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ISBN : 2081323990
Éditeur : Flammarion (25/03/2015)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 73 notes)
Résumé :
Rien ne prédestinait cette fille d’un soldat de la Wehrmacht et ce fils d’un Juif roumain mort à Auschwitz à devenir le couple mythique de « chasseurs de nazis » que l’on connaît. Leur histoire commence par un coup de foudre sur un quai du métro parisien. Très vite, avec le soutien de Serge, Beate livre en Allemagne un combat acharné contre d’anciens nazis.
Puis leur lutte les conduit aux quatre coins du monde. En France, ils traînent Klaus Barbie devant l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
paroles
  23 février 2016
Beate et Serge Klarsfeld, deux pointures. Deux personnes aux destinées fortes, redoutables. Ils ont fait de la recherche des anciens nazis le combat de toute leur vie.
Elle, la petite allemande, aveugle aux tourments de son propre pays. Lui, le juif, complètement impliqué dans les tourments de l'Holocauste. Leur rencontre scellera leur destin.
Beate ouvre les yeux sur le comportement de ses compatriotes et devient une défenseuse acharnée : réveiller les Allemands sur l'impunité des anciens bourreaux nazis vivant comme si de rien n'était, dans leur pays, aux yeux de tous et pour certains briguant des postes à responsabilité. Elle n'hésite pas à gifler le chancelier Kiesinger, à créer un esclandre au Parlement, enlever des ressortissants allemands (Lischka), employer tous les moyens possibles pour éveiller la conscience des Allemands.
Et bien sûr sa démarche déplaît à certains. Elle est devenue une criminelle : " le cas Klarsfeld relève de la pathologie politique. " On dit d'elle qu'elle souffre d'une déficience d'esprit, qu'elle doit être vue par un psychiatre. Mais elle réplique que c'est la société qui réhabilite les assassins comme Lischka qui devrait se faire psychanalyser. Elle se heurte à la mauvaise volonté de la justice allemande. Elle trouble le repos allemand, elle ravive les plaies que tous aimeraient oublier.
Mais d'autres la soutiennent : "BK est à elle seule la conscience d'un pays inconscient". Extrait de l'article de Vladimir Jankelevitch dans le journal Combat. BK fait scandale par ses actes, mais pour elle, le vrai scandale est l'impunité des crimes.
Klaus Barbie, le criminel type nazi, est sans doute celui qui a donné le plus de fils à tordre. Elle s'est heurtée à la difficulté de faire bouger les autorités française et allemande. Barbie doit payer pour les crimes qu'il a commis en France où il a été condamné deux fois par contumace. En Allemagne, on est prêt à laisser tomber l'affaire et le parquet Bavarois a clos l'instruction et vise de ce fait à réhabiliter à travers Barbie tous les criminels qui ont opéré en France.
Bousculer les Allemands pour une prise de conscience lui demande de nombreux efforts et beaucoup de courage. La cas Barbie est très particulier : il est un des rares parmi les criminels à s'être expatrié, c'est un criminel fantôme. le faire extradé de Bolivie n'est pas une mince affaire. Là-bas, les exactions commises par les SS ne sont pas connues et puis le délai de recours contre le crime est largement dépassé.
De son côté, Serge aidé d'anciens déportés, a recours à de nombreuses manifestations illégales mais symboliques en Allemagne pour mettre en lumière la légitimité de sa protestation et son appel à la justice. Ils sont arrêtés, violentés, emprisonnés alors que le grand criminel, lui, reste libre parce que le Parlement allemand se refuse à voter une loi lui permettant de le juger. Et cette impunité a souvent assuré à ce dernier une place à un poste honorable.
Tout en continuant ces actions, Serge publié en 1978 son Mémorial de la Déportation des Juifs de France, liste qui regroupe les presque 80 000 personnes juives disparues, ainsi que leur destin.
Enfin en janvier 1980, lors du procès de Cologne, Hage, Lischka et Heinrichsohn sont jugés et condamnés à des peines de prison. Soulagement ! " Soulagement est le mot qui s'impose, car on ne peut pas parler de satisfaction. Il n'y a pas de commune mesure entre une sanction, quelle que soit sa gravité, et l'ampleur des crimes auxquels ont participé Lischka, Hagen et Heinrichsohn. "
Les Klarsfeld ne peuvent affronter directement Bousquet qui a déjà été jugé à une peine insignifiante dont il est relevé pour " services rendus à la Résistance ". Alors ils tournent leur action vers Jean Leguay, interlocuteur privilégié des nazis dans l'organisation des convois. Serge dépose une plainte en novembre 1978 pour crime contre l'humanité et rend public un dossier concernant Bousquet.
Il travaille également sur le document Vichy-Auschwitz, document dont il se servira lors du procès de Leguay. " Il faut que le niveau de connaissance de ce rôle de l'Etat français soit suffisamment élevé dans le peuple français pour qu'il pénètre dans la conscience et qu'il condamne à jamais ce régime qui a osé livrer à l'occupant hitlérien au nom de la France des milliers d'enfants juifs. " Ce document servira également lors du procès de Barbie.
Grâce à la loi de 1964 sur l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité, il peut à nouveau porter plainte contre Barbie, au vu de nouveaux éléments (assassinat des enfants d'Izieu). Barbie a été inculpé à Lyon en 1982. Enfin, ce document servira également de toile de fond lors du procès de Maurice Papon.
La lutte contre le crime continue. Beate se rend souvent auprès les dictatures sud-américaines qui protègent les criminels nazis. Au Chili pour Rauff. Au Paraguay pour Josef Mengele. Beate et Serge Klarsfeld s'engagent aussi contre la Syrie pour faire extrader Brunner. Ils sont aussi au côté des Tziganes en 1992 à Rostock, descendants des roms gazés par les nazis et qu'on veut expulser vers la Roumanie.
Les actions contre Bousquet et Touvier ont lieu aussi grâce à leur ténacité et leur pugnacité. Arno, leur fils, les a rejoints maintenant dans leur combat. Et c'est toujours la recherche de la vérité historique qui guide leurs pas. En février 1996, Serge se rend à Sarajevo pour essayer d'expliquer aux Serbes de Bosnie les avantages que constituerait le jugement de leurs responsables politiques et militaires. Parce qu'un jour ou l'autre, ceux-ci devront répondre de leurs actes face à la communauté internationale.
Ainsi, leur combat est multiple, mais chacun a sa place : " Serge agissait au nom des Juifs ; moi, je n'ai jamais agi au nom des Juifs, mais au nom des Allemands." Serge va encore plus loin dans la recherche sur la vérité. Il s'attaque aussi à la spoliation des Juifs. Cette quête lui permettra d'obtenir pour tous les orphelins des déportés juifs menacés dans leur vieillesse par la pauvreté d'échapper à la misère grâce à une modeste rente.
Au bout de cette lecture, harassante il faut bien le reconnaître parce qu'elle ne supporte pas les demi-mesures mais une pleine et entière attention, je ne peux que saluer le courage et le mérite de Beate et Serge Klarsfeld. Ils sont bien au-delà des honneurs qu'ils ont largement mérités et reçus. Ils sont la conscience de tout un pan de l'Histoire.
Pouvaient-ils entrevoir ce que serait leur vie au moment de leur rencontre ? Peut-être sans le nommer vraiment, Serge en percevait-il déjà les contours. Mais c'est Beate qui résume le mieux leur parcours :
" Poétise ta vie, hausse-la au niveau d'une expérience exaltante " écrivait-il à la jeune Allemande qu'il venait de rencontrer au printemps 1960. Sans lui, sans son engagement total et discret à mes côtés, sans sa permanente énergie, qu'aurais-je pu faire ? Un autre homme aurait sans doute exigé de moi que je m'ampute de l'Allemagne : Serge m'a aidée à vraiment devenir une Allemande. "
Je ne sais pas si leur vie commune a été un poème, une épopée sûrement. Mais une chose qu'ils peuvent déjà dire fièrement à leurs petits-enfants est : voilà ce que nous faisons et non pas voilà ce que nous sommes...
Challenge PAVÉS 2015/2016

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bina
  30 octobre 2015
« Un an de prison ferme. Il n'y a pourtant pas outrage au chef de l'Etat : le chancelier n'est que le chef du gouvernement ». Un an pour avoir giflé le chancelier Kiesinger, ancien nazi responsable de la propagande antisémite et conscient de la solution finale. C'est la première action retentissante de Beate Klarsfeld que je découvre dans ces Mémoires rédigées en alternance avec son mari Serge Klarsfeld.
J'avais découvert leur nom dans les années 90, mais je ne connaissais pas tout leur parcours, et ce livre retrace donc les origines de ce couple militant hors du commun.
Beate, jeune fille au paire allemande en France, épouse Serge, jeune homme de famille juive ayant des origines en Roumanie. Beate est la première à se sentir concerné par l'arrivée de Kiesinger au pouvoir, et ce combat est l'élément déclencheur de tout ce que sera sa vie engagée. Serge lui apporte un soutien logistique sans faille, avant de lui-même s'engager et être le déclencheur de nombreuses actions en justice. Il devient historien, avocat, combiné à son travail de recherche sur la Shoah. Beate rend en même temps un vibrant hommage à sa belle-mère Raïssa, qui malgré de nombreuses mises en garde, le soutien pleinement et permet à leurs deux enfants, Arno et Lida, d'être gardé lors de leurs nombreux déplacement aux quatre coins de l'Europe et du monde.
Au nom du peuple allemand pour Beate, et au nom du peuple juif pour Serge, ils épluchent des milliers d'archives en France et à l'étranger, faisant paraitre des ouvrages très pointus qui sont aujourd'hui des références dans l'histoire de la Shoah.
Avec quel objectif ? La recherche de la justice, et de la VERITE HISTORIQUE, pour faire juger tous les responsables, les hauts dignitaires, français ou allemands, les donneurs d'ordre, ceux à l'origine, signatures à l'appui, des arrestations, des tortures, des déportations de juifs ou de résistants.
Comment se faire entendre ? Faire des actions chocs, susceptibles, de marquer les esprits de l'opinion publique, se faire arrêter, pour être médiatisé à toutes les échelles. Ces actions jugées illégales par les personnes ou les Etats visés servent à mettre en lumières la légitimité de leurs actions en justice. Leur vie fut donc mouvementée.
Cela a un coût, ils vécurent longtemps dans la pauvreté, mais l'assumaient pour mener leurs combats qui les firent voyager en France, Allemagne, Amérique du Sud, Europe de l'Est.
Pourquoi ? Pour que la mémoire puisse se conserver, que la page ne se referme pas, un pays doit voir son histoire en face, l'assumer, pour pouvoir repartir sur des bases saines. Ce fut difficile en Allemagne, ou de nombreux cadres nazis continuaient à occuper des fonctions élevées dans la société.
Militants de la mémoire, historient, avocat, instigateur de nombreuses actions en justice, à l'origine de la demande de la création d'un TPI à l'ONU, Serge Klarsfeld et sa femme sans peur et sans reproche ont marqué la seconde moitié du XXe siècle jusqu'à aujourd'hui. La relève est assurée, leurs deux enfants sont avocats, et aux aussi engagés.
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valsing
  13 janvier 2018
Le parcours exceptionnel de Beate et Serge Klarsfeld est retracé dans cet ouvrage historique. Ces deux êtres hors du commun ont décidé de consacrer leur vie à pourchasser les nazis sans jamais que le doute ou la peur prenne le dessus sur leur idéologie! Ils ont toujours été unis pour cette cause si noble et susciteront toujours une admiration sans borne !!
Leur quotidien est relaté page après page, ils nous font revivre des moments incroyables où le courage et la ténacité sont mis à rude épreuve.
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motspourmots
  18 décembre 2015
On les connait en général en tant que "Chasseurs de nazis". Expression qui a certes le mérite de donner un sens concret à leurs actions mais Ô combien réductrice. Ces Mémoires, ils ont longtemps hésité avant de les coucher sur le papier tant ils ont toujours refusé de braquer les projecteurs sur eux, sauf si cela pouvait servir leur action. Et puis ils ont raconté, en poursuivant toujours le même but, celui de la clarté, de la vérité, de l'accessibilité de l'information, de la justice et de la pédagogie. Au fil de la lecture très vite un mot s'impose : respect. Et puis un second : merci.
Auraient-ils accompli autant s'ils ne s'étaient pas rencontrés ? Leur couple est à lui seul un symbole, union du fils d'un juif roumain mort à Auschwitz et de la fille d'un soldat de la Wehrmacht ayant voté Hitler. Un coup de foudre sur un quai de métro, en 1960 à la Porte de Saint-Cloud alors que Beate est jeune fille au pair et encore si peu au fait des réalités historiques de son pays (elle est née en 1939). Serge va éveiller sa conscience politique. Ensemble, ils vont se poser très vite la question des futures relations entre la France et l'Allemagne, convaincus que pour bâtir un avenir solide il faut d'abord apurer le passé. Regarder les faits en face, les faire connaître. Faire en sorte que les nations assument. Puis, très vite, chacun saura quel rôle il veut jouer. Beate refuse que des anciens nazis apparaissent désormais aux responsabilités en Allemagne, négation insupportable de leurs responsabilités dans la machinerie de mort hitlérienne. Serge veut redonner corps aux dizaines de milliers de juifs déportés de France, leur rendre hommage et identité. Leur engagement ne se démentira jamais, le travail accompli est colossal. Encore aujourd'hui, ils veillent et agissent.
On est estomaqué par la volonté de cette femme et de cet homme et surtout par leur droiture. Ils n'ont qu'une obsession : la vérité. Cela passe par des recherches ardues et assidues (si l'on devait chiffrer les tonnes de papier remuées...), la traque de documents officiels, de signatures, le recoupement d'informations. Il leur faut un matériel inattaquable car les réticences, les bâtons dans les roues sont nombreux. Tout le monde n'a pas envie de remuer le linge sale. On s'est dépêché d'enterrer, de pousser la poussière sous les tapis. On a évité d'être trop regardant sur certains passés. Et puis les cadres juridiques doivent être renforcés, il faut notamment trouver des accords entre les justices française et allemande qui évitent aux criminels de passer entre les mailles du filet. Il faut surtout interpeller l'opinion, éviter que certains crimes ne soient définitivement engloutis sous une chape de plomb et de silence. Alors Beate et Serge n'hésitent pas à payer de leur personne, provoquant scandales et manifestations destinés à attirer l'attention sur tel ou tel criminel nazi, devant les domiciles où ils coulent des jours tranquilles en Allemagne. Arrestations, emprisonnement. La vérité est à ce prix. Plus tard, il y aura la traque des nazis protégés par les dictatures d'Amérique du sud mais également la Syrie et la famille Assad. le procès Barbie, les affaires Bousquet, Papon, Touvier.
En lisant les Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld, on sent monter une réelle reconnaissance pour leur travail de pédagogie guidé par la volonté farouche de faire toute la lumière sur l'une des périodes les plus cruelles et sombres de l'humanité et surtout de permettre à chacun d'en être parfaitement informé. Leurs armes sont juridiques, parfois médiatiques, toujours non violentes. L'idée de vengeance est totalement absente. Seule l'idée de transmission domine. Dans ces Mémoires, ils parlent peu d'eux, même si l'on sent l'importance de la famille qu'ils ont construite. Ils parlent surtout de leurs actions avec ce même souci du détail et de véracité. S'ils ont su rassembler progressivement autour d'eux des forces militantes et agissantes, on est frappé par leur solitude des débuts et l'on se surprend à se demander ce qui se serait passé s'ils n'avaient pas agi, eux contre tous.
Grâce à eux et à ceux qui se sont mobilisés avec eux, on peut accéder à la vérité historique. Savoir qui a agi, comment, où. Prendre conscience de la mécanique implacable mise au service de la destruction du peuple Juif. Savoir pour une meilleure vigilance ? C'est ce que voudrait ce couple remarquable pourtant rempli de doutes sur l'avenir. Et nous, on aimerait que cet immense travail, l'oeuvre de toute une vie puisse servir de bouclier dans le futur.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Fandol
  13 juin 2017
Après tant d'années de luttes, de brimades, d'incompréhension mais aussi de victoires contre l'oubli, Beate et Serge Klarsfeld ont raconté cette vie, loin d'être finie, dans un livre qu'il faut absolument lire d'abord pour ne pas laisser oublier tant de malheurs, tant de meurtrissures irréparables, ensuite pour que de tels cauchemars ne se reproduisent plus alors que tout pousse à le craindre.
Le récit est rythmé, alternant entre Beate et Serge, chacun dans son rôle mais tellement complémentaires. Fille de Kurt, fantassin dans l'armée allemande, et Helen Künzel, Beate est berlinoise. Ses parents avaient voté Hitler « comme les autres et ne se reconnaissaient aucune responsabilité dans ce qui s'était passé sous le nazisme. » Après 1945, ils se plaignaient de ce qu'ils enduraient : « Jamais un mot de pitié ou de compréhension à l'égard des autres peuples… »
C'est à Paris, en mai 1960, qu'elle rencontre Serge alors qu'elle est fille au pair : « Il me plaît tout de suite par son sérieux comme par sa fantaisie. » C'est lui qui lui apprend l'histoire de son pays et, reconnaît-elle : « C'est ainsi que j'entre en contact avec la réalité terrifiante du nazisme. » Elle voyage puis se marie, à Paris, le 7 novembre 1963. Elle travaille à l'OFAJ (Office franco-allemand de la jeunesse) et Serge est assistant de direction à l'ORTF, la télé à l'époque.
À son tour, il raconte une enfance marquée par la traque des Juifs par la Gestapo, parle de Nice où sa famille a cru trouver la tranquillité, de son père, Arno, qui se sacrifie pour sauver les siens. Il est emmené vers la mort, à Auschwitz, le 2 octobre 1943. Son récit foisonne d'événements, d'anecdotes révélatrices sur les conditions de vie, comme à Saint-Julien Chapteuil, en Haute-Loire, où sa mère les a emmenés avant un retour à Paris, ville enfin libérée. Leur appartement a été pillé et il est occupé. L'errance reprend.
Lors des obsèques de Xavier Vallat, devant les grilles du cimetière de Pailharès (Ardèche), Serge et Beate Klarsfeld étaient bien seuls, en 1972, pour rappeler le passé du Commissaire aux Questions juives du gouvernement de Vichy, (1941-1942), ayant contribué à doter la France d'une législation antisémite la plus élaborée et la plus sévère d'Europe.
Ces deux vies se conjuguent et se complètent dans l'action et la recherche avec une Beate au courage incroyable lorsqu'elle réussit à hurler : « Kiesinger, Nazi, abtreten ! (démisssionne) » en plein Bundestag où l'ancien Directeur adjoint de la propagande hitlérienne vers l'étranger devenu Chancelier doit s'exprimer. Cette même année 1968, elle écrit : « La réunification est naturelle et souhaitable ; de plus, elle est inévitable… Nous voulons une réunification pacifique qui permette à l'Allemagne sans armes nucléaires d'être l'indispensable pont entre l'Est et l'Ouest. » Un peu plus tard, elle gifle cet homme en public pour « témoigner qu'une partie du peuple allemand, et surtout la jeunesse, est révoltée par la présence à la tête du gouvernement de la République fédérale d'Allemagne d'un nazi… »
Lister toutes les actions entreprises ensuite par Beate et Serge serait beaucoup trop long mais c'est une histoire toute récente où l'on retrouve Kurt Lischka, Herbert Hagen, Aloïs Brunner, Josef Mengele, Klaus Barbie, Paul Touvier, René Bousquet, Maurice Papon... C'est surtout un combat acharné pour que les Fils et filles de déportés ne soient pas spoliés une seconde fois après avoir tout perdu.
Partisan d'une vérité historique impartiale, Serge Klarsfeld remet beaucoup de choses au point en basant toujours ses affirmations sur ses sources, citées précisément, après d'intenses et énormes recherches, luttant sans cesse contre les pesanteurs administratives et les collusions politiques. Ils l'affirment tous les deux : ils militeront jusqu'à la fin, bien relayés par leurs enfants, Arno et Lida. La Fondation pour la Mémoire de la Shoah rappellera toujours que, si 3 millions de Juifs ont survécu, 6 millions ont été assassinés : « Il s'agit d'un drame de la civilisation occidentale… Il s'agit d'un drame de la nature humaine ouvrant de terribles perspectives sur l'infinie capacité de l'homme « civilisé » à faire le mal. »
Concluons cette trop courte chronique mais son but n'est pas de tout dire car il faut lire et faire lire "Mémoires" de Beate et Serge Klarsfeld en laissant la parole à ce dernier : « Comme historien, au lieu d'une mémoire floue, tronquée, mutilée, abîmée, dénaturée, bafouée, j'ai pu imposer une mémoire authentique, restituée, réhabilitée, précise et fidèle. »
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critiques presse (5)
LaLibreBelgique   21 avril 2015
L’inlassable traque des criminels nazis, avec ses faveurs et déshonneurs.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Lexpress   17 avril 2015
Un livre passionnant, de bout en bout.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Liberation   07 avril 2015
Mémoires, renvoie au Mémorial de la déportation des Juifs de France, et à cet autre hommage de Jankélévitch : «Serge et Beate, mes amis, vous êtes les chevaliers de la bonne mémoire.»
Lire la critique sur le site : Liberation
Telerama   01 avril 2015
Unis dans la vie et dans le combat, Beate et Serge Klarsfeld retracent leur inlassable traque des criminels de guerre. Une parole nécessaire.
Lire la critique sur le site : Telerama
Culturebox   31 mars 2015
Ce sont les mémoires d'un couple hors du commun. Beate et Serge Klarsfeld ont consacré leur vie à un seul combat : la chasse aux nazis.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   26 mars 2015
– Je ne tolère pas qu’un ancien nazi puisse devenir chancelier. Je l’ai giflé pour le marquer et pour faire savoir au monde entier qu’il y a des Allemands qui refusent cette honte.”
Lemmer sort de la pièce en hochant la tête. Il se tourne vers moi et me dit encore : “Je pourrais être votre grand-père.”
A peine a-t-il franchi la porte qu’il fait part aux journalistes de son jugement personnel : “Cette femme, qui serait jolie si elle n’était si pâlotte, est une femme sexuellement insatisfaite.” Deux semaines plus tard, le Stern, qui avait exposé le point de vue de Lemmer, publie une lettre d’excuses de sa part : “Quand j’ai fait cette remarque, je ne savais pas que Mme Klarsfeld était mariée, avait un enfant, et que son beau-père était mort à Auschwitz.”

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AdelaideMonteiroAdelaideMonteiro   10 avril 2015
Il faut poétiser ta vie, Beate, la recréer, y participer non pas inconsciemment, en existant simplement, mais consciemment, en la vivant, en t'imposant. D'une petite expédition des Grecs à Troie, Homère a fait L'Iliade et ce pouvoir nous l'avons tous, sinon dans le domaine de l'art, du moins dans celui de la vie. Un peu de courage, de bonne humeur, d'énergie, d'attachement à l'humanité. Beaucoup de poésie pour transfigurer ce que l'on vit et le hausser au niveau d'une expérience exaltante.
Petit chou, tu dois déjà dormir ou sourire de ces bons conseils, mais c'est ce que j'ai de mieux à t'offrir pour ton anniversaire et de plus sincère et de plus durable. Ce n'est pas "le professeur" qui t'écrit, mais ton Serge qui t'aime.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   26 mars 2015
« Pendant quelques instants, je reste indécise. A chaque extrémité de la table, deux ou trois membres du service d’ordre. Je m’approche de l’un d’eux en brandissant mon bloc. Je dois improviser.
Levant soudain la tête, je fais un signe discret de la main, feignant de m’adresser à une personne se trouvant de l’autre côté de la table. Je recommence. Puis, avec naturel, je demande au surveillant : “Je voudrais rejoindre un ami. Puis-je passer derrière les fauteuils ?” Il hésite : “Ce n’est pas un passage.” J’insiste. “Faites le tour par l’extérieur, on ne passe pas ici.” Je reste au même endroit et lance quelques sourires de l’autre côté. Il me tire légèrement par la manche en me disant : “Allez, passez, mais faites vite.” Je me glisse rapidement derrière les personnalités.
Au moment d’arriver derrière Kiesinger [chancelier fédéral, 1966-1969], il sent une présence et se retourne légèrement. Soudainement, mes nerfs se détendent. J’ai gagné. Criant de toutes mes forces “Nazi ! Nazi !”, je le gifle à la volée, sans même voir l’expression de son visage.
Ensuite, je me rappelle seulement que Bruno Heck [secrétaire général de la CDU] s’est lancé sur moi et m’a ceinturée. Derrière moi, j’entends Kiesinger demander : “Est-ce que c’est la Klarsfeld ?”
On me pousse, on me traîne vers une sortie.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   26 mars 2015
Le surlendemain de notre visite à Lischka, nous sommes repartis dans la Mercedes de Harry Dreyfus, notre cameraman, pour le 554, Bergisch-Gladbacher Strasse. Il est 7 heures et il fait très froid. A 7 h 50, Lischka sort. Nous sommes plaqués contre une palissade tout près de la station de métro. Il est vêtu d’un grand manteau ; avec ce manteau, son chapeau, ses lunettes et sa serviette noire, il ressemble à un gestapiste.
Lischka s’approche de la station, mais traverse la rue dès qu’il nous repère. Il s’engouffre dans la rue parallèle à la ligne de tram en hâtant le pas ; puis il accélère vraiment. Nous le filmons à quelques mètres de distance. A ce moment, Lischka s’arrête et repart dans un sens, puis dans l’autre, tandis que nous sommes toujours à côté de lui. Il se met soudain à courir et nous courons à un mètre de lui, tout en le filmant.
Lischka fuyait dans sa propre ville, dans ses propres rues ; il se trouvait confronté tout à coup à son passé. La séquence que nous avons enregistrée ce jour-là provoquera en Israël une réelle émotion lors de sa diffusion, et passe aujourd’hui encore sur les télévisions du monde entier quand il est question du sort des criminels nazis.
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feanorafeanora   01 septembre 2015
Une diseuse de bonne aventure m'a proposé de me lire les lignes de la main. Je n'avais jamais fait cette expérience; j'ai hésité, mais ai fini par céder. Elle a regardé ma main, m'a pris à part et m'a déclaré:" On te dit de ne pas épouser cette femme; tu dois l'épouser " Et je me souviens qu'elle a ajouté:"C'est la seule femme au monde avec laquelle tu peux être heureux."
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