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Alain Kihm (Traducteur)
ISBN : 2707300799
Éditeur : Editions de Minuit (01/11/1975)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 38 notes)
Résumé :

Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues . Il y a la peau du Noir, l'étoile du juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus gén... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
cprevost
  30 octobre 2017
Gilles Deleuze affirme qu'un livre réussi a une épaisseur, qu'il est constitué de plusieurs niveaux et qu'il convient d'en franchir successivement les paliers. C'est incontestablement le cas de « Stigmate ». La démarche Erving Goffman dans son ouvrage est ethnographique et l'observation, directe ou documentée, est résolument empirique. Il décrit méticuleusement et dans sa totalité la vie quotidienne des « stigmatisés » ; il cherche à comprendre la cohérence et à mettre à jour les rituels des interactions fragiles et faussées avec les « normaux ». La communication est le thème constant des travaux du sociologue. le fait social en effet n'est pas pour lui un donné mais un processus qui se construit dans des situations concrètes. C'est, dans la dynamique des échanges et à travers le sens que donnent les individus à leur action, que l'auteur saisit ici l'essence du jeu social.

Le stigmate est pour Goffman un attribut, physique ou psychique, perceptible ou non, qui perturbe et le plus souvent discrédite une relation mixte entre le « normal » et celui qui ne l'est pas. L'individu stigmatisé doit découvrir son infamie, apprendre et intégrer le point de vue des normaux, acquérir les images que la société lui propose ainsi qu'une idée générale de ce que cela implique. La rencontre, toujours pour le discrédité (individu avec stigmate perceptible et plus ou moins importun suivant sa nature et les structures où il s'exprime) est insécure et incertaine. Il ignore en effet ce que pense vraiment l'autre et il doit faire preuve d'une attention redoublée. Ce qui caractérise l'homme stigmatisé, c'est l'acceptation de son sort et de sa place. Il peut certes avoir une tendance à la victimisation avec prises minuscules d'intérêts mais le plus souvent il a la volonté de se corriger pour changer de statut.Les évènements prennent immanquablement pour lui des tournures inattendues, ainsi l'échec est attribué au handicap tandis que la réussite ordinaire est considérée comme un authentique exploit. La répressible intrusion dans la vie est aussi monnaie courante chez le stigmatisé, il est une personne que n'importe qui peut aborder et toucher à condition de compatir à ceux de son espèce. Il est toujours possible pour le discrédité d'éviter la relation ou de la limiter au groupe des individus qui partagent le même stigmate mais cette attitude n'est pas sans conséquences. Alors, la stratégie pour échapper au trouble de l'échange est couramment de se faire le plus discret possible, d'être tolérant ou tout au contraire agressif, mais le résultat est immanquablement le même : la désintégration de la relation ordinaire. le discréditable (individu avec stigmate non immédiatement perceptible) quant à lui doit savoir en toutes circonstances manipuler l'information concernant sa déficience. Il doit se poser la question des limitations : dire ou ne pas dire, feindre ou ne pas feindre, révéler beaucoup ou peu, mentir ou ne pas mentir, et de quelle manière, dans quel univers et avec qui ? Dans le cas intermédiaire où le stigmate saute aux yeux et où il est invisible, il y a nous dit Erving Goffman la possibilité – pour le discréditable – d'utiliser les nombreuses techniques de contrôle de l'information (dissimulation, désidentification, dévoilement complet, couverture du stigmate) et – pour tout le monde – toujours la possibilité de faire semblant. Il faut noter là aussi que tout ce contrôle de l'information portant sur l'identité du discréditable a un effet délétère sur la relation et des conséquences psychologiques sur le stigmatisé. Les tentatives des « normaux », nous dit enfin Erving Goffman, de traiter la personne anathématisée comme une personne sans stigmate, n'est guère plus probante, elle conduit ordinairement à le mieux sinon à le moins ou ne le plus considérer du tout. Par conséquent et en guise de conclusion provisoire, toujours le contact mixte, comme on le voit, génère le malaise.

Cette première lecture de « Stigmate » comporte le risque d'aboutir à une analyse purement situationnelle et descriptive du jeu social. le social, ça n'est pourtant pas la présence d'individus normaux ou stigmatisés, le social c'est la présence de la société – présence de celle-ci en les individus et entre eux. L'une des conditions nécessaire de la vie sociale est le partage par tous les intéressés, stigmatisés et normaux, de normes de l'identité de l'être maintenues et soutenues parce qu'elles sont incorporées. Et leur application est une affaire de conditions non de volonté, de conformité et non de soumission. Il y a stigmate, si une catégorie soutient une certaine norme et qu'un individu ne se l'applique pas ou est en échec pour se l'appliquer. La nature d'un individu, que nous lui imputons et qu'il s'attribue, est engendrée par la nature de ses affiliations. Ce qu'il est, ou pourrait être, dérive de la place qu'occupe sa catégorie au sein de la structure sociale. Aussi, le caractère que l'individu stigmatisé se voit autorisé est engendré par ses relations avec son groupe agrégat de ses compagnons d'infortune. Mais il est également déterminé par le point de vue des normaux et donc par celui de la société en général. Il est conseillé à l'individu stigmatisé de se considérer comme un être humain à part entière, de n'avoir ni honte de lui ni de ses semblables, de ne pas se dissimuler, de ne pas se morfondre ; il doit assumer sa différence, secourir les normaux en acceptant aides et plaisanteries mais il ne doit pas profiter de sa chance, faire preuve de savoir-vivre et rester à sa place. Il lui est conseillé de s'accepter et de nous accepter en remerciement naturel d'une tolérance première que nous ne lui avons jamais accordé. L'utilité pour les normaux de cette demande sociale, c'est que l'injustice et la souffrance que représente le poids d'un stigmate ne leur apparaisse jamais, qu'ils n'aient jamais à s'avouer combien sont limités leur tact et leur tolérance, qu'ils puissent demeurer relativement à l'écart de tout contact contrariant avec les stigmatisés et relativement en sécurité dans leur image d'eux-mêmes.

Erving Goffman affirme dans cet ouvrage : « L'ironie dans toutes ces recommandations [celles des individus pareillement situés] n'est pas que l'individu stigmatisé se voit prié de s'efforcer patiemment d'être pour les autres ce que ceux-ci refusent qu'il soit pour eux, mais qu'il se pourrait bien qu'une telle absence de réciprocité représente ce qu'il peut avoir de mieux pour son argent. Car, si son voeu est de vivre autant que possible « comme tout le monde » et d'être accepté « pour ce qu'il est vraiment », l'attitude la plus clairvoyante est précisément celle-là, avec son double fond : c'est en faisant très souvent en faisant spontanément comme si l'acceptation conditionnelle, dont il prend bien garde de ne pas présumer, que lui accordent les normaux était pleine et entière, qu'il parvient à accroitre au maximum le degré de leur tolérance à son égard. Et il va de soit bonne pour l'individu peut être encore meilleure pour la société». Cette affirmation du célèbre sociologue, qui est démentie par la plus élémentaire réalité (voir par exemple la lutte d'Act Up dans les années 1990) et qui est contestable du point de vue du raisonnement (sophisme de composition de la dernière phrase), est tout à fait symptomatique de l'incorrigible conservatisme de la sociologie américaine en général et de l'école de Chicago en particulier. Cet indécrottable conformisme qui point désagréablement à plusieurs reprises (échanges amoureux, domination sociale, etc.), très heureusement, n'ôte rien au formidable intérêt de ce livre.
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Writer
  03 août 2017
Je continues sur ma lancée des ouvrages et essais sociologiques sur la "déviance", le "stigmate", la "différence" ; ainsi, sans grand surprise je me suis attaquée à Stigmate, l'une des grandes oeuvres de Goffman.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, du moins de quel point de vue allait partir Goffman pour son analyse. En fait, il emprunte tour à tour le point de vue des "normaux" comme il le dit, et des "stigmatisés". Toutefois, contrairement à d'autres auteurs comme Becker, il dépeint le "stigmatisé" comme une personne forte, parfois manipulatrice, etc. La démarche de victimisation n'est pas aussi présente que dans d'autres livres ; bien sûr, il ne faut pas généraliser. Tous les stigmatisés ne sont pas forts, manipulateurs, etc.
Outre ces considérations, Goffmann apporte une nouvelle grille de lecture de la "déviance" avec des notions telles que celles d'identité sociale, réelle, virtuelle, personnelle ou pour soi. L'Homme est peut-être un tout, mais un tout complexe ; d'où l'importance des sciences telles que la sociologie ;)
Sinon, comme d'habitude quand je lis des ouvrages sociologiques ou autres essais, je vais vous donner mon avis sur la lecture.
L'écriture de Goffman est simple, et vraiment accessible à tous. Pas besoin d'être sociologue pour le lire ; d'autant plus, qu'il nourrit ses théories ou ses hypothèses de nombreux exemples concrets comme des citations ou des extraits d'entretiens.
En somme, à mettre entre toutes les mains pour garantir à notre société une réelle ouverture d'esprit...
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AkaLoupiote_com
  21 avril 2018
Avant toute chose, je dois confesser que je n'ai jamais étudié la sociologie (pas de cours dans mon cursus par exemple). Préparez-vous donc psychologiquement à lire l'avis profane d'une humble béotienne !
D'ailleurs avez-vous remarqué ce drame qui nous frappe tous ? Face à la douloureuse certitude que nos vies ne dureront pas 1000 ans, et surtout face au constat de la capacité non-illimité de nos cerveaux, il faut se résoudre à accepter de ne pas engranger goulument l'ensemble du savoir humain.
Oui, on dirait de l'ironie, pourtant je vous assure que je suis sincèrement affligée !
Fin de la parenthèse.
Goffman m'avait été conseillé un soir d'hiver dans un bar, par une connaissance de connaissance de connaissance, dont j'ai oublié jusqu'au visage, et qui avait la particularité rare d'étudier « la criminologie ». Si elle se reconnaît, qu'elle sache que je lui en suis reconnaissante !
Ce livre, que d'autre décriront et décrypterons bien mieux que moi, est facile à lire. Point de jargon trop technique comme je le redoutais.
Ce qui personnellement m'a marquée, c'est que ce livre m'a amené à me questionner sur mon positionnement à l'égard des « porteur de stigmate ». En tant que « personne non porteuse d'un stigmate » (si on exclu les caractéristiques mineurs genres taille, goûts vestimentaires et port de lunettes) qu'elle comportement vais-je ou non adopter face à quelqu'un qui lui porte un stigmate « conséquent » (genre canne blanche, difficultés de mobilité…) ?
Quel est mon premier reflexe ? Pour ma part « faire comme si de rien était ». Est-ce la meilleure option ? En essayant de me projeter « à la place de l'autre », j'en ai l'impression. En effet, si j'étais concernée, je vivrais très mal que tout un tas de gens veuillent m'aider à traverser ou me demandent comment j'ai perdu mes jambes. J'aimerais qu'on ne me le notifie pas, quitte à jouer la comédie. Hors je ne suis pas concernée. Et justement, ce que je présume que je voudrais, peut-être ne le voudrais-je pas ? Peut-être voudrais-je des « avantages compensatoires », comme de l'aide ou de l'apitoiement ? Ce serait une réclamation plutôt légitime. Et d'ailleurs rien ne dit que tous les « non-voyants » veulent la même chose.
Donc je ne suis pas plus avancée, mais désormais je le suis d'avantage « en connaissance de cause ». Et c'est déjà ça.
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Chewkate
  06 février 2019
L'étude de la norme et de la déviance au travers des identités sociales du normal et du stigmatisé.
Accessible, cet ouvrage permet au delà de la compréhension même de la naissance du stigmate de mettre en place des stratégies de parement.
Incontournable et définitivement moderne.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
PavlikPavlik   11 mars 2018
L'information la plus pertinente pour l'étude du stigmate possède certaines propriétés. C'est une information à propos d'un individu. Elle touche à ce qui la caractérise de façon plus ou moins durable, par opposition aux humeurs, aux sentiments ou aux intentions qu'il peut avoir à un moment donné. De même que le signe par lequel elle se transmet, elle est réflexive et incarnée, c'est-à-dire émise par la personne même qu'elle concerne et diffusée au moyen d'une expression corporelle que perçoivent directement les personnes présentes. L'information qui possède toutes ces propriétés, je la nomme "sociale". Parmi les signes qui la transmettent, certains sont fréquents et stables, toujours recherchés et habituellement reçus ; ont peut les appeler des "symboles".
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PavlikPavlik   05 mars 2018
Il va de soi que, par définition, nous pensons qu'une personne ayant un stigmate n'est pas tout à fait humaine. Partant de ce postulat, nous pratiquons toutes sortes de discriminations, par lesquelles nous réduisons efficacement, même si c'est souvent inconsciemment, les chances de cette personne. Afin d'expliquer son infériorité et de justifier qu'elle représente un danger, nous bâtissons une théorie, une idéologie du stigmate, qui sert aussi parfois à rationaliser une animosité fondée sur d'autres différences, de classe, par exemple.
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PavlikPavlik   05 mars 2018
J'ai suggéré plus haut qu'il peut exister un écart entre les identités virtuelle et réelle d'un individu. Cet écart, s'il est connu ou visible, compromet l'identité sociale : il a pour effet de couper l'individu de la société et de lui-même, en sorte qu'il reste là, personne discréditée face à un monde qui la rejette.
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WriterWriter   30 juillet 2017
D'une façon générale, cette tendance du stigmate à se répandre explique en partie pourquoi l'on préfère le plus souvent éviter d'avoir des relations trop étroites avec les individus stigmatisés, ou les supprimer lorsqu'elles existent déjà.
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WriterWriter   03 août 2017
Le faux-semblant et la couverture sont au nombre de ces procédés, applications particulières de l'art de manipuler les impressions, cet art, fondamental pour la vie sociale, grâce auquel l'individu exerce un contrôle stratégique sur les images de lui-même et de ses productions que les autres glanent à son entour.
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Video de Erving Goffman (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Erving Goffman
Conférence Comment se conduire dans les lieux publics de Erving Goffman par Daniel Cefai En France ce que Wolfgang Lepenies appelle la troisième culture ces sciences sociales coincées entre le littéraire et le scientifique est paradoxalement assez peu reconnue la culture générale semble en effet trop souvent pouvoir s'en dispenser C'est un paradoxe dans la mesure où la France est avec Comte Tocqueville et Durkheim notamment l'un des berceaux de ce pan considérable de la pensée Sise entre les rues Emile Durkheim et Raymond Aron la Bibliothèque Nationale de France a décidé de lancer un cycle dédié aux grands livres qui dessinent une bibliothèque idéale des sciences sociales Il s'agit d'inviter à lire et relire quelques-uns de ces grands ouvrages en compagnie d'un chercheur contemporain manière de replacer ces livres dans l'histoire des idées mais aussi et surtout de souligner leur pertinence contemporaine les usages qui peuvent en être faits Cycle proposé par Sylvain Bourmeau Par Daniel Cefai sociologue directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
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