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ISBN : 2743419946
Éditeur : Editions de la Seine (14/11/2001)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 47 notes)
Résumé :
Akaki Akakiévitch Bachmatchkine est un employé modeste mais modèle qui recopie du matin au soir des documents, ce qui est son unique et sa véritable joie. Sans ambition, sans besoin non plus, sa vie réglée va être bouleversée quand l'usure extrême de son manteau le contraint à en changer.
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  15 septembre 2016
Je viens de relire le Manteau, cette nuit. Je l'avais lue et adorée jadis dans une autre traduction : la saveur en est demeurée intacte à mes papilles. J'avais un peu peur de casser quelque chose en la relisant : quelquefois même les meilleures sauces rancissent en nous jusqu'à nous les faire moins aimer, peu aimer voire plus aimer du tout, tant l'être humain est fait de matière labile.
Mais Gogol, non ; il ne mange pas de ce pain-là, d'ailleurs ça ne mange pas de pain du tout de le lire via cette merveille de nouvelle. Prenant naturellement la suite de son maître et ami Alexandre Pouchkine, notamment si on la compare au Marchand de Cercueils, Nicolaï Gogol entreprend une nouvelle sur le ton caustique qu'on lui connaît ailleurs (dans le Nez, par exemple, ou le Revizor), tout en s'ingéniant à prendre le parti des humbles, des vaincus, de ceux qui ont les pensées courtes ou qui ne savent pas se vendre.
Ainsi naquit Akaki Akakiévitch Savatkine (un nom aussi grotesque en russe qu'en français et qui fait clairement référence aux savates), fonctionnaire de onzième zone, payé à coups de trique et de coups de pied au cul, paillasson de ses collègues et être transparent totalement incapable de prendre la moindre initiative ou d'assumer une quelconque responsabilité. Son truc à Akaki Akakiévitch, ce sont les écritures : là, dans ce registre (et même dans les registres) c'est un orfèvre, un vrai moine copiste de la haute époque.
Il se satisfait de peu Akaki Akakiévitch, se nourrit d'encore moins et n'espère pas beaucoup plus de l'existence que la joie d'avoir une nouvelle grande et belle page à recopier. Sorti de là, sa vie a les reliefs de la Hollande et le goût de ses fromages. Que voulez-vous ? Avec quatre cents roubles de salaire annuel, c'est déjà heureux de pouvoir manger une fois sur deux !
Aussi, représentez-vous le tonnerre, l'horreur, le cataclysme pour ce brave fonctionnaire lorsque le couturier qu'Akaki Akakiévitch était venu consulter pour le rafistolage de son manteau lui annonce que la pelure élimée qui remplissait jusqu'alors cet office est complètement pourrie et bonne à peine pour se moucher dedans ! Le coût d'un manteau neuf sera d'environ cent-vingt roubles…
Akaki Akakiévitch fait tout ce qu'il peut pour infléchir le verdict du couturier mais au fond de lui-même, il sait bien qu'il a raison et affronter l'hiver de Pétersbourg avec un manteau épais comme une mousseline n'est sans doute pas la meilleure chose à faire. Alors, la mort dans l'âme, notre brave Akaki s'en retournera chez lui, la tête basse en traînant les pieds, puis, se reprenant très vite et comprenant qu'il lui faudra faire durer les semelles, s'engage dans un titanesque travail d'économie au long court.
Jusqu'au jour lointain et fatidique où Akaki, exsangue et famélique pourra enfin poser sur le bout de la table la somme exigée pour la confection de ce manteau dont il a tant besoin. Qu'adviendra-t-il ensuite ? Ça, nul autre que vous ne pourra vous le dire car je refuse catégoriquement de repriser ce tissu, qui, au demeurant, n'est peut-être qu'un tissu de mensonges. J'aurais trop peur de me prendre une veste ou de me faire habiller pour l'hiver…
Mais je vous dirai encore ceci : selon moi, Gogol, dans cette nouvelle, frôle la perfection, ou tout au moins la très, très grande classe. Il bâtit une histoire universelle qui a beaucoup de points communs avec le personnage du vagabond de Charlie Chaplin, qui nous fait passer dans la seconde du rire aux larmes. Que d'émotion, que d'empathie suscitée pour le moins sexy des héros qu'on puisse imaginer, le type le plus court de vue et rébarbatif qui soit, il parvient à nous le faire aimer, à nous mettre mal à l'aise avec nos certitudes. Je vous tire mon chapeau et vous donne mon manteau Monsieur Nicolaï Gogol car vous tutoyâtes le génie avec ce texte. Du moins c'est mon avis qui a encore eu la bêtise de sortir non couvert, autant dire, bien peu de chose par le froid qu'il fait…
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palamede
  25 septembre 2016
Pauvre Akaki Akakiévitch Savatkine !
L'obscur copiste dans un ministère - dont on préfère taire le nom pour éviter les ennuis - est un homme sans ambition mais attaché à son travail et heureux de son sort, malgré les railleries des autres fonctionnaires. Cependant, depuis quelque temps, le froid est devenu plus intense à travers son manteau usé jusqu'à la corde (une robe de chambre comme le nomme ironiquement les autres), et il doit se résoudre à en acquérir un nouveau.
C'est avec ses laborieuses et longues économies et au prix de « la réduction de ses dépenses ordinaires pendant au moins un an » – il est mal payé et ne peut espérer mieux – qu'il peut enfin commander à Petrovitch, son tailleur alcoolique, un pardessus neuf. Mais l'objet fini, qui fait d'abord le bonheur de son propriétaire et l'admiration de ses collègues, va ensuite attirer sur le médiocre conseiller titulaire perpétuel (c'est son grade) le plus grand des malheurs.
Cette bouleversante leçon d’humanité frise l’excellence pour décrire la bassesse, l’égoïsme, la vanité, l’indifférence des hommes, nous sommes profondément émus et tristes face à cette pitoyable existence qui aura toutefois un fantôme railleur et malicieux pour la venger. Le génie de Gogol est de faire du ridicule et sans grade, Akaki Akakiévitch Savatkine, un héros universel, un frère dont la misère nous atteint en plein cœur.
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valsing
  19 mars 2018
Akaki Akakiévitch Bachmatchkine est un petit fonctionnaire
Tant il est timide, il s'exprime de façon décousue
Ses collègues de bureau n'ont de cesse de le piquer
Sa Vie connait un Revers
Lorsque son tailleur refuse de rapiécer
Son Vieux Manteau qui part en lambeaux
Et le contraint de lui fournir un gros « bas de laine »
Pour lui faire peau neuve
A la bonheur, qu'on se le dise !
Ses collègues et lui sont invités chez le « PATRON »
Mais Akaki trop étriqué parmi ces « collet monté »
s'empare de son Beau Manteau
et file à l'anglaise
Voilà qu'à la sortie
Des guenillards
Le battent à plate couture
Et se taillent
Avec son Beau Manteau
Les dés sont jetés !
Akaki veut en découdre
Il implore le plus Haut des Cols Blancs
De remonter la filière
Et d'épingler ceux
Qui lui ont dé'robé
Son Beau Manteau
Il se prend une Veste
Les dés sont pipés !
Pauvre Akaki, sacrément défait
Une loque humaine
Filant du mauvais coton
Son fantôme prend alors la relève
Le Manteau lui sera-t-il restitué ?
Sa doublure s'en occupe !!
Dorénavant, tous fileront doux
Akaki a enfin pris du galon !
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Ambages
  06 août 2016
Une lecture triste. J'avais de la peine pour Akaki Akakiévitch, un homme seul. C'est un simple fonctionnaire qui ne gagne pas assez pour vivre décemment, qui est la tête de turc de ses collègues, qui se heurte à une machinerie administrative sans coeur. Il n'avait pour seule raison de se lever le matin que d'aller à son travail, recopier des textes avec minutie et pour seule passion : disposer d'un nouveau manteau. Cette passion lui étant venue bien malgré lui, sa vieille pelisse, que n'aurait-il fait pour la conserver... Un nouveau manteau coûtait cher et son capuchon, c'était lui, tellement lui, usé jusqu'à la corde.
C'est l'histoire de cet homme et de l'attitude des autres à son égard. C'est aussi une satyre de l'administration russe. Mais c'est beaucoup plus, car ce qui est décrit ne peut être circonscrit à une époque ou à un pays.
J'ai repensé aux cours de récréation, à ces arènes dans lesquelles se jouent des batailles entre les plus forts et le plus faible, bien souvent seul contre le groupe et qui se recroqueville dans son coin, perdant inlassablement contre le chefaillon auto-proclamé que les sous-chefs copient et craignent aussi, peur de tomber en disgrâce et de devenir à leur tour le vilain petit canard. Un exemple parmi d'autres. Et je me suis dit que cette histoire écrite par Gogol était intemporelle.
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Under_The_Moon
  24 décembre 2014
Le manteau est une nouvelle qui mélange habilement tendresse, cruauté et fantastique.
C'est l'histoire d'un anonyme - que l'auteur a décidé de nommer Akaki Akakiévitch - dans une grande ville du XIXème siècle : Pétersbourg, en Russie. Grâce à cette nouvelle, Gogol donne une place à un individu qui n'a rien d'un héros - le narrateur le définit d'ailleurs ainsi : "une vie que personne n'avait remarquée" - dans la Littérature alors qu'il n'aurait attiré l'attention de personne dans la vie.
C'est grâce à ce fameux manteau que vient le "Salut" de ce pauvre homme. le pauvre homme s'accroche à ce manteau comme s'il avait contenu son âme. Comme dans les contes, le manteau prend une dimension presque magique car avec lui, on assiste à un changement tant moral que physique du personnage. Malheureusement, comme dans toutes les nouvelles, le salut n'est que de courte durée…
La nouvelle se termine d'une façon hybride sue quelque chose qui se trouve à mi-chemin entre la morale de conte et la légende urbaine - terme anachronique qui ferait bondir n'importe quel prof de fac, mais ouf, ceci n'est pas une dissertation. Cette fin hybride, qui certes reflète bien le caractère russe est tout de même en trop, à mon goût bien sûr, mais il n'y a que celui-là que je peux exprimer.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   15 septembre 2016
— Eh bien, je te, Pétrovitch… le manteau, ou quoi, le tissu… tu vois, partout ailleurs, il est tout à fait solide, juste un petit peu de poussière, et, vieux, on pourrait croire, mais neuf, juste, là, à un endroit, un petit peu, ou quoi… sur le dos, et encore un petit peu sur l'épaule, il s'est usé, un peu, et puis, sur cette épaule, là un petit peu — tu vois, et puis c'est tout… Rien comme travail…
Pétrovitch prit la capote, la disposa d'abord sur la table, l'examina longuement, hocha la tête, tendit le bras vers le rebord de la fenêtre pour saisir une tabatière ronde avec le portrait d'un général, mais de quel général, personne ne pouvait le dire, parce que l'endroit où se trouvait le visage avait été percé par un doigt et recollé à l'aide d'un petit papier plié en quatre. Après une prise de tabac, Pétrovitch ouvrit grand la capote, les bras écartés, la regarda face au jour et hocha la tête à nouveau. Ensuite, il retourna le revers, hocha la tête encore, rouvrit le couvercle avec le général, et, après s'être bourré le nez de tabac, referma la tabatière, la cacha et dit enfin :
— Non, pas moyen de réparer : la mise est mal en point !
À ces mots, Akaki Akakiévitch sentit son cœur se serrer.
— Pourquoi ça, pas moyen, Pétrovitch ? dit-il (on aurait cru la voix suppliante d'un enfant), c'est juste un peu aux épaules que c'est un peu usé, tu as bien des petits bouts, enfin…
— Les petits bouts, on les trouve, dit Pétrovitch, mais pas moyen de coudre dedans ; le machin est complètement pourri, tu mets l'aiguille, ça se débine dans tous les coins.
— Mais, si ça se débine, toi, tout de suite, une petite pièce.
— Y a nulle part où fixer, la petite pièce, elle aura plus de support nulle part, c'est trop usé. Ça tient juste parce que c'est du drap, mais, un souffle de vent et ça s'envole.
— Bah, toi, renforce-le. Mais comment ça, ou quoi !
— Non, dit Pétrovitch d'un ton ferme, y a rien à faire du tout. Le machin est mort. Vous feriez mieux, quand le froid de l'hiver viendra, de vous mettre des bandes molletières, parce que, les bas, ça réchauffe pas. C'est les Allemands qu'ont trouvé ça, pour se faire de l'argent (Pétrovitch aimait, à l'occasion, envoyer une pique aux Allemands) ; mais le manteau, c'est clair, il faudra vous en faire un neuf.
À ce mot de " neuf ", Akaki Akakiévitch sentit comme un voile devant les yeux, et tout ce qui se trouvait dans la pièce se mit à se mélanger. Il ne voyait clairement que le général au visage collé par le bout de papier sur le couvercle de la tabatière de Pétrovitch.
— Comment ça, un neuf ? dit-il, comme s'il était toujours dans son rêve, mais je n'ai pas d'argent pour ça.
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valsingvalsing   21 mars 2018
Il rentra chez lui tout radieux, se dévêtit et pendit précautionneusement son manteau contre le mur, non sans en avoir encore admiré, et le drap, et la doublure ; puis il sortit sa vieille capote effilochée pour la comparer au manteau ; mais en la regardant il ne put se défendre de rire : la différence était vraiment par trop énorme ! Et tout le long de son repas, un ricanement sarcastique plissait ses lèvres chaque fois qu'il songeait à l'état lamentable de sa vieille houppelande.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   22 décembre 2014
C'est peu dire qu'il servait avec zèle- non, il servait avec amour. [...] Si on lui avait donné des primes en relation avec son zèle, il se serait retrouvé, peut-être, à sa plus grande surprise, conseiller d'État ; mais ce qu'il avait gagné, comme disaient les malins, ses camarades, c'était zéro en boutonnière, et des hémorroides au bas des reins.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   22 décembre 2014
[...] il s'était mis à boire pas mal, surtout les jours de fête, d'abord les grandes, puis, sans distinction, toutes les fêtes d'église notées par une petite croix sur le calendrier.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   23 décembre 2014
(…) état agréable qui est le meilleur qui puisse se trouver pour un Russe, c'est-à-dire quand on ne pense à rien, et que, pourtant, des pensées nous viennent toutes seules, plus agréables les unes que les autres, sans qu'on se donne même la peine de les poursuivre ou de les rechercher.
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Que l'on m'apporte mon ..........?............. Les soirées sont fraîches à Saint Petersbourg, et voyez- vous... d’ailleurs... selon moi... je le crois encore bon... sauf un peu de poussière... Eh ! sans doute il a l’air un peu vieux... mais il est encore tout neuf... seulement un peu de frottement... là dans le dos...

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