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EAN : 9782070372577
448 pages
Éditeur : Gallimard (03/02/1981)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 141 notes)
Résumé :
Dans toute l'Amérique centrale, et aussi dans les Andes, les hommes se maintiennent en vie en se nourrissant de substances hallucinogènes.
On les appelle les " mangeurs d'étoiles ". Il y a plusieurs siècles, deux moines franciscains, Motolinia et Sahagun, décrivaient déjà cette pratique dans leur histoire des Aztèques. Au milieu des volcans d'essence infernale, dans une Amérique latine en plaine mutation, ce roman picaresque et poétique peint une humanité qui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Levant
  30 juillet 2015
"Dans les vallées, les paysans mâchent des feuilles de mastala depuis des siècles. On les appelle les "mangeurs d'étoiles" en dialecte cujon. Cela leur procure beaucoup de bonheur et de bien-être, cela compense leur sous-alimentation, et on ne peut pas leur ôter ça, sans rien leur donner d'autre à la place. "
Voilà un ouvrage qui ne dément pas le formidable talent d'écriture de Romain Gary. Il se livre là à une dénonciation de la grande Comédie humaine chère à Honoré de Balzac, poussée ici dans les retranchements de la déraison.
C'est un ouvrage construit en deux parties d'inégales longueurs et intensités. Une première partie titrée "La nouvelle frontière" qui nous fait osciller autour de valeurs et leur contraire. Comme une frontière mouvante entre les cultures, les religions, que l'histoire d'un pays d'Amérique latine - qui ne dit pas son nom mais dont on apprend qu'il a été colonisé par les Espagnols - a fait s'entremêler dans la contrainte, pour parvenir au 20ème siècle à cette émulsion instable, laquelle profite de la moindre saute d'humeur pour redissocier les densités inégales.
Dans son exploration de la nature humaine, toutes les oppositions sont à la fête sous la plume de Romain Gary. La folie et la raison, la vérité et le mensonge, le bien et le mal, le beau et le laid, la grandeur et la bassesse, le talent et la médiocrité, la trahison et la loyauté, pour finir dans un exercice de funambule ivre au-dessus du gouffre du désespoir. le désespoir d'un indien, José Almayo, devenu président de son pays et qui, dans sa revanche sur l'histoire de son peuple, se brûlera les ailes au mirage d'un pouvoir illusoire. Car il faut "bien autre chose que "l'indépendance" pour tirer les "primitifs" des pattes des colonisateurs."
Il ne parviendra jamais à faire rêver, ses congénères encore moins que les autres. En mythe expiatoire, il se fascinera alors pour les artistes, les illusionnistes en particulier. Ceux qui savent hypnotiser leur auditoire et quitter la scène en triomphant de la grandeur du mystère qu'ils ont répandu sur lui, y compris sur les plus incrédules. Quand lui, petit indien d'un village reculé auquel personne ne croyait, devenu maître du pays, devrait se contenter du mystère de la mort.
"Jack" est le titre de la deuxième partie. C'est aussi le nom de ce maître de l'illusion que José Almayo poursuit de sa convoitise. Dans sa course folle et désespérée, imaginant tous les stratagèmes pour gagner les puissants à sa cause - même celui de tuer sa mère pour se conférer un statut de victime - il veut capter le pouvoir de ce saltimbanque. Il veut s'approprier sa force. Car "Il savait qu'il y avait une chose que les indiens ne pardonnaient jamais, et c'était la faiblesse." de faiblesse, il n'aura donc jamais avec quiconque. Pas même pour lui.
Cependant, même avec ses blessures d'orgueil de dictateur déchu, il conserve à nos yeux un fond de sympathie. Car on sait que sa rancoeur vient du fond des âges, transmise dans le sang, de génération en génération, depuis que des êtres casqués venus à bord de galions ont fait main basse sur leur richesse, au premier rang desquelles leur fierté de peuple libre.
Point d'intrigue sulfureuse dans cette fiction. Romain Gary sait que la complexité de la nature humaine se suffit à elle-même pour entretenir l'intérêt du lecteur. Il a raison.
Quant à moi, je ne suis plus un lecteur crédible lorsqu'il s'agit de Romain Gary. J'ai perdu toute objectivité pour la critique. Je suis acquis à la cause de cette sagesse subtile qui a fait sienne la souffrance de l'humanité. J'achète ses ouvrages les yeux fermés.
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raton-liseur
  20 novembre 2013
J'espérais, plusieurs années après la lecture des Racines du ciel retrouver le même élan, la même utopie qui m'avaient alors tant plus. Mes lectures adolescentes sont peut-être trop loin ou trop naïves, car la plume de Romain Gary m'a cette fois déçue.
D'abord le titre est trompeur puisqu'il n'y est pas question de la consommation usuelle de substances hallucinogènes, et on se demande si le rédacteur de la quatrième de couverture de l'édition Folio a lu ne serait-ce que deux pages du livre tant le résumé est sans rapport aucun avec le livre.
Passée cette déception première, il faut que j'avoue que le sujet véritable du livre, ou plutôt les sujets tant les angles de lecture sont variés, ne sont pas tous pour me déplaire. C'est une vision très cynique et grinçante du colonialisme et des relations Nord-Sud dans les années 50 ou 60, une description de la montée d'un nouveau caudillo d'une ironie mordante et sans espoir. Et puis il y a aussi cette réflexion omniprésente sur la limite de l'homme, sa réalité, sa capacité à se dépasser, incarnée par cette troupe d'artistes qui se retrouve au milieu d'un de ces sempiternels changements de régime dans un pays fantoche d'Amérique Centrale.
La description politique, où chacun en prend pour son grade, que ce soit l'Américain cynique, l'humanitaire complètement aveugle aux conséquences de ses actes ou l'Indien qui s'élève au-dessus de la masse, m'a plu pendant une cinquantaine de pages, puis est devenue lassante à force de redite. J'ai fini par m'ennuyer de la vulgarité gratuite, et de cette méchanceté tout aussi gratuite qui ne fait que se répéter sans rien apporter. Si le but était de dénoncer, la moitié du livre y suffisait, au-delà il fallait trouver autre chose.
Quant à la réflexion sur la condition humaine, je ne l'ai pas trouvée dénuée d'intérêt même si je ne saurais exposer la thèse de Romain Gary. Il en ressort une sensation non de désespoir, mais d'absence d'espoir. Y a-t-il encore des Saints auxquels se vouer ? Dépasser sa condition d'homme n'est-il toujours qu'une illusion, un truc de plus en plus perfectionné ? Mais Romain Gary a la tristesse joyeuse, le maquillage de l'amuseur cache les larmes, les rires masquent l'abime.
En définitive, voilà un livre qui n'était pas fait pour moi, dont j'ai failli abandonner la lecture une ou deux fois, mais qui me laisse le goût d'une farce qui ne se veut comique que pour cacher le tragique. Une description réaliste de notre monde, en tout cas probablement fidèle à la vision que Romain Gary en avait. Une allégorie au goût amer.
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Jahro
  25 mars 2013
Quelque part en Amérique du Sud, José Almayo dirige son pays par la poigne et les armes. Il nourrie son peuple tant de peur que d'espoir, la peur d'être torturé, fusillé, emprisonné ; l'espoir d'un jour accéder au rang qu'à conquis ce frère de fange et de sang. Car comme lui, le Lider maximo, triste dictateur comme il en pullule dans le Nouveau monde, est un Cujon – peuplade imaginaire et à la fois si commune, meurtrie par des siècles d'occupation espagnole, docile et soumise à l'envahisseur depuis qu'il a fait taire ses dieux et lui a dictée le sien.
Aujourd'hui pourtant, le régime vacille ; la révolte sourd. Alors le despote, qui s'est forgé un destin en honorant sa vie durant le diable par les actes les plus vils, abat sa dernière carte. Il projette l'exécution d'une troupe de personnalités respectées du spectacle, allant jusqu'à leur adjoindre sa mère et sa petite amie, et espère ainsi prendre les instances internationales à partie en accusant les rebelles de son crime.
Romain Gary use de sa riche expérience diplomatique pour se fondre dans la peau d'un tyran, et discourir des années qui ont fait de cette partie du globe ce qu'elle est de nos jours. Une terre de feu, de violence et de corruption, une terre de honte et de résignation aussi. Il ose un parallèle entre l'art et la religion, cette même soif d'impossible qui guide les hommes et leur donne le courage de toujours avancer.
Hélas l'auteur est bien loin de confirmer son départ. Empêtré dans l'interminable description des différents personnages, il oublie l'action et délaisse le lecteur. Malgré ses observations souvent justes, il se perd vite dans un étalage d'études comportementales que rien ne parvient à freiner. Et dans son récit, ancré sur à peine quelques jours, il ne se passe pour ainsi dire quasiment rien.
Malgré ses fulgurances, malgré son oeil tranchant, ce livre apparait comme terriblement vain. C'est après trois cent pages qu'on voit enfin un début de surprise, un vague retournement qui nous accroche avec peine avant d'aussitôt disparaitre. Et quand dans les derniers feuillets le rythme s'éveille quelque peu, il est déjà beaucoup trop tard.
Ainsi on ressort de cet ouvrage manqué avec une désagréable impression didactique, insensible et qui plus est sans grand style – sans doute parce qu'il a d'abord été conçu en anglais avant d'être traduit dans notre langue sous l'égide de l'écrivain. de répétions en raccourcis, de maladresses en contresens, il est difficile de voir dans cette plume celle du talentueux artisan des Cerfs-volants.
Manifestement tout n'était pas à garder dans sa foisonnante bibliographie. Bah, au moins peut-on compter sur cette pléthore pour y trouver de quoi se consoler.
2/5
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stcyr04
  26 août 2014
Une troupe de saltimbanques de second ordre, un évangéliste à grandes audiences de la religion business, une américaine alcoolique, à moitié hystérique et totalement névrosée, un acteur porno cubain au “prouesses énormes”, un impresario à la recherche de numéros uniques et épatants, une mère indienne mâchouillant son immémorial stupéfiant, sont embarqués dans des mésaventures orchestrées par un dictateur à la mode latino, obsédé par la quête du pouvoir suprême, “la proteccion”, que confère la diable à ses plus terrestres et dévoués serviteurs. Oui, il s'agit ici d'une parabole picaresque, plus sérieuse qu'elle ne semble, sur l'élan désespéré et inlassable, et condamné à l'échec, de l'âme humaine vers la perfection, l'absolu, la transcendance, avec un regard ironique sur le rôle joué par le tout-puissant impérialisme yankee sur les destinées marquées de coup-d'état et de révolution des pays de l'Amérique du sud. On perçoit une amertume désabusée sur la place de l'artiste dans la société. Une oeuvre mineure, ce me semble, dans la production de qualité de Romain Gary.
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karkarot
  20 septembre 2018
De mangeurs d'étoiles finalement il est ici assez peu question, plutôt que de stupéfiants Romain Gary parle bien plus d'êtres humains. Des êtres humains un peu étranges, embarqués dans une folle aventure au milieu de la pampa sud-américaine.
Tous ont une particularité qui fait qu'un étrange dictateur a décidé de les réunir pour monter un spectacle hors du commun. Il espère trouver le saltimbanque ultime, celui qui ne triche pas, qui n'a pas de truc ni d'astuce, celui qui le sauvera de la destinée, qui lui offrira la "proteccion".
On découvre petit à petit chacun des personnages, chacun ayant un parcours très particulier, singulier, épigone de son époque.
Romain Gary a un humour grinçant, acerbe, terrible, il croque chacun avec férocité et ça fait mouche ; du prédicateur évangéliste à la jeune universitaire idéaliste et amoureuse en passant par le monstre sexuel cubain tout timide, ils y passent tous, même dieu et diable.
C'est alors que la révolution éclate et que tout le programme de ce petit monde est bouleversé, mis sans dessus dessous par un stratagème pour le moins cynique du dictateur peureux.
L'aventure vire au surréalisme, plein de feuilles hallucinogène, de désert et de soleil.
Le ton est enlevé, un peu fiévreux, drôle, burlesque, un peu triste aussi car tout n'est pas rose dans cette humanité...
Même les divinités ne sont pas à la hauteur, Gary n'était pas tout à fait un optimiste !
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
meevameeva   28 juin 2014
Ses ennemis croyaient l’insulter ainsi, ils croyaient que « mangeur d’étoiles » était un terme blessant et humiliant, mais eux-mêmes se droguaient continuellement, bien que ce ne fût pas avec du mescal ou avec de la cola. Ils se droguaient avec toutes sortes de belles idées qu’ils se faisaient d’eux-mêmes et de leur talent, des hommes et de leur puissance, de ce qu’ils appelaient leur civilisation, leurs maisons de la culture, avec le matériel des surplus américains qui couvrait déjà toute la terre et qu’ils envoyaient maintenant tourner autour de la lune, à la recherche d’endroits toujours nouveaux où ils pourraient déverser leurs ordures. Ils se droguaient beaucoup plus que les Indiens, et eux non plus ne pouvaient se passer de leurs drogues et se voyaient tout-puissants dans leurs visions, maîtres de l’univers.
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JahroJahro   20 mars 2013
Les Simbas mangeaient leurs prisonniers blancs et noirs après les avoir torturés. Les Allemands les transformaient en savon. La différence entre les Simbas barbares et les Allemands civilisés était tout entière dans ce savon. Ce besoin de propreté, c'est la culture.
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PhilippeMauricePhilippeMaurice   19 août 2014
Diaz sanglotait. Il sanglotait de nostalgie, d'affection, d'espoir et d'incrédulité. Il pouvait tromper les autres, mais il ne pouvait pas se tromper lui-même. Le monde était un endroit sans une ombre de mystère, comme cette place inondée de lumière et qui n'avait rien à cacher, et le vieux et tenace soupçon, l'atroce certitude que les hommes étaient seuls et maîtres de leur destin l'emplissait d'une détresse totale et donnait à ses larmes une sincérité qu'il pouvait à peine supporter.
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raton-liseurraton-liseur   02 décembre 2013
Pas mal, répéta le mannequin, mais pas assez tout de même. Le coucher de soleil, tantôt, à mon humble avis, c’était beaucoup plus fort. Il y avait là un talent autrement plus éclatant, messieurs, et il est absurde de vouloir rivaliser avec lui. Mais je reconnais que cet homme fait de son mieux, et que ce n’est pas mal, pas mal du tout, dans les limites du music-hall. (p. 362, Chapitre 18, Partie 2, “« Jack »”).
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tamara29tamara29   25 mars 2018
Tout le monde avait besoin de magie pour vivre. Simplement, il en avait besoin plus que les autres. Il avait beaucoup plus d’appétit.
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Videos de Romain Gary (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Romain Gary
Paul Audi, deuxième extrait de sa conférence du 9 mai 2009, «L'exil intérieur du créateur et la figure du romancier Romain Gary » dans le cadre du banquet de printemps 2009 intitulé " Exils et frontières"

Paul Audi est philosophe. Il est né en 1963 au Liban. Il a écrit de nombreux ouvrages (15 publiés), principalement consacrés à l'éthique, à la création artistique et aux relations entre éthique et esthétique. Il est l'auteur d'une thèse sur Rousseau. Il s'inscrit dans le sillage d'une philosophie de la vie : reprend la lignée de Schopenhauer, Rousseau, Kierkegaard, Nietzsche et, plus proche, Michel Henry. Il est également spécialiste de Romain Gary, écrivain mésestimé, mort en 1980. Et éditeur de L'Affaire homme, un recueil d'articles et textes brefs de Gary, paru chez Folio en 2005. « Depuis quelque temps, ce solitaire hyperactif commence à être reconnu pour ce qu'il devient : un de nos rares vrais philosophes, tout simplement. Voilà que les Etats-Unis et le Canada l'invitent et commencent à le fêter. Ses livres sont en cours de traduction aux Pays-Bas ou en Espagne. Bref, on s'avise en plusieurs lieux, qu'en France un philosophe est né. Ne soyons pas les derniers avertis. » (Roger-Pol Droit, le Monde, 20 mai 2005).
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