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Natalia Zaremba-Huzsvai (Traducteur)Charles Zaremba (Traducteur)
EAN : 9782742759095
118 pages
Éditeur : Actes Sud (01/02/2006)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 32 notes)
Résumé :


Ce court roman, écrit en 1976 par le prix Nobel de littérature, brosse le portrait magistral de trois types de “bourreaux” : le cynique, le tortionnaire et le suiveur. Après la chute d’une obscure dictature, les hommes de main de l’ancien pouvoir sont assignés en justice.

L’un d’eux, Antonio Martens, pour être en paix avec lui-même, confie un manuscrit à son avocat commis d’office: il s’agit du dossier Salinas, le cas tragique d’un ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
latina
  14 août 2012
Effroyablement efficace.
L'auteur, hongrois, a voulu raconter son pays sous la tyrannie, mais « comment, dans une dictature arrivée au pouvoir par des voies illégales, publier au nez et à la barbe de la censure une histoire qui parle des moyens illégaux de s'emparer du pouvoir ? » Tout simplement en transposant les faits en Amérique du Sud.
Et ces faits, qu'ils soient de n'importe où, d'ailleurs, sont glaçants. Tout l'appareillage du Pouvoir est décrit, sans aucun détail racoleur. C'est cela justement qui donne froid dans le dos : le ton candide du narrateur (un des policiers préposés à la question) qui a d'effroyables migraines lorsqu'il doit interroger les suspects. le narrateur est considéré comme le « bleu » par son chef et par le bourreau. Et il ne se rend pas totalement compte de l'effroyable efficacité de ce petit bureau aux ordres du Colonel.
« C'était une conversation à deux, moi, ils ne me demandaient plus rien. Je restais donc assis à les écouter. J'avais mal à la tête, terriblement mal. Peut-être que ça se voyait.
- Il va se sauver, dit Rodriguez d'un ton soucieux.
- Où ça ? demande Diaz.
- Qu'est-ce que j'en sais ? Ces gens-là ont toujours un endroit où aller, rétorque Rodriguez nerveusement. Il va se sauver au dernier moment. le sale bourgeois.
- Nous ne combattons pas expressément le capitalisme, lui rappelle Diaz.
- Ca m'est égal, dit Rodriguez, les yeux brillants. Bourgeois, juifs, sauveurs du monde, tout ça, c'est pareil. Tout ce qui les intéresse, c'est de semer le trouble.
- Et toi, demande alors Diaz, tu veux quoi, mon brave Rodriguez ?
- L'ordre. Mais mon ordre à moi ! »
Mais c'est ce petit bleu qui va être considéré comme le responsable, qui va porter le chapeau d'une effroyable erreur : le cas « Salinas ». En prison, il va écrire, ou plutôt décomposer le cas « Salinas », du nom d'un jeune homme idéaliste et emprisonné, en s'aidant du journal intime de celui-ci, pour essayer enfin de comprendre…
Ce jeune Salinas, idéaliste, parce qu'il résume à lui tout seul toute l'opposition au Pouvoir, a été exécuté avant même d'avoir commis toute action subversive. Et ce qu'il dit dans son journal est effroyablement juste :
« Plutôt ne pas vivre que vivre de la sorte. Je lui parle de ma nausée, je lui parle de mon dégoût quotidien. Je lui dis que je déteste tout autour de moi, tout. Je déteste leurs policiers, leurs journaux, leurs informations. Je déteste ces regards sournois autour de moi, ces hommes qu'on fête aujourd'hui et qu'on méprisait hier. Je déteste la résignation, l'avidité, cet éternel jeu de cache-cache, de qui est qui, les privilèges et les gens qui s'écrasent…Je déteste la cécité, les faux espoirs, la vie végétative, les esclaves qui soupirent de bonheur pour peu que le fouet les épargne pendant une journée…Et je lui dis aussi que je me déteste moi-même, avant tout, seulement parce que je suis là et que je ne fais rien. Que je sais bien que je suis moi aussi un esclave, du moins pour l'instant, mais que je le serai de plus en plus si je ne fais rien. »
Petit roman qui donne froid dans le dos ! Effroyable. Efficace.
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d1404
  02 mai 2020
Écrit en deux semaines et publié pour la première fois en 1977, ce court roman avait pour but de dénoncer un régime totalitaire parvenu au pouvoir légalement tout en contournant la censure de l'époque en Hongrie.
L'avocat commis d'office d'Antonio Martens nous présente le manuscrit de son client.
Antonio a en effet demandé du fin fond de sa prison de pouvoir relater l'affaire qui l'a mené devant le tribunal du nouveau régime politique : l'affaire Salinas.
Martens raconte son passage de « naif » policier à la criminelle à membre de la Corporation, chargée de faire « descentes, arrestations, interrogatoires, liquidations » des éléments hostiles au gouvernement au pouvoir depuis le jour de la Victoire.
Un jeune homme idéaliste qui rêve de lutter contre le totalitarisme, un père inquiet, une femme qui tente de vivre malgré la dictature, tels sont les principaux protagonistes de ce qui paraît être un complot sur fond de menaces d'attentats.
Antonio Martens se dédouane, se justifie en expliquant qu'il n'était qu'un simple « bleu », qu'il obéissait aux ordres de sa hiérarchie tout en pensant parfois « qu'ils allaient trop loin ». Il est poursuivi par des migraines qui semblent figurées son sentiment de culpabilité. Lorsqu'il achète le journal intime du fils Salinas, les frontières se brouillent plus encore, diluant les notions de bien et de mal.
Le livre présente une réflexion sur les fondements de l'humanité et ses lois trop souvent bafouées : « D'abord, on croit être malin et maîtriser les évènements, mais après on aimerait seulement savoir où diable ils nous entraînent. »
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jovidalens
  19 juillet 2014
C'est vrai que c'est une histoire simple. Et même si on la trouve révoltante, "ça ne changera rien à sa simplicité". C'est ainsi que le locuteur de ce récit présente son histoire.
Simple flic, à la criminelle, il faisait correctement son métier de policier. Quelque peu las "des assassins, des cambrioleurs et de leurs putes", il accepte d'intégrer un nouveau corps "La Corporation", pour le changement, un meilleur salaire et avec en ligne de mire un hypotétique avancement. de fait , il se retrouve embrigadé dans l'armée de tortionnaires que le nouveau régime dictatorial a mis en place, entre un chef, fin politique sans scrupules et un bourreau créatif.
Et c'est là que Imre Kertesz, en phrases simples,décrit le processus par lequel n'importe quel quidam peut être innocemment entraîné et broyé. Ce policier, du moment qu'il avait accepté sa "mutation", ne pouvait plus faire marche arrière. Deux phrases reviennent dans son texte : "au début, on se croît très intelligent et on pense pouvoir maîtriser les événements, et après on veut juste savoir où diable ils nous entraînent." et "c'est la loi de notre métier, le chemin du retour mène toujours vers l'avant". Et c'est sa descentes aux enfers, bon exécutant, qui s'anesthésie par ses maux de tête.
La suite de son récit, c'est celui de la chasse et la curée d'un père et de son fils, chasse à laquelle il a participé comme frappé d'autisme. Il écrit pour comprendre, retrouver la "logique" qu'il avait perdu au moment des faits.
Enrique est un jeune homme plein de rêves, un naïf qui voudrait faire quelque chose, qui souhaite s'engager dans une lutte dont il n'a pas les capacités pour y faire face. C'est bien pour cette raison, que ses condisciples de faculté ne l'intègre pas dans leur action. Et ils ont bien raison. Parce qu'en pire, il écrit et décrit tous ses états d'âme dans son journal. Son père, en essayant de le protéger va précipiter l'un et l'autre vers une mort aussi certaine qu'inutile.
Quand Imre Kertész publie ce court roman son pays subit une dictature et en Amérique du Sud, c'est le même régime militaire de l'Argentine au Chili. de part son histoire personnelle il a vécu dans un camp d'extermination et connait bien, a su décrypter le processus. Comment échapper ? Echapper à l'oeil policier . parce que dès cet oeil se pose sur quelqu'un(e) il est perdu. On ne peut pas. Il faut attendre que le temps s'écoule en sachant qu'un jour cette junte là aussi sera défaite. Ou les combattre. Mais attention, il faut être aguerri.
Sur la description de ce processus, il existe beaucoup de littérature : il faut dire que le vingtième siècle a fourni de "la matière" ! Ici, l'auteur installe le lecteur dans une quotidienneté effroyable et dresse des portraits d'une rare éloquence, comme celui de l'indicateur, "une sangsue capable d'enthousiasme". Inutile d'ajouter des mots pour montrer la cruauté ou la veulerie ou la désespérance . Les personnages se positionnent impulsés par ce qu'ils sont. Ils ne choisissent pas, se laissent plutôt glissé en fonction de leurs pulsions. Ceux qui choisissent : le chef Diaz, le tortionnaire, le Colonel, les Rebelles sont des hommes d'action.
Tout de même, un sacré clin d'oeil d'avoir réussi à publier un roman aussi lucide sur les régimes dictatoriaux sans que la censure existant à l'époque ne s'y oppose.
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oiseaulire
  25 novembre 2019
Excellent et bref roman abordant l'un des rouages de la terreur politique dans un pays fictif d'Amérique Latine, sorte de bureau d'investigation de la sécurité intérieure, ou autrement dit, chambre des arrestations et de la torture. Imre Kertesz est parvenu, grâce à cette exterritorialisation des procédés de la dictature hongroise, à faire publier ce texte par l'un des deux éditeurs d'Etat en Hongrie en 1977.
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mimifasola
  22 octobre 2013
Comment raconter une dictature tout en évitant la censure ?
Imre Kertész la fait tout simplement en déplaçant le lieu sur un autre continent (de son pays la Hongrie vers l'Amérique latine !!). le narrateur ex policier (dit le « bleu » par son chef et son adjoint) est en prison pour l'affaire « Salinas ».
A l'aide du journal intime du fils Salinas, le bleu se remémore les années de dictature, les censures, la fermeture des universités, ..... Il décrit le travail de son unité (écoutes téléphoniques, intimidations, surveillance en continue,..) et surtout les méthodes inhumaines de traquer et punir les opposants au pouvoir.
J'ai beaucoup aimé ce roman, il est assez court (118 pages) et se lit facilement (en deux jours).
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
latinalatina   13 août 2012
Enrique a entamé ce journal après la fermeture de l’université. C’est-à-dire après le jour de la Victoire.
Je l’ouvre au hasard :
« Rendre compte de mes journées : impossible. Rendre compte de mes projets : néant. Rendre compte de ma vie : je ne vis pas.
Ils ont détruit mes espoirs, détruit mon avenir, ils ont tout détruit. Les salauds. »
Je feuillette.
« J’existe. Est-ce une vie ? Non, je végète. Après la philosophie de l’existentialisme il ne peut visiblement y avoir qu’une seule philosophie : le non-existentialisme. C’est-à-dire la philosophie de l’existence inexistante. »
(…)
Je feuillette.
« Inexistence. Une société d’inexistants. Hier dans la rue, un homme inexistant m’a écrasé le pied avec son pied inexistant.
Je flânais en ville. Il faisait terriblement chaud. C’était l’habituel tapage du soir. La rue était pleine de couples d’amoureux, de gens qui se pressaient vers les cinémas et les bars. Comme s’il ne s’était rien passé, rien. Ils vivaient leur vie inexistante. Ou bien ce sont eux qui existent et pas moi ?
Dans la rue, un type sur deux semblait avoir perdu quelque chose. A chaque pas, des flics étaient là à écouter, à flairer, en croyant que personne ne s’occupait d’eux. Et ils avaient raison : les gens ne s’occupent pas d’eux. Il a suffi de ces quelques mois, et les gens se sont déjà habitués à leur présence. »

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mimifasolamimifasola   22 octobre 2013
" Plutôt ne pas vivre que vivre de la sorte. Je lui parle de ma nausée, je lui parle de mon dégoût quotidien. Je lui dis que je déteste tout autour de moi, tout. Je déteste leurs policiers, leurs journaux, leurs informations. Je déteste ces regards sournois autour de moi, ces hommes qu'on fête aujourd'hui et qu'on méprisait hier. Je déteste la résignation, l'avidité, cet éternel jeu de cache-cache, de qui est qui, les privilèges et les gens qui s'écrasent…Je déteste la cécité, les faux espoirs, la vie végétative, les esclaves qui soupirent de bonheur pour peu que le fouet les épargne pendant une journée…"
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latinalatina   14 août 2012
- Quand on se décide à entamer le combat, il faut savoir pourquoi on lutte. Sinon, ça n'a pas de sens. En général, on lutte contre le pouvoir en place pour prendre soi-même le pouvoir. Ou bien parce que le pouvoir en place représente une menace de mort. Mais reconnais que dans notre cas aucune de ces deux causes n'entre en ligne de compte.
(...)
Est-ce que tu sais que tout groupement conscient a besoin d'instruments inconscients? Oui, d'instruments, même si on dit que ce sont des héros et qu'on leur érige parfois des statues dans les parcs, du moins à un petit nombre d'entre eux, toujours un très petit nombre.
(...)
Est-ce que tu sais, Enrique, est-ce que tu sais vraiment ce que tu risques?
- Ma vie.
- Ta vie ! s'écrie-t-il. Tu parles comme un gosse qui jette une poupée de chiffon qu'il a trop vue ! (...) Ta vie, c'est toi-même qui es assis ici, avec ton passé réel, ton avenir possible et tout ce que tu représentes pour ta mère.
Regarde le soir qui tombe, regarde dans la rue, regarde le monde autour de toi, et imagine que cela n'existe plus. Peux-tu te l'imaginer? Sais-tu ce que vivre signifie? Comment le saurais-tu? Tu es encore trop jeune et bien portant pour cela...
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latinalatina   13 août 2012
(à propos de la torture)


- Il suffit d'appuyer sur un bouton pour brancher le courant. De nos jours, on emploie cette méthode dans le monde entier. C'est propre et commode. Ca ne te suffit pas?
Non, ça ne lui suffisait pas. Rodriguez n'était pas un adepte de l'automatisation.
- On perd le contact immédiat.
- Pourquoi tu as besoin de ça?
Il disait qu'il y avait trop d'emmerdements avec les machines. Que ce n'étaient que de simples mécaniques. Qu'on pourrait tout aussi bien mettre une blouse blanche pour s'en servir, comme un ingénieur ou un docteur.
Il y a tellement de rouages qu'on a l'impression de ne pas régler l'affaire personnellement mais par téléphone.
L'intéressé ne voit pas qu'on est de bonne humeur pendant le travail. Pourtant, affirmait Rodriguez, c'est le secret de la réussite.
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dibordediborde   29 septembre 2015
- Bien sûr, bien sûr. Sauf que... comment dirais-je... bref, à vrai dire je pensais que nous étions ici au service de la loi.
- Nous sommes au service du pouvoir, mon garçon, a rectifié Diaz.
Je commençais à avoir mal à la tête. Etonnant que ce soit à cause de Diaz et non de Rodriguez.
- Je croyais jusqu'à présent que c'était pareil.
- Si on veut. Mais il ne faut pas oublier les priorités.
- Quelles priorités?
Et il m'a répondu avec son sourire inimitable :
- D'abord le pouvoir et ensuite seulement la loi.
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Videos de Imre Kertész (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Imre Kertész
Portrait d'Imre Kertész (2002) .Le Journal de 20h de France 2 présente un portrait d'Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002.
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