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Léo Lack (Autre)
EAN : 9782070774364
574 pages
Éditeur : Gallimard (26/05/2005)
3.87/5   50 notes
Résumé :
"On la jugeait singulière, ce qui, dans ce milieu, équivalait à une réprobation. Troublée, malheureuse, comme un tout petit enfant, cette large créature musclée se sentait seule, elle n'avait pas encore appris cette dure leçon : elle n'avait pas encore appris que la place la plus solitaire en ce monde est réservée aux sans-patrie du sexe." Le puits de solitude fit scandale lors de sa parution à Londres en 1928, où il fut interdit et les exemplaires imprimés jetés au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
keisha
  12 décembre 2015
ce roman de 1928 fit à l'époque scandale en Grande Bretagne (et obtint un joli succès au Etats-Unis) à cause de son sujet. Radclyffe Hall (1880-1943) était une romancière anglaise née dans une famille aisée, vivant en couple avec des femmes et portant des habits masculins, tout comme- sans trop en dévoiler- son héroïne de roman
Curiosité, odeur de soufre, oui sans doute, mais il fallait tout de même que ce roman ait (à mes yeux du moins) une certaine qualité littéraire. Quelques pages ont suffi pour m'en convaincre.
Un peu de l'histoire:
Dans leur belle propriété de la campagne anglaise, Sir Philip et Lady Anna Gordon s'aiment toujours passionnément lorsqu'après dix ans de mariage est annoncé un héritier, qu'il est prévu de prénommer Stephen. Une fille naît, qui sera Stephen quand même. Ses premières années se passent merveilleusement bien, avec une nanny puis une gouvernante. Elle aime se déguiser en Nelson, insiste pour monter à califourchon, va à la chasse au renard et fait l'admiration de son père pour ses talents de cavalière. Seules ombres au tableau, la retenue gardée par sa mère à son égard, le peu de goût pour les jeux de filles et la disparition d'une femme de chambre aimée sans trop de retenue. Son père, lecteur de Karl Heinrich Ulrichs et de Krafft-Ebing, pressent quelques vérités et n'en aime que plus sa fille, la chérissant et la protégeant.
"Mais Sir Philip posa de nouveau son regard sur elle, et il y avait de l'amour dans ses yeux, de l'amour et quelque chose qui ressemblait à de la compassion.(...) 'Vous êtes tout le fils que j'aie, dit-il. Vous êtes courageuse et saine, mais je désire que vous soyez sage... je désire que vous soyez sage dans votre propre intérêt, Stephen, car même en mettant les choses au mieux, la vie demande une grande sagesse. Je désire que vous appreniez à vous faire des amis de vos livres; vous pourriez en avoir un jour besoin, parce que...' il hésita, 'parce que vous pourriez ne pas toujours trouver la vie facile (...) et que les livres sont de si bons amis.
Un père extraordinaire, permettant à sa fille escrime et gymnastique, et insistant pour qu'elle développe aussi son esprit.
Vivant à l'écart dans la propriété où sa famille a ses racines, Stephen donne une impression d'innocence voire de naïveté, mais elle sent les choses.
"Les yeux des jeunes gens ne laissent pas d'être observateurs. La jeunesse a ses instants d'intuition aiguë, même la jeunesse normale, mais l'intuition de ces êtres qui se tiennent entre les deux sexes est si impitoyable, si poignante, si précise, si implacable qu'on dirait que cela constitue un châtiment supplémentaire."
Là c'est Radcliffe qui parle, car il faut encore des pages pour qu'après avoir cru à une belle amitié masculine (le jeune homme avait d'autres objectifs!) elle réfléchisse. "Mais qu'était-elle? Ses pensées remontaient à son enfance et elle trouvait dans son passé des faits qui la laissaient perplexe. Elle n'avait jamais été tout à fait semblable aux autres enfants, elle avait toujours été seule et insatisfaite, elle avait toujours essayé d'être quelqu'un d'autre. (...) Seule... il était terrible de se sentir si seule... de se sentir différente des autres."
Hélas son père, le seul qui pourrait l'aider en lui disant la vérité, n'ose pas, par amour. Quand il disparaît, elle s'amourache de l'épouse d'un voisin, puis se voit contrainte de partir à Londres. Son premier roman paraît. Puis sur le front lors de la première guerre mondiale elle conduira une ambulance et connaîtra le Paris des années 20, fréquentant surtout ce qu'on appelait des invertis (Radcliffe utilise ce mot, ainsi que 'normal' et même le n-word). Mais je ne veux pas tout raconter, je passe une grande partie, triste et belle, de ce roman.
Impressions
Ce roman étant sans doute grandement inspiré du vécu de l'auteur, ce n'est pas toujours bien joyeux... Mais elle a su rendre son héroïne attachante dans son ignorance et son désarroi initiaux, puis sa révolte à se voir refuser une vie comme celle des autres, devant se cacher ou mentir.
Les passages sur le front de guerre et la vie mondaine dans certains milieux parisiens est passionnante. D'ailleurs tout le roman est intéressant, j'ai bien sûr aimé la finesse des ressentis de Stephen, et la façon dont la nature est décrite, c'est original et plein de fraîcheur (non, pas de longueurs)
Donnons la parole à Violet, une voisine de ses parents
"C'est une vraie pitié que vous vous habilliez ainsi, ma chère, une jeune fille est tellement plus attrayante quand elle est féminine.... ne pensez-vous pas que vous pourriez féminiser un peu vos vêtements? Je suppose que vous désirez vous marier, n'est-ce pas? Aucune femme n'est complète tant qu'elle n'est pas mariée. Après tout, aucune femme ne peut réellement rester seule, elle a toujours besoin d'un homme pour la protéger."
Finalement, ce roman, même s'il est très soft, demeure bien clair et défend les 'invertis', réclamant le droit de fréquenter qui ils veulent. de vivre avec qui ils veulent. Stephen regarde avec envie la liberté des couples mariés et avec enfants...
Les seuls trucs un peu datés que je relève (mais je suis espiègle) ce sont des remarques sur, par exemple, la 'vaillance celtique' ou 'nul homme n'est un plus fidèle amant des arbres qu'un Allemand.'
Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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SisteroftheMoon
  01 janvier 2021
Dernière lecture de 2020 et pas des moindres : un roman familier des bûchers anglais car "scandaleux", "obscène ", "immoral" et autres adjectifs rétrogrades des pères-la-morale de l'après guerre.
Je l'ai bouclé il y a quelques jours mais je me sens encore "à chaud". Peut-être trop pour bien le chroniquer. Mais voilà, les ondes de Radclyffe Hall interfèrent avec mes écrits et s'imposent au 1er plan de mes réflexions depuis que je l'ai refermé.
Impossible de penser à autre chose...
Impossible d'écrire autre chose ...
Impossible de lire autre chose ...
J'ai été remuée. Je le suis encore, comme une caisse de résonance à un siècle d'écart de sa source émettrice.
Primo, ce roman est précieux. Très précieux. Car il n'a pas de prédécesseur. Radclyffe Hall l'a écrit dans le noir, sans modèle ni repères (voir dernière image). Et quand la référence, c'est soi-même, la valeur littéraire compte triple à mes yeux. Créer dans les sentiers battus est déjà difficile. Créer en dépit du monde et de l'interdiction, c'est difficile ET dangereux.
Radclyffe Hall a été la première à fendre explicitement (et j'insiste sur le caractère explicite) le moule de la littérature hétéro-normée, la première à briser le silence des foules sur la persécution et l'invisibilisation des inverti.e.s (alias homosexuel.le.s en français 2.0).
Explicite ici ne veut pas dire scènes de sexe. En fait, il n'y en a aucune (obscène qu'ils disaient !). Par explicite, je veux dire que Radclyffe Hall a fait de l'inversion son thème principal, son noeud d'intrigue et son protagonisme, alors que les plus courageuses y faisaient seulement allusion de manière espiègle et joueuse (Virginia Woolf dans Orlando par exemple).
D'ailleurs, la frilosité littéraire n'est pas révolue en la matière. Même dans la littérature très officiellement contemporaine, Sapho est encore rare. Et là où elle survit, elle n'est souvent que suggérée ...
Secundo, ce roman est une prouesse littéraire. L'interdiction le rend attrayant, oui, mais même sans cela, il pèse lourd. Tout est écrit et décrit en finesse et en profondeur, des ressentis de l'héroïne à ceux de son cheval, des virées en forêt aux salons littéraires du Paris des 20's, de la métamorphose du paysage à celle des alliances et des amours transis.
La première partie est si immersive (pour un roman à la 3eme personne en plus!) qu'on y entre très, voire trop facilement.
Et sinon, de quoi ça parle ?
On est à la fin du 19ème dans les collines de Malvern, en plein coeur de la campagne anglaise, dans ces grands espaces verts si beaux dans la littérature victorienne.
Stephen Gordon, fille unique de parents qui désiraient tant un fils, mène une enfance heureuse et insouciante dans sa riche demeure de Morton.
Enfant, Stephen porte des pantalons, monte à cheval "avec une jambe de chaque côté", se déguise en Nelson, casse le nez à Roger, fait de l'escrime, chasse avec les hommes, salue avec une poigne d'acier et range ses haltères près de ses livres.
Elle grandit en garçon manqué en dépit du monde en général et de sa mère en particulier, une femme ignorante et taiseuse qui n'éprouve que répulsion et désamour à son égard.
Si Stephen pousse librement (et naïvement), c'est parce qu'elle est sous la protection aimante et bienveillante de son père. Ami, confident, guide, défenseur, mère, frère, soeur, bouclier ... Il est tout pour elle. Mais il n'est pas éternel ...
S'ensuit l'itinéraire douloureux et courageux de Stephen de Morton à Londres puis à Paris en passant par la première guerre mondiale et les folles soirées parisiennes des 20's. Une décennie que le club des littéraires de la trempe de Stephen passe dans le salon de Valérie Seymour, qui ressemble beaucoup à Natalie Clifford Barney, écrivaine américaine ouvertement lesbienne et célèbre pour les salons littéraires qu'elle organisait chez elle à Paris à cette même époque.
Ça sent le vécu. À plein nez. Stephen Gordon est Radclyffe Hall. Radclyffe Hall est Stephen Gordon. J'ai été ébranlée par sa sincérité, son sens du sacrifie et du souvenir, son hypersensibilité et sa ténacité envers et contre tout.
Pièce unique sur mon podium 2020. Bien au dessus de toutes mes autres lectures.
Et maintenant, je me demande quel livre est de taille à être lu après ça sans me décevoir...

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Optione
  19 décembre 2019
Livre original par son thème, qui démarre tambour battant dans la campagne anglaise et présente toutes les qualités du roman anglais avec son atmosphère si particulière. La première moitié est merveilleuse, bien écrite et haletante. Puis le roman s'essouffle (on relève quelques fautes de goût) et il redevient intense dans les dernières pages. Il décrit bien l'impossibilité pour une femme de se faire aimer par une autre femme, les préjugés sociaux qui placent le masculin au dessus de tout. Pour "sauver" sa compagne, l'héroïne finit donc par la jeter dans les bras d'un homme. Donc roman un peu daté, mais qui reste émouvant et nous parle d'une époque où l'homosexualité féminine était un tabou insurmontable.
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Tu_vas_voir_ce_que_tu_vas_lire
  28 janvier 2019
“Reconnaissez-nous, oh Dieu, devant le monde entier ! Concédez-nous, à nous aussi, le droit à l'existence !” Ces deux phrases, les dernières du Puits de solitude, sont le cri de Stephen Gordon, héroïne du livre. Celle-ci découvre dès son jeune âge son penchant pour les femmes, mais fait face tout au long de sa vie à une succession de déceptions amoureuses.
Si le roman de Marguerite Radclyffe Hall ne présente pas d'issue heureuse pour ses personnages - il faudra attendre pour cela Carol de Patricia Highsmith, en 1952 -, et bien qu'il n'évoque leurs relations physiques qu'avec une très grande pudeur, le Puits de solitude fait figure de pionnier dans la représentation des amours lesbiennes. Il met surtout en scène une héroïne forte, qui assume son homosexualité et ses choix, à l'image de l'auteure Radclyffe Hall, qui vécut trente ans durant avec la sculptrice Una Troubridge, et qui était connue dans les cercles littéraires au début du siècle dernier pour sa façon de s'approprier une garde-robe masculine. En dépit du soutien de Virginia Woolf, Vita Sackville-West et E.M. Forster, le Puits de solitude fut interdit au Royaume-Uni suite à une violente campagne de dénigrement. Cela ne l'empêche pas de se vendre à un million d'exemplaires aux Etats-Unis entre 1916 et 1943, date de la mort de l'auteure.
Lien : https://balises.bpi.fr/litte..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
AmyParadiseAmyParadise   30 septembre 2012
L’âme souffre lorsqu’on a conscience de sa lâcheté et cela incite à chercher refuge dans la seule violence des mots.
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SisteroftheMoonSisteroftheMoon   01 janvier 2021
Un bel esprit va souvent de pair avec l'inversion
p. 531
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