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Anne Ubersfeld (Préfacier, etc.)
EAN : 9782080701855
504 pages
Flammarion (04/01/1999)
3.63/5   88 notes
Résumé :
Que si nous avions le droit de dire quel pourrait être, à notre gré, le style du drame, nous voudrions un vers libre, franc, loyal, osant tout dire sans pruderie, tout exprimer sans recherche ; passant d'une naturelle allure de la comédie" à la tragédie, du sublime au grotesque ; tour à tour positif et poétique, tout ensemble artiste et inspiré, profond et soudain, large et vrai...
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Nelja
  14 juin 2013
J'avais entendu parler de "Cromwell" comme de la pièce que Victor Hugo avait écrite quand il était jeune, royaliste et très fan de Shakespeare. Au total, ça rend très bien !
Le principe de base : Cromwell, avec des alliés puritains et républicains, a fait exécuter le roi Charles I et règle, de fait, sur l'Angleterre. Il se prépare à se faire lui-même sacrer roi.
Le premier acte commence avec une conspiration pour l'assassiner le jour de son couronnement. Elle mêle des partisans de l'ancien roi (qui, à part leur chef, sont plutôt le genre joyeux fêtards), et des puritains intégristes de la république qui pensent que c'est un sacrilège. Autant vous dire que même s'ils sont d'accord sur le principe, on ne peut pas dire qu'ils s'entendent bien... vu le grand nombre de persos, j'avais peur de m'y perdre, mais non, chacun est bien écrit, a son histoire personnelle, entre celui qui a un ami fidèle dans la garde de Cromwell, le poète qui embête tout le monde avec ses vers, celui qui a été rendu fou par des années de prison... certains sont des nobles âmes, d'autres sont lâches et intéressés, d'autres juste intégristes, certains ne comprennent pas dans quoi ils s'engagent, il y a même un espion de Cromwell.

J'aime la façon dont Hugo évite le manichéisme par le mélange de motivations dans le même camp. Cromwell lui-même est un politicien manipulateur, hypocrite et parfois cruel, mais sa lucidité, et ses remords occasionnels font qu'il est facile d'avoir de la sympathie pour lui. Quant à ses semi-échecs dans sa vie de famille ou politique, je suppose que selon vos goûts il est possible de le compter pour ou contre lui... et j'adore comment il maîtrise la petite phrase à double sens.
Et ensuite, dans les actes 2 à 5, tous ces personnages aux loyautés divergentes sont lachés pour constituer le scénario, avec un certain nombre de retournements et de combinaisons inattendues. C'est là que Victor Hugo veut imiter Shakespeare, il y a un mélange constant entre la tragédie et la farce ; il y a de nobles motivations et des conclusions brillantes, et à côté de ça il y a des malentendus ridicules. D'habitude je déteste l'humour basé sur ça. Mais là, vu comme ils s'intègrent au scénario, l'humour gras en tourne presque à de l'ironie désabusée, à du "à quoi tiennent les trônes". Donc, même si je trouve que ça tire parfois sur la corde, je n'ai pas trouvé que ça se mélangeait mal avec le plot. J'irai même jusqu'à dire que c'est une idée brillante d'avoir un des comploteurs qui croit que sa "romance" avec la fille de Cromwell va faire triompher l'amour, alors que non, il est dans une histoire purement politique (accessoirement, elle n'a pas remarqué son existence)
Sinon, bien sûr, on peut être gêné par certains points idéologiques. Un mélange de royalisme et de foi très naïve dans le peuple, avec une pincée d'antisémitisme. Mais bon, il était jeune, et au moins, même cela reste servi avec ses nuances.
Une agréable surprise pour moi, j'ai plus aimé que certaines des pièces plus connues de Hugo.
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JulienDjeuks
  24 juin 2022
Effectivement injouable tant sur la longueur, mais aussi la quantité des intervenants. Ce foisonnement rend la pièce particulièrement brouillon avec des scènes qui finissent par sembler tout à fait dispensables (la réception des envoyés des pays étrangers). Si Hugo rompt avec les unités classiques, ainsi qu'avec la bienséance, et la séparation comique tragique (le ridicule de l'histoire d'amour du noble déguisé en prêtre) de manière grandiose et emphatique, le grotesque des interludes des paroles mystiques des fous renoue au contraire avec les choeurs antiques et donne une certaine ambiance, présence du monde extérieur, intrusion du peuple dans la vie politique, révolution romantique accompagnant la révolution sociale.
Ce mélange des genres illustre bien l'humanité imparfaite tant du révolutionnaire à la fois mégalomane et rongé par le doute, que des conjurés animés par l'idée noble de lutter contre un tyran mais abaissés par les intérêts égoïstes. La conjuration ratée pourrait faire penser à Cinna ou la clémence, tragédie classique de Corneille, mais la profusion des personnages, la faiblesse qui chez tous l'emporte sur les qualités et entraîne les uns et les autres dans l'échec, feront bien plus penser à une pièce baroque de Shakespeare comme Hamlet. Sir William Murray, tiraillé entre son devoir politique et son amour, est le personnage typique des tragédies classiques de Racine et Corneille. Ridiculement affublé, profondément malhabile, pas à sa place, il est l'incarnation de ce théâtre pour Hugo : anachronique, inadapté, grotesque et inconséquent.
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olivberne
  21 février 2012
Plus connu pour sa préface, la pièce est longue, très politique et complexe et sans véritable intérêt littéraire. La préface par contre est un véritable manifest du drame romantique et des idées Hugoliennes. A lire absolument pour des études littéraires.
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johaylex
  09 août 2011
Lisez la célèbre préface de Victor Hugo, elle défend le drame romantique face à la tragédie Classique, ou la modernité face au conservatisme; elle fait exploser la règle des 3 unités avec arrogance et mauvaise foi, mais toujours avec le talent et l'audace de celui qui deviendrait le Classique de son siècle.
La pièce lorgne avec bonheur vers Shakespeare.
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Laura94
  04 janvier 2014
Après la lecture de cette oeuvre, j'avoue avoir quelque difficultés à comprendre les critiques assez violentes que j'ai pu en entendre... Certes, elles est très longue pour une pièce de théâtre. Mais cela ne me semble pas être un réel argument dans le sens où une oeuvre ne se juge pas à sa taille. Il est vrais que ce drame peut être perturbant par son éparpillement. Mais à y voir de plus près, Victor Hugo parvient tout de même, non sans talent, à resserrer son drame dans un lieu précis (tout se déroule à Londres), et chacun des nombreux groupes de personnages possède un "porte-parole" en quelque sorte (Carr pour pour les conjurés puritains par exemple). Enfin, en ce qui concerne l'écriture de la pièce, elle m'a parut très bonne (même si je ne pense pas qu'il soit utile de le préciser s'agissant de Victor Hugo..) avec un savoureux mélange de burlesque et de tonalité parfois plus grave selon les situations.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
JulienDjeuksJulienDjeuks   24 juin 2022
Qu’a-t-il besoin de cour ? de cortège ? de garde ?
Il chante, il rit, il passe, et nul ne le regarde.
Que lui fait l’avenir ? il aura bien toujours,
L’hiver, pour se vêtir, un lambeau de velours,
Un gîte, un peu de pain mendié par des rires.
Sans disputer sa vie aux embûches des sbires,
Il dort toutes ses nuits, n’a point de songe affreux,
Se réveille et ne pense à rien. – Qu’il est heureux !
Sa parole est du bruit ; son existence un rêve.
Et quand il atteindra le terme où tout s’achève,
Cette faux de la mort, dont nul ne se défend,
Ne sera qu’un hochet pour ce vieillard enfant !
(p. 341)
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ElwingsElwings   13 mai 2014
ORMOND - Alliance !

LAMBERT - Amitié ! (ils se serrent la main. A part) J'aurai le diadème !
Quand tu m'auras servi comme j'aurai voulu,
L'échafaud de Capell n'est pas si vermoulu
Qu'il ne supporte encore un billot pour ta tête !

ORMOND (à part) - Il croit marcher au trône, et son gibet s'apprête !
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Jean-DanielJean-Daniel   17 février 2021
Bien qu’en aient dit certains hommes qui n’avaient pas songé à ce qu’ils disaient, et parmi lesquels il faut ranger notamment celui qui écrit ces lignes, la langue française n’est point fixée et ne se fixera point. Une langue ne se fixe pas. L’esprit humain est toujours en marche, ou, si l’on veut, en mouvement, et les langues avec lui.

(préface de Cromwell)
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Virgule-MagazineVirgule-Magazine   11 octobre 2016
Ce que nous appelons le laid […] est un détail d’un grand ensemble qui nous échappe, et qui s’harmonise, non pas avec l’homme, mais avec la création tout entière » ; « tout dans la création n’est pas humainement beau, […] le laid y existe à côté du beau, le difforme près du gracieux, le grotesque au revers du sublime, le mal avec le bien, l’ombre avec la lumière. 
(Préface)
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BookFanBookFan   24 juin 2020
L'esprit humain est toujours en marche, ou, si l'on veut, en mouvement, et les langues avec lui. Les choses sont ainsi. Quand le corps change, comment l'habit ne changerait-il pas ?
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Videos de Victor Hugo (286) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Victor Hugo
Enseignement 2016-2017 : de la littérature comme sport de combat Titre : Tropes de la guerre littéraire : Athlète
Chaire du professeur Antoine Compagnon : Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie (2005-2020)
Cours du 10 janvier 2017.
Retrouvez les vidéos de ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/antoine-compagnon
L'émergence de la figure de l'athlète pour désigner l'écrivain est certainement liée au nouveau régime de liberté d'expression expérimenté à partir de 1820, qui favorise l'activité de la presse, et suscite une concurrence accrue entre ses représentants. Si l'écrivain est comparé à un athlète, c'est parce qu'il prend part à une lutte qui, loin d'être seulement métaphorique, engage également son corps. Victor Hugo, dans les Odes et Ballades (1827), fait se succéder « le chant de l'arène », « le chant du cirque » et « le chant du tournoi » ; dans Les Contemplations (1856), il fait rimer poète non seulement avec prophète, mais encore avec athlète. La rime se retrouve chez Alfred de Vigny, chez Théodore de Banville, chez Alphonse de Lamartine qui célèbre en Lamennais le poète martyr, athlète du christianisme, retrouvant ainsi le sens religieux du terme.
Pour être écrivain et se faire une place dans un champ littéraire compétitif, il faut être endurant, robuste de corps, et que cette robustesse se transmette encore au style. Trois écrivains, en particulier, paraissent unir ces deux qualités, physique et stylistique : Alexandre Dumas, « athlète du feuilleton » que les Goncourt décrivent comme « une espèce de géant » s'astreignant à la plus rigoureuse hygiène de vie ; Gautier ; et surtout Balzac, à qui Sainte-Beuve – avec Rodin – reconnaît le corps d'un athlète, et qui sait mieux que les autres avec quelle générosité et quelle régularité il faut produire pour survivre. Son personnage Lucien de Rubempré, aspirant à la carrière littéraire, est moins chanceux, doté seulement d'un corps chétif qui paraît le signe d'un écrivain « sans coeur ou sans talent ». le vocable est beaucoup moins appliqué à Hugo, que seul Jules Janin distingue en ce sens, comme le seul survivant de la dure bataille romantique. Baudelaire, lui, sait bien dire la distance de son corps à celui de Pierre Dupont, poète du prolétariat, décrit comme un véritable Hercule. Cependant, il sacrifie au lieu commun au moment de faire l'éloge d'Edgar Allan Poe, mélange de féminité et de robustesse, d'orgie et de rigueur.
Martinville, rare soutien de Lucien dans Illusions perdues (1837), incarne l'écrivain-athlète, mais assure aussi le passage du registre du sport à celui du sport de combat. Il est par excellence l'écrivain polémiqueur, l'athlète insulteur, seul capable de rendre les coups de tous côtés à la fois et d'accompagner Lucien dans son revirement politique. L'artiste-athlète est majoritairement pensé sur le modèle de l'escrimeur, du maître d'armes. Tous les écrivains du milieu du XIXe siècle sont familiers d'Augustin Grisier, maître d'armes des fils de Louis-Philippe et de l'École polytechnique, puis, sous le Second Empire, du Conservatoire national d'art dramatique. Gautier, Sue, Dumas qui préface son célèbre livre Les Armes et le Duel (1847), fréquentent sa salle d'armes. Grisier entretient dans son livre et dans sa salle d'armes le souvenir de Joseph Bologne, chevalier de Saint-George, connu comme le « chevalier noir ». Né à la Guadeloupe d'un propriétaire terrien et d'une esclave, le chevalier de Saint-George reçoit sur le continent une éducation noble, où la littérature et les sports, les arts et les armes ont une proportion égale ; il manie le fleuret et l'archet avec autant d'agilité. Grisier et Bologne ont en commun de refuser le duel, au nom d'une conception rigoureusement esthète du combat d'armes. La figure de ces maîtres d'armes est essentielle, en ce qu'elle assure la réversibilité du combattant et de l'écrivain : si ce dernier manie la plume comme une épée, le maître d'armes doit en son ordre manier l'épée comme une plume. Il est un parfait esthète, et toujours un écrivain en puissance.
Il existe une version dégradée, mercenaire du maître d'armes, exécuteur des basses
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