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Natalia Zaremba-Huzsvai (Traducteur)Charles Zaremba (Traducteur)
EAN : 9782742743551
117 pages
Actes Sud (23/05/2003)
3.87/5   31 notes
Résumé :
Un homme retourne dans une région où, longtemps auparavant, ont eu lieu d'indicibles crimes. Quel est son malaise ? Quelle est sa mission ?

Il parcourt la campagne, interroge les habitants, scrute les paysages, croise enfin une femme étrange au voile de crêpe dont le père, le frère et le fiancé ont été victimes des assassinats commis en ces lieux...

Évoquant Kafka et Beckett, mêlant allégories poétiques et humour cruel, "Le chercheur d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
J'ai trouvé dans le chercheur de traces un livre étrange et fascinant...Un homme, qu'on appellera tour à tour l'hôte, l'émissaire, l'envoyé, puis finalement le voyageur, se rend sur un site énigmatique, où a dû se produire dans le passé un crime de masse atroce...nous pourrions bien être en Allemagne de l'Est, en Pologne, sur les traces d'un camp d'extermination nazi, mais cela pourrait tout aussi bien être en Union soviétique...Par qui est-il envoyé ? Tout cela a-t-il un sens, et trouvera-t-il les traces tant recherchées ?

Dans ce roman où il ne se passe presque rien et où les choses ne sont jamais dites, Kertész parvient à créer une atmosphère à la fois onirique, oppressante, voire angoissante, et à instiller une forme de suspense qui parvient à nous tenir d'autant mieux en haleine que l'oeuvre est courte, dense.

Densité exceptionnelle car tous les détails ont leur importance. D'abord, deux femmes jouent leur partition : la femme de l'émissaire, au tempérament optimiste, qui suit docilement son mari dans ce détour qu'il a voulu sur le chemin de vacances à la mer. Elle est clairement un soutien pour son mari, qui, obnubilé par sa quête, se montre cynique voire désagréable avec elle. Elle constitue pourtant son point d'ancrage rassurant dans la réalité et le présent.
Ensuite une étrange femme au voile noir, endeuillée par la mort de toute sa famille proche et qui ne semble pas avoir toute sa tête, seulement croisée dans le hall de l'hôtel fréquenté par le couple.

Les mots, les phrases ont une puissance évocatrice incroyable pour nous suggérer l'indicible, l'innommable. Dans cette brume du souvenir, la mémoire serait-elle défaillante, mémoire des lieux, de ce qui s'est passé réellement...les traces auraient-elles été effacées ? Détruites à jamais dans les têtes et par cette gigantesque, monstrueuse usine qui a pris place en ces lieux maudits ?

L'oeuvre trouve son morceau de bravoure dans un passage d'une dizaine de pages : l'émissaire, installé à la terrasse d'un salon de thé dans la grande ville où ils logent, est pris d'une angoisse soudaine à l'immersion dans l'animation trépidante de la grande place et des rues y conduisant...Nous ne sommes qu'à l'heure de pointe, il y a foule...mais pour lui c'est une allégorie de l'Enfer, les personnages, leur attitude, leur tenue vestimentaire, tout le rappelle, et le vocabulaire employé par l'auteur en témoigne. Tout devient fou, démoniaque, enflammé, j'ai pensé à un tableau diabolique et coloré de James Ensor. La description du tableau dressée par Kertész est hallucinante ! Mais cette foule, finalement, n'est-elle pas le troupeau aveugle, zombis manipulés par un régime totalitaire ?

Un livre fort, qui questionne sans jamais moraliser sur la condition humaine, la mémoire, l'horreur des totalitarismes qu'il s'agisse du nazisme ou du communisme qu'Imre Kertész a vécus personnellement comme rescapé des camps nazis.

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Rien n'est nommé des traces du passé qu'est venu chercher l'«envoyé»; sa mission, son travail restent vagues mais pour qui connaît un peu le passé de l'auteur, il est clair qu'il s'agit d'un retour au camp de concentration de Buchenwald. On comprend que le voyage autant que le livre sont une tentative d'intégrer cette expérience de la partager dans une tentative de vivre dans l'après. On comprend aussi que les traces sont indélébiles et que le présent ne peur être appréhendé avec confiance, que tout reste menaçant. Cette angoisse existentielle est extrêmement bien rendue par l'écriture. le style et les thèmes m'ont rappelé ceux de Kafka: la lecture a quelque chose d'oppressant voire de culpabilisant de ne pouvoir alléger le fardeau de l'auteur. On en sort bousculé, à la fois déstabilisé et réconforté par la conscience du confort de notre vie tant matérielle qu'intérieure.
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Un personnage appelé « l'hôte » ou « l'envoyé » est chargé d'une « mission » dont on devine qu'il a , sans que ce soit dit explicitement, un rapport avec la guerre et les camps.

Hébergé chez un collègue à l'occasion d'un colloque dans le pays, il exprime le désir de visiter l'endroit qu‘il a manifestement connu. On perçoit le malaise de son interlocuteur qui veut le dissuader de retourner sur les lieux, et qui se dérobe aux questions avec beaucoup de gêne et de mauvaise foi.

En fait cette mauvaise foi est aussi celle de la ville voisine de l'endroit du camp (le mot n'est pas prononcé) mais aussi dans le maquillage du lieu de mémoire, devenu un site touristique.

Citation :
" Il entra dans une salle, un hall d'exposition -qu'était-ce au juste ? Il crut être égaré dans un aquarium, parmi de monstres morts, des dragons empaillés, des fossiles préhistoriques ; la salle sentait encore la peinture fraîche, tout était agréablement illuminé, délimité par des barrières, fourré derrière des vitres, l'ordre transcendant, l'apparat scientifique et une délicate abstraction constituaient dans cet environnement sécurisant une exposition étrange, voire honteuse : accessoires de romans d'épouvante, marché aux cauchemars, collection d'instruments désuets, bazar de curiosités.

Il regardait et ne reconnaissait rien. Que pouvait prouver à lui ou à quiconque, ce dépotoir habilement, très habilement même, déguisé en collection poussiéreuse ?"

A travers ce court récit, c'est la solitude, la rancoeur, et les cauchemars des survivants qui nous sont transmis, dans une atmosphère oppressante de silence, seul moyen de faire partager au lecteur cette effroyable expérience.

Un livre très fort.
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L'auteur parle d'un sujet duquel on a tant parlé, qui est si connu, dont on connaît tous les détails, mais il ne dit presque rien : il n'y a pas de noms, pas de lieux, pas de précisions. On est presque frustré par le manque d'information, on a envie de rajouter des mots à chaque phrase, de réécrire le texte de manière à ce qu'il corresponde à ce qu'on attend d'un tel récit.

Et c'est tellement fort. le pouvoir que le volontairement omis a sur le lecteur est hypnotisant. On raconte quelque chose, quoi exactement ? L'écriture de Kertész est terriblement opaque, peut-être dérangeante, c'est une écriture qu'il faut analyser en profondeur. Un livre qui ne peut pas se lire sans connaissance du passé, un regard très intéressant et nouveau sur le sujet de l'indicible.

Le livre se lit rapidement, car il ne fait qu'une centaine de pages, mais les pages sont denses. Chaque phrase est interminable, s'étend sur un paragraphe en entier parfois. Les pensées du personnage principale deviennent plus importantes que les personnages eux-mêmes qui ne semblent que des réflexions après-coup, ils disparaissent sans crier garde ; le lecteur les oublie, on ne suit que l'enquête de l'envoyé, on ne pense qu'à sa mission, bien qu'elle nous soit inconnue.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
La place s'élargit, son centre s'affaissa, ses perspectives s'effondrèrent les hauteurs qu'il avait gravies le matin, et dont encore un instant auparavant la ligne bleue se dessinait au loin, semblaient désormais se dresser au bout de la place. Le ciel s'ouvrit dans une cascade de réfractions d'éclairs aveuglants, dans le déluge d'étincelles et de feu du soleil implacable, que des milliers d'objets métalliques, chromés, de vitres et de tuiles amplifiaient jusqu'à la furie, il était prêt à s'effondrer. Les coups de cor exprimaient-ils encore les gémissements des autos dans les sept coins de la place, ou étaient-ce déjà les trompettes du dies irae ? En face, la fontaine, pareille à une énorme mamelle que deux mains impitoyables auraient modelée en un volcan en éruption, vomissait son contenu trouble au milieu de râles, de sifflements et de spasmes incontrôlables : ce n'était plus une place mais une vallée de larmes. Sur la terrasse, plusieurs personnes saisies d'épouvante s'étaient levées pour mieux voir l'horreur : dans l'embouteillage de l'heure de pointe, tout craquait et tournoyait en une ronde indiciblement mouvementée.La rue ressemblait à un fleuve où tout s'était arrêté, entassé, où chaque bateau avait une voie d'eau et à bord, tous luttaient pour l'air, pour l'existence; deux bras levés au ciel sortant d'une voiture ouverte s'élevaient au milieu des débris dérivant dans l'écume des vagues, pareils aux derniers signes faits dans une barque en train de sombrer.
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Il ne pouvait accuser personne ; ils avaient sans aucun doute agi avec loyauté et n’avaient rien déplacé, au fond ; tout était là, les recoins inattendus, les ruelles étroites et les passages surprenants, les places pavées, petites ou grandes, avec au milieu une statue, une fontaine ou un chef-d’oeuvre idéal alliant harmonieusement les deux, les rampes et le portes cochères à piliers, les antiques frontons triangulaires, les balcons, les terrasses et les appuis de fenêtres proéminents, clamant de façon intemporelle et éternelle l’invulnérabilité des oeuvres de l’Esprit et de la Beauté - oui, tout était parfait comme une illusion d’optique : nulle fissure, nulle marge pour un quelconque reproche ; tout s’affichait et pourtant tout résistait, tout était à sa place et pourtant tout était faux et déplacé.
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Derrière la balustrade, tout continuait comme avant, aveuglément, irrésistiblement; chacun vaquait à ses seules occupations, supportant et pratiquant cette horreur quotidienne avec l’indifférence de l’habitude et l’empressement suicidaire de l’automystification. Oui, son savoir était vain, sa vérité impartageable.
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Oui, la femme était un adversaire tenace et dangereux : son pouvoir était grand et elle allait probablement s’en servir pour atténuer ce qu’elle devait souffrir, c’est-à-dire vivre - de ce point de vue, ce sournois de Hermann avait vu clair dans son jeu. Il ne craignait pas la lutte, mais l’idée de devoir s’opposer à sa femme, la pensée qu’ils seraient tous les deux obligés de ruser s’il ne parvenait pas à peser sur sa résolution le remplirent d’une tristesse indicible.
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Vous cous empêtrez dans d’étranges contradictions, Hermann. Vous commencez par l’indépendance, vous poursuivez avec mes souhaits et maintenant, au train où ça va, vous voilà prêt à vous soumettre à ma décision. Mais que voulez-vous au juste ? Un ordre ? Ou peut-être une dispense ?
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