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ISBN : 2743419946
Éditeur : Editions de la Seine (14/11/2001)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 39 notes)
Résumé :
Akaki Akakiévitch Bachmatchkine est un employé modeste mais modèle qui recopie du matin au soir des documents, ce qui est son unique et sa véritable joie. Sans ambition, sans besoin non plus, sa vie réglée va être bouleversée quand l'usure extrême de son manteau le contraint à en changer.
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  15 septembre 2016
Je viens de relire le Manteau, cette nuit. Je l'avais lue et adorée jadis dans une autre traduction : la saveur en est demeurée intacte à mes papilles. J'avais un peu peur de casser quelque chose en la relisant : quelquefois même les meilleures sauces rancissent en nous jusqu'à nous les faire moins aimer, peu aimer voire plus aimer du tout, tant l'être humain est fait de matière labile.
Mais Gogol, non ; il ne mange pas de ce pain-là, d'ailleurs ça ne mange pas de pain du tout de le lire via cette merveille de nouvelle. Prenant naturellement la suite de son maître et ami Alexandre Pouchkine, notamment si on la compare au Marchand de Cercueils, Nicolaï Gogol entreprend une nouvelle sur le ton caustique qu'on lui connaît ailleurs (dans le Nez, par exemple, ou le Revizor), tout en s'ingéniant à prendre le parti des humbles, des vaincus, de ceux qui ont les pensées courtes ou qui ne savent pas se vendre.
Ainsi naquit Akaki Akakiévitch Savatkine (un nom aussi grotesque en russe qu'en français et qui fait clairement référence aux savates), fonctionnaire de onzième zone, payé à coups de trique et de coups de pied au cul, paillasson de ses collègues et être transparent totalement incapable de prendre la moindre initiative ou d'assumer une quelconque responsabilité. Son truc à Akaki Akakiévitch, ce sont les écritures : là, dans ce registre (et même dans les registres) c'est un orfèvre, un vrai moine copiste de la haute époque.
Il se satisfait de peu Akaki Akakiévitch, se nourrit d'encore moins et n'espère pas beaucoup plus de l'existence que la joie d'avoir une nouvelle grande et belle page à recopier. Sorti de là, sa vie a les reliefs de la Hollande et le goût de ses fromages. Que voulez-vous ? Avec quatre cents roubles de salaire annuel, c'est déjà heureux de pouvoir manger une fois sur deux !
Aussi, représentez-vous le tonnerre, l'horreur, le cataclysme pour ce brave fonctionnaire lorsque le couturier qu'Akaki Akakiévitch était venu consulter pour le rafistolage de son manteau lui annonce que la pelure élimée qui remplissait jusqu'alors cet office est complètement pourrie et bonne à peine pour se moucher dedans ! Le coût d'un manteau neuf sera d'environ cent-vingt roubles…
Akaki Akakiévitch fait tout ce qu'il peut pour infléchir le verdict du couturier mais au fond de lui-même, il sait bien qu'il a raison et affronter l'hiver de Pétersbourg avec un manteau épais comme une mousseline n'est sans doute pas la meilleure chose à faire. Alors, la mort dans l'âme, notre brave Akaki s'en retournera chez lui, la tête basse en traînant les pieds, puis, se reprenant très vite et comprenant qu'il lui faudra faire durer les semelles, s'engage dans un titanesque travail d'économie au long court.
Jusqu'au jour lointain et fatidique où Akaki, exsangue et famélique pourra enfin poser sur le bout de la table la somme exigée pour la confection de ce manteau dont il a tant besoin. Qu'adviendra-t-il ensuite ? Ça, nul autre que vous ne pourra vous le dire car je refuse catégoriquement de repriser ce tissu, qui, au demeurant, n'est peut-être qu'un tissu de mensonges. J'aurais trop peur de me prendre une veste ou de me faire habiller pour l'hiver…
Mais je vous dirai encore ceci : selon moi, Gogol, dans cette nouvelle, frôle la perfection, ou tout au moins la très, très grande classe. Il bâtit une histoire universelle qui a beaucoup de points communs avec le personnage du vagabond de Charlie Chaplin, qui nous fait passer dans la seconde du rire aux larmes. Que d'émotion, que d'empathie suscitée pour le moins sexy des héros qu'on puisse imaginer, le type le plus court de vue et rébarbatif qui soit, il parvient à nous le faire aimer, à nous mettre mal à l'aise avec nos certitudes. Je vous tire mon chapeau et vous donne mon manteau Monsieur Nicolaï Gogol car vous tutoyâtes le génie avec ce texte. Du moins c'est mon avis qui a encore eu la bêtise de sortir non couvert, autant dire, bien peu de chose par le froid qu'il fait…
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palamede
  25 septembre 2016
Pauvre Akaki Akakiévitch Savatkine !
L'obscur copiste dans un ministère - dont on préfère taire le nom pour éviter les ennuis - est un homme sans ambition mais attaché à son travail et heureux de son sort, malgré les railleries des autres fonctionnaires. Cependant, depuis quelque temps, le froid est devenu plus intense à travers son manteau usé jusqu'à la corde (une robe de chambre comme le nomme ironiquement les autres), et il doit se résoudre à en acquérir un nouveau.
C'est avec ses laborieuses et longues économies et au prix de « la réduction de ses dépenses ordinaires pendant au moins un an » – il est mal payé et ne peut espérer mieux – qu'il peut enfin commander à Petrovitch, son tailleur alcoolique, un pardessus neuf. Mais l'objet fini, qui fait d'abord le bonheur de son propriétaire et l'admiration de ses collègues, va ensuite attirer sur le médiocre conseiller titulaire perpétuel (c'est son grade) le plus grand des malheurs.
Cette bouleversante leçon d’humanité frise l’excellence pour décrire la bassesse, l’égoïsme, la vanité, l’indifférence des hommes, nous sommes profondément émus et tristes face à cette pitoyable existence qui aura toutefois un fantôme railleur et malicieux pour la venger. Le génie de Gogol est de faire du ridicule et sans grade, Akaki Akakiévitch Savatkine, un héros universel, un frère dont la misère nous atteint en plein cœur.
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Ambages
  06 août 2016
Une lecture triste. J'avais de la peine pour Akaki Akakiévitch, un homme seul. C'est un simple fonctionnaire qui ne gagne pas assez pour vivre décemment, qui est la tête de turc de ses collègues, qui se heurte à une machinerie administrative sans coeur. Il n'avait pour seule raison de se lever le matin que d'aller à son travail, recopier des textes avec minutie et pour seule passion : disposer d'un nouveau manteau. Cette passion lui étant venue bien malgré lui, sa vieille pelisse, que n'aurait-il fait pour la conserver... Un nouveau manteau coûtait cher et son capuchon, c'était lui, tellement lui, usé jusqu'à la corde.
C'est l'histoire de cet homme et de l'attitude des autres à son égard. C'est aussi une satyre de l'administration russe. Mais c'est beaucoup plus, car ce qui est décrit ne peut être circonscrit à une époque ou à un pays.
J'ai repensé aux cours de récréation, à ces arènes dans lesquelles se jouent des batailles entre les plus forts et le plus faible, bien souvent seul contre le groupe et qui se recroqueville dans son coin, perdant inlassablement contre le chefaillon auto-proclamé que les sous-chefs copient et craignent aussi, peur de tomber en disgrâce et de devenir à leur tour le vilain petit canard. Un exemple parmi d'autres. Et je me suis dit que cette histoire écrite par Gogol était intemporelle.
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Under_The_Moon
  24 décembre 2014
Le manteau est une nouvelle qui mélange habilement tendresse, cruauté et fantastique.
C'est l'histoire d'un anonyme - que l'auteur a décidé de nommer Akaki Akakiévitch - dans une grande ville du XIXème siècle : Pétersbourg, en Russie. Grâce à cette nouvelle, Gogol donne une place à un individu qui n'a rien d'un héros - le narrateur le définit d'ailleurs ainsi : "une vie que personne n'avait remarquée" - dans la Littérature alors qu'il n'aurait attiré l'attention de personne dans la vie.
C'est grâce à ce fameux manteau que vient le "Salut" de ce pauvre homme. le pauvre homme s'accroche à ce manteau comme s'il avait contenu son âme. Comme dans les contes, le manteau prend une dimension presque magique car avec lui, on assiste à un changement tant moral que physique du personnage. Malheureusement, comme dans toutes les nouvelles, le salut n'est que de courte durée…
La nouvelle se termine d'une façon hybride sue quelque chose qui se trouve à mi-chemin entre la morale de conte et la légende urbaine - terme anachronique qui ferait bondir n'importe quel prof de fac, mais ouf, ceci n'est pas une dissertation. Cette fin hybride, qui certes reflète bien le caractère russe est tout de même en trop, à mon goût bien sûr, mais il n'y a que celui-là que je peux exprimer.
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raton-liseur
  02 mars 2013
Il est dit que Nicolas Gogol a influencé toute la littérature russe de la seconde moitié du XIXème siècle. Cela peut surprendre lorsque l'on sourit du caractère un peu bouffon de certaines de ses oeuvres et dont le manteau est un bon exemple. Cette nouvelle est pourtant bien loin du tragique Dostoïevski ou du romantique Tolstoï. Qualifiée un peu hâtivement de nouvelle fantastique (la chute est certes fantastique, mais c'est bien peu de pages au regard de l'ensemble de la nouvelle), elle conte l'histoire d'un obscur employé de bureau de l'administration impériale qui, sans ambition ni professionnelle ni personnelle aura toute sa vie exercé son métier de copiste pour un salaire lui permettant tout juste de survivre.
Lorsque son manteau devient tellement usagé qu'il ne peut plus être rapetassé et qu'il doit le remplacer, c'est toute sa vie qui est chamboulée. Il a maintenant un objectif, une raison de vivre, et il économise sou après sou pour finalement s'offrir un manteau presque aussi beau que dans ses rêves.
De cette trame simple et qui prête à sourire, Gogol déroule une histoire burlesque et pathétique. Avec un humour féroce et sous couvert de fantastique, peut-être dans le but d'égarer la censure, Gogol fait un portrait au vitriol de la société pétersbourgeoise. Aucune classe sociale, aucun métier n'est épargné, et c'est dans ce rire parfois léger souvent jaune que Gogol nous entraîne sans concession.
Cette nouvelle était pour moi une première rencontre avec Gogol et je ne savais pas exactement à quoi m'attendre. J'ai été agréablement surprise par la note de couleur que Gogol met dans le paysage de la littérature russe du siècle dernier, réputée pour ses personnages tourmentés et l'aridité de son écriture.
Le style de Gogol ne fait pas partie de ce que j'apprécie le plus en littérature, mais cette courte lecture audio a été bien agréable lors d'un trajet de bus vers Sololá, et je ferai probablement à nouveau un tour dans les écrits mordants de cet écrivain classique qui gagne à être découvert.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   15 septembre 2016
— Eh bien, je te, Pétrovitch… le manteau, ou quoi, le tissu… tu vois, partout ailleurs, il est tout à fait solide, juste un petit peu de poussière, et, vieux, on pourrait croire, mais neuf, juste, là, à un endroit, un petit peu, ou quoi… sur le dos, et encore un petit peu sur l'épaule, il s'est usé, un peu, et puis, sur cette épaule, là un petit peu — tu vois, et puis c'est tout… Rien comme travail…
Pétrovitch prit la capote, la disposa d'abord sur la table, l'examina longuement, hocha la tête, tendit le bras vers le rebord de la fenêtre pour saisir une tabatière ronde avec le portrait d'un général, mais de quel général, personne ne pouvait le dire, parce que l'endroit où se trouvait le visage avait été percé par un doigt et recollé à l'aide d'un petit papier plié en quatre. Après une prise de tabac, Pétrovitch ouvrit grand la capote, les bras écartés, la regarda face au jour et hocha la tête à nouveau. Ensuite, il retourna le revers, hocha la tête encore, rouvrit le couvercle avec le général, et, après s'être bourré le nez de tabac, referma la tabatière, la cacha et dit enfin :
— Non, pas moyen de réparer : la mise est mal en point !
À ces mots, Akaki Akakiévitch sentit son cœur se serrer.
— Pourquoi ça, pas moyen, Pétrovitch ? dit-il (on aurait cru la voix suppliante d'un enfant), c'est juste un peu aux épaules que c'est un peu usé, tu as bien des petits bouts, enfin…
— Les petits bouts, on les trouve, dit Pétrovitch, mais pas moyen de coudre dedans ; le machin est complètement pourri, tu mets l'aiguille, ça se débine dans tous les coins.
— Mais, si ça se débine, toi, tout de suite, une petite pièce.
— Y a nulle part où fixer, la petite pièce, elle aura plus de support nulle part, c'est trop usé. Ça tient juste parce que c'est du drap, mais, un souffle de vent et ça s'envole.
— Bah, toi, renforce-le. Mais comment ça, ou quoi !
— Non, dit Pétrovitch d'un ton ferme, y a rien à faire du tout. Le machin est mort. Vous feriez mieux, quand le froid de l'hiver viendra, de vous mettre des bandes molletières, parce que, les bas, ça réchauffe pas. C'est les Allemands qu'ont trouvé ça, pour se faire de l'argent (Pétrovitch aimait, à l'occasion, envoyer une pique aux Allemands) ; mais le manteau, c'est clair, il faudra vous en faire un neuf.
À ce mot de " neuf ", Akaki Akakiévitch sentit comme un voile devant les yeux, et tout ce qui se trouvait dans la pièce se mit à se mélanger. Il ne voyait clairement que le général au visage collé par le bout de papier sur le couvercle de la tabatière de Pétrovitch.
— Comment ça, un neuf ? dit-il, comme s'il était toujours dans son rêve, mais je n'ai pas d'argent pour ça.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   22 décembre 2014
C'est peu dire qu'il servait avec zèle- non, il servait avec amour. [...] Si on lui avait donné des primes en relation avec son zèle, il se serait retrouvé, peut-être, à sa plus grande surprise, conseiller d'État ; mais ce qu'il avait gagné, comme disaient les malins, ses camarades, c'était zéro en boutonnière, et des hémorroides au bas des reins.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   22 décembre 2014
[...] il s'était mis à boire pas mal, surtout les jours de fête, d'abord les grandes, puis, sans distinction, toutes les fêtes d'église notées par une petite croix sur le calendrier.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   23 décembre 2014
(…) état agréable qui est le meilleur qui puisse se trouver pour un Russe, c'est-à-dire quand on ne pense à rien, et que, pourtant, des pensées nous viennent toutes seules, plus agréables les unes que les autres, sans qu'on se donne même la peine de les poursuivre ou de les rechercher.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   22 décembre 2014
[...] ce pauvre jeune homme se cachait les yeux avec la paume de sa main, et de nombreuses fois, par la suite, dans sa vie, il frissonna, voyant toute la grossièreté cruelle qui pouvait se cacher derrière le raffinement de l'éducation et la mondanité et, Dieu ! même chez un homme dont le monde proclame la noblesse et l'honnêteté...
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Que l'on m'apporte mon ..........?............. Les soirées sont fraîches à Saint Petersbourg, et voyez- vous... d’ailleurs... selon moi... je le crois encore bon... sauf un peu de poussière... Eh ! sans doute il a l’air un peu vieux... mais il est encore tout neuf... seulement un peu de frottement... là dans le dos...

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