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EAN : 9782382842096
Editions des Equateurs (24/08/2022)
3.71/5   443 notes
Résumé :
Ce périple, les trois jeunes gens l’ont entrepris au mépris du danger, au péril de leur vie, et malgré les supplications de leurs fiancées respectives. Ils l’ont fait pour le rayonnement de la France, le progrès de la science et aussi un peu pour passer le temps.
Il en résulte un roman d’aventure avec de l’action à l’intérieur et aussi des temps calmes et du passé simple. Ceci est une expérience de lecture immersive. Hormis deux ou trois passages inquiétants,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
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Je ne suis pas fan de récits d'aventures, ni du genre humoristique, mais l'auteur m'ayant fait pouffer de rire lors de son passage à la Grande Librairie en octobre dernier alors que ce n'est clairement pas la vocation première de cette émission, j'ai tout de même décidé de me jeter à l'eau.

J'ouvre donc cet ouvrage qui a visiblement le vent en poupe car il vient d'être récompensé par le prix Interallié 2022 et je découvre dès la première page qu'il est dédié « À mon oncle Agathe ». le ton est donc immédiatement donné et se confirme très vite une fois embarqué à bord de ce canoë que l'auteur a acheté à bon prix sur le Bon Coin avec un seul objectif en tête : descendre la Seine de Paris jusqu'à la mer, accompagné de ses deux amis, Samuel Adrian et François Waquet.

« Roman Fleuve » est donc le récit romancé de cette péripétie véridique, mais légèrement mise en Seine (ben oui), entreprise lors de l'été 2018 sur une embarcation brinquebalante, qui aurait appartenu à Véronique Sanson selon le vendeur, et que les trois compagnons d'infortune ont agrémenté d'une tringle à rideaux faisant office de mât et d'un vieux rideau de douche en guise de voile. Dès le premier coup de pagaie, je me laisse emporter par ce souffle de liberté, les cheveux aux vents, mais le regard attentif et sur le qui-vive, n'ayant tout de même pas trop confiance en ces trois marins d'eau douce.

Vous l'aurez compris, Philibert Humm ne se prend pas du tout au sérieux et c'est ce qui le rend immédiatement sympathique. Cette aventure d'une banalité affolante, parsemée de non-événements, parvient cependant à créer un exploit : elle ne prend jamais l'eau. Rendant hommage à l'amitié et au passé simple, l'auteur livre en effet un texte foncièrement drôle et d'un légèreté inversement proportionnelle à la surcharge pondérale de cette embarcation prévue pour deux. Un récit décalé, totalement absurde, dont j'ai beaucoup apprécié le sens de la formule et que je conseille vivement à tous ceux qui aimeraient se laisser tenter par une lecture certes totalement inutile, mais truculente de la première à la dernière page.
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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Qui ne se souvient du désormais classique Trois hommes dans un bateau, où, il y a plus d'un siècle, Jerome K. Jerome emmenait les doubles littéraires de deux de ses amis dans une descente de la Tamise parsemée d'anecdotes comiques et de réflexions philosophiques sur le cours de l'existence ? En hommage appuyé à son devancier, Philibert Humm s'autoproclame capitaine d'un frêle esquif rebaptisé Bateau, et, pomponné d'un bachi de matelot, se lance à l‘été 2018 sur le cours de la Seine, de Paris à la mer, pour d'authentiques et savoureuses pseudo-aventures, pleines d'humour et d'auto-dérision, en compagnie de deux copains, Samuel Adrian et François Waquet, respectivement promulgués pour l'occasion quartier-maître écopier et major de l'expédition.


« La pratique du canotage présente un inconvénient majeur : il est nécessaire de ramer pour avancer. » Optimistes et débrouillards, les trois compères ont bien bricolé une voile de fortune. Mais, entre leur maladresse, l'indocilité du vent et la précarité de leur matériel, il leur faudra huit jours de rame pour parcourir les 360 kilomètres jusqu'à la mer, un effort ridiculisé par la vitesse de la route et du rail qu'ils ne cessent de croiser sous la forme d'imposantes oeuvres d'art plantées au milieu des détritus : viaducs ferroviaires et ponts autoroutiers. « Nous avions ramé la journée durant et n'étions qu'à neuf stations de la place de l'Étoile. » N'importe, la bonne humeur règne, et, nonobstant une ou deux prises de bec et quelques frayeurs dans les remous de péniches et les écluses, quand survient un orage ou lorsque Bateau chavire, le trio trace sa route entre les bivouacs à la belle étoile – même si souvent parmi les immondices -, et les rencontres inattendues ou programmées, comme ce pique-nique avec la famille Tesson sur l'île de Chatou.


Maniant fort bien la langue française, ses figures de style et son imparfait du subjonctif, l'auteur, faussement léger et très pince-sans-rire, profite des temps calmes de la navigation pour des « ventilations narratives », explorant très pittoresquement, voire même poétiquement, les lieux échelonnés tout au long de la Seine, et convoquant, l'air de rien, maintes références rares et érudites. Toujours drôle et railleur, le reportage de voyage devient jubilatoire lorsqu'avec le plus complet cynisme, l'auteur caricature son propre personnage dans un rôle de meneur autoritaire, arrogant et mesquin - « Je suis assez insensible aux grandes douleurs humaines, celles des autres en particulier » -, et lui fait endosser des réflexions amères, parfois très peu politiquement correctes : « La démocratie est une affaire trop sérieuse pour qu'on laisse s'en mêler n'importe qui. Ce qui met à mal ce régime, c'est qu'il s'adresse aux médiocres, à cause du nombre. (…) La loi du nombre mène immanquablement à la paresse et la ruine. »


L'on s'amuse de bon coeur au long de ce texte entièrement au second degré, dont l'esprit et l'humour ne déparent pas celui de son modèle anglo-saxon : une friandise que la qualité d'écriture et l'érudition de son auteur rendent franchement gastronomique. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Monsieur et Madame Humm ont un fils, comment l'appellent-ils? Personnellement, à leur place, j'aurais fait dans le profil bas et le prénom passe-partout et j'aurais choisi une crèche éloignée de tout établissement scolaire proposant l'option latin. Mais Monsieur et Madame Humm ont relevé le gant avec panache et appelé leur fils Philibert, ce qui, on l'avouera, est beaucoup plus classe que Babaor ou Petibone.
Mais que devient-on quand on s'appelle Philibert Humm? On pourrait croire que, tel un Benjamin Millepied voué à la danse ou un Jean Bonnot promis à la charcuterie, Philibert Humm était destiné à devenir écrivain: il avait déjà un nom de plume.
En réalité, son ambition l'a porté bien plus haut. Emmenant deux compères, dont l'un est le talentueux Pierre Adrian qui faillit lui ravir le prix Interallié, descendant jusqu'à la mer un fleuve impassible depuis que le mascaret a disparu et tombant à l'eau plus souvent quoique moins définitivement que Léopoldine Hugo, Philibert Humm a pris le parti de devenir un personnage de roman. Onomastique oblige, tandis que Waquet (du flamand Wagghe: "qui a la charge des poids") prétexte son mal au dos pour ne jamais porter le canoë, Humm, lui, fait honneur à son patronyme en se montrant constamment dubitatif et circonspect. Quant à Adrian, il a en charge le dernier chapitre : personnage se transformant en auteur (qu'il est, du reste), il renvoie Humm au statut de héros livresque, sous le patronage du fondateur de l'abbaye de Jumièges, "pieux cénobite et fin abbé" prénommé Philibert.
Or Philibert est plus qu'un personnage: c'est un type. Entre Bouvard et Pécuchet pour le désir d'apprendre, et Bob Morane pour l'intrépidité aventureuse, aussi sentencieux que Pangloss et amical que D Artagnan, Philibert Humm est le conquistador des temps modernes. Grâce à lui, un jour, j'entendrai moi aussi l'appel de l'aventure, je jetterai mon Pass Navigo par-dessus les moulins et je franchirai les colonnes d'Hercule pour entrer triomphalement dans Mantes-la-Jolie.
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C'est une fantaisie littéraire, une farce, une poilade que ce Roman fleuve de Philibert Humm, récit d'aventure au passé simple (et parfois même davantage) relatant la descente de la Seine de Paris à Honfleur en barquasse par l'auteur et ses compères, Adrian et Waquet.

C'est la preuve par l'absurde que l'aventure est au pied de chez soi, pour qui veut se donner la peine de s'interroger sur les vrais défis du monde moderne. Car affronter le courant fluvial, les péniches et les tankers, le mascaret et les autochtones séquaniens, c'est quand même autre chose !

Dans ce périple en absurdie, on croise bizarrement Véronique Sanson, les Tesson fils et père, le grand Olivier Frébourg, le respectable Gerard Larcher, l'incontournable Jean-Pierre Pernaut, le regretté Charles Aznavour ou le fantasque Alain Souchon.

On y vante les vertus des yaourts La Laitière ; on y rappelle le plaisir d'écouter Autoroute FM hors autoroute ; on y fustige le confort facile de l'homme moderne ; on y apprend le concept de décharge de vie ou de servitude de marchepied.

On y révise ses bases historiques, de l'origine de « la jolie » après Mantes aux liens entre un pont et un sèche-linge, en passant par les Énervés d'une ville de ruines qui n'en sont pas vraiment. Et c'est bien. On y dit aussi beaucoup de mal de Rouen et des Rouennais. Et c'est moins bien.

Entremêlant (un peu de) sa réalité et (beaucoup de) fiction, Humm signe un LOFNI (Livre-Objet Flottant Non Identifié) où le loufoque masque souvent quelques réflexions plus sérieuses et contemporaines.

Ainsi du renversement des pouvoirs et des limites de la démocratie, « une affaire trop sérieuse pour qu'on laisse s'en mêler n'importe qui (…) Dans ce pays, tout le monde a un avis sur tout (…) moins l'opinion de votre interlocuteur est catégorique, plus il faut s'y fier. En d'autres termes, plus il pérore, moins on doit accorder de crédit (…) Celui qui vous dira : “Je ne sais pas“ est à prendre au sérieux ».

Ou de cette société du partage absolu : « Nous ne prîmes pas de photo, ne partageâmes aucun contenu ni ne fîmes la moindre story susceptible d'être likée, commentée puis relayée (…) “Être heureux seul n'est pas à la portée de tout le monde, soliloqua Bobby. C'est pourquoi tant de gens exhibent leurs instants de bonheur. Ils ne peuvent jouir que si on les envie“ ».

Un livre atypique et rafraîchissant mais dont le ton badin et décalé aura toutefois fini par me lasser au fil des pages, bien content finalement de voir que - dernière pirouette - ce roman fleuve n'en était pas un.
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L'aventure, c'est l'aventure, on le sait ! Cela a été dit, filmé, chanté, mais on n'est pas plus avancé pour autant, car à chacun sa conception de l'aventure. Les audacieux, comme Sylvain Tesson, vont la chercher au bout du monde, dans les conditions les plus extrêmes. Des romanciers la vivent depuis leur fauteuil, par procuration de personnages auxquels ils peuvent faire prendre tous les risques. Il y a encore une troisième voie ; dans Roman Fleuve — qui avec ses deux cent soixante-dix pages n'en est pas un —, Philibert Humm tente de démontrer que l'aventure peut aussi se ressentir dans une équipée modeste, d'attractivité insipide, par opposition aux catalogues exotiques clinquants des tour-opérateurs spécialisés.

Philibert Humm est journaliste au Figaro. Ce jeune trentenaire a déjà publié plusieurs livres, des recueils de chroniques d'expériences personnelles menées sur les chemins de France. Son dernier opus, récompensé par le prix Interallié 2022, s'inscrit dans le même registre. Mon expression « chemins de France » s'y entend au sens le plus large, incluant les voies navigables.

Roman Fleuve est le récit d'une expédition menée quelques années plus tôt par l'auteur et deux camarades de son âge : la descente de la Seine à la rame sur un petit canot, depuis Paris jusqu'à la mer ; du pont du Garigliano au vieux bassin de Honfleur. Etape par étape, tout au long des rives, les paysages, les localités, les curiosités sont présentés et expliqués à la manière d'un guide touristique. Un pastiche qui pourrait échapper aux lectrices et aux lecteurs ne dépassant pas le premier degré, lesquels pourront aussi s'extasier sur la richesse humaine des rencontres entre les « aventuriers » et le « peuple » des rives de la Seine, des gens qui vivent ou travaillent là, avec leurs singularités pittoresques. L'amateurisme des navigateurs est assumé avec une autodérision drôle et sympathique.

Le texte est surtout l'occasion pour un homme jeune spirituel et cultivé d'exprimer avec humour des avis critiques tous azimuts sur les moeurs et les pratiques de nos compatriotes contemporains. La critique s'étend aux clichés littéraires et aux façons de parler, ce qui ne manque pas de lui donner un ton pataphysique et oulipien. L'auteur dispose d'une verve inépuisable, alimentée par un vocabulaire très riche, lui permettant d'intégrer ses aphorismes drolatiques avec fluidité, sans baisse d'intensité, ce qui donne au récit une unité, un vrai caractère.

L'humour loufoque et absurde, un peu potache, du récit fait sourire les vieux singes de ma génération sans vraiment les surprendre. Nous prenons du plaisir à déceler les facéties et les jeux de mots en filigrane, tout en saluant la démarche respectable consistant à engager des réflexions sérieuses sans se prendre au sérieux. En revanche, la répétition insistante de péripéties insignifiantes finit par être lassante.

Alors, Roman Fleuve est-il un grand roman ? Ce fut probablement l'avis du jury du prix Interallié. D'ailleurs, son président, Philippe Tesson, et son fils, l'écrivain voyageur Sylvain Tesson déjà cité, sont présents dans le récit, un peu à la manière des guest-stars des téléfilms américains.

Porté par l'originalité, le talent de plume et la vivacité d'esprit de son auteur, Roman Fleuve est plutôt ce que j'appellerais un brillant exercice de style. Espérons qu'il sera suivi, un jour, d'un roman pur jus, fondé sur une véritable intrigue.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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critiques presse (4)
Bibliobs
02 janvier 2023
Le récit comique d'une descente en canoë sur la Seine.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaCroix
29 décembre 2022
En racontant le périple de trois amis descendant la Seine en canot, Philibert Humm signe une comédie réjouissante.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Marianne_
21 novembre 2022
Épopée de poche, à l’humour permanent, autodérision en prime, écrit d’une main alerte et légèrement sarcastique, voici un livre absolument nécessaire en ces temps où la littérature est trop souvent contemplation morose de son nombril.
Lire la critique sur le site : Marianne_
LeFigaro
13 octobre 2022
Une odyssée réjouissante.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (111) Voir plus Ajouter une citation
(Les premières pages du livre)
Note de l’éditeur
Ce périple, trois jeunes gens l’ont réellement entrepris, au mépris du danger, au péril de leur vie, et malgré les supplications de leurs familles respectives. Ils l’ont fait pour le rayonnement de la France, le progrès de la science et aussi un peu pour passer le temps. Il en résulte ce roman d’aventure avec de l’action à l’intérieur et aussi des temps calmes et du passé simple. Hormis deux ou trois passages inquiétants, le suspense y est supportable et l’œuvre reste accessible au public poitrinaire. A noter la présence de nombreux adverbes (un millier environ). Pour plus de commodité dans la lecture, la carte utilisée pour l’expédition a été reproduite en fin d’ouvrage, avec l’aimable autorisation de la Société de Géographie, sise 184 boulevard Saint-Germain à Paris (Seine).
L’éditeur ne saurait être tenu responsable des mauvaises idées que ce livre ne manquera pas d’instiller dans le cerveau vicié des nouvelles générations gavées d’écran et pourries à la moelle. Cette aventure a été réalisée par des professionnels. N’essayez pas de la reproduire chez vous.

1. Typologie du genre humain– L’aventurier contre tout chacal.
Il existe deux catégories d’individus. Ceux qui prennent des risques et ceux qui n’en prennent pas. Les aventuriers et les autres. Pour ce qui me concerne, j’appartiens à la première catégorie. Les aventuriers vivent une vie trépidante et portent des gilets à poches; Ils courent le monde, gravissent des sommets, tombent dans des crevasses, s’écorchent les genoux et se fourrent dans des tas de situations impossibles. Quand ils rentrent à la maison, ils racontent leur aventure en enjolivant à peine, parce que c’est bien joli de ficher le camp aux cinq cents diables, si on ne peut en parler au retour, ça ne sert rien. Quand l’entourage a suffisamment soupé du récit des aventures, il est temps de repartir à l’aventure. Telle est la destinée des aventuriers. C’est à ce prix, à ce prix seulement, qu’ils font rêver les enfants, dont un sur dix-mille environ deviendra aventurier à son tour. Les autres seront commissaires de police, fonctionnaires des Postes, épiciers, assureurs, vendeurs de cigarettes électroniques, Bid managers, Scrum masters ou chief hapiness officer comme tout un chacun. On entoure les aventuriers d’un certain prestige et c’est pourquoi les autres, c’est-à-dire les individus non-aventuriers ne les aiment pas beaucoup. Ils disent que les aventuriers se vantent. Nous ne nous vantons pas. Nous enchantons le monde en l’honorant de notre visite et portons à la connaissance d’autrui le merveilleux des confins par le récit époustouflant de nos folles tribulations. Aussi, il arrive que nous passions à la télévision. Sur des plateaux climatisés, devant des animateurs aux dents excessivement blanches, nous célébrons les joies de la vie au grand air. A ces fins, j’ai moi-même entrepris d’étaler sur deux-cent-onze pages, au passé simple et à l’imparfait, le récit de mon aventure. Les événements que je m’apprête à raconter se sont déroulés comme suit, il y a quelques années de cela. Je dis quelques années par effet de style mais je sais fort bien qu’ils eurent lieu à l’été 2018. J’avais 26 ans et laisserai dire, si ça vous amuse, que c’est le plus bel âge de la vie. C’était l’été, donc, un été de canicule. Pour ceux qui n’auraient pas compris: il faisait chaud. Un matin, c’était un lundi je crois, je longeais les quais de Seine pour me rendre dans une boutique de modélisme ferroviaire, quand, soudain, me vient cette réflexion: «Toute cette eau, quand même...» Puis je pense à autre chose, mon esprit est si libre. Un quart d’heure plus tard j’y reviens: «Vraiment ça en fait de l’eau, et qui coule jour et nuit... D’où vient cette eau, où va-t-elle? Sans doute à la mer... Comme il serait plaisant d’aller le vérifier, d’en descendre le cours jusqu’à l’estuaire. Cela ferait une sacrée aventure, n’est-ce pas?» Personne ne répondit car j’étais seul. En ce temps-là je débutais dans le métier d’aventurier professionnel. J’en étais encore à croire qu’il me faudrait cueillir des baies sur la rive et vivre du produit de la pêche. Je m’imaginais chasseur-cueilleur, glaneur, baroudeur à la mode d’autrefois. De nos jours, les aventuriers ne traquent plus le gibier pour manger ni ne se nourrissent de racines. Comme tout le monde nous scannons sous blister aux caisses automatiques. Qui va à la chasse perd sa place, qui va chez Auchan la reprend.
Je commençai par m’attacher les services d’un autre aventurier. Partir à l’aventure seul est une entreprise hasardeuse. On n’est jamais trop de deux s’il arrive un malheur. Et puis ça fait le temps moins long. Et puis on se sent moins seul. Quelqu’un est là pour vous écouter raconter vos souvenirs autour du feu et le cas échéant il peut porter les sacs. Je m’ouvrai l’après-midi même du projet de descendre la Seine à mon ami Samuel Adrian. C’est un bon garçon, avec deux bras solides et de la conversation. Lui aussi est aventurier depuis peu. Il était précédemment khâgneux, candidat
malheureux aux concours de l’École normale supérieure puis employé des pompes funèbres. J’y reviendrai.
— En voilà une idée, dit Adrian. Quand partons-nous?
J’étais pris de court. Je n’avais pas réfléchi à la question. Et quand je ne réfléchis pas, je me précipite:
— Nous partons vendredi en huit, mon vieux. En attendant tiens ta langue. Quelques heures plus tard, je retrouvai François Waquet au bar-tabac l’Étincelle, rue Saint-Sébastien, à Paris. Waquet n’est pas un aventurier en tant que tel. Il a pu lui arriver de brûler des feux rouges à vélo et, par deux fois il a gravi la dune du Pyla, mais d’une manière générale la prise de risque n’est pas son fort et Waquet voyage aussi mal que le maroilles. Volontiers pleutre et résolument réfractaire à l’exercice physique, il serait plutôt ce qu’on appelle une tête bien faite. Je ne parle pas là de l’enveloppe mais de ce qu’elle contient. Waquet étudie le droit romain à la Sorbonne. De ce fait, il parle couramment latin et peut sans mal comprendre le grec ancien. Cela allait s’avérer, pour la suite de notre aventure, de la plus grande inutilité.
— Sais-tu où nous allons, Adrian et moi?, lui dis-je en ménageant mon effet.
— A la mer à la rame, répondit-il, heureux de me couper la chique sous le pied. Adrian m’a prévenu tout à l’heure. C’est une bien mauvaise idée. D’ailleurs je n’irai pas.
De quel droit se croyait-il invité ? S’il n’allait pas, c’est d’abord parce que je ne lui proposais pas et c’est ensuite parce que je l‘en savais d’avance incapable. Waquet est un universitaire. Les universitaires ne vont pas à la mer à la rame. Ils prennent le métro aux heures de pointe, cela leur suffit bien. Mais c’est une manie chez Waquet: on s’ouvre d’un projet, on lui montre nos plans, il se figure qu’on lui tient la portière.
— Pas si mauvaise idée, répliqué-je sèchement. Et je payai ma tournée pour lui faire voir combien ses petits jugements à l’emporte-pièce me passent bien au-dessus de la tête. Deux bocks plus tard, Waquet commençait déjà de trouver l’idée moins mauvaise. Au troisième bock, il était près de la trouver bonne et au quatrième bock, il consentit à nous accompagner. Je ne le lui avais toujours pas proposé.
— Grand fou, dit-il, en me tapant familièrement le dos. Tu as gagné, je pars avec vous. Ce sera l’aventure! Que savait-il de l’aventure, lui qui n’avait jamais passé le périphérique sauf pour se rendre en vacances au Moulleau et dans le Morbihan? Je réglai l'addition. Le recrutement de Waquet m’avait couté quatre tournées. Avec le recul, je considère que c’était le prix.

2. De l’absolue nécessité de se procurer un canot pour canoter – Négocier le prix d’un canot – Slim Batteux et Véronique Sanson.

La première chose à faire, quand on entend pratiquer le canotage, est de se procurer un canot, un esquif, une chaloupe ou tout autre embarcation flottante à propulsion humaine. Sans cela, impossible d’arriver à rien.
— Nous n’avons pas de bateau, fit justement remarquer Adrian en ouverture de notre première réunion préparatoire. Cette réunion se tenait dans le pavillon des parents d’Adrian, à Saint-Cloud, Hauts-de-Seine. Adrian débute dans l’aventure et il n’a pas eu le temps de se constituer un patrimoine en propre.
— C’est juste, retorqué-je. Nous n’avons pas de bateau mais il ne tient qu’à nous d’en acheter. Soudain animé, Waquet parla d’un cotre à trinquette et voile aurique dans la cabine duquel il avait eu l’occasion de monter l’année dernière au salon nautique de Mandelieu-la-Napoule. Je n’ai aucune idée de ce que fichait Waquet au salon nautique de Mandelieu-la-Napoule. J’ignorais d’ailleurs qu’il y eut un salon nautique à Mandelieu-la-Napoule et aussi que la commune de Mandelieu-la-Napoule existât. Vérifications faites auprès du préfet des Alpes-Maritimes, tel est effectivement le cas: Mandelieu-la-Napoule existe et se porte bien. Ses habitants sont appelés les Mandolociens et Napoulois. Ils sont au nombre de douze mille. Le temps de prendre ces renseignements, mon attention revint à Waquet. On ne l’arrêtait plus. Pris dans son élan, aussi causant qu’un catalogue Beneteau, il parlait maintenant d’un quetch breton insubmersible, auto-videur et transportable, avec pont de promenade et bain de soleil. Quand il en eut fini, je lui rappelai l’état de nos finances, des siennes en particulier. Waquet me devait dix sacs, sans compter les tournées de l’autre soir.
— Exact, dit-il, nettement moins enjoué. Nous irons en barque. Une simple barque à fond plat. Ce sera l’aventure. Au lieu d’une barque, ce fut un canoë. Un canoë datant de l’an 1987. Le canoë, ou canoé, également appelé canotau Canada et canoë canadien en France, est un type de pirogue légère non pontée, destiné à la navigation sur les rivières et les lacs. Un dénommé Yodabreton vendait le sien aux abords de la Marne. C’était dans notre région la troisième annonce disponible sur le site leboncoin, et aus
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Je m’efforce de décrire cet épisode avec détachement, sans lyrisme excessif, mais son évocation me glace encore le sang. Voir d’un coup d’un seul mes hommes basculer dans les eaux noires est un souvenir franchement pénible. Nos affaires s’éparpillèrent en surface, d’autres coulèrent à pic. L’une de mes sandalettes fut immédiatement aspirée par le fond. Je sauvai l’autre de justesse — mais à quoi sert une sandalette orpheline? —, cela sans parler du canoë dont nous découvrîmes qu’il ne flottait pas malgré la présence à la poupe et la proue de coussins dits flotteurs. Je tirai péniblement Bateau à la berge pendant que les deux autres sauvaient ce qu’ils pouvaient de notre chargement. En cas de naufrage, il convient d’agir vite. Chaque seconde compte. Mais surtout il faut pratiquer des choix. On ne peut espérer tout repêcher. Par exemple, mon réchaud à pétrole Eva-Sport (figure 3) fut sacrifié par le major au profit de son sac à dos personnel, lequel contenait un sachet de petits-beurre aux deux-tiers entamé. Adrian quant à lui fut héroïque, et je pèse mes mots. Je le revois plonger, remonter à la surface, prendre à peine sa respiration et replonger encore. Grâce à ses efforts répétés les bidons et la tente purent s’en tirer. La carte aussi, et les contes de Maupassant, dont je faisais la lecture au moment du naufrage... p. 115
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Le lendemain, à la première heure, celle de l'après-midi, nous allâmes au roi Merlin. Que les petits malins qui composent l'essentiel de mon lectorat se tranquillisent : j'écris "roi Merlin" à dessein. C'est une idée confusément admise dans ma famille qu'il existe un roi des bricoleurs dominicaux. Nous n'y croyons pas comme au bon Dieu mais presque. C'est un bon roi que ce Merlin, dit mon grand-père avec le respect dû aux souverains. Répartis sur l'ensemble du territoire, le plus souvent en périphérie des villes, la magasins du roi Merlin sont remarquablement lumineux et hauts de plafond. Je les aime. On peut se garer devant. Il y a a toujours de la place.
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Bobby, donc, avait vu couler son bob à Mantes. Il l’avait remplacé par une casquette de cycliste. À un été de là, l’écopier s’était en effet trouvé livreur coursier à Paris. Huit semaines durant, il avait sillonné la capitale à vélo pour le compte de la société belge Take it Easy (« Allez-y doucement », en français). Il n’en avait pas tiré de revenu substantiel mais avait conservé par-devers lui cette gapette, semblable à celles que portaient autrefois les coureurs du Tour de France. Les gapettes de cycliste sont reconnaissables par leur petite visière en croissant de lune qui donne automatiquement l’air idiot à qui la porte et n’est pas Eddy Merckx. Bobby ne quittait plus la sienne. J’observai qu’il en orientait la visière suivant la course du soleil : à peine avait-il un rayon dans l’œil, à peine décalait-il la gapette de quelques degrés, et cela toute la sainte journée. De sorte qu’un bon observateur aurait pu déterminer l’heure d’un seul coup d’œil à la casquette de Bobby. Le regardant, je vis qu’il était 15 heures ; 15 h 30 en réalité. Bobby retardait un peu.
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Ils disent que les aventuriers se vantent. Nous ne nous vantons pas. Nous enchantons le monde en l'honorant de notre visite et portons à la connaissance d'autrui le merveilleux des confins par le récit époustouflant de nos folles tribulations
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