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EAN : 9782253011224
219 pages
Le Livre de Poche (01/01/1976)
  Existe en édition audio
4.36/5   237 notes
Résumé :
« Un grand roman classique, une histoire de haine, de sang, de mort et d'amour. Oui d'amour. Unité de temps, de lieu, trois personnages : l'auteur, son vieux maître, la victime - oui, la victime - et puis la foule, avec quelques silhouettes bien plantées au premier rang. Un récit qui va droit son chemin vers la réponse à l'unique question : mourra-t-il ?
Ce qui importe, c'est de savoir ce qu'est la justice, comment elle fonctionne, à quoi sert un avocat, pour... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
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L'affaire de Clairvaux, la condamnation à mort et l'exécution de Claude Buffet et Roger Bontems, en 1972 : genèse du combat de Robert Badinter pour l'abolition de la peine de mort.
Le procès avait eu lieu à Troyes, dans un climat de haine d'une violence palpable. Les cris « à mort » au passage des fourgons qui transportaient les deux accusés, les regards noirs des badauds sur les avocats de Buffet et Bontems, les applaudissements frénétiques de la foule à l'énoncé du verdict, pas de doute, la peine de mort avait la faveur de la population..
Robert Badinter avait pourtant démontré, et la cour d'assises l'avait entendu, que son client, Roger Bontemps, n'avait pas tué. Il avait donc pensé que la loi du talion – tu as tué, tu seras guillotiné – ne s'exercerait pas.
Il avait cru ensuite que l'humanisme de Georges Pompidou, alors président de la République, l'inclinerait à gracier au moins Bontems.
La grâce a été refusée, Bontems et Buffet ont été exécutés le même jour à quelques minutes d'intervalle, le 28 novembre 1972.
Leurs avocats, Thierry Levy et Remi Crauste pour Claude Buffet, Philippe Lemaire et Robert Badinter aux côtés de Roger Bontems, étaient présents.

« (...) la guillotine se dressait seule comme une idole ou un autel maléfique. Les aides s'affairaient autour d'elle. le symbole était aussi machine. Et cet aspect mécanique, utilitaire, confondu avec la mort qu'elle exprimait si fortement, rendait la guillotine ignoble et terrible. »
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Mon fils, m'interrogeant au sujet de ce livre, m'a demandé : " Tu ne tuerais pas quelqu'un qui m'aurait fait du mal ? ". Je lui ai confirmé avec des mots simples que je condamnerais sûrement cet individu à mort au nom d'une haine vengeresse, mais que, dans notre système civilisé et démocratique, je n'avais heureusement pas ce pouvoir. La vengeance, sentiment humainement naturel, n'est pas justice.

Une société qui exécute ses criminels n'est-elle pas responsable de la même violence que celle qu'elle condamne ? le risque d'exécuter un innocent n'est-il pas rédhibitoire ?

Mon fils était partiellement convaincu. Je le laisse avec son libre arbitre afin de se forger sa propre opinion. Cet échange l'a en tout cas amené à s'interroger sur la peine de mort, tout comme l'objet de ce récit de Robert Badinter. Un manifeste sur son combat contre la peine capitale et une réflexion sur son métier d'avocat. Sa publication en 1973, date antérieure à l'abolition de la peine de mort en France, donne une valeur engagée et politique indéniable à ce roman judiciaire. À lire.
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En 2020 il existe encore de nombreux opposants à l'abolition de la peine de mort. Mais le débat étant très ancien et le sujet très politique, peu osent ouvertement exprimer leur idée de la justice. Il en allait tout autrement en 1972. Nous sommes sous Pompidou, il y a très longtemps qu'une sentence de peine capitale a été mise à exécution. le Président de la République exerce son droit de grâce et l'affaire retombe dans l'oubli.

juin 1972, l'élection présidentielle n'est plus très loin. Un jeune avocat de 44 ans, Robert Badinter, en association avec Philippe Lemaire, plus expérimenté, a la lourde charge de défendre Roger Bontems. Bontems-Buffet, un couple de noms que j'ai encore en mémoire, avec sa charge médiatique, les émotions et les débats qu'ils auront engendrés dans les salles de classe, dans les journaux, les familles. Je me souviens que parmi les thèmes de débat qui revenaient au cours de ma formation universitaire figurait celui de la peine de mort. Pour ou contre ? Les arguments volaient, les injures aussi parfois. Et cette question qui nous revenait sans cesse jetée à la figure : et si c'était ton enfant qu'on avait tué ? ou ta mère ? La justice réduite à un cas particulier, à un trop-plein d'émotion...

Badinter raconte le procès, la mutinerie dans la prison de Clairvaux (pour moi ce n'était qu'une abbaye cistercienne superbe, située près de Bar sur Aube!), le meurtre d'un gardien et d'une infirmière par deux détenus : Bomtems, Buffet. J'ai entendu ces noms accolés comme un couple infernal pendant des mois.
Buffet a avoué le meurtre du gardien mais accuse Bontems de celui de l'infirmière. D'une maîtrise parfaite, désireux de mourir , il semble vouloir entraîner Bontems à tout prix. Badinter pourtant fait la démonstration que Bontems n'a pas pu égorger la femme, avis d'expert et témoignages à l'appui. On a l'impression que jusqu'au bout il aura cru à un issue positive pour son client. D'abord relaxe par le jury, puis cassation, enfin grâce présidentielle. Aucun suspens, nous connaissons tous la fin. Badinter laisse supposer que si, pour la première fois dans l'Histoire de la République, le chef de l'Etat n'a pas exercé son droit de grâce, c'est sous la pression de la rue, des médias, voire du contexte politique. Fâcheuse faiblesse pour un président humaniste, normalien.

Badinter raconte le procès comme une pièce de théâtre : les lieux, la disposition des acteurs, les rebondissements, les tirades, les réactions du public, tout y est. Il nous fait remarquer très justement que l'accusé n'est considéré que comme tel, jamais comme un être humain. « Accusé, levez-vous » : jamais on ne l'appelle « Monsieur », suivi de son nom. Les lieux mêmes sont partiaux : jurés, avocat général, procureur sont sur un même niveau, situés au-dessus de la défense et de l'accusé entre les gendarmes. La justice semble avoir pris parti : les jurés sont dans l'équipe de la partie civile, le défenseur semble leur adversaire !

Puis il nous apprend que tout a changé depuis Vichy : le jury populaire était souverain, on le fait délibérer désormais en présence (sous l'influence ?) des robes noires et rouges des avocats de l'accusation (en rouge) et du procureur (en noir).
La théâtralisation des débats est ici restituée dans des détails marquants : la circulation des photos des victimes produit un effet immédiat sur les visages des jurés, anéantissant les efforts précédents pour les convaincre. On dirait un jeu sordide qui aura pour issue la décapitation de deux hommes. Convaincre, séduire, semer le doute, user d'une éloquence travaillée, provoquer un coup de théâtre, croire un moment qu'on a gagné, retomber dans le doute et la peur d'échouer : ainsi vit-on pendant la durée du procès. Pourra-t-on ensuite reprendre le cours de sa vie, passer à autre chose, mettre de côté l'horreur d'une décapitation (sur laquelle Robert Badinter ne s'étend pas) ?

Le livre est très personnel, bien sûr, mais tout un chacun peut y trouver de l'intérêt, partager les émotions, espérer avec l'auteur. Avec Bontems, peut-être aussi, quoique ce dernier reste assez falot.

Il m'est arrivé d'assister à des procès d'assises avec mes stagiaires, j'ai toujours eu l'impression d'une part que tout était joué d'avance, d'autre part que n'importe qui, absolument n'importe qui pourrait un jour se retrouver devant un tribunal.

Ce livre est utile, nécessaire sans doute, quoique très daté. L'écriture en est élégante, soignée, très personnelle. le débat ne sera jamais clos sur l'abolition de la peine de mort. Il est indispensable de réaffirmer la loi, de rappeler les principes de l'exercice de la justice.
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Je ressors les larmes aux yeux de ce texte écrit par Robert Badinter.
Je suis née après l'abolition de la peine de mort en 1981. Cette abolition n'a que quarante ans, ce n'est pas si vieux !
Robert Badinter nous parle de sa fonction d'avocat de la défense. Il assure avec Maître Philippe Lemaire la défense de Roger Bontems, accusé d'avoir tué une infirmière de la prison de Clairvaux avec Buffet.
Ces deux avocats sont contre la peine de mort et ne comprennent pas le verdict de condamnation à mort de Bontems qui n'est pas reconnu d'avoir tué cette infirmière.
Nous suivons les angoisses de Robert Badinter qui demande une grâce présidentielle en faveur de son client. Il semblerait que le président Pompidou soit contre cette condamnation. Mais voilà, les élections présidentielles approchent...
Dans les années 1970, la majorité des Français étaient pour la peine de mort. Débat qui revient aujourd'hui avec les crimes terroristes.
Robert Badinter a reçu des lettres de menaces, des lettres injurieuses où les expéditeurs lui souhaitait de voir sa femme et ses enfants égorgés afin qu'il ne soit plus pour son abolition.
Je reste admirative de ces femmes et hommes politiques qui continuent leur combat jusqu'au bout. Je pense évidemment à Simone Veil dont la porte de son immeuble a été taguée de croix gammées lors du projet et de la loi sur l'avortement.
Je suis contre la peine de mort pour les mêmes raisons que ce grand avocat.
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Robert Badinter nous plonge avec lui dans un procès qui a eu lieu en 1971 sous la présidence de Georges Pompidou.

On y découvre la fonction d'avocat de la défense et tout ce que cela implique.

Cette affaire de prise d'otages avec meurtres à fait la une en son temps.

Maître Badinter défendait l'un des preneurs d'otages qui n'avait pas tué mais participait activement à cela.

Il est question bien sûre de la peine de mort (guillotine) encore appliquée alors et de la justice des hommes.

Très intéressant, sensible et dur à la fois.

Robert Badinter né le 30 mars 1928 a aboli la peine de mort le 9 Octobre 1981.



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Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
Le courage, pour un avocat, c'est l'essentiel, ce sans quoi le reste ne compte pas : talent, culture, connaissance du droit, tout est utile à l'avocat. Mais sans le courage, au moment décisif, il n'y a plus que des mots, des phrases, qui se suivent, qui brillent et qui meurent. Défendre, ce n'est pas tirer un feu d'artifice : la belle bleue, la belle rouge, et le bouquet qui monte, qui explose et retombe en mille fleurs. Puis le silence et la nuit reviennent et il ne reste rien
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Dans l'appartement, les lumières étaient demeurées allumées. Tout était silencieux. Je suis allé à la cuisine. La théière, les tasses étaient encore sur la table. Nous nous sommes assis, ma femme et moi, l'un en face de l'autre, comme tout à l'heure. [...]
J'ai regardé l'heure. Il était six heures passées. Hier, à la même heure, Bontems dormait sans doute. Son angoisse de la nuit était achevée. Aujourd'hui aussi. Et pour toujours.
Bontems était mort. J'avais vu Bontems aller à sa mort. J'avais vu mourir un homme que j'avais défendu. Plus jamais je ne pourrais faire quoi que ce soit pour le défendre encore. on ne plaide pas pour un mort. L'avocat d'un mort, c'est un homme qui se souvient, voilà tout. [...]
Quel était donc le sens de tout ce qui s'était passé, de tout ce que nous avions fait ou voulu faire pour lui, nous ses avocats ? Je regardais mon image dans la glace. Ce n'était pas là que s'inscrivait la réponse. Il n'y a pas de tête d'assassin. Il n'y a pas non plus de visage d'avocat vaincu. J'éteignis la lumière. La vie, ma vie continuait. Je n'en étais pas quitte pour autant. Cette nuit-là, je le savais maintenant, ne s'achèverait pas à l'aube.
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L'avocat doit surprendre. Ne laisse pas le jury glisser loin de toi, sinon tu le retrouves dans les bras de l'accusation. Rappelle-toi que c'est toujours plus facile de condamner que d'acquitter, que c'est plus simple de croire l'accusation que la défense, que les honnêtes gens pensent que le pire n'est pas de laisser filer un coupable, mais bien de ne pas le condamner. La pesanteur aux assises joue contre toi. Si tu ne réagis pas, si tu ne résistes pas sans cesse, tu te retrouves au bas de la pente. Bien condamné, mal défendu. Alors, si tu sens que la partie est mal engagée, que tu recules pas à pas, romps brutalement et vite, et fort et dur, pousse ta botte. Tu n'es pas sûr pour autant de gagner la partie. Mais si tu n'agis pas, tu es sûr de la perdre. L'assoupissement à l'audience, le ronron tranquille de la machine judiciaire, c'est la défaite certaine de l'avocat. Alors n'attends pas. Fonce et frappe. Ou tu seras comme gelé. Tu te seras laissé aller à l'engourdissement de l'audience, comme on se laisse aller au froid, dans la neige, tout doucement. Après cela, essaie encore de convaincre!
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Il y a ainsi sous-jacente, dans une audience d'assises, une sorte de racisme judiciaire, inconscient, inavouable, omniprésent qui fait qu'il y a d'un côté les honnêtes gens, et d'abord ceux qui jugent, et de l'autre côté le sacrilège, celui qui a violé les interdits.
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Un procès, vois-tu, se gagne à coups d'évidences. C'est dans les livres qu'on répète que le doute doit profiter à l'accusé. Dans la réalité les choses vont autrement. Pour que le jury abandonne l'accusé, le doute ne suffit pas. L'accusé c'est l'ennemi objectif de ceux qui le jugent. Il est dans le box entre des gendarmes. Il n'y serait pas, ressent-on confusément, s'il n'avait rien fait. Après tout, juges, procureur, policiers ne l'ont pas amené là sans savoir ce qu'ils faisaient. Comme se plaisait à le dire le colonel Dreyfus à l'étonnement de ses amis, des amis de l'ancien capitaine Dreyfus, il n'y a pas de fumée sans feu... Si donc cet homme est accusé, il faut bien qu'il y ait de bonnes raisons pour cela. Reste à démontrer qu'il n'y en a pas. Mais ne t'y trompe pas, le système, le décor jouent contre toi.
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