 septembre 2015
Que ce livre est étrange. Il ne ressemble pas tout à fait à un roman, dans le sens où il ne raconte pas une seule histoire, et pourtant il est comme une succession de poèmes qui viendraient nous parler de la vie. L'auteur évoque en quelques mots, quelques lignes, la vie de ces femmes ou ces hommes, ces enfants, ces jeunes et ces vieux de sa tribu indienne. Naomi Fontaine, jeune femme innue, est originaire de la communauté de Uashat parquée dans une réserve tout au nord-est du Québec, près de Tadoussac, dans ces paysages qui malgré leur modernité gardent le côté sauvage des terres du nord, celles des tribus nomades d'autrefois.
Il y a à la fois une grande simplicité et beaucoup de poésie dans ces lignes. En quelques mots, un paragraphe parfois, l'auteur fait passer des instants de vie, de réussite, de tristesse, de déchirure, le mari mort dans un accident de voiture, la jeune fille de 15 ans enceinte et heureuse de porter son enfant, le vieux qui bientôt ne sera plus mais qui transmet encore aux plus jeunes son savoir, la grand-mère qui tient encore sa tribu à plus de cent ans, et ce jeune homme détruit par la drogue et mort bien trop tôt. Drogue, alcool, ennui, tout ce qui détruit la vie et l'honneur des hommes est également abordé. Car comment se réaliser, devenir un homme quand on vit dans ces réserves qui annihilent votre volonté et votre existence.
Il y a tout un monde dans ce court roman, j'ai vraiment aimé, il va droit au coeur et on imagine tout à fait les paysages, les odeurs, les parfums qui changent avec les saisons, la glace sur le lac, le renouveau des prairies, les animaux, les plantes, tout y est en si peu de mots. J'ai le sentiment de l'avoir lu presque trop vite, il a un goût d'ailleurs, d'enfance et de vie.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
QueLireQueLire   09 septembre 2015
Il parait que les hommes partaient à la chasse autrefois, des semaines durant, qu'ils revenaient vers leur femme avec de la viande pour des mois. Il paraît qu'une bonne pêche invitait à un festin tous les soirs de juin à septembre.
L'homme, même absent durant de longues périodes, était maître de sa maison ou de sa tente. Il paraît que ces hommes savouraient chaque retour avec la conviction du travail accompli, avec l'ardeur et la rigueur qu'apporte ce sentiment masculin de fierté d'être non seulement pourvoyeur, mais aimant envers sa famille.
Personne ne lui a dit comment aujourd'hui il pouvait être comme ceux-là.
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brigetounbrigetoun   06 novembre 2010
celui qui a migré vers la nouvelle réserve lorsque d’autres refusaient ; celui qui fumait ; celle qui était là à mon gala, à ma graduation, aux premiers jours de mon enfant; celle qui a vécu le vingtième siècle sans jamais parler un seul mot français, mais qui dans notre langue avait toujours trouvé le mot juste pour nommer telle modernité ou telle menace à sa liberté ; celui qui a vu naître tous ses enfants sous les tentes; celui qui n’a jamais vendu sa terre ; ceux qui autrefois ont arpenté le pays, d’un océan à l’autre pour ne jamais rester au même endroit et ceux que nous sommes devenus.
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adtraviataadtraviata   26 août 2017
La vieille cabane se trouve à 254 milles au nord de Sept-Iles. L’endroit est désert, gardé par d’immenses épinettes. La neige recouvre le lac et le ciel obscur se laisse percer par d’innombrables tisons lactés. Tout résiste dans l’immédiateté. Tout s’oppose au sens commun. Tout repose, les âmes anciennes et les familles en vacances. (p. 94)
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AproposdelivresAproposdelivres   16 février 2020
J’ai inventé des vies. L’homme au tambour ne m’a jamais parlé de lui. J’ai tissé d’après ses mains usées, d’après son dos courbé. Il marmonnait une langue vieille, éloignée. J’ai prétendu tout connaître de lui. L’homme que j’ai inventé, je l’aimais. Et ces autres vies, je les ai embellies. Je voulais voir la beauté, je voulais la faire. Dénaturer les choses – je ne veux pas nommer ces choses – pour n’en voir que le tison qui brûle encore dans le cœur des premiers habitants. La fierté est un symbole, la douleur est le prix que je ne veux pas payer. Et pourtant, j’ai inventé. J’ai créé un monde faux. Une réserve reconstruite où les enfants jouent dehors, où les mères font des enfants pour les aimer, où on fait survivre la langue. J’aurais aimé que les choses soient plus faciles à dire, à conter, à mettre en page, sans rien espérer, juste être comprise. Mais qui veut lire des mots comme drogue, inceste, alcool, solitude, suicide, chèque en bois, viol ? J’ai mal et je n’ai encore rien dit. Je n’ai parlé de personne. Je n’ose pas.
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YvPolYvPol   23 septembre 2015
Pourquoi. La nuit, elle dort d'un sommeil lourd qui lui enfouit le front jusque dans les dunes de son oreiller. Son visage tremble dans la noirceur de sa chambre close. Elle se raidit dès que quelqu'un hausse la voix. La peur la pourchasse dans ses cauchemars de mère. Elle pleure et personne ne la console. Elle oublie. Elle rit.

Je voudrais lui dire que je sais. Pourquoi je me tais.

Le silence. Je voudrais écrire le silence. (p.15)
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