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Jean Bloch-Michel (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070418464
Éditeur : Gallimard (23/01/2002)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 30 notes)
Résumé :
Lorsque ces Réflexions sur la peine capitale sont parues, en 1957, la guillotine fonctionnait encore en France, pour les crimes de droit commun, et plus souvent encore pour ceux liés à la guerre d'Algérie. Quand ce livre a été mis à jour pour la dernière fois, en 1979, presque vingt ans après la mort d'Albert Camus, la peine de mort était encore en vigueur en France. Moins de deux ans plus tard, Robert Badinter, nommé garde des Sceaux, fit voter l'abolition par le P... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Luniver
  25 juin 2012
Cet ouvrage comporte deux réflexions sur la peine capitale : l'une d'Arthur Koestler sur la situation en Angleterre, et l'autre d'Albert Camus en France.
Arthur Koestler expose tout d'abord les particularités de la loi anglaise : pour un nombre élevé de crimes (allant des meurtres au simple vol de marchandise), les seuls choix possibles pour un jury sont l'acquittement pur et simple ou la condamnation à mort. Cette situation peut s'expliquer par plusieurs circonstances. Tout d'abord, la loi anglaise ne reconnaît pas encore les circonstances atténuantes. S'il est parfois possible de déclarer un homme "dément" et donc irresponsable de ses actes, les conditions à respecter sont contraignantes : tout est comparé au comportement supposé d'un "homme moyen" purement abstrait, sans tenir compte de la situation et des particularités de l'accusé.
L'Angleterre a été également victime du phénomène "un fait divers, une loi" : opposée au port d'arme de ses policiers, elle a préférer durcir sans cesse les peines et en élargissant la catégorie des délits et crimes sanctionnés par la peine capitale pour faire régner l'ordre. Ce choix a des conséquences paradoxales : des pétitions pour un allègement de peine sont signées par les personnes que la loi était sensée défendre : en effet, les jurys préféraient acquitter un accusé plutôt que de l'envoyer à mort pour une faute jugée trop faible pour mériter un pareil châtiment.
L'auteur reprend ensuite les principaux arguments des défenseurs de la peine capitale, et fait un parallèle intéressant avec les procès à l'encontre d'animaux. Tous les arguments qui paraissent cruels ou insensés quand on les applique aux animaux le sont beaucoup moins quand ils s'appliquent aux hommes, sensés être toujours parfaitement maître de leurs actes. L'essai s'achève sur une discussion entre le déterminisme (les actes commis sont des résultats directs et inévitables de l'éducation et du milieu social) et le libre arbitre des accusés.
Si Arthur Koestler reste assez théorique dans ses propos, Albert Camus place directement le lecteur en face de la réalité crue. Il prend d'entrée l'exemple de son père, qui assiste pour la première fois de sa vie à une exécution d'un meurtrier, peine qu'il approuvait, et qui en revient bouleversé et nauséeux. le caractère «propre, rapide et indolore» de la guillotine est remis en question.
Un des principaux arguments en faveur de la peine de mort est l'exemple donné au public : quelqu'un qui assiste à une exécution sera dissuadé de commettre les mêmes actes que le condamné. Outre que l'argument ne tient pas devant les chiffres (les pays qui ont abolis la peine de mort enregistre une stabilisation ou une diminution des crimes, et la majorité des condamnés à mort a déjà assisté à une exécution), il pose un dilemme : pour être le plus efficace possible, l'exécution devrait se faire en place publique, devant une foule nombreuse, avec l'appui des journaux et de la télévision pour diffuser l'évènement. Difficile d'accepter l'idée de cette exhibition morbide sans être mal à l'aise. D'autre part, si tout se passe dans l'ombre d'une prison, décrit par un laconique "X a payé sa dette à la société", où se trouve l'exemplarité ?
D'autres arguments sont avancés : l'incapacité de déterminer qu'un homme est définitivement irrattrapable, le droit de la société à se donner un tel pouvoir («affirmer en tout cas qu'un homme doit être absolument retranché de la société parce qu'il est absolument mauvais revient à dire que celle-ci est absolument bonne»), et la valeur accordée à une vie humaine : certains défenseurs de la peine de mort admettent qu'elle n'a peut-être pas d'effet positif sur le taux de criminalité, mais qu'en tout cas, ça ne peut pas faire de tort.
Les deux essais m'ont paru convaincants (même si j'étais déjà convaincu avant la lecture). le seul défaut qu'on peut leur trouver, c'est que ces deux livres ont été écrits pour l'abolition de la peine de mort dans des contextes particuliers (en France et en Angleterre) : si on considère le problème en général, il y a donc des arguments qui ne sont pas forcément pertinants, et d'autres en faveur de la peine de mort qui ne sont pas combattus.
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lecassin
  04 février 2012
Deux essais : "Réflexion sur la potence", d'Arthur Koestler et "Réflexions sur la guillotine" d'Albert Camus... Plus une étude historique de Jean Bloch-Michel... sur un sujets des plus controversés.
Deux essais brillants comme des réquisitoires contre le châtiment suprême, mais en même temps deux plaidoyers non moins brillants pour l'abolition d'une des dernières barbaries légales que la dissimulation, au petit matin dans les sous-sols des prisons a fini par faire accepter, par ignorance, paresse ou résignation.
A lire particulièrement la "partie Camus", remarquable car elle introduit l'affect qui me semble absent de la partie Koestler.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
lecassinlecassin   04 février 2012
Peu avant la guerre de 1914, un assassin dont le crime était particulièrement révoltant (il avait massacré une famille de fermiers avec leurs enfants)fut condamné à mort à Alger. Il s'agissait d'un ouvrier agricole qui avait tué dans une sorte de délire du sang, mais avait aggravé son cas en volant ses victimes. L'affaire eut un grand retentissement. On estima que la décapitation était une peine trop douce pour un pareil monstre. Telle fut, m'a-t-on dit , l'opinion de mon père, que le meurtre des enfants, en particulier, avait indigné. l'une des rares choses que je sache de lui est qu'il voulut assister à l'exécution, pour la première fois de sa vie. Il se leva dans la nuit pour se rendre sur les lieux du supplice, à l'autre bout de la ville au milieu d'un grand concours de peuple. Ce qu'il vit ce matin là, il n'en dit rien à personne. Ma mère raconte seulement qu'il rentra en coup de vent, le visage bouleversé, refusant de parler, s'étendit un moment sur le lit et se mit tout d'un coup à vomir. Il venait de découvrir la réalité qui se cachait sous les grandes formules dont on la masquait. Au lieu de penser aux enfants massacrés, il ne pouvait plus penser qu'à ce corps pantelant qu'on venait de jeter sur une planche pour lui couper le cou. Il faut croire que cet acte rituel est bien horrible pour arriver à vaincre l'indignation d'un homme simple te droit et pour qu'un châtiment qu'il estimait cent fois mérité n'ait eu finalement d'autre effet que de lui retourner le cœur. Albert Camus.
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LuniverLuniver   24 juin 2012
Nul d'entre nous, en particulier, n'est autorisé à désespérer d'un seul homme, sinon après sa mort qui transforme sa vie en destin et permet alors le jugement définitif. Mais prononcer le jugement définitif avant la mort, décréter la clôture des comptes quand le créancier est encore vivant, n'appartient à aucun homme. Sur cette limite, au moins, qui juge absolument se condamne absolument.
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LuniverLuniver   24 juin 2012
Au fond de chaque homme civilisé se tapit un petit homme de l'âge de pierre, prêt au vol et au viol, et qui réclame à grands cris un œil pour un œil. Mais il vaudrait mieux que ce ne fût pas ce petit personnage habillé de peaux de bêtes qui inspirât la loi de notre pays.
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LuniverLuniver   25 juin 2012
À vrai dire, certains jurys le savent bien qui, souvent, admettent des circonstances atténuantes dans un crime que rien ne peut atténuer. C'est que la peine de mort leur parait alors excessive et qu'ils préfèrent alors ne pas assez punir que de punir trop. L'extrême sévérité de la peine favorise alors le crime au lieu de le sanctionner.
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Perle-de-ChinePerle-de-Chine   24 janvier 2015
Dans d'autres cas, le bourreau et ses aides devaient se suspendre aux jambes du pendu pour ajouter leur poids au sien. Il arrivait que le corps fut déchiré, ou la tête arrachée.
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Vidéo de Arthur Koestler
La lie de la terre, Arthur Koestler
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