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ISBN : 2266012630
Éditeur : Pocket (14/08/1995)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 13 notes)
Résumé :
II s'agit là d'un classique de la littérature anglaise, qui peut être valablement comparé à l'lle au trésor.

Rappelons brièvement le sujet : à la fin du XVllle siècle, une famille de planteurs d'origine anglaise, les Thornton, décide de quitter la Jamaïque périodiquement secouée par les mouvements d'émancipation des populations locales, mais aussi durement atteinte par une série de cataclysmes naturels.

Comme il faut faire vite, les ci... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Woland
  24 décembre 2015
A High Wind In Jamaica
Traduction : Jean Talva
ISBN : ?
ATTENTION ! SPOILERS !

Curieux et, oui, grand roman que cet énigmatique ouvrage dans lequel le lecteur prend en pleine figure que le Mal est partout, chez les adultes victoriens comme chez leurs rejetons. Mais l'habileté suprême de Hughes est de rendre son discours sur ce thème encore plus ambigu en le greffant à des questions telles que la responsabilité de parents trop laxistes (à moins qu'ils ne soient trop "modernes" ?), la sinueuse et inextricable gémellité siamoise qui unit en nous, enfant ou pas, le Mal au Bien, l'influence de traumas successifs, sanglants et survenant beaucoup trop rapidement pour l'esprit d'un enfant, la difficulté qu'il y a pour celui-ci (même de nos jours) à distinguer le jeu de la réalité et bien entendu l'épouvantable sensation d'abandon que l'on peut ressentir à dix ans, en pleine Mer des Caraïbes, sur un bateau-pirate, sensation qui ne peut qu'aiguiser l'instinct de conservation au détriment de ce nous nommons morale.
Paru en 1929, "Un Cyclone à la Jamaïque", qui donnera lieu à une adaptation radiophonique et, en 1965, à un film d'Alexander Mackendrick avec, entre autres, Anthony Quinn dans le rôle du capitaine Chavez (Jonsen dans le livre), est un livre d'une modernité exceptionnelle pour son époque et qui s'acharne à inverser la trame des idées reçues pour les mener à leur fin logique, absolue et implacable : la pendaison et la déportation d'hommes qui, finalement, ne se sont pas si mal conduits que ça envers les enfants qui les accusent, comme ça, froidement, sans remords, sans regrets, sans vergogne, de meurtre, d'assassinat et - la chose est suggérée plus qu'écrite noire sur blanc - d'abus sexuels sur deux fillettes. Cerise sur le gâteau : la petite Emily, "témoin" incontournable, qui, à son retour en terre britannique n'a, je le souligne, que dix ans, dit-elle la vérité ou alors joue-t-elle un rôle pour éviter de se voir accusée à son tour d'avoir (il est vrai dans une crise de panique qu'on peut comprendre) poignardé un malheureux capitaine hollandais capturé par les pirates ?
L'histoire commence par un cyclone symbolique sur la propriété, par ailleurs très simple, où les Thornton, colons typiquement anglais et de bonne caste même si on ne le dirait pas à les voir élever leurs enfants pieds nus et dans la boue, avaient décidé de s'installer. Ayant pris conscience, à la faveur de cette manifestation maligne de la Nature, que le lieu n'est peut-être pas si idéal qu'ils le croyaient, ils rapatrient leurs petits, dont John et Emily, les deux aînés, à bord d'un voilier dont le capitaine est un parfait imbécile - sympathique mais guère intelligent - lequel voilier va se faire capturer par un schooner commandé par le Capitaine Jonsen (mi-allemand, mi-scandinave) et son second, Otto. Si aucun membre du voilier - à l'exception du commandant, que Jonsen suspecte de dissimuler une forte somme d'argent - ne survit, les pirates, plutôt embarrassés dans l'affaire, bien loin de massacrer les enfants, les font simplement passer (deux ou trois autres, dont une certaines Margaret Fernandez, plus proche des quinze que des dix ans, elle, se sont joints à ce voyage qui devait être si paisible) sur leur schooner et entreprennent tout simplement de vivre en bonne entente avec eux. Les enfants vivent comme eux, mangent comme eux (ne boivent pas comme eux), jouent parmi les haubans et les vergues, adoptent (pour les garçons) un langage peu élégant, tout ça dans une chaleur et sous un soleil tropicaux.
De temps à autre, le schooner aborde et c'est parce qu'un vieux pirate veut faire voir aux enfants une fête locale que se produit le malheur qui empêchera tout retour en arrière : curieux et souple bien qu'assez rondouillet, le petit John se penche un peu trop à une fenêtre et tombe tout net, se cassant le cou. Voilà nos pirates non seulement atterrés mais aussi malheureux car, pour eux, malgré ses bêtises, John était un joyeux compagnon qui aurait pu, tôt ou tard, faire partie des Frères de la Côte. le tort de Jonsen - homme intelligent mais rustre - est de ne pas aborder le problème de front avec Emily. du jour au lendemain, le frère de celle-ci donc paraît s'évanouir dans la nature. Comment, quand, pourquoi ? ... Et au lieu de réclamer des explications, Emily, pour qui les pirates, en dépit de leur peu estimable profession, sont des "adultes", lâche prise et "oublie" en quelque sorte peu à peu son frère.
Les adultes ont toujours raison, surtout sous Victoria.
Le second point est l'attirance qu'Emily inspire au Capitaine quand il a bu. Là, l'enfant résiste, mord l'homme au pouce et, finalement, les pirates (tous ivres) remontent avec Margaret qui passera des jours et des jours dans la cabine de Jonsen. Sans doute subira-t-elle plusieurs viols mais, pour Emily, le lecteur est pratiquement sûr que personne ne l'a touchée. Ce qui n'empêchera pas l'enfant de le déclarer avec force larmes à la stewardess du bateau qui finira par les recueillir.
Du moins suppose-t-on que c'est cela qu'elle lui confie. Lui parle-t-elle aussi de la mort de John ? Et dans quels termes puisqu'elle n'y était pas ? En tous cas, on peut être sûr et certain qu'elle ne souffle mot du capitaine néerlandais prisonnier qu'elle a elle-même poignardé à mort, persuadée que le malheureux - pourtant ficelé comme un saucisson - voulait soit lui faire subir les derniers outrages, comme on disait à l'époque, soit la tuer. Et, de ce meurtre comme du décès purement accidentel de John, elle va accuser Jonsen et tout son équipage.
Tels sont les clefs principales de ce livre qui se présente sans aucune prétention dans sa vieille couverture du Livre de Poche dont la fraîcheur - un peu décatie pour mon exemplaire: - évoque ainsi plus une aventure à la Julles Verne que ce noeud complexe de mensonges, de semi-mensonges et de demi-vérités qu'il recèle en réalité. Sans aucune prétention et avec une parfaite innocence.
Mais justement, l'innocence, où est-elle là-dedans ? Si le roman fit scandale à son époque, c'est que, sans discussion possible, son auteur démontrait que le Mal gisait aussi profondément dans des enfants de dix / douze ans que dans un Capitaine de pirates retors et complètement saoul de plus de quarante-cinq ans. En outre, les sentiments, positif et négatifs, admis par la société ou reniés par elle, sont liés, reliés, s'entrelacent, se griffent, se mordent, se caressent : pour Emily, il est clair que Jonsen apparaît souvent comme une figure paternelle positive (et Jonsen, quand il décide de débarquer les enfants pour les remettre à un navire qui pourra les ramener en Angleterre, le sent bien et y voit, non sans raison, un danger pour sa liberté) alors que, en parallèle, cette enfant de dix ans ne dirait pas toujours non à avoir avec cet homme étrange des rapports bel et bien sexuels. La rivalité qui l'oppose à Margaret Fernandez est d'ailleurs très révélatrice sur ce point à plus d'un titre.
Au milieu de ce cyclone d'un genre un peu particulier, Otto, le Second, essaie de maintenir une forme d'équilibre mais ce sera en vain. A son sujet et à celui de Jonsen, certains passages font d'ailleurs penser à l'homosexualité mais là encore, rien n'est sûr.
"Un Cyclone A La Jamaïque" est un torrent de non-dits, de coffrets à fond secret, de masques riants qui dissimulent des têtes ensanglantées, de crânes fendus qui ne dissimulent plus rien qu'un petit garçon trop curieux, une éducation rigide qui rend ces enfants issus de la bonne société incapables tout d'abord de comprendre puis, lorsque la compréhension se fait jour, les transforme en ... ma foi en adultes capables de rendre, en tous cas intellectuellement, coup pour coup à leurs adversaires.
Mais au prix de leur santé mentale, oui ou non ?
C'est cela que, même s'il réalise que la santé morale de ces enfants est désormais gangrenée à vie, le lecteur ne parvient pas à départager et il n'a certes pas fini, tout comme d'ailleurs le père de celle-ci, de se poser des questions sur la sincérité d'Emily que, on le sent bien, il a du mal à ne pas considérer comme un monstre - non parce qu'elle aurait été violée mais parce que son instinct lui dit qu'elle ment en pleine connaissance de cause et qu'elle laisse pendre un innocent.
D'où un roman qu'il faut lire et certainement avant de regarder le film de Mackendrick dont il est impossible qu'il ait pu, en 1965, restituer l'immensité, la profondeur et la finesse de ce livre que William Golding, qui s'en inspirera plus ou moins pour "Sa Majesté des Mouches" mais là en se débarrassant carrément des adultes, tenait pour un chef-d'oeuvre. ;o)
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
WolandWoland   25 décembre 2015
[...] ... Au beau milieu de l'histoire, une cohue tumultueuse de matelots avait descendu l'échelle, en discutant beaucoup. Ils s'étaient arrêtés au bas, formant un groupe quelque peu branlant, et se tournant vers l'un d'entre eux. Il faisait si noir qu'on ne pouvait voir qui. Tous le pressaient de faire une chose ... à laquelle il ne se décidait pas.

- "Cré nom ..." s'écria-t-il d'une voix épaisse."Tonnez-moi de la lumière, che ne fois pas où ils sont !"

C'était la voix du capitaine, mais si changée ! pleine d'une sorte d'excitation contenue. Quelqu'un alluma une lanterne et la tint en l'air. Tassé comme un sac de farine, ramassé comme un tigre aux aguets, Jonsen était debout au milieu de la pièce.

- "Qu'est-ce que désirez ?" lui avait demandé Emily gentiment.

Le capitaine, irrésolu, se balançait comme un gouvernail.

- "Non ? ... Vous êtes ivre ?" cria Rachel d'une voix aiguë, indignée.

Mais le plus drôle, c'était Margaret. Pâle comme un linge, les yeux agrandis par la terreur, elle tremblait de la tête aux pieds, comme si elle avait la fièvre. C'était absurde. C'était un accès de frayeur stupide comme celui qu'elle avait déjà eu, Emily s'en souvenait bien, durant la première nuit sur le schooner.

A ce moment, Jonsen s'était approché de la petite fllle en titubant ; et, lui passant une main sur le menton, de l'autre il lui caressait les cheveux. Une sorte de vertige aveugle s'était emparé d'elle ; elle lui avait saisi le pouce et, de toute sa force, l'avait mordu ; ensuite, épouvantée de folie, elle s'était précipitée à travers la cale, vers le groupe effaré des autres enfants.

- "Qu'avez-vous fait ?" avait crié Laura en la repoussant avec colère. "Méchante ! vous lui avez fait mal."

Jonsen allait et venait, frappant du pied, jurant et suçant son pouce. Edward avait sorti un mouchoir ; à eux tous, ils étaient venus à bout de le panser. Pendant quelques instants, il était resté en contemplation devant son bandage ; puis, secouant la tête comme un chien qui sort de l'eau, il avait battu en retraite vers le pont avec un petit halètement de douleur.

Margaret avait été alors si malade qu'ils avaient cru vraiment qu'elle avait la fièvre ; et ils n'avaient pu tirer d'elle une seule parole sensée.

Lorsqu'Emily, avec sa conscience toute neuve des choses, reconstituait cette scène, c'était comme si elle relisait une histoire dans un livre, tant elle se sentait peu responsable de la créature automatique qui avait mordu le capitaine. Et même, cela ne l'intéressait pas énormément. C'était bizarre ; mais maintenant, il y avait si peu de choses dans la vie qui ne fussent pas bizarres !

Elle évitait Jonsen depuis cette aventure ; à vrai dire, ils s'évitaient d'un commun accord. Elle avait d'ailleurs été mise en quarantaine par tout le monde pour l'avoir mordu ; le lendemain, personne n'avait voulu jouer avec lui et elle le méritait bien : c'était fou, ce qu'elle avait fait. Pourtant, Jonsen, tout en l'évitant, avait lui-même l'air plus honteux que fâché ... encore une chose incompréhensible.

Mais ce qui l'intéressait davantage, c'était l'attitude étrange de Margaret pendant les jours qui avaient suivi. Elle s'était vraiment conduite d'une manière bien curieuse. D'abord, elle avait paru avoir une crainte excessive de tous les matelots ; puis, tout à coup, elle s'était mise à les suivre sur le pont, comme un chien, Otto surtout, pas Jonsen ; puis, brusquement, elle s'était complètement tenue à l'écart, et elle avait pris ses quartiers dans la cabine des officiers. Et maintenant, la chose étrange, c'était qu'elle les évitait, eux, les enfants, et passait tout son temps avec les hommes. Et les hommes, de leur côté, semblaient prendre un soin particulier, de ne pas les laisser lui parler, mais même de ne pas la leur laisser voir. ... [...]
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WolandWoland   25 décembre 2015
[...] ... Margaret et Edward, hésitants, s'attardaient à l'entrée, du côté de l'escalier ; mais John, baissant la tête et se frayant un chemin comme une taupe, ne fut content que lorsqu'il eut atteint l'ouverture béante. De là, regardant au-dehors dans l'obscurité, il vit la vache, tournoyant sur elle-même, qui se débattait dans les airs à un mètre du seuil, tandis qu'à chacune de ses révolutions, un nègre, penché jusqu'à l'extrême limite du possible, s'efforçait de la saisir par la queue et de la faire aborder.

John, dans son enthousiasme, se penchant de plus en plus, perdit l'équilibre et tomba, de quarante pieds de hauteur [= 1 pied = 30 cm environ] sur la tête.

José poussa un cri d'épouvante, sauta sur le dos de la vache, et fut instantanément à terre comme si le cinéma était déjà inventé. C'était certainement très drôle, mais ce qu'il se passait en lui à ce moment-là, il était difficile de le savoir. Une pareille responsabilité ne tombe pas habituellement sur un vieux matelot ; elle ne lui en paraissait sans doute que plus lourde. Quant à la foule assemblée aux abords de la maison, elle ne tenta même pas de toucher le corps avant que José eût terminé sa descente. Tout le monde se tint à distance, lui laissant le temps d'examiner l'enfant, de le palper ... Mais John s'était évidemment cassé le cou.

Margaret et Edward cependant ne s'étaient pas bien rendus compte de ce qui se passait car ils n'avaient pas, de leurs yeux, vu tomber John. Aussi furent-ils assez contrariés quand deux hommes de l'équipage survinrent, et insistèrent pour les emmener coucher tout de suite. Ils voulaient savoir où était John ; mais, plus encore, où était José et pourquoi on ne leur permettait pas de rester. Toutefois, dans l'impossibilité où ils étaient de poser des questions, ils obéirent et rentrèrent se mettre au lit.

Juste au moment de remonter à bord, ils entendirent sur leur gauche une énorme détonation, quelque chose comme un coup de canon. Ils se retournèrent et, jetant les yeux au-delà de la tranquille petite ville, tout argentée entre ses bouquets de palmiers, vers les collines de l'horizon, ils aperçurent un large globe de feu qui voyageait à une vitesse effrayante. Il était tout près du sol ; il n'était pas loin d'eux non plus, juste derrière l'église ; il laissait derrière lui un éblouissant sillage bleu et vert, et des bulles de lumière pourprée. Pendant un instant, il plana ; puis il éclata, et l'air fut aussitôt chargé d'une odeur de soufre. Tous avaient peur, les matelots plus encore que les enfants, et ils se hâtèrent d'embarquer. ... [...]
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