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ISBN : 2070378314
Éditeur : Gallimard (25/05/1987)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 721 notes)
Résumé :
'Le livre du rire et de l'oubli' est un roman en forme de variations. Les différentes parties se suivent comme les différentes étapes d'un voyage qui conduit à l'intérieur d'un thème, à l'intérieur d'une pensée, à l'intérieur d'une seule et unique situation dont la compréhension se perd dans l'immensité.
C'est un roman sur Tamina et, à l'instant où Tamina sort de la scène, c'est un roman pour Tamina. Elle est le principal personnage et le principal auditeur ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  01 janvier 2018
Milan Kundera a cherché à bâtir un " roman " comme on composerait une oeuvre musicale ; la structure y est fondamentale. Mais si l'on comprend aisément la mécanique de la composition musicale classique, un petit côté mathématique, des thèmes qui se répondent ou qui disparaissent puis reviennent avec une légère transformation, ou qui se superposent après s'être juxtaposés, etc. (je vous passe les secrets et les formules de la composition musicale à laquelle d'ailleurs je ne pige pas grand-chose).
Bref, si l'on voit à peu près comment cela peut fonctionner et s'articuler en musique et concourir à une homogénéité d'ensemble, il en va tout autrement d'un " roman " selon moi. J'ai pris la peine d'apposer des guillemets autour du mot roman car, lorsqu'on le tronçonne en " thèmes " différents, faisant intervenir des personnages, des lieux, des époques ou des tons différents, il est difficile de ne pas y voir autre chose que des nouvelles indépendantes et non plus un roman, stricto sensu.
Alors, il y a deux solutions : soit vous choisissez la méthode Faulkner, apparue relativement tardivement dans l'histoire du roman, qui consiste à mélanger des tronçons d'histoires parallèles ayant pour but de converger et de nous faire saisir le lien et la cohérence de l'ensemble à la fin. C'est un peu la stratégie narrative d'un film comme 21 grammes du réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu. (Le fait qu'il soit mexicain n'est peut-être pas totalement un hasard car on sait combien Juan Rulfo est admiré en son pays et combien ce dernier a rendu digeste la technique narrative de Faulkner, chose qui ne l'est pas forcément sinon.)
La deuxième solution est, quant à elle, très ancienne, car elle est même apparue avant le roman moderne (imputable à François Rabelais) sous la plume de l'inévitable Giovanni Boccaccio (Boccace pour les francophones) et de son recueil de nouvelles fondateur : le Décaméron. C'est plutôt vers cette solution que semble s'être tourné Milan Kundera : accoler des nouvelles a priori dissemblables dans le but que leur combinaison produise un effet supérieur à la somme de leurs individualités.
Le projet est beau, bon d'après moi, mais, toujours d'après moi, pas extrêmement bien réussi ici. Il y a des différences de ton, de style, de posture narrative qui font que l'ensemble m'apparaît hétéroclite et inégal. Certaines des variations m'ont paru inutiles ou désolidarisées de l'ensemble (d'où leur inutilité selon mes critères).
Le livre comporte sept parties, avec deux séries de deux nouvelles ayant le même titre et revenant comme dans les règles de la composition musicale à laquelle on sait que l'auteur est à la fois sensible et expert. Personnellement, j'ai particulièrement aimé la première, intitulée Les Lettres perdues dont le style m'a semblé net et épuré à l'extrême, quasi cristallin. J'ai également été sensible à la deuxième, intitulée Maman puis à la cinquième intitulée Litost. Toutefois, cette cinquième partie est d'un style tout à fait différent, proche du symbolisme et/ou de l'essai.
En revanche, j'ai totalement perdu pied dans les troisième et sixième parties, intitulées toutes deux Les Anges : je ne voyais plus du tout où l'auteur voulait m'emmener ni à quoi il faisait référence. L'histoire de Tamina, supposément censée être la colonne vertébrale de l'ouvrage, ne m'a pas du tout intéressée. D'autre part, les longues et pesantes digressions, tout au long du livre sur les ébats et les réalisations sexuelles des protagonistes m'ont semblé gratuites et ennuyeuses. Cela m'apparaît même être une sorte de fixation chez l'auteur, tant cela revient souvent dans son oeuvre.
Sur le fond, qu'en est-il ? Difficile à dire. On y voit de criantes résonances avec le vécu de l'auteur, à savoir le musellement dont il fut la victime dans la Tchécoslovaquie communiste (en gros de 1948 à 1968, date de l'invasion soviétique de Prague dans le but de lui couper toute velléité d'émancipation de la grande soeur U.R.S.S.), puis son exil en France et son questionnement sur les pieds de nez de l'histoire, sur l'insignifiance de l'être (on sent déjà poindre l'interrogation majeure de son futur et magistral roman suivant, L'Insoutenable légèreté de l'être).
Mais sortie de ces très grossières constatations ce n'est pas très clair pour moi et les digressions nous emmènent sur des terrains brumeux. Tout semble être contenu dans le titre. Je vais même vous faire un petit aveu : je crois qu'une bonne somme des interrogations et des cheminements personnels de Kundera apparaissent dans ses titres de livres si on prend la peine de les ordonner chronologiquement.
Il y eu tout d'abord La Plaisanterie, celle qui lui vaudra de se faire éjecter du parti communiste tchèque et qui lui assurera ultérieurement pas mal d'ennuis. Le refuge ensuite dans de futiles aventures, focalisation et canalisation de la libido débordante de l'auteur, les fameux Risibles Amours, puis, après 1968, quand la situation devint réellement intenable pour lui dans son pays, La Vie est ailleurs et les promesses d'un exil à l'étranger.
Mais une fois arrivé en France, le questionnement existentiel, politique et historique le reprend et finalement, tout ce qu'il a vécu, mieux vaut en rire et l'oublier, d'où ce titre, le Livre du rire et de l'oubli. Mais là ne s'arrête pas les questions existentielles. Finalement qu'est-on ? quand on est rayé des listes de son pays, victime d'un rototo de l'histoire mondiale, dérisoire à l'échelle des siècles mais énorme à l'échelle individuelle ? D'où L'Insoutenable légèreté de l'être.
Viendront ensuite des questionnements logiques sur l'identité et sur l'immortalité, questionnements typiques d'un écrivain et/ou d'un exilé… Bon j'arrête là mes divagations sur un livre qui, comme c'est tout de même du Kundera, ne m'a pas totalement déçue, mais comme c'est du Kundera et qu'on sait de quoi il est capable dans ses meilleurs crus m'a forcément un peu déçue quand même. Toutefois, souvenez-vous que ceci n'est qu'un risible avis, et qu'il vaut peut-être mieux l'oublier car, dans le fond, il est insoutenablement léger, c'est-à-dire, pas beaucoup plus qu'une plaisanterie.
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Sachenka
  30 septembre 2017
Le livre du rire et de l'oubli est un recueil de nouvelles. Je ne voudrais pas contredire son auteur, Milan Kundera, mais je n'y arrive pas. Il insistait pour prétendre le contraire, stipulant qu'il s'agissait d'un « roman en forme de variations », c'est une façon de voir la chose, mais je n'y adhère pas. Oui, les thèmes se mêlent et s'entremêlent, donnant parfois l'impression évanescente d'une certaine unité ou continuité, surtout que la plupart des histoires se déroulent autour de Prague, quelque part après l'instauration du communisme mais… Il y a ce mais, qui provient de mon esprit trop cartésien pour suivre l'auteur dans son emballement.
Quelques unes de ces histoires m'ont beaucoup plu. La première, celle de Mirek qui cherche à récupérer chez son ancienne maitresse des documents compromettants (je rappelle qu'on est au début de l'ère communisme, les intellectuels sont activement surveillés, toute critique du régime est sévèrement réprimée) me semblait particulièrement réussie, surtout avec son dénouement inattendu. Quant à la suivante, celle de Marketa, Karel et sa mère, si elle n'était pas enlevante, elle était tout de même intriguante. J'avais gardé un bon souvenir de la seule autre oeuvre que j'avais lue de cet auteur, L'insoutenable légèreté de l'être. Ça remontait à assez loin, mais j'étais très emballé à l'idée de redécouvrir sa plume (évocatrice, incisive, un brin humoristique quand on considère qu'il attaque avec l'absurde) et les premières nouvelles m'ont répondu positivement à mon attente.
Puis les choses se sont gâtées. Cette histoire des deux américaines qui commentent Rhinocéros… bof. Mon intérêt s'est ravivé (légèrement) avec celle de Tamina puis après je n'ai plus rien compris. Il me semblait que le livre devenait un essai, où il est question de musique, de poètes et d'écrivains morts, de considérations sur la philosophie et la littérature (sa théorie du litost, quand je lis avant de me coucher, pas évident !). J'ai trouvé que c'était long, dense et ennyeux. Puis, on nous ramène à Tamina mais aussi sur la politique, ce fameux dirigeant communiste Gottwald, mais c'était trop tard : l'intérêt n'y était plus, Kundera m'avait déjà perdu. Puis, j'ai rêvé ou le tout finissait en un voyage fantastique sur une ile peuplée d'enfants cruels ?
Comme beaucoup de recueils de nouvelles, il me semblait que le livre du rire et de l'oubli était inégal. Ça n'enlève rien à la portée ou à l'importance de l'oeuvre mais, dans tous les cas, ça m'en a éloigné. Il est vrai qu'elle aborde et soulève des thèmes marquants (et délirants !), des thèmes qui m'interpèllent. L'exil et la nostalgie réussissent toujours à m'accrocher et me retourner. Toutefois, j'avais l'impression que ça allait dans tous les sens. Si les liens, les variations dont parlait Kundera étaient bien présents, permettaient-ils d'établir une trame narrative continue ? J'en doute. Je termine ce livre encore profondément mystifié…
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ahasverus
  05 octobre 2013
Le lecteur qui attend d'un livre de Kundera qu'il lui raconte une histoire sera certainement déçu. Pourtant l'univers de Kundera existe : je l'ai rencontré !
Il y a 7 chapitres au Livre du Rire et de l'Oubli. Malgré ce que je viens d'écrire, je vais en résumer les sujets :
chapitre 1.- Les lettres perdues : Mirek a eu voici 25 ans une liaison avec Sdena. Il reprend contact avec elle en vue de récupérer et de détruire ses vieilles lettres d'amour car il a honte de cette relation. Obsédé par cette idée futile, il néglige de se débarrasser de documents politiques compromettants, ce qui amène son arrestation et son emprisonnement par la dictature tchèque des années 70.
chapitre 2.- Maman : Karel et Markéla supportent mal Maman, mais ils décident de l'inviter une semaine à la condition qu'elle parte samedi pour ne pas compromettre leurs jeux libertins avec Eva. Mais Maman feint d'oublier le jour du départ.
chapitre 3.- Les Anges : Michèle et Gabrielle, étudiantes préférées de Madame Raphaël, doivent analyser devant sa classe le Rhinocéros de Ionesco. Elles axent leur intervention sur l'effet comique de la pièce et sont tournées en ridicule par Sarah, une rivale. Michèle et Gabrièle sortiront victorieuses de cette situation grâce au soutien de Madame Raphaël.
Nous suivons en parallèle l'histoire de la jeune R. qui soutient l'écrivain Kundera, dissident, en lui permettant d'écrire des horoscopes alimentaires dans le journal où elle travaille. Il en profite pour tourner en ridicule le directeur de ce quotidien.
chapitre 4.- Les lettres perdues : Tamina a fui la république tchèque avec son mari, décédé quelques mois après. Elle souhaite récupérer des carnets intimes abandonnés dans sa fuite afin de reconstituer son passé.
chapitre 5.- Littost : le soir où il doit recevoir à Prague sa maîtresse, l'étudiant est invité par son ami Voltaire à une soirée à laquelle participe le Grand Poête.
chapitre 6.- Les Anges : Raphaël vient chercher Tamina pour la conduire sur une île ou elle se retrouve au milieu d'enfants. Elle sera acceptée, adorée, puis traquée avant de quitter l'île à la nage et de se noyer.
En parallèle Kundera évoque l'agonie de son père.
chapitre 7.- La Frontière : Jan oscille entre des aventures sexuelles décevantes et des conversations aux amis. Comme il s'apprête à quitter définitivement la ville, il consent à aller à une orgie organisée par Barbara. Il assiste également à l'enterrement de Passer, qu'un incident rend drolatique.
Voici pour les histoires.
S'agit-il de nouvelles ? Dans son "chapitre 6 les Anges" , Kundera s'explique : "tout ce livre est un roman en forme de variations." - "C'est un roman sur le rire et sur l'oubli, sur l'oubli et sur Prague, sur Prague et sur les anges."
Un roman sur le rire, sur l'oubli, sur Prague, sur les Anges ? Pas seulement bien sûr. Mais c'est ça, et surtout ça.
Qu'est ce qu'une variation ?
Les variations sont un voyage, nous dit-il. "Le voyage des variations conduit au dedans de l'infinie diversité du monde intérieur qui dissimule toute chose."
C'est donc à travers l'infinie complexité du rire et de ses significations que le livre nous conduit. Car le rire peut être fédérateur ou discriminatoire, fait du diable ou fait des anges. Les anges peuvent ils être parfois plus cruels que le diable lui-même ? Toutes ces histoires m'amènent à le penser.
C'est à travers l'infinie déclinaison de l'oubli que nous emmène Kundera . L'oubli qui conduit Tamina à sa perte. L'oubli qui désinhibe Karel, Markéla et Eva. L'oubli qui détruit le peuple tchèque ou l'oubli qui chasse la culpabilité, ou l'oubli de circonstance de Maman. Et d'autres oublis que j'ai oublié - oui je sais, c'est facile.
Je pourrais poursuivre encore pour vous faire remarquer que toutes les scènes de sexe sont tristes alors que la scène de l'enterrement est gaie. Je pourrais attirer votre attention sur le fait que Litost, qui m'évoque le Banquet de Platon, est la seule histoire dont les chapitres n'ont pas de numéros , (si quelqu'un a compris pourquoi, je suis preneur). Je pourrais relever tous les paradoxes, tel le comportement paradoxal de Mirek qui milite contre l'oubli du passé historique en cherchant à faire disparaître son passé privé. Je pourrais affirmer, car j'en suis certain, que Raphaël est l'ange qui accompagne les voyageurs et que le récit de Tamina sur l'île est celui de son agonie. Alors je vous ferais remarquer que dans le premier récit des anges la professeure s'appelle Madame Raphaël, et moi aussi je dirais que ce n'est pas par hasard.
Je pourrais vous dire cent autre choses sur cet univers si riche, si vos yeux restent ouverts et si vous prenez votre temps.
Car l'oeuvre de Kundera est un univers, comme l'est celle de Kafka, l'autre Tchèque. Un univers de variations qui peut vous apporter un plaisir immense -et varié - si vous n'oubliez pas que la poire est plus importante que le tank, que l'invasion des villes par le merle est plus historique que l'invasion de Prague par les Russes, et que les choses ne sont pas toujours aussi simples qu'elles le paraissent.
Les variations sont plus importantes que les histoires.
Il appartient à chacun d'oublier la ronde et de rejoindre les rangs des inconditionnels de Kundera.
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Myriam3
  26 juillet 2018
La Tchécoslovaquie, pays de l'auteur exilé, entre les années 1948 (invasion de l'armée russe) et 1981, avec un point d'orgue en 1968 (Printemps de Prague).
On y rencontre des hommes et des femmes tentant de définir leur vie mais ce qu'il en ressort n'est qu'une triste comédie, car Kundera a l'art de rendre ridicule ce qui pourrait être présenté comme de belles romances. Constat déçu d'un idéaliste? Tentative de prendre du recul, par le rire, ou l'oubli, de petits et grands événements douloureux? L'exclusion d'un groupe politisé, la peur de voir son pays disparaître totalement sous le joug de l'URSS, la déception d'une relation amoureuse... Kundera tourne autour de ces thèmes en de multiples variations et sa voix n'est jamais bien loin: elle construit son oeuvre, évoque son passé, l'agonie de son père, son exil en France.
Certaines conceptions de l'amour et du sexe datent clairement de l'après-soixante-huit, et j'ai moyennement accroché, mais pour le reste j'aime la plume de Kundera, même si elle peut faire mal. En réalité, elle fait surtout réfléchir et trempe dans une certaine mélancolie de la solitude face au destin.
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KrisPy
  26 juin 2014
Lire du Kundera, c'est comme écouter la musique de Grieg : variations autour d'un thème.
Les émotions, les ressenties, les pensées intimes des personnages, qui vivent souvent une situation similaire, mais avec de nombreuses variations autour du même thème, se croisent et s'entrecroisent.
Sont abordés les thèmes de l'oubli, l'oubli de ce qui fait mal, l'oubli des choses qu'on ne devraient pas oublier ; le rire, le rire de la dérision,le rire cruel de la moquerie, mais aussi le rire salvateur, qui soulage, quand la culpabilité s'envole et vous laisse l'âme légère... Et rire, c'est commencé à dédramatiser, à porter un regard compatissant sur soi aussi, à pardonner, à oublier...
Milan Kundera écrit en finesse ; il suggère, il tisse une trame légère d'histoires, qui devient dense, de par notre vécu, notre ressenti. Pour ce livre en particulier, il y aura autant de niveaux de lectures qu'il y aura de lecteurs. Et chaque relecture apporte une nouvelle vision, de nouvelles idées.
Du très bon Kundera.
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Citations et extraits (83) Voir plus Ajouter une citation
SeaviewSeaview   06 octobre 2019
Elle ne veut pas rendre au passé sa poésie. Elle veut lui rendre son corps perdu. Ce qui la pousse, ce n'est pas un désir de beauté. C'est un désir de vie.
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SeaviewSeaview   06 octobre 2019
Je vous assure que Banaka est à ce point victime de sa propre réputation qu'il méprise les gens qui ont lu ses livres.
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Nastasia-BNastasia-B   02 décembre 2017
S'il voulait effacer des photographies de sa vie, ce n'était pas parce qu'il ne l'aimait pas, mais parce qu'il l'avait aimée. Il l'avait gommée, elle et son amour pour elle, il avait gratté son image jusqu'à la faire disparaître comme la section de propagande du parti avait fait disparaître Clementis du balcon où Gottwald avait prononcé son discours historique. Mirek récrit l'Histoire exactement comme le parti communiste, comme tous les partis politiques, comme tous les peuples, comme l'homme. On crie qu'on veut façonner un avenir meilleur, mais ce n'est pas vrai. L'avenir n'est qu'un vide indifférent qui n'intéresse personne, mais le passé est plein de vie et son visage irrite, révolte, blesse, au point que nous voulons le détruire ou le repeindre. On ne veut être maître de l'avenir que pour pouvoir changer le passé. On se bat pour avoir accès aux laboratoires où on peut retoucher les photos et récrire les biographies et l'Histoire.

Première partie : Les Lettres perdues, 17.
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Nastasia-BNastasia-B   30 novembre 2018
Vous savez ce qui se passe quand deux personnes bavardent. L'une parle et l'autre lui coupe la parole : « c'est tout à fait comme moi, je… » et se met à parler d'elle jusqu'à ce que la première réussisse à glisser à son tour : « c'est tout à fait comme moi, je… »
Cette phrase, « c'est tout à fait comme moi, je… », semble être un écho approbateur, une manière de continuer la réflexion de l'autre, mais c'est un leurre : en réalité c'est une révolte brutale contre une violence brutale, un effort pour libérer notre propre oreille de l'esclavage et occuper de force l'oreille de l'adversaire. Car toute la vie de l'homme parmi ses semblables n'est rien d'autre qu'un combat pour s'emparer de l'oreille d'autrui.

Quatrième partie : Les lettres perdues, 1.
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SachenkaSachenka   28 septembre 2017
S'il est vrai que l'histoire de la musique est finie, qu'est-il resté de la musique? Le silence?
Allons donc! il y a de plus en plus de musique, des dizaines, des centaines de fois plus qu'il n'y en a jamais eu à ses époques les plus glorieuses. Elle sort des haut-parleurs accrochés aux murs des maisons, des épouvantables machines sonores installées dans les appartements et les restaurants, des petits transistors que les gens portent à la main dans les rues.
Schönberg est mort, Ellington est mort, mais la guitare est éternelle. L'harmonie stéréotypée, la mélodie banale et le rythme d'autant plus lancinant qu'il est plus monotone, voilà ce qui est resté de la musique, voilà l'éternité de la musique. Sur ces simples combinaisons de notes tout le monde peut fraterniser, car c'est l'être même qui crie en elles son jubilant je suis là. Il n'est pas de communion plus bruyante et plus unanime que la simple communion de l'être. Là-dessus les Arabes se rencontrent avec les Juifs et les Tchèques avec les Russes. Les corps s'agitent au rythme des notes, ivres de la conscience d'exister. C'est pourquoi aucune oeuvre de Beethoven n'a été vécue avec aussi grande passion collective que les coups uniformément répétés sur les guitares.
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L'Invité des Matins de Guillaume Erner - émission du 17 septembre 2019 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/saison-26-08-2019-29-06-2020
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