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EAN : 9782246133049
141 pages
Grasset (02/04/2003)
4.33/5   84 notes
Résumé :
" Les Chardons du Baragan " (1928) tiennent du roman d'apprentissage et du roman picaresque exotique. A la suite de son père marchand ambulant, un enfant sillonne la campagne roumaine au début du siècle. C'est la peinture d'un monde asservi, qu'un incident fait basculer en un instant de la résignation dans la révolte.
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En Valachie, en septembre, tous les enfants du Baragan courent après les chardons épineux chassés par le vent russe glacé qui souffle avec fureur sur la steppe. Ils attendent cette période avec impatience pour oublier, un temps, leur misère effroyable. Affamés, en guenilles, sans espoir de quitter la condition d'ilote de leurs parents sous le joug du boïard, du pope et du maire.

Certains, pourtant, profitent de ce "crivatz" pour aller "voir le monde". Peu réussissent. Les autres abandonnent leur folle escapade pour subir les foudres de leur père.

Mataké a quinze ans. Il est de ceux qui enfourchent le balai du vent pour tenter sa chance ailleurs. Son bonheur d'apprenti carrossier ne dure pas longtemps.

L'été 1906 connaît une sécheresse terrible et l'hiver des pluies glaçantes continues. La famine ne guette pas les paysans, elle s'invite au quotidien avec la lassitude, la mort, le désespoir, l'alcoolisme et la fureur. Réduits à la plus inhumaine des vies, n'ayant plus rien à perdre, les campagnes se soulèvent en 1907 contre la tyrannie de leurs oppresseurs. La révolte est sanglante.

Eperdu d'horreur, Mataké fuit à nouveau dans le monde, poursuivi par des chardons autrement vénéneux, le fouet à la main.

La concision de style de Panaït Istrati donne tout son relief à cet épisode dramatique de la province danubienne dont "les femmes, la trentaine passée, semblent vieilles". de nombreux mots roumains émaillent le récit, ce qui avive le réalisme et la force des images.

Roman écrit en 1928 par un auteur à jamais marqué par la misère de son pays et qui, malgré ses multiples pérégrinations en Méditerranée, y reviendra toujours.

Panaït Istrati dédie ce roman "au peuple de Roumanie, à ses onze mille assassinés par le Gouvernement roumain. Aux trois villages : Stanilesti, Baïlesti, Hodivoaïa, rasés à coups de canon, crimes perpétrés en mars 1907 et restés impunis".

Commencer Panaït Istrati, c'est pour moi, ne plus s'arrêter.
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Quel charme cette écriture. On se fait tout petit. Neuf ans tout au plus, habillé de misère comme Matakè, un jour où tout commence, le jour du départ des cigognes. Qu'est-ce que c'est beau même si c'est triste. C'est grandiose parce que l'enfant raconte avec sa propre analogie et qu'il y a de la beauté dans ce regard ; quand la douceur nous attache en opposant une digression naturelle à la dureté. Son ami, Brèche-Dent vous le dirait aussi ; que lorsque le crivatz a soufflé fort en Roumanie, il a tout emporté dans la campagne ; du vent de la révolte des hommes emportés, à cause de la vie rude, de la terre sèche et de l'oppression, au vrai vent lui, enroulant, envolant tout, des chardons en plaine du Baragan jusqu'aux enfants.
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Mataké vit dans une famille misérable au début du 20e siècle en Roumanie, au bord d'un affluent du Danube. Il part avec son père vendre du poisson dans le Baragan, c'est le début d'une nouvelle errance.

La route est longue, monotone, et si peu semée d'espoir. Pourtant, le jeune garçon rêve de courses folles dans la gueule du Baragan, pourchassant les chardons épineux que le Crivatz bouscule avec rage.

Ces chardons que les enfants affamés poursuivent jusqu'à épuisement, « avec un grain de malice dans la caboche », ce sont leurs espoirs d'un avenir meilleur, l'envie d'aller de par le monde, de quitter cette misère qui leur colle à la peau, même si pour cela ils doivent quitter leur famille.

Quand un enfant de neuf ans, comme Mataké, pose son regard sur le Baragan et ses chardons arrachés par le Crivatz, il n'y voit que beauté. Et c'est vrai que c'est d'une beauté rude, lorsque cela est conté avec les mots de Panaït Istrati. Des mots concis, rudes, piqués de poésie, comme des mots-chardons, des mots-Crivatz, évoquant des images rugueuses, salées et splendides à la fois, pour décrire le vent, la terre, le soleil, le ciel, et les hommes.

Mais ce Baragan, c'est aussi l'image de la Roumanie, dont les paysans sont écrasés par les popes, les maires et les boyards. Des « pauvres collés à la terre » qui finiront par crier leur révolte en 1907, pour demander justice, pour extirper ces chardons vénéneux, ces bourreaux, qui empoisonnent leurs vies, pour faire cesser ce Crivatz, ce servage, qui les empêche de respirer et d'avancer.
Ils sentiront les piquants pénétrer leur corps, car la révolte sera violemment réprimée, faisant onze mille morts.

Une écriture à découvrir, un roman puissant qui raconte cette révolte sanglante, cette vie de paysans misérables, d'enfants sans avenir, mais aussi les légendes des paysans roumains, qui s'inventent des histoires pour rêver et rester debout, comme ce petit Mataké rêvant de dompter les chardons du Baragan, ou de saisir ce fleuve de vent qu'est le Crivatz, de voler avec lui.
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En Roumanie, quand arrive le mois de septembre, le vent de Russie, que là-bas l'on nomme le crivatz, souffle avec tant de fureur qu'il emporte les chardons des terres incultes du Baragan dans une cavalcade effrénée, intempestive.
« le Baragan, c'est le lieu que le Seigneur a octroyé à la Valachie pour que le Roumain puisse rêver ». Une terre infertile où rien ne vient, sauf les chardons qui prolifèrent et envahissent l'espace tels « des moutons dont la laine serait d'acier ».
Mais lorsque le vent de Russie se met à rugir, entraînant à sa suite ces boules épineuses, l'homme du Baragan ne peut s'empêcher de se dire : Dieu que c'est beau !
Les enfants du pays attendent avec une impatience fébrile le mois de septembre pour pouvoir voler avec le crivatz à la poursuite des chardons.
Ces galopins miséreux issus de la plus basse extraction du petit peuple de la campagne roumaine, oublient alors la faim, la misère, l'extrême pauvreté à laquelle ils sont réduits, tout à leur joie de galoper ventre à terre dans le vent de Russie.
Certains, épris de liberté, se laissent emporter dans sa danse enfiévrée et ne reviennent jamais sur leurs pas. Ils partent voir le monde, espérant trouver ailleurs ce qu'il leur manque tant sur ces terres ingrates.
C'est le cas de Mataké, le narrateur, jeune garçon de 15 ans qui rêve d'un avenir meilleur.
La pauvreté l'a poussé sur les routes mais où que se tournent ses yeux d'adolescent c'est la même détresse, le même abattement.
C'est qu'en ce début d'année 1907, d'autres chardons, autrement vénéneux, piquent au sang le peuple roumain.
L'état, les boyards, les maires et les popes ont tant asservi le paysan roumain que même quand la récolte est bonne, le « cojan » n'a toujours rien à se mettre sous la dent ! Dieu a pris le parti des grands propriétaires terriens, pas celui des paysans !
Partout, dans tout le pays, des « villageois loqueteux, hâves, courbaturés », partout la même misère, le même désespoir, le même sentiment d'injustice face à la tyrannie des classes dirigeantes.
Et la colère enfle, et la révolte gronde…et le pays exsangue, agonisant, à bout de souffle, s'embrase alors comme « une langue de feu »…

La découverte de ce roman écrit en 1928, c'est avant tout celle d'un homme, l'auteur lui-même, Panaït Istrati, et la curiosité qu'il suscite lorsqu'on apprend que c'est une tentative de suicide et une lettre adressée au prix Nobel de Littérature 1915, Romain Rolland, qui a permis à ses écrits de voir le jour.
Et lorsqu'on se penche sur les « Chardons du Baragan », l'on peut alors appréhender pleinement tout le talent de ce conteur exceptionnel, un auteur engagé et ardent, un homme parti de rien pour qui la littérature est source de vie et d'espoir.
Dans un style spontané, authentique, naturel, à la fois âpre et chaleureux, Istrati nous fait partager l'errance de Mataké, jeune garçon témoin de la répression sanglante de la révolte paysanne roumaine de 1907.
« Les Chardons du Baragan » est une oeuvre forte, vivante, humaine, dans laquelle celui qu'on a surnommé le « Gorki des Balkans » s'emploie à décrire tout le dénuement de son pays d'origine, toute la dureté de vivre dans ce monde de misère, toute l'étendue de la détresse humaine accablée par le poids trop lourd de la pauvreté et du servage.
Mais si c'est un roman de la tragédie, ce n'est pas pour autant un roman tragique. Au contraire, au réalisme de la situation se joint une langue étonnement poétique, visuelle, imagée et bariolée.
L'écriture d'Istrati, ses phrases brèves et intenses, émaillées d'expressions populaires, ont le pouvoir d'évocation et l'incommensurable vigueur de ceux qui ont vu, vécu, touché du doigt ce qu'ils écrivent.
Là est la force d'Istrati ; force brute, virile, sensuelle, pour cet éternel vagabond qui n'a jamais réellement cessé d'être ce petit Mataké des « Chardons du Baragan » demandant apeuré : « Ou allons-nous maintenant ? » et à qui l'on a envie de répondre : « Voir le monde, Mataké…voir le monde… »
Car Panaït Istrati n'a jamais cessé de courir après les chardons…
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Cela faisait un moment que je voulais découvrir Panaït Istrati dont je vois de temps en temps passer le nom, ici ou là. Bien qu'écrivant en Français, c'est de la Roumanie, son pays d'origine, qu'il parle dans ce très court roman. Une Roumanie paysanne, pauvre, voire miséreuse. le premier soucis c'est d'avoir de quoi manger et c'est loin d'être gagné. le narrateur est un jeune garçon, qui à l'instigation de sa mère, part avec son père tenter de vendre du poisson fumé. Expédition dérisoire et inutile, qui ne leur rapportera rien, et découvrant la mort de la mère par un voisin, ils décident de tenter leur chance ailleurs, essayer de se caser comme ouvriers agricoles. Leur situation sera toujours aussi précaire, et notre héros décide de suivre le chemin du vagabondage, celui des chardons du titre, qui se déplacent avec le vent sur la grande plaine déserte. Il part avec un camarade, Brèche-Dent. Ils sont recueillis au bout de leur périple par un parent de Brèche-Dent, marié dans une famille un peu plus aisée, et s'installe dans une misère un peu moins grande. Tout au moins jusqu'à la prochaine famine, qui voit une révolte populaire et une terrible répression des autorités.

Livre poétique, sans aucun doute très authentique, d'un auteur qui s'identifie visiblement aux pauvres, à ceux qui n'ont rien, à peine le droit d'exister. C' n'est pas un roman réaliste à la Zola, il y a un aspect métaphorique, transfigurant le réel. C'est un univers un peu à part.

Je suis un peu partagée à la fin de cette lecture, intéressante sans doute, mais qui ne m'a pas complètement embarquée, sans que j'arrive à expliquer ce qui m'a moins convaincue. Il y a sans doute la forme brève pour un roman, qui ne permet pas de s'installer, de faire un bout de chemin avec l'auteur et son écriture. Il me faudrait lire un autre texte de Panaït Istrati, un peu plus long, pour me faire définitivement une opinion.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Mais qu'en savions-nous, les enfants ? Hormis l'ingrate existence de tous ceux qui naissent dans une chaumière ; hormis ces privations constantes qui liment, qui modifient l'être humain et qui ne révoltent plus personne, à force d'habitude, que savions-nous de l'universel gémissement qui s'échappait des millions de poitrines paysannes, d'un bout à l'autre de la Roumanie ? (p. 70)
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Je dédie ce livre:
Au peuple de Roumanie,
A ses onze mille assassinés par le
Gouvernement roumain
Aux trois villages: Stanilesti, Baïlesti
Hodivoaïa, rasés à coup de canon
Crimes perpétrés en mars 1907
et restés impunis.



Panaït Istrati, mars 1928
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À partir du Nouvel An, la famine fit rage. Plus de deux cents familles virent leur dernière ration de malaï épuisée. Certains vendirent leur bête de somme, un bœuf, un cheval ou la vache à lait. D'autres, espérant trouver du secours, furent obligés, à la fin, de tuer la bête qui ne pouvait plus se tenir debout. Mais le plus grande partie du bétail creva de faim, après avoir rongé la dernière tige de maïs, la crèche et les poutres de l'étable. Chaque jour on voyait des traîneaux transportant hors du village une charogne que des meutes de chiens dévoraient immédiatement. (P. 118)
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- C'est la cavalerie ! murmura-t-il. Ils sont derrière la colline !
Et frappant les chevaux :
- Hi ! les rouans ! Voici les "chardons" qui "se tiennent chardons à nos trousses "!
Ce furent les dernières paroles du bon Costaké.
Trois cavaliers surgirent au tournant de la côte que nous venions de descendre. Invisibles pour eux, nous les regardions du fond de la voiture, où nous restions blottis, atterrés, le souffle coupé, alors que notre pauvre ami, ne se doutant peut-être pas de la cible que son dos leur offrait, frappait, frappait. Ils ne firent qu'un bond, pour nous rattraper, et nous les vîmes faire halte à cinquante pas, épauler leurs carabines et tirer. Dans la course assourdissante du véhicule, je sentis le corps de Costaké tomber par-dessus bord. Et ce fut tout, car je m'évanouis, pendant que nos chevaux emballés continuaient leur galop.
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Dans le ciel limpide, grues et cigognes tournaient en rond leur danse d'adieu qui précède de peu le départ. J'avais mal à la nuque à force de les regarder, et le cœur gros de me savoir, moi, rivé à la terre.
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