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ISBN : 208128457X
Éditeur : Flammarion (12/04/2013)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 169 notes)
Résumé :
Et si la Renaissance était née d’un livre ? Un livre perdu, connu par fragments, recopié par quelques moines et retrouvé par un humaniste fou de manuscrits anciens ? L’idée, audacieuse, vertigineuse, ouvre les portes de l’histoire de Poggio Bracciolini, dit le Pogge, qui découvrit une copie du De rerum natura de Lucrèce dans un monastère allemand. C’était à l’aube du xve siècle.
Le Pogge n’était pas seulement un bibliophile passionné et un copiste hors pair. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  25 février 2015
C'est au fin fond d'un monastère, sans doute l'abbaye de Fulda, réputée comme celle de Saint Gall pour abriter de nombreux manuscrits, que dormait le « De rerum natura » de Lucrèce attendant que le chasseur de livres florentin Gian Francesco Poggio Bracciolini, dit en français Le Pogge, qui a compris immédiatement toute son importance, le sorte de l'oubli en 1417.
Alors âgé de 40 ans, cet érudit passionné par l'Antiquité, était renommé pour la belle lisibilité de son écriture et la rapidité exceptionnelle de ses copies.
En cette année 1417 Le Pogge perd sa charge de secrétaire du pape Jean XXIII déposé lors du concile de Constance :
« Soixante dix chefs d'accusation lui furent officiellement notifiés. Craignant leurs effets sur l'opinion publique, le concile décida de supprimer les seize chefs d ‘accusation les plus scandaleux, qui ne furent jamais révélés, ne retenant que la simonie, la sodomie, le viol, l'inceste, la torture et le meurtre. » p 189 Que devaient être les autres !!!!!
« Le Pogge, secrétaire apostolique cynique au service d'un pape notoirement corrompu, était considéré par ses amis comme un héros de la culture, un guérisseur qui réparait et ramenait à la vie le corps démembré et mutilé de l'Antiquité.
C'est ainsi qu'en janvier 1417 nous le retrouvons dans une bibliothèque monastique, probablement à Fulda. Là, il prit sur une étagère un long poème dont l'auteur devait être mentionné par Quintilien ou dans la chronique de saint Jérôme : T.LUCRETI CARI DE RERUM NATURA. » p 200
Il faut souligner qu'il ne tardera pas à retrouver sa place de secrétaire à la Curie et cela pour de nombreuses années car il sait manoeuvrer pour y rester malgré ses écrits parfois aussi subversifs pour la papauté que ceux de Lucrèce.
Comment ce livre connu depuis l'antiquité et sorti de l'ombre au XVe siècle va-t-il être à l'origine De La Renaissance c'est ce que nous démontre l'auteur de « Quattrocento ».
Tout en nous retraçant l'histoire du « De rerum natura » de Lucrèce dont il souligne l'importance et l'influence à Rome auprès d'écrivains comme Cicéron et Virgile, il nous fait remonter jusqu'à l'époque de sa redécouverte et au-delà.
Il nous offre au passage un portrait inoubliable de la curie romaine et de la corruption des papes tout en n'épargnant pas non plus les savants humanistes, dont Le Pogge, qui se disputa en 1452 avec un autre secrétaire du pape l'humaniste Georges de Trébizonde sur la question de savoir qui méritait le plus d'éloges pour diverses traductions de textes antiques :
« Le Pogge traita tout haut son rival de menteur et Georges répondit en lui assenant un coup de poing. Puis le Pogge, soixante douze ans, saisit d'une main la joue et la bouche de Georges, cinquante sept ans, tout en essayant , de l'autre main de lui arracher un oeil… Le Pogge profita de ses relations pour faire renvoyer Trébizonde de la curie. le premier termina ses jours couvert d'honneurs, le second mourut dans l'anonymat, pauvre et amer. » p 164
Un livre sur les livres et sur un livre en particulier qui m'a passionnée. Il est semblable à un jeu de piste et donne envie de découvrir et savoir. Une chasse aux trésors dont je ressors éblouie par l'érudition de son contenu, jamais pesante et même bien vivante.
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Ode
  20 juin 2013
Phénomène littéraire outre-Atlantique, ce mystérieux Quattrocento m'intriguait depuis quelque temps. Merci à Babelio et aux éditions Flammarion d'avoir satisfait ma curiosité.
En l'absence de mention sur la couverture, dans quelle catégorie classer ce livre ? le titre et l'auteur américain évoquent le Da Vinci Code, l'illustration le cercle De La Croix, et le sujet littéraire le nom de la rose. J'en frétille d'avance !
En y regardant de plus près, la quatrième de couverture et le premier chapitre annoncent une biographie : celle de Poggio Bracciolini, un Florentin humaniste et bibliophile. Jusque là, ça va, j'adore les biographies.
Or bien vite, la biographie cède le pas à un essai historico-philosophique brassant les époques et d'innombrables citations. Renseignements pris, l'ouvrage original intitulé "The Swerve (la déviation) : How the world became modern" a reçu le prix Pulitzer dans la catégorie "non-fiction". Je peux dire adieu au roman historique palpitant tant attendu...
En 1417, Le Pogge a perdu sa charge de secrétaire auprès du pape déchu Jean XXIII et parcours l'Europe à la recherche de manuscrits antiques. Ses pérégrinations l'amènent dans un monastère allemand, où il déniche une copie du poème de Lucrèce écrit au premier siècle avant Jésus Christ : de rerum natura (De la nature des choses). En affirmant, dans la lignée d'Epicure, que la matière est faite d'atomes, de vide et rien d'autre, Lucrèce oppose la mort physique à l'immortalité de l'âme et substitue la quête du plaisir à la crainte de Dieu. Une vision du monde si différente des dogmes médiévaux qu'elle va bouleverser l'ordre établi et ouvrir la voie à la Renaissance.
Les quarante pages de notes à la fin de Quattrocento prouvent le sérieux des recherches de Stephen Greenblatt, professeur de littérature anglaise et spécialiste de Shakespeare. Néanmoins, je trouve que la manière dont il fait étalage de son savoir, sous forme de fréquentes digressions dans la biographie du Pogge, avec des sauts dans le temps allant de l'Antiquité au XXe siècle, manque de structure et de fluidité – la traduction n'aidant guère en cela. Il décrit par exemple le travail des moines copistes du Moyen Âge, ce qu'est un scriptorium, un papyrus, un parchemin ou un palimpseste, la découverte d'Herculanum sous la lave du Vésuve, la philosophie d'Epicure, les dangereuses théories de Giordano Bruno et de Galilée... Si de telles connaissances paraissent sensationnelles au lectorat américain, elles ne sont que des rappels pour un Européen doté d'un honnête bagage culturel. le chapitre que j'ai préféré est l'analyse du de natura (page 201 et suivantes), bien que la forme du commentaire demeure scolaire. Quant à la vie du Pogge, bien platement évoquée, elle m'a laissée de marbre.
Bref, j'ai lu Quattrocento avec un intérêt poli mais sans plaisir. Quel dommage pour un ouvrage qui place l'épicurisme au coeur de son propos...
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ivredelivres
  18 juin 2013
Toujours s'est posée la question : comment est-on passé du Moyen-Age à la Renaissance?
Et si ce passage était lié aux livres ? et plus spécialement à un livre ?
Si l'on fait un retour en arrière vers cette époque il faut se rappeler que l'imprimerie n'est pas encore inventée et que les manuscrits tiennent le haut du pavé. L'art de la copie est difficile, entaché d'erreur, seuls sont copiés les manuscrits qui se vendront bien.
A l'aube du XV ème siècle un homme parcours les routes, les monastères à la recherche de manuscrits anciens, de ceux qui donnent accès aux textes de l'antiquité. Il s'appelle Poggio Bracciolini mais nous le connaitrons plus tard comme Le Pogge.
Qui est-il ? C'est un bibliophile acharné, c'est un laïc qui a mis ses nombreux talents au service des Papes de son temps, et pas un Pape, non il en servira cinq !!
Cet homme qui se fraye un chemin dans l'ambiance délétère de la Rome de la Renaissance, est intelligent, un rien dépravé, tout à fait corrompu, facétieux et grivois, amateur de femmes et de bons mots.
Mais par dessus tout c'est un humaniste qui guette, cherche, déterre les manuscrits latins que les moines copient au fond des monastères sans parfois comprendre ou lire le texte lui même, grâce à lui « surgissait de nouveaux fantômes du passé romain. »
Participant au Concile de Constance en Allemagne, la chance va lui sourire, il va copier un manuscrit le « de rerum natura » de Titus Lucretius Carus que nous connaissons sous le nom de Lucrèce.
Le Pogge « se doutait-il que le livre qu'il remettait en circulation, participerait le moment venu au démantèlement de tous son monde ?
Ce livre va montrer « la façon dont le monde a dévié de sa course pour prendre une nouvelle direction. » il va insuffler de nouvelles façons de penser, il va faire l'effet d'une bombe dans un univers limité et contrôlé par l'Eglise.
Il est question d'atomes, d'infini sans Dieu. La religion y est assimilée à la superstition, l'amour et le plaisir sont liés, le bonheur de vivre en est le centre.
Un livre pour soigner l'angoisse de l'homme, pour magnifier la liberté, pour enseigner une sagesse tragique.
« Un poème alliant un brillant génie philosophique et scientifique à une force poétique peu commune. Une alliance aussi rare à l'époque qu'aujourd'hui. »
Le poème de Lucrèce dont Flaubert plus tard dira « Les Dieux n'étaient plus et le Christ n'étant pas encore, il y a eu de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été. »
Il va influencer les arts, Boticelli lui doit sa Vénus, Giodarno Bruno y trouvera les thèses qui l'enverront au bûcher, Machiavel lui doit sa réflexion sur le pouvoir. Copernic et Galilée y trouveront de quoi nourrir leur science, Shakespeare le mettra dans ses pièces de théâtre comme Molière, Montaigne en fera son livre de chevet au point de citer Lucrèce plus de cent fois tout au long des ses Essais.
Montaigne laissa des commentaires manuscrits sur son exemplaire que l'on a retrouvé en 1989 « Puisque les mouvements des atomes sont tellement variés, était-il écrit, il n'est pas inconcevable que les atomes se soient un jour assemblés d'une façon, ou que dans l'avenir ils s'assemblent encore de la même façon, donnant naissance à un autre Montaigne ».
Plus près de nous Thomas Jefferson reconnaissait l'action de ce livre en cas de difficulté « Je suis obligé de recourir finalement à mon baume habituel ».
Stephen Greenblatt trace le parcours des livres antiques, les moments où on a pu les considérer comme perdus, ce qui les a sauvés, les manoeuvres de l'Eglise pour mettre Lucrèce sous le boisseau, la résurgence et le poids des textes sur l'évolution de la pensée, des sciences et des arts.
Son tableau de la papauté en ce temps là est tout à fait réussi « le Pape était une crapule mais une crapule cultivée qui appréciait la compagnie des érudits » et ....sans concession.
Ce livre a obtenu le Prix Pulitzer et c'est bien mérité, un livre prestigieux, passionnant qui se lit comme une enquête policière qui porterait en sous-titre « à la recherche d'un manuscrit »
Stephen Greenblatt est érudit au point de pouvoir disparaitre derrière l'érudition, son livre fait revivre cette période avec fougue, il nous pose les clés de l'antiquité sur un beau coussin de velours.

Lien : http://asautsetagambades.hau..
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nathalia1307
  15 avril 2014
"Le Pogge prit ses distances par rapport au contenu de de la Nature, mais c'est lui qui fît le premier pas décisif en sortant l'ouvrage de son rayonnage en le faisant copier et en envoyant une copie à ces amis florentins. Une fois le poème remis en circulation la difficulté n'était pas de le lire (si l'on maîtrisait suffisamment le latin), mais de discuter ouvertement de son contenu ou de prendre au sérieux ses idées."

C'est une lecture assez inattendue, l'entrée en matière m'a très vaguement rappelé le nom de la Rose d'Umberto Ecco, cependant la comparaison s'arrête là ce n'est pas un roman.

Il ne faut pas s'attendre à une intrigue, l'auteur déroule une biographie de le Pogge, officiellement secrétaire apostolique du très controversé pape Jean XXIII, officieusement chasseur de manuscrits anciens. Il retrace habilement la "mise en circulation" d'un texte philosophique païen de Rerum Natura, de la Nature écrit par Lucrèce disciple d'Epicure, datant de l'époque Antique, environ 50 ans avant JC.
Bien sur, pourquoi lire cet ouvrage? Si comme moi, vous n'avez souvenir de cours de latin, que les fables d'Esope et le Satiricon de Pétrone, ou les souvenirs d'occuper le dernier rang de la classe, mon initiation au latin et grec reste mémorable.
Cet ouvrage écrit par une "pointure" reste accessible, le but n'est pas d'endormir le lecteur ou de le noyer dans les ténèbres de cette époque médiévale du XVe siècle.
à l'origine Le Pogge a débuté comme copiste, a gravi les échelons de la curie Romaine sans pour autant endosser l'habit religieux, pour accéder au poste le plus élève pour un laïc, le secrétaire du Pape.

Après le destitution de Jean XXIII, il décide de se consacrer à la bibliophilie, et la recherche de textes philosophiques anciens, non tolérés par le Vatican, il est lui même un grand admirateur de Cicéron. Il fait partie de ces hommes, qui, au cours du Moyen Age, grâce à leur connaissance précise et exacte du latin et de leur soif de savoirs, développent et véhiculent un courant humaniste. En contraste de la terreur, la peur des maladies, du châtiment d'outre-tombe, et de l'obscurantisme propre au Moyen Age, perpétués par l'Eglise grâce à la puissante Inquisition afin de maintenir souveraine la Chrétienté.
1417, Le Pogge arrive dans un monastère allemand, il veut accéder à la bibliothèque du monastère et en consulter les ouvrages , il va devoir gagner les faveurs de la communauté et, et il découvre ce texte de Lucrèce, un texte sublime, et moderne de part les idées exprimées, comme le souligne l'auteur. Il met la main sur ce texte de Lucrèce, et en fait réaliser une copie par son assistant scribe.
A partir de l'histoire de cet homme, Stephen Greenblatt va exposer plusieurs thématiques; composant les différents chapitres. Il remonte jusqu' à l'antiquité: les conversations des philosophes et leur talent pour la rhétorique, l'histoire du livre se décline en tant que support, la vie des scribes, des bibliothécaires et la grandeur de la bibliothèque d'Alexandrie, la vie d'Hypathie y est également évoquée, puis la diffusion des ouvrages, la vie dans les monastères et le travail des moines copistes, les marges des manuscrits ont conservés les traces de leur détresse "Qu'il soit permis aux moines copistes de mettre fin à son labeur" "J'ai fini, avouait un autre, pour l'amour du ciel donner moi à boire"

Cette partie est assez captivante pour les néophytes, comme moi.
Puis, il aborde la biographie de le Pogge, sa vie à la Curie Romaine, et le déchainement du pouvoir au sein du Vatican. L'homme est complexe, détestant l'Eglise, il accède cependant à de hautes fonctions à la Curie, qu'il conservera durant de nombreuses années. Le Pogge n'aimait pas les moines, qu'ils trouvent "ignorants et d'une paresse désespérante", pour lui les monastères sont remplis "d'inadaptés à la vie en société".
Il explique ensuite le fameux texte de la nature, en expliquant sommairement le contenu et la portée, et en quoi ce texte a pu transformer les consciences, sauf que "la police de la pensée est à l'oeuvre", et de la Nature est jugée comme une fable, un texte sans danger par les ecclésiastiques soucieux de maintenir la chrétienté, le danger est ailleurs car la réforme est en marche. le texte n'est pas accessible au commun des mortels, il nécessite une maitrise de la langue latine.
Pourtant, Le Pogge sembla avoir trouvé dans ce texte, une forme de réponse comme d'autres, Erasme, Botticelli, Thomas Moore, Machiavel, Molière, Thomas Moore, Shakespeare, poètes anglais jusqu'à Thomas Jefferson inspirés par le message de ce texte ont trouvé une former d'inspiration.
Outre la plongée dans le Moyen Age très intéressante, et le portrait de cet homme, amoureux de livres, l'auteur a su mettre le projecteur sur l'idée de pérennité d'un livre, nul doute que ce texte de la Nature aurait pu disparaitre comme tant d'autres, il a survécu au temps, la probabilité qu'il parvienne jusqu'à nous résulte d'un concours de circonstances aléatoires habilement retracé par Stephen Greenblatt, presque romanesque ou peut être tout simplement ce texte doit à sa beauté, d'avoir pu traverser le temps.
Autant dire que résumer cet ouvrage est impossible, il faudrait en citer pas mal de passages, et relire le chapitre sur le texte "De La Nature", son contenu reste très philosophique, pas inaccessible, dense surtout. Cet ouvrage reste assez atypique dans un contexte ou le livre devient un véritable produit de consommation.
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Levant
  15 avril 2014
Baignés dans l'atmosphère d'une époque où un christianisme tyrannique règne en maître et enferme les esprits dans le carcan de la pensée unique, les intellectuels du Quattrocento cherchent une échappatoire dans l'humanisme des philosophes de l'antiquité. Poggio Bracciolini, dit Le Pogge, est de ceux-là. Laïque au service des cours pontificales, officielles ou auto proclamées, il fait de sa vie une quête de ces recueils devenus rares, parce que transcrits sur des supports périssables, convaincu que si la parole véhicule la pensée dans l'espace, l'écrit la véhicule dans le temps.
Tiraillé entre la doctrine d'une église, dont les prélats corrompus ne s'appliquent pas à eux-mêmes leurs prêches de pauvreté et de chasteté, et la théorie d'Epicure, qui prône la recherche des plaisirs terrestres comme philosophie de vie, Le Pogge navigue entre hérésie et dévotion. Toujours sur la corde raide, il traverse le quattrocento, ce 15ème siècle italien, au cours duquel une sorte de frénésie gagne les esprits des intellectuels dans leur fascination pour une pensée libérée des contraintes du Christianisme. Tout mode d'expression de l'esprit antique trouve faveur à leurs yeux : peinture, sculpture, architecture et bien sûr écriture. La valeur de cette dernière est en outre magnifiée par sa rareté et la fragilité de ses supports. Une forme d'urgence s'impose à eux pour faire renaître par la copie les quelques ouvrages qui ont survécu à des siècles de guerres, de calamités naturelles, d'autodafés.
Paradoxalement, ces recueils païens sont très souvent conservés par des religieux dans les riches bibliothèques de leurs monastères. C'est dans celui de Fulda, en Allemagne, que Le Pogge trouvera ce qui est annoncé comme l'écrit qui bouleversa la pensée du 15ème siècle et de ceux qui suivront, jusqu'à nos jours.
C'est à partir de ce moment qu'est mise à l'épreuve l'élévation intellectuelle du lecteur. Sa culture littéraire devra apprécier la portée philosophique et la force poétique que Stephen Greenblatt veut conférer au texte de Lucrèce.
Je mets alors en cause la pauvreté de ma propre culture pour dire que je suis resté sur ma faim, trahi par la présentation de l'éditeur. L'intrigue dévoilée dès les premières pages nous fait attendre le chapitre VIII pour décrypter la teneur philosophique développée par ce fameux de la nature qui a subjugué l'auteur. Mon attente, forgée par la grandiloquence de l'entrée en matière de la préface, à la manière de la promotion pour une superproduction américaine, s'est éteinte d'elle-même au fil des chapitres. Stephen Greenblatt, anticipant d'ailleurs la déception du lecteur ne déclare t'il pas lui-même : « de la nature est à la fois un grand livre philosophique et une oeuvre poétique. Bien sûr, en résumant comme je l'ai fait ses propos, on passe à côté de la puissance poétique de Lucrèce, … ».
Il ne faut donc pas se tromper d'objectif et attendre un thriller haletant, mais bien s'apprêter à philosopher autour de la lutte ravivée entre le paganisme des antiques et la ferveur aveugle du christianisme de ce siècle bouillonnant. Comme le dit Stephen Greenblatt : « La langue est souvent difficile, la syntaxe complexe, et l'ambition intellectuelle considérable ». Cette phrase qui évoque le texte de Lucrèce en lui-même, traduit aussi le fait que cet ouvrage n'est pas un polar historique à lire sur la plage, mais bien un thème de réflexion. Qui n'est pas ouvert à la philosophie devra faire oeuvre d'examen critique et abandonner l'idée de se faire absorber par une lecture facile propre à faire galoper les yeux sur de ligne en ligne, de page en page.
Il n'en reste pas moins que le fondement historique est réel et traduit bien le tiraillement des intellectuels de ce siècle, avides de liberté mais étouffés par l'omniprésence et l'omnipotence de l'Eglise.
A lire avec concentration, et un crayon, pour se fixer des repères dans ce conflit philosophique dont notre siècle appauvri en valeurs a fait oublier à quel point il a gouverné la vie des contemporains De La Renaissance.
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Les critiques presse (3)
LaViedesIdees   29 juillet 2013
Stephen Greenblatt propose un récit original du tournant de la Renaissance en montrant que la redécouverte du poème de Lucrèce en 1417 a fait basculer le monde dans la modernité. L’ouvrage se concentre sur l’homme qui découvrit ce manuscrit et permit sa circulation dans les milieux humanistes italiens. Mais le livre ne tient pas toutes ses promesses.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
Telerama   17 juillet 2013
Humaniste florentin, le Pogge a sillonné l'Europe à la recherche de manuscrits oubliés. Sa quête philosophique prend ici l'allure d'un roman picaresque.
Lire la critique sur le site : Telerama
LaLibreBelgique   08 juillet 2013
La découverte d’une copie en 1417 eut un effet explosif sur la Renaissance. Un succès mondial salue sa brillante reconstitution par Stephen Greenblatt.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations & extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
OdeOde   27 juin 2013
Au milieu du VIe siècle, au cours de la guerre des Goths et dans la période plus sombre qui suivit, les derniers ateliers de fabrication de livres fermèrent et ce qui restait du marché du livre périclita. Tout commerce avec les fabricants de papyrus d'Egypte avait cessé depuis longtemps, et en l'absence d'un marché commercial de livres, les ateliers de parcheminerie, où les peaux d'animaux étaient transformées en supports d'écriture, étaient tombés en désuétude. Les moines durent alors apprendre l'art difficile de restaurer le parchemin existant et d'en fabriquer de nouveaux. Leur objectif n'était pas d'imiter les élites païennes en plaçant les livres ou l'écriture au centre de la société, ni d'affirmer l'importance de la rhétorique ou de la grammaire, ni de valoriser l'érudition ou le débat, mais de fait ils devinrent les principaux lecteurs, bibliothécaires, producteurs et conservateurs des livres dans le monde occidental.
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OdeOde   07 septembre 2013
Le Pogge n'aimait pas les moines. Il connaissait pourtant des frères remarquables, des hommes érudits et d'une grande rectitude morale, mais de manière générale, il les trouvait superstitieux, ignorants et d'une paresse désespérante. Pour lui, les monastères étaient des repaires d'individus inaptes à la vie dans le monde. Les nobles y envoyaient les fils qu'ils jugeaient inadaptés, trop frêles ou bons à rien ; les marchands y envoyaient leurs enfants attardés ou paralytiques ; et les paysans, des bouches impossibles à nourrir. Les plus robustes avaient au moins l'avantage de pouvoir exploiter les jardins ou les champs adjacents, mais pour la plupart, pensait le Pogge, c'était un ramassis de fainéants. Derrière les murs épais des cloîtres, ils marmonnaient leurs prières et vivaient des revenus de ceux qui exploitaient les vastes terres de leur monastère.
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OdeOde   12 septembre 2013
Les bibliothèques monastiques du Moyen Âge les plus célèbres étaient petites par rapport aux bibliothèques antiques ou celles qui existaient à Bagdad ou au Caire. Avant l'invention de l'imprimerie, pour rassembler un nombre modeste d'ouvrages, il fallait créer ce qu'on appelait des scriptoria, ces ateliers où les moines restaient assis des heures durant pour exécuter les copies. Au début, cette tâche s'effectuait dans un endroit du monastère jouissant d'une bonne lumière, même si le froid engourdissait parfois les doigts. Avec le temps, des pièces spéciales furent aménagées ou construites à dessein. Dans les grands monastères, ceux qui cherchaient à rassembler de prestigieuses collections de livres, il s'agissait de vastes salles pourvues de fenêtres en verre transparent sous lesquelles les moines, dont le nombre pouvait aller jusqu'à trente, s'installaient face à des pupitres individuels parfois séparés par des cloisons.
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OdeOde   13 septembre 2013
Le principal matériau utilisé pour la fabrique des livres consistait en peaux d'animaux — vaches, moutons, chèvres et parfois cerfs —, puisqu'on ne pouvait plus se procurer de papyrus et que l'usage du papier ne s'est pas généralisé avant le XIVᵉ siècle. Ces peaux devant être lissées, le bibliothécaire distribuait de la pierre ponce qui servait à éliminer les poils restants, les bosses et autres imperfections. Une tâche pénible attendait le scribe à qui était attribué un parchemin de mauvaise qualité. Les marges de certains manuscrits monastiques ont parfois conservé des témoignages de leur détresse : « Le parchemin est velu » ; « Encre diluée, mauvais parchemin, texte difficile » ; « Dieu merci, il fera bientôt nuit ». « Qu'il soit permis au copiste de mettre un terme à son labeur », écrivit un moine épuisé sous son nom, précisant la date et le lieu où il travaillait. « J'ai fini, avouait un autre, pour l'amour du ciel donnez-moi à boire. »
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OdeOde   21 juin 2013
Il s'agit de souligner un fait plus surprenant, l'impression, évidente à chaque page de De la nature, que la vision scientifique du monde - celle d'atomes se déplaçant au hasard dans un univers sans bornes - a, à l'origine, été inspirée par l'émerveillement d'un poète. Cet émerveillement ne doit rien à des dieux ou des démons, ni au rêve d'une vie après la mort ; chez Lucrèce, il vient de la prise de conscience que nous sommes faits de la même matière que les étoiles, les océans et de tout ce qui est. Ce qui, d'après lui, doit déterminer la façon dont nous menons notre vie.
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