AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Martine Leroy-Battistelli (Traducteur)
ISBN : 2253055972
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1991)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 229 notes)
Résumé :
Azteca raconte la légende colorée et puissante d'une civilisation qui s'épanouit pendant de longs siècles dans un isolement splendide.
Ce monde éclatant, et pourtant condamné, c'est un homme, Mixtli, dit Nuage Sombre, qui le décrit, dans un récit bouleversant, mouvementé, riche de la beauté et de la violence qui caractérisaient le Mexique ancien. Ce grand roman historique plein de sang, d'amour et de sexe est aussi l'aventure et le destin exceptionnel d'un ho... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
boudicca
  29 juin 2012
Avec « Azteca », le romancier américain Gary Jennings nous offre une fresque historique absolument remarquable, premier opus d'une trilogie dont les deux autres volumes demeurent malheureusement à ce jour difficilement procurables (« L'automne aztèque » et « Sang aztèque »). A travers la voix de Mixtli Nuage noir c'est toute la civilisation des « Mexica », autrement dit des Aztèques, d'avant et d'après la conquête des Espagnols que l'on découvre ou redécouvre au fil de ce récit passionnant. Des divinités adorées à la pratique du sacrifice humain massif en passant par les tâches les plus basiques de la vie quotidienne, l'organisation politique des tribus, l'architecture, le commerce ou encore la sexualité (âmes sensibles s'abstenir...), l'auteur aborde absolument tous les sujets possibles dans ce pavé de plus de mille pages et nous fournis un nombre incalculable de renseignements sans que jamais cela ne devienne rébarbatif. Difficile de ne pas se laisser embarquer par l'indéniable talent de conteur de Gary Jennings et de ne pas s'émerveiller devant la richesse et la beauté de cette brillante civilisation. C'est un dépaysement complet que nous propose l'auteur qui nous fait voyager à travers des paysages plus grandioses les uns que les autres, à commencer par la majestueuse et fameuse ville de Tenochtitlan qu'il nous donne l'occasion de visiter en détail.
Le procédé narratif utilisé est également à saluer, l'idée de placer la relation de ces événements relatifs à l'ascension et à la chute des Aztèques dans la bouche de l'un d'entre eux s'adressant à des membres du clergé espagnol totalement ignorants des us et coutumes de ce peuple permettant à l'auteur de confronter ces deux civilisations, de présenter en détail toutes les caractéristiques de la culture aztèque et de répondre naturellement aux questions qui viennent spontanément à l'esprit du lecteur. le protagoniste-narrateur, dont on suit les aventures depuis sa naissance jusqu'aux tous derniers moments de son existence, est pour sa part extrêmement attachant, ni tout blanc ni tout noir mais en tout cas difficile à oublier. Il en va de même des nombreux personnages qui gravitent autour de lui, tour à tour détestables, pathétiques ou émouvants mais toujours convaincants. Les femmes, en particulier, font l'objet de très beaux portraits, brossés avec beaucoup de talent et de subtilité par l'auteur. Ce soin accordé au traitement des personnages conjugué au sérieux et à l'abondance des recherches de Gary Jennings sur le sujet permettent de donner vie à des scènes extrêmement touchantes et marquantes, aujourd'hui encore bien présentes dans ma mémoire malgré le temps écoulé depuis la lecture de cet ouvrage.
« Azteca » est un roman captivant qui vous transportera l'espace de quelques heures au coeur du Mexique du XVIe siècle à la découverte de cette fascinante civilisation aztèque, aujourd'hui encore bien trop méconnue et victime de nombreux préjugés. Voilà une lecture que vous ne risquez pas de regretter, à la fois divertissante, immersive et instructive.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          340
Soleney
  30 mars 2015
Ce pavé de 1050 pages, c'est l'histoire de Mixtli (dit Nuage Noir), un Aztèque employé par Monseigneur l'évêque pour le compte du roi Charles Quint. Son rôle est de décrire son pays et sa culture avant l'arrivée des colons espagnols.
Bien qu'étant plus amatrice des littératures de l'imaginaire, j'ai beaucoup aimé ce bouquin. Il y a certes quelques longueurs dans la narration – car le personnage principal s'attache à décrire chaque détail de la culture de son peuple – mais les rebondissements arrivent à point nommé pour nous choquer/dégoûter/révolter (ouais, ils sont hards, les rebondissements…). J'ai appris que l'auteur avait fait dix ans de recherches pour parvenir à rédiger son roman. le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il était sacrément motivé ! Ça se ressent à la lecture, car il prend le temps d'expliquer le quotidien des Aztèques. Peut-être un petit peu trop, parfois – j'avais du mal quand il décrivait en long en large et en travers les cérémonies religieuses… Et des cérémonies, il y en a ! Cette civilisation a un panthéon de dieux assez varié (mais moins que tous nos saints catholiques, comme le souligne Mixtli).
En revanche, plus on avance, moins c'est descriptif et plus c'est passionnant !
Commençons par ce qui fâche : les défauts.
Selon moi, l'auteur met trop en avant l'importance du narrateur. Nuage Noir était un enfant comme les autres et vivait dans un petit village banal. Il était même en-dessous des autres, puisque sa vue est devenue tellement mauvaise qu'il en est presque aveugle. Mais quand il avait sept ans, un vieillard lui a prédit un destin incroyable, et en grandissant il a été appelé à la cour de Texcoco pour apprendre les mots (son rêve de toujours) et servir les Grands. Je n'ai pas trop compris comment ni pourquoi. Si je me rappelle bien, il avait rencontré un voyageur un soir, qui serait en fait le messager de l'Orateur Vénéré (c'est-à-dire, le roi) de Texcoco. Ce voyageur l'aurait bien apprécié (comment ? Pourquoi ?). Et ça aurait suffi pour le faire appeler à la cour pour apprendre à lire. C'est un peu trop facile… J'ai trouvé que c'était un peu « bricolé » pour nous permettre de voir de près toutes les couches de la société aztèque.
Mais par conséquent, le parcours de Mixtli est trop chaotique pour être réaliste (surtout dans une société où il était sûrement difficile de changer de grade) : il étudie à la cour, puis devient soldat, puis héros de guerre (carrément), puis pochtecatl (riche marchand), conseiller royal, négociateur du roi (wahou)… Il rencontre des femmes magnifiques qui tombent à ses pieds, a toujours réponse à tout, fait des découvertes absolument fabuleuses, découvre des contrées au-delà de toute imagination… C'est un destin de héros, pas de personne du peuple (juste un exemple, pour dire à quel point ce n'est pas n'importe qui : sa fille de deux ans suscite tant l'admiration d'un potier croisé dans la rue qu'elle lui sert de modèle. Et c'est ainsi que le narrateur est amené à voir son visage partout tant les reproductions sont nombreuses ! Une vraie superstar…). En fait, Mixtli fait partie de l'Histoire (notamment quand débarquent les Espagnols), mais personne ne le sait. J'ai eu du mal à m'identifier à lui à cause de ça – sa vie est bien trop au-dessus de la mienne. le destin de ses proches est même tout aussi chamboulé que le sien (notamment sa soeur et son ami d'enfance), rajoutant encore des rebondissements à son existence.
Bref, une vie digne d'une série télé, mais pas de la réalité. Et la construction même de l'histoire rend la vie de Mixtli encore plus romanesque : les Espagnols prennent le PREMIER vieil homme qu'ils trouvent dans les populations locales, et comme par hasard, ils tombent sur quelqu'un qui a eu un destin extraordinaire. Mouais. Un peu de retenue aurait pu donner plus de crédibilité au personnage. Ou à tout le moins, il aurait pu naître dans un milieu social un peu plus élevé pour expliquer cette ascension fulgurante.
D'ailleurs, j'ai l'impression que Jennings « oublie » parfois que son héros est presque aveugle. Il explique que son infirmité le gène énormément quand il est petit (à tel point qu'il se cogne aux meubles, quand même ! Et que les autres enfants se moquent de lui : « Regarde, Mixtli, tu as vu ?? — Ah, oui. — C'est beau, hein ? — Oui, c'est magnifique. — Imbécile, il n'y a rien ! »). Puis plus rien. Il n'a plus du tout de problème pour se diriger, il voit très bien de près, mais les choses au loin sont floues (avant qu'il trouve sa solution personnelle, cela s'entend). de temps en temps, l'auteur rappelle qu'il est obligé de se rapprocher des choses pour les voir distinctement, mais sinon, il vit très normalement et cela n'affecte pas les descriptions, ni l'attitude des autres à son égard (la pitié, la moquerie, le dédain, qui faisaient partie de son quotidien au moment où ses yeux sont tombés malades, ont mystérieusement disparus…). Un exemple : pendant qu'il discute avec Gourmand de Sang pour le convaincre de venir voyager avec lui, il le voit « écraser une fourmi avec sa botte ». Mais comment peut-il voir une fourmi à cette distance ?? À la base, il n'est censé y voir qu'à une main de distance. Je ne sais pas combien ça fait de centimètres, mais ça n'a pas l'air beaucoup…
J'ai eu aussi un petit souci avec la chronologie de son mariage. Peu après leur union, Mixtli et sa femme se rendent chez les Purépecha, et, suite à une nuit torride, il s'avère que la dame tombe enceinte… Mais seulement sept ans plus tard – soit quand Nuage Noir a vingt-huit ou vingt-neuf ans ! Et elle accouche… quand il en a trente-et-un. Promis, c'est écrit noir sur blanc dans le livre vers les pages 610-612 ! Après, l'oeuvre est tellement longue et tellement complexe que c'est parfaitement compréhensible que l'auteur se soit parfois mélangé les pinceaux.
Un dernier petit défaut m'a gênée (mais peut-être n'est-ce que dans mon édition ?) : beaucoup de mots aztèques sont employés dans les phrases, et pourtant, tous ne sont pas référencés dans le lexique – le plus souvent parce qu'ils sont expliqué lors de leur première apparition. C'est bien dommage, car cela nous force soit à revenir en arrière à la recherche de cette première évocation, soit à abdiquer et laisser le mystère du mot.
Côté points positifs, l'écriture, fluide, est très agréable à lire. L'histoire est très bien construite et monte lentement en puissance (le détail d'une vie, ça ne peut pas être survolé !) et les personnages sont très attachants. Les rebondissements revitalisent le récit (sauf pendant les 100 premières pages, où je me suis un peu ennuyée) et sont parfois trashs. Jennings est cru dans ses descriptions.
Mais contrairement à Spyeagle, je n'ai pas eu trop de problèmes avec cela. Tzitzitlini est plus âgée que son frère, et il me semble qu'elle a douze ans, et non sept, quand ils couchent ensemble (de même qu'à mon sens, Nuage Noir est forcément pubère, parce que sinon ça marche pas :P). Certes, c'est perturbant de savoir qu'ils font déjà ça si jeunes, mais cela arrive aussi dans la réalité (des petites filles qui tombent enceintes à douze ans…). Et plusieurs sociétés font se marier les filles à douze ans, voire plus tôt (je pense notamment à certains pays musulmans), et c'est plutôt nous qui nous marions très tard (je crois que la moyenne française est de 28 ans). Tout comme les autres scènes de sexe, on ne peut pas ne pas en parler sous prétexte que ce n'est pas convenable. Cela existe, et si le rôle de la littérature est de représenter, critiquer ou s'inspirer du réel, c'est normal qu'elle aborde ce sujet.
Certes, c'est très décrit (parfois trop), mais personnellement je l'ai plus vu comme un moyen pour le vieux Mixtli qui raconte de se moquer des frères dominicains et de l'évêque, qui sont obligés d'écouter son « étalement de dépravation » (on le voit dans les apostrophes, toujours moqueuses). Y-a-t-il une critique religieuse sous-jacente ? C'est une bonne question à laquelle je n'aurai malheureusement pas de réponse…
En tout cas, cette sexualité affichée est beaucoup mieux passée que celle de Sexus alors que ce n'est pas moins décrit. Dans celui-là, l'auteur (qui raconte sa jeunesse) a une conduite parfaitement amorale et égocentrique. La sexualité du livre n'a pas de sens, si ce n'est provoquer l'Amérique des années 20, alors que dans Azteca, elle a une utilité à l'intérieur même de l'histoire : elle rend certaines scènes encore plus affreuses, plus poignantes, d'autres comiques, elle provoque les dominicains et le lecteur… Et le fait qu'il emploie des mots aztèques pour les décrire édulcore ces scènes et enlève toute vulgarité.
En conclusion, je dirais que c'est un très bon livre qui, bien qu'à ne pas mettre en toutes les mains, plaira sûrement aux férus d'histoire et à ceux que les gros pavés font envie ! J'ai eu un peu de mal à accrocher dans les premières pages, mais par la suite, les rebondissements m'ont complètement tenue en haleine. Je peux dire que je ne regrette pas cette dépense et que je relirai sûrement Azteca d'ici quelques temps (il y a tellement de choses qui se passent, tellement de retournements qu'on oublie vite les détails et que c'est un bouquin qui doit pouvoir se relire à tout moment).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Arakasi
  13 septembre 2017
Mixtli « Nuage Noir » est un vieillard. Il a beaucoup vu, beaucoup voyagé, beaucoup entendu. Il a connu le vaste empire Mexica au sommet de son pouvoir mais a aussi vécu son déclin et son irréversible chute à l'arrivée de conquistadors espagnols. Aujourd'hui, Mixtli n'aspire qu'au repos et à terminer ses vieux jours dans la paix de l'âme aux côtés de son épouse malade. Pourtant un dernier défi l'attend : l'évêque de Mexico fait appel à lui pour lui conter l'histoire de son pays, récit qui sera ensuite envoyé au roi Charles Quint avide de découvrir les merveilles de sa nouvelle colonie. Mais les membres du clergé chargés de retranscrire les paroles du vieillard n'ont pas prévu un détail… Non seulement le vieil aztèque est malin, mais il est également très bavard. Loin de s'en tenir à une simple synthèse historique, il va les régaler par le menu de toute l'histoire de sa vie, de sa lointaine enfance sur les rives du lac Texcoco à ses dernières mésaventures en tant qu'interprète de Cortès. Alors que la plupart des hommes ne vivent qu'une existence, Mixtli lui en a vécu des dizaines : il fut marchand, guerrier, diplomate, peintre, scribe… Amant et époux aussi et ceci au grand dam des oreilles délicates des bons frères qu'il abreuvera abondamment de ses exploits sexuels.
Vaste fresque historique, « Azteca » est sans doute le roman le plus réussi de Gary Jennings. Certes, le récit souffre un peu du défaut récurrent des récits de ce genre, à savoir un excès du didactisme, mais ce point de détail est justifié par le parti-pris narratif et je ne m'étendrai pas exagérément dessus. Touffu, foisonnant, très souvent passionnant, le récit de Mitxli a également le mérite d'être délicieusement dépaysant. Paysages sublimes et villes magnifiques foisonnent et, à chaque nouveau chapitre, c'est de nouveaux décors qui s'offrent à nous, tous plus beaux les uns que les autres. Je ne pourrais juger en revanche de la véracité historique, mais il est évident que Jennings a pris grand soin d'abondamment se documenter et on sort de cette lecture considérablement plus savant qu'on ne l'était au premier abord. Bon point non négligeable : Jennings ne tente pas de dresser un portrait idyllique de la société aztèque et ne nous épargne pas ses aspects les moins reluisants.
Niveau protagonistes, Mitxli est un narrateur éminemment sympathique et dont on prend plaisir à admirer l'astuce et l'intelligence. Les petits piques discrètes qu'ils adressent à ses auditeurs réticents m'ont fait sourire plus d'une fois. Nombreux sont les personnages qui gravitent autour de lui – amis, suzerains, ennemis, amantes, esclaves… – mais ils ont tous comme point commun d'être extrêmement bien typés. Un bémol cependant, à savoir l'excès de scènes de sexe, souvent plus racoleuses les unes que les autres. On a droit à tout ou presque : inceste, pédophilie, partouze, zoophilie, etc. A la première lecture, j'avais innocemment mis cela sur le compte des particularités de la société aztèque ou peut-être du malin désir de Mitxli de mettre ses interlocuteurs mal à l'aise… Mais après avoir lu d'autres romans de Mr Jennings, j'ai dû me rendre à l'évidence, tous ses bouquins sont comme ça. Et encore « Azteca » est un des plus softs. Alors, quitte à passer pour pudibonde, je l'affirme : trop de cul tue le cul. Ce petit (mais marquant) détail ne m'a pas empêché de relire « Azteca » avec beaucoup de plaisir et je me risquerai peut-être même à lire la suite, « Automne aztèque », bien que sa réputation soit moindre. Une bien belle manière de voyager.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          154
Chewingirlz
  07 mars 2015
Azteca.
Six lettres, 1047 pages, un héros, L Histoire, Gary Jennings, mélangez le tout et vous obtiendrez un chef d'oeuvre.
J'ai toujours été fascinée par l'histoire d'Amérique centrale et Amérique du Sud. Je savais distinguer les Mayas des Aztèques, mais dans mon esprit, les Aztèques et les Incas se mélangeaient ; je ne savais qui du peuple inca ou du peuple aztèque faisait des sacrifices humains à son terrible dieu Huitzilopochtli ou encore lequel des deux avait omis d'inventer la roue.
En vérité, je savais parfaitement une chose que j'avais appris à l'école : les Aztèques ont connu leur déclin lorsque le grand Cortès est arrivé, suivi de ses guerriers espagnols au XVIe siècle.
Je suis donc partie à la découverte de ce monstre littéraire, ce livre aux éloges incroyables, avec une certaine ouverture d'esprit. J'ai lu quelques romans historiques et j'avais un avis mitigé quant à cette catégorie littéraire. Tantôt, ils étaient trop romancés, avec des détails à la limite de l'anachronisme, tantôt ils étaient trop réalistes et cela m'ennuyait profondément.
Je dois dire qu'Azteca est un cas très particulier : ce livre m'a littéralement transportée ; il m'a aussi paru d'un réalisme accru qui ne m'a pas ennuyé cette fois, mais qui m'a parfois profondément mise mal à l'aise comme lorsque je regarde un film en disant "cette scène-là, on aurait pu s'en passer".
Azteca, c'est l'apogée et le déclin des Aztèques. En réalité, il est fait surtout référence aux Mexica, qui vivaient à Tenochtitlan, l'actuel Mexico. Notre héros, Mixtli, est une personne ordinaire, et il est appréciable de lire un livre où le héros n'a rien de particulier, si ce n'est une soif d'apprendre. Je pense que Gary Jennings a voulu le rendre humain, avec des sentiments humains et des facultés humaines. Mais, à trop vouloir le rendre humain, il a parfois dépassé les limites et l'a rendu, à mes yeux, totalement inhumain ; je crois que c'est la première fois que je lis un livre aussi long dans lequel j'apprécie peu ou prou le personnage principal. C'est ici le seul point négatif que je trouve à ce chef d'oeuvre colossal : son héros.
En réalité, le héros n'est qu'un fil conducteur qui nous permet de découvrir une civilisation haute en couleur, avec ses traditions, sa religion omniprésente comme elle l'était à l'époque en Europe, ses peuples et même son histoire. Gary Jennings, en faisant voyager son personnage m'a véritablement transportée, il m'a emmenée avec lui chez les Mayas, il m'a emmenée avec lui voir les sacrifices humains à Tenochtitlan, il m'a emmenée avec lui voir la terrifique "fête" Xipe Totec, il m'a emmenée avec lui à la cour de Texcoco et m'a montré l'arrivée des colons. J'ai pu rencontrer le grand Ahuizotl, le lâche Moctezuma, le bienveillant Nezahualpilli, le pauvre Cuauhtémoc et l'insupportable Malintzin (qui ne mérite d'ailleurs pas de porter le "tzin", marque de noblesse, vous en conviendrez par vous même).
Ce que j'aime chez Gary Jennings, ce sont ses descriptions qui permettent aux lecteurs d'être plongés dans son univers plus que réaliste. Mais en plus de cela, et c'est ici toute la magie de ce livre, il nous fait sortir de celui-ci, ce qui nous amène à poser les questions suivantes : est-ce eux, les vrais "sauvages" ? le sacrifice humain faisaient-ils des aztèques des êtres sanguinaires et primitifs ? Pouvait-on considérer que cette civilisation était inférieure à la nôtre au XVIe siècle ? (parce qu'ils n'avaient pas inventé la roue? NB : cette réponse se trouve dans le livre et est d'ailleurs nullement surprenante quand on voit l'avancée technique des Mexica ou plus généralement des Aztèques).
Par conséquent, Azteca n'est pas un livre dont vous ressortirez indemne. C'est le genre de roman que j'aime qualifier de fort, puissant et touchant à la fois. C'est un pur chef d'oeuvre que nous offre ici Gary Jennings, et si la civilisation aztèque vous fascine un tant soit peu, plongez dans l'univers de cet auteur incroyable, vous ne le regretterez pas.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
SirFurby
  28 février 2016
Une fresque, un étalage.

Mixtli le personnage principal a tout vu tout fait. Je dirais même trop fait. Au bout de plus de mille pages en sa compagnie, de sa jeunesse à l'infirmité, on en apprend beaucoup sur la vie de certaines civilisations précolombiennes… et aussi sur les fantasmes de l'écrivain.

Le personnage principal est myope et le monde il le verra à travers un prisme qui semble réduire ses centres d'intérêts à la fornication et à la réussite personnelle. C'est en tout cas l'impression qu'il m'a laissé une fois le livre refermé. Il aurait aussi bien pu porter des oeillères. L'auteur lui facilite la tâche. Ce qui n'est pas encore le Mexique devient le terreau de diverses fantaisies sexuelles qui déboulent dans l'histoire à un moment ou à un autre. Alors, croiser une ou deux paires de fesses en passant, pour marquer le coup, on va dire que c'est pour pimenter l'histoire ou toucher le fond de l'horreur selon le destin de ces arrière-trains. Au fil des lignes qui décrivent tout pareillement relations sexuelles conventionnelles, viols et autres perversions, on sent toujours une certaine fascination, une certaine complaisance dont les descriptions détaillées et récurrentes sont significatives. Là, on se dit qu'Azteca devient un exutoire un peu malsain.

Et un catalogue de faits où le héros ( soit disant presque malgré lui ) se trouve embarqué pour le meilleur et pour le pire. Souvent il n'y a pas de juste milieu dans Azteca. J'aurais préféré une palette de plusieurs personnages qui auraient pu ajouter leurs couleurs à ce tableau mésoaméricain avec plus de crédibilité. Peut-être est-ce pour cela que Mixtli alias Nuage Noir, ingénieux scribe et guerrier décoré et riche marchand et seigneur avisé ne m'a pas touché plus que cela. Il n'est somme toute qu'un vecteur pour les marottes libidineuses de son écrivain et pour en apprendre plus sur ces cultures avant l'arrivée espagnole.

A ce sujet, il n'est guère aisé de savoir où est la vérité dans ce flou véridico-romancé. Que quelqu'un me corrige si je me trompe, mais il ne me semble pas que les Aztèques, contrairement à ce qui est montré dans le roman, aient un jour eu une science de l'écriture suffisamment poussée pour servir à autre chose qu'à l'enregistrement d'affaires gouvernementales ou des récits mythologiques, en bref des événements solennels, codifiés. A la différence des Mayas qui sont ici présentés comme de gentils benêts, rejetons d'une grande civilisation disparue regroupés dans leurs taudis. Or, bien que déclinante par rapports aux Cités-Etats de jadis, il existait encore une culture Maya active, des villes et tout le toutim. Sans parler des Tarasques ( Purepechas ) qui sont décrits comme des individus licencieux et des pédophiles assumés. Peut-être s'agit-il de ficelles scénaristiques. Ou bien rien de plus que l'état des connaissances au moment où l'auteur fit ses recherches pour construire son roman. Mais aucune source n'est citée, aucune bibliographie donnée en fin d'ouvrage. On nous dit que c'était un homme de terrain, j'aurais bien aimé suivre son parcours. Toutefois, je pense avoir lu plus de vrai que de faux même si le livre est encore très controversé. C'est justement l'énergie investie par l'auteur pour être juste ( géographiquement, historiquement, jusque dans les termes nahuatl ) qui fait sauter aux yeux les accrocs dans la tapisserie quand Jennings prend le parti pris injustifié d'accréditer certaines rumeurs sur les moeurs des ces peuples plutôt que d'en rester aux faits déjà fournis. Surtout que la plupart des errances sexuelles de l'auteur se passe sous couvert de différences culturelles erronées et c'est vraiment regrettable pour ce type d'ouvrage. Des précisions auraient été bienvenues pour démêler la fiction du réel en fin de livre avec le lexique.

Alors, malgré ces points qu'il serait fastidieux de relater, l'histoire m'a tout de même beaucoup intéressée. Sans doute parce que je cherche toujours à en apprendre plus sur l'Histoire de ces peuples natifs. Je suis biaisée et en même temps plus exigeante. J'ai trouvé le style descriptif de l'auteur très agréable à lire. Gary Jennings est un excellent conteur. Les nombreuses pages sont passées assez vite sans m'ennuyer. Il sait placer ses évènements, les souvenirs d'enfance, les batailles, les regrets et les faire vivre de sa plume. Ce n'est pas chose aisée de rendre le passé vivant, d'alterner la comédie, les atrocités, qui se rejoignent parfois dans un grotesque sanguinolent, les moments de contemplation, et bien d'autres choses encore et d'en ressortir avec un ensemble cohérent.

En tout cas, Azteca m'aura fait voir du pays.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
boudiccaboudicca   20 juin 2012
C'est ainsi que je vis Tenochtitlan pour la première fois ; non pas comme une cité remplie de tours de pierre, de riches boiseries et de peintures éclatantes, mais comme une ville de lumière. Au fur et à mesure qu'on allumait les lanternes, les torches et les chandelles, dans l'embrasure des fenêtres, dans les rues, le long des canaux, sur les terrasses, les corniches des toits des bâtiments..., les petits points de lumière distincts s'agglutinaient puis formaient des rubans de lumière qui, à leur tour, dessinaient les contours de la ville.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180
boudiccaboudicca   29 juin 2012
Les dieux t'ont aidé à connaître l'art des mots. Ils t'ont aidé dans tes voyages pour que tu puisses voir et apprendre beaucoup de choses. Grâce à cela, tu sais mieux que personne ce qu'a été le Monde Unique. Tout cela va disparaître à jamais. Ce monde n'existera plus que dans le souvenir et c'est toi qui auras la charge de conter son histoire. Un jour, quand tout aura disparu, pour toujours, des hommes viendront remuer les cendres et se poseront des questions. Tu possèdes les souvenirs et les mots pour parler de la splendeur du Monde Unique, pour qu'elle ne tombe pas dans l'oubli. Toi, Mixtli, quand tous les monuments se seront écroulés, quand la grande pyramide elle-même se sera effondrée, tu seras encore là. Tu resteras debout.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
boudiccaboudicca   24 juin 2012
J'ai assisté à de nombreux offices dans vos églises depuis le jour où je me suis converti et j'en suis venu à penser que le christianisme présenterait bien plus d'attraits pour les païens si les prêtres de Votre Excellence décrivaient les délices du Ciel avec autant de pittoresque et d'exaltation qu'ils s'étendent sur les horreurs de l'Enfer.
Commenter  J’apprécie          220
xstxst   07 octobre 2014
Tout devin peut voir les chemins et les jours. Même s’il prédit une chose qui va vraiment se produire, elle est loin dans l’espace et dans le temps et elle ne profitera ni ne nuira jamais au devin lui-même. Le tonalli [âme, destin] de ce garçon est de regarder de près les choses de ce monde, de les voir comme elles sont et de comprendre ce qu'elles signifient. [.] Tu croiras d’abord que c’est un handicap, mon garçon, mais ta courte vue t’aidera à discerner des vérités que ceux qui voient loin dédaignent. […]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
c-garauc-garau   28 février 2009
Au nord où je suis allé par la suite se trouve une grande péninsule qui s'avance dans l'océan et où vos explorateurs ont abordé pour la première fois. On aurait pu penser qu'après avoir jeté un coup d'oeil sur ces terres désolées, ils seraient retournés chez eux pour ne jamais plus revenir. Au lieu de cela, ils ont donné à ce pays un nom encore plus absurde que "corne de vache" pour Cuauhnahuac ou tortilla pour Texcala. Lorsque les premiers espagnols débarquèrent, ils demandèrent aux habitants comment s'appelait cet endroit et ceux-ci, répondirent tout naturellement : yectetan ce qui veut dire : je ne comprends pas ce que vous dites. Ces navigateurs en firent Yucatan ...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
autres livres classés : aztèquesVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1082 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre
. .